DIVISION DU SUJET
L’étude du diagnostic de la méningite cérébrale aiguë et tuberculeuse est une des questions les plus difficiles, nonseulement à cause de la ressemblance de la méningite avec les autres maladies de l’encéphale, mais encore parce que ses symptômes peuvent se montrer dans plusieurs maladies dans lesquelles ni le cerveau, ni les méninges ne sont atteints.
Il nous a semblé, d’un autre côté, que l’opinion générale n’était pas définitivement arrêtée sur certaines particularités de cette question et que la maladie qui nous occupera peut encore être l’objet d’une étude intéressante.
Telles sont les idées qui nous ont conduit à aborder ce travail.
Mais quelle signification devons-nous donner au mot diagnostic?
« Le diagnostic, dit Chomel (1), est cette partie de la pathologie qui a pour objet la distinction des maladies. Distinguer une maladie, c’est la reconnaître toutes les fois qu’elle existe, quelle que soit la forme sous laquelle elle se présente, c’est constater aussi qu’elle n’existe pas toutes les fois que d’autres maladies se montrent avec des symptômes qui ressemblent aux siens. »
Nous ne pouvons mieux faire que de nous conformer à ces vues et de les appliquer au cas particulier de la méningite aiguë et tuberculeuse.
Ceci posé, disons quelques mots de l’historique de la question :
A partir d’Hippocrate, les auteurs appliquent le nom de phrénitis à toutes les inflammations du cerveau ou des méninges, ainsi qu’aux délires sympathiques qui dépendent d’une lésion du cœur, des reins ou d’un autre organe.
Au commencement du siècle dernier on a commencé à parler de l’hydrocéphalie aiguë, et on s’est bientôt aperçu que cette hydrocéphalie coïncidait souvent avec des tubercules pulmonaires ou mésentériques. En 1768 Robert Whytt (2) publia ses remarques célèbres sur l’hydrocéphalie; mais jusqu’en 1780 l’épanchement ventriculaire a été considéré comme le phénomène essentiel de la maladie. Quin (3) remarqua qu’il y avait de la congestion cérébrale arrivant quelquefois jusqu’à l’inflammation et produisant parfois l’hydrocéphalie concomitante. Le Dr E. Ford (4) pensait que l’inflammation de la pie-mère, du cerveau ou
(1) A. -F. Chomel. Eléments de pathologie générale, p. 421.
(2) On the dropsy in the brain.
(3) Treatise on the dropsy of the brain. Dublin, 1780, cité par Rilliet et Barthez.
(4) London medical Journal, lcr cahier, p. 56, cité pat Rilliet et Barthez.
du cervelet pouvait produire l’hydrocéphalie aiguë, et depuis lors cette phlegmasie a été généralement regardée comme la condition étiologique de l’épanchement ventriculaire (1).
Quant au siège de l’inflammation, les uns le mettaient dans les lymphatiques (Brachet), les autres dans les ventricules cérébraux (Coindet), d’autres dans l’arachnoïde (Gaelis, Piorry). M. Senn (2) en démontrant, en 1825, que l’inflammation occupait les mailles de la pie-mère, donna à l’hydrocéphalie aiguë le nom de méningite (pjvtE, membrane). Guersant (3) ayant déjà remarqué la coïncidence de l’épanchement ventriculaire et des granulations dans les méninges, regarda les enfants hydrocéphaliques comme des phthisiques qui mourraient par le cerveau. Cependant’ malgré que l’on ait observé ces granulations et des tubercules dans les autres organes, MM. Tonnelé et Papavoine (4) furent les premiers à démontrer que cette inflammation dépendait de la présence de tubercules dans les méninges et lui ont donné le nom de méningite tuberculeuse.
Quant à la méningite simple aiguë ou méningite franche, ce n’est qu’à la fin du siècle dernier qu’on a cherché à la séparer de l’hydrocéphalie aiguëe, et Hopfengartner (5) a été le premier à distinguer ces deux formes de méningite. Rilliet et Barthez croient cependant être les premiers à décrire la méningite franche des enfants et appuient leurs
(1) Ainsi s’expliquent les noms divers de la maladie : Hydropisie des ventricules du cerveau, hydrocéphale active, etc.
(2) Rilliet et Barthez, Maladie des enfants, t. III, p. 447.
(3) Dict. de médecine, t. XIX, p. 392.
(4) Journal hebdomadaire, t. VI, p. 113, 1830. A. Grisolle. Pathologie interne, t. II, p. 503. Dict. encyclop. des sciences médicales, art. Méninges, p. 579.
(5) Untersuchungen über die Gehirnwassersucht. Stuttgard, 1802
S 12, cité par Rilliet et Barthez. ■».
assertions sur des faits. D’après eux, plusieurs auteurs contemporains (1854) ne font aucune distinction entre ces deux maladies. On pourrait du reste dire la même chose aujourd’hui à propos des symptômes.
Les auteurs divisent la méningite cérébrale en deux espèces :
A. Méningite simple. — Lorsque « les produits de l’inflammation consistent en exsudation séro-fibrineuse, en formation purulente ou en néoplasie conjonctive (1). ■» Elle comprend trois formes :
1. Méningite aiguë, avec ses divisions (traumatique, métastatique, etc.).
2. Méningite chronique, maladie fréquente chez les déments, mais peut être produite aussi par la tuberculose pulmonaire, la syphilis ou l’alcoolisme.
3. Méningite épidémique ou typhus cérébro-spinal. tWWv-u -Qn p0urrai-t; diviser aussi la méningite cérébrale d’après
le siège de l’inflammation, en méningite de la convexité et méningite basilaire ; M. Ramskill (2) a décrit les variétés suivantes de la maladie.
A. — Méningite ( 1. Variété aiguë.
simple. ( 2. Variété chronique.
Il a. Primitive.