‹ Du diagnostic des maladies du système nerveux par l'ophthalmoscopieChapitre 49 sur 84 · CHRONIQUE · texte numérisé non relu

CHRONIQUE

Je parlerai plus loin d'une forme douloureuse de la Myélite chronique, connue sous le nom d'ataxie locomotrice, et de son influence sur la production de iatrophie papillaire, quand la lésion des cordons anténeurs remonte au niveau de la région dorsale, jusqu'au point de la sortie des deux premiers nerfs intercostaux. Dans ce chapitre je ne parlerai que de la ^yélile chronique ordinaire, non compliquée de dou-

3&6 DIAGNOSTIC DES MALADIES DU SYSTÈME liEHVEUX.

leurs dans les membres inférieurs. Cette forme de myélite produit dans Tœil le nystagmusy le strabisme et la diplopiej et Y atrophie de la papille avec amaurose. En voici quatre observations, dont l'une est accompagnée d'autopsie, trois d'entre elles ont été recueillies dans le service de mon collègue, le docteur L^r, à Bicêtre, et la quatrième provient de ma clientèle.

Ici les altérations du fond de Tœil se produisent par un mécanisme tout différent de celui qui les engendre dans le cours des maladies du cerveau et des méninges. Elles sont la conséquence d'une action oculopupillaire réflexe, au lieu d'être le résultat d'une gène mécanique à la circulation veineuse du fond de Tœil. — Elles résultent de l'action du grand sympathique et de ses anastomoses avec les racines antérieures des premières paires cervicales, sur la motilité et sur la nutrition de l'œil (Cl. Bernard). Ce sont des phénomènes sympathiques ou réflexes^ et non pas des phénomènes mécaniques, action que nous retrouverons encore au sujet de Tataxie locomotrice.

On. CL. — Myélite chronique. — Nystagmus. — Tremblement des mains. — Paraplégie et atrophie des membres sopérieurs. — Embarras de la parole. — Mort. — Autopsie. — Ramollissement et atrophie de la moelle.

Un jeune homme, Agé de vingt-quatre ans, couché à Bicètre, dans la salle Sainte-Foy, chez le docteur L^er, était depuis longtemps paraplégique, avecatro-

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phie musculaire générale, embarras de la langue et tremblement des mains et du membre supérieur. En

même temps, il y avait un nystagmus très-prononcé, sans altération de la vision.

Le malade mourut de phthisie pulmonaire tuberculeuse, avec entérite ulcéreuse chronique, et l'on put examiner son cerveau le 6 octobre 1862.

La moelle est atrophiée à la région cervicale, et au commencement de la région dorsale^ elle offre dans les cordons antérieurs des taches brunes, larges de 2 centimètres, et profondes de 5 millimètres. En ce point, elle offre à droite plus qu'à gaucho un ramollissement prononcé. Les racines cervicales antérieures et celles des premières paires sont atrophiées. Le bulbe est sain, mais les pédoncules cérébraux présentent au centre une altération profonde, qui va jusqu'à la partie inférieure des couches optiques. — Au centre de chaque pédoncule, mais ce fait est plus marqué à gauche qu*à droite, la substance cérébrale est brune, un peu ramollie, et au centre existe un petit noyau mince, allongé, de substance plus foncée en couleur. On dirait un ancien foyer de sang, dont les parois semient entièrement rapprochées. — Du côté droit, la lésion est semblable, mais moins étendue; de chaque côté elle finit à la partie inférieure de la couche optique, et pénètre à peine dans son épaisseur ; — les autres parties de l'encéphale n'offrent rien de particulier.

Réflexions. — Ce fait est de la plus grande importance. Il confirme, chez l'homnie, les résultats de l'expérience de Cl. Bernard sur Tanastomose du grand sympathique au cou avec les premières racines antérieures dorsales, et sur l'action réflexe de la moelle épinière sur l'œil. On voit en effet, chez ce malade, un nystagmus en rapport avec l'atrophie incomplète des cordons antérieurs et des racines dorsales antérieures de la moelle. Chez d'autres malades affectés d'ataxie locomotrice, qui n'est qu'une forme de myélite chronique, nous verrons se produire l'amaurose par atrophie du nerf optique, et le phénomène sera sous rinfluence de l'altération des cordons antérieurs de la moelle,

Obs. CLI. — - Myélite chronique. — Strabisme divergent. — Diplopie. -— Nystagmus. — Amaurose. — Atrophie des dem papilles.

Marchand, âgé de cinquante-cinq ans, entré le 25 octobre 1862, à Bicètre, salle Sainte-Foy, service du docteur Léger, a été pris de strabisme divergent, avec diplopie en 18ft7, puis, au bout de trois mois, de paraplégie incomplète, et aujourd'hui il ne voit plus du tout, il marche à peine et a une paralysie complète de la sensibilité des membres inférieurs.

