‹ Du dialecte blaisois et de sa conformité avec l'ancienne langue et l'ancienne prononciation françaiseChapitre 87 sur 132 · AUTRE QUE I, NE SONNE PAS · texte numérisé non relu

AUTRE QUE I, NE SONNE PAS

Et pour un peu de gloire vaine, Ont-ils perdu Dieu et son règne.

(R. delaRose,lom. I, p. 16.) Pour Bourbonnois grandir en leur fortune D'un Scipion, qui pour eux parle et pugne. (Les 7 dames de Rhétoriq.) Un seigneur qui règne Prend de l'œil son conseil, comme le temps le meine, (Pasquier, Poés. div., p. 918.) Règne, esperne (Cliron. des ducs de ISorm. Il, p. 421), chesne , règne (Marot, II, p. 284), règnes, raines (J. de Montlyard, p. 55.)

Ceux qui pourraient douler de la non-prononciation du g dans ces rimes et les suivantes :

Iceu fut fait par tout le règne N'i ont esperne enfant ne femme.

(Chr. des ducs deNorm. II, p. 419.)

n'éprouveront plus le moindre doute à la lecture de celles-ci :

Puille ont Roger Borse et le renne Qui fu de la secunde femme.

(Chr. des ducs de Norm. III, p. 160.)

4° Exemples de mots où le G, même étymologique, est supprimé DANS L'ORTHOGRAPHE, COMME IL L'ÉTAIT

dans la prononciation.

La sousquanie qui fu blanche Sene fiait que douce et franche ■ Estoit celle qui la vestoit.

(Th. fr. au moyen âge, Buchon. note. p. 103. Les eulz cliniez, vos beserai.

Cîiniez donc. Il a clinié.

(R. du Ren. vs. 1767.) La face li a gratinée.

(Id.vs. 2591.) Et si autre asinasionz vous estoiet depuis faitez. (Lett. autogr. de Ch. V. a P. Scalisse, 1367.)

Esgratinent (Gar. le Lolierain, Pref., p. LXXXV.); sènèfie(ïi. du Ren. vs. 105, 119, 129, 173, etc.); espamian t (Chr. des d. de Norm. 11, p. 453.); Cyprine, benine (J. de Montlyard, p. 358.); maline, s'ostine (Desporles, ps. 35.) ; maline, voisine; maquinons (Vauq. de la Fresn. art poét.)

Elle avait évité la perfide machine Lorsque, se rencontrant sous la main de l'oiseau, Elle sent son ongle maline.

(La Fontaine, VI, 15.) L'auberge enfin de l'Ilyménée Lui fut pour maison assinée.

(Id. VI, 20.)

Au XVIe siècle une double prononciation se dessine; les uns font sonner le g, les autres non, s'il faut s'en rapporter à G. du Guez: « Le gn, dit-il, se prononce devant une voyelle, Ex. : gagna, saigna, ligne, pigne, vigne, ligne, compagne, laigne, mignon, mignarde, excepté dans plusieurs (many) mots où il s'écrit sans se prononcer comme digne, cigne, magnanime, etc. » La plupart des poètes confirment cette règle par leurs rimes. Claude de SLLien écrivait 40 ans après : Dans les mots cognoistre, cigne, regnard, signe , le g est tout à fait muet. »

Au XVIIe siècle on ne trouverait plus, si ce n'est clans les premières années , de traces de cette prononciation dans les œuvres poétiques (*). On en surprendrait encore beaucoup clans la conver-

(1) D'une main deffendant le bruit

Et de l'autre jettant la ligne.

Elle fait qu'abordant la nuiot Le jour plus bellement décline.

( Théophile , ode : Un