Il y a une atrophie complète des deux papilles et un nystagmus prononcé, avec immobilité des pupilles. Longtemps il a été soigné par M. Desmarres, lorsque,

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vivant à Paris, il pouvait encore marcher pour aller aux consultations de ce médecin.

Réflexions. — Il est bien évident que le nystagmuSf Tamaurose et l'atrophie du nerf optique n'ont en rien servi, chez ce malade, au diagnostic de la myélite accusée par des symptômes bien autrement significatifs, mais ces phénomènes n'en ont pas moins d'importance pour établir la corrélation qui existe entre les fonctions de Tœil et celles de la moelle.

063. CLII. —Myélite chronique. — Ramollissement de la moelle.-* Paraplégie. — Amaurose gauche. — Atrophie de la papille.

Barbier, âgé de quarante -cinq ans, entré le 8 mai, à Bicètre, salle Saint-André, service de M. Léger, a eu, il y a trois ans, une impuissance absolue, puis, au bout de dix-huit mois, des picotements dans le dos, une paraplégie progressive et une amaurose à gauche, La perte de cet œil est aujourd'hui complète, et Tœil droit commence à se troubler. Aujourd'hui la paraplégie est absolue et compliquée d'atrophie des muscles et de contracture des orteils, avec douleurs aiguës fréquentes de chaque membre inférieur. 11 y a un peu de strabisme divergent, mais comme ce malade est borgne, inutile de dire qu'il ne peut y avoir de diplopie.

A l'ophthalmoscope, on constate à gauche une atrophie avec excavation de la papille.

350 DIAGNOSTIC DES MALADIES OU SYSTÈME NERTEUl.

Réflexions. — Chez ce malade, la myélite ressemblait un peu à Tataxie locomotrice, et Ton constatait dans l'œil, sous rinfluence des lésions de la moelle, du strabisme et une double atrophie du nerf optique plus prononcée d'un côté que de l'autre.

Obs. CLIII. — Myélite chronique. — Paraplégie. — fierioe et diplopie. — InOltration sérease des deux pa|»]Ies.

Le 28 septembre 1865, j'ai vu en consultation à Suresnes, avec le docteur Lesueur, M. X..., âgé de trente ans, demeurant rue de Neuilly, 14.

Ce malade, qui est vigneron, ne sait à quelle cause rattacher sa maladie. Il y a un an que, sans savoir à quoi l'attribuer, le mouvement a peu à peu disparu des membres inférieurs, et qu'il ne peut plus marcher.

État actuel. — Homme fort, bien développé, ayant un peu maigri. La colonne vertébrale est droite et ne présente aucune tumeur.

Il n'y a rien eu du côté de l'intestin, de la vessie et des organes génitaux.

Depuis six mois, il y a impuissance complète sans spermatorrhée.

La marche est impossible sans le double appui d'une personne de chaque côté du corps, mais le malade peut se tenir debout contre son lit. Lorsqu'il est couché, il peut un peu remonter son pied en le traînant sur les draps. La sensibilité de la peau est af-

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faiblie, et l'on peut lui chatouiller impunément la plante des pieds. Il n'y a nulle douleur dans les membres, mais, de temps à autre, ils éprouvent comme des secousses électriques.

Quand, le malade a les yeux fermés, il remue ses membres à volonté, comme de coutume.

Les membres supérieurs n'offrent aucun affaiblissement de la motilité ou de la sensibilité.

Il n'y a aucune douleur du ventre ni de l'épigastre; bon appétit, digestions régulières, un peu de constipation, pas de fièvre.

Les pupilles sont égales, largement dilatées et contractiles. La vue est souvent trouble, et quand le malade vient de lire quelque temps, les lettres se brouillent, augmentent de nombre, et s'il regarde autour de lui ou dans la rue, il voit double pendant un instant. Les deux papilles sont atrophiées, très-petites, blanches, aplaties de chaque côté; les vaisseaux sont pâles, très-petits, et il y a une légère infiltration séreuse qui voile un peu tout le fond des yeux.

Réflexions, -^ Chez ce malade, affecté de myélite simple, sans fièvre, avec paraplégie, il n'y avait pas d'ataxie locomotrice, ni de perte du sens musculaire.

Malgré cela, des troubles se sont produits dans la vision. Il y avait de la berlue et de la diplopie passagère, coïncidant avec une légère infiltration séreuse

du fond de l'œil et un commencement d'atrophie des nerfs optiques.

CONaUSIONS

Dans la myélite chronique, il ne se produit qu'exceptionellement des troubles visuels, mais quand la lésion occupe les cordons antérieurs de la moelle à la région dorsale, il peut en résulter de la diplopie^ de Voffaiblissement de la vue et môme de Yamaurose.

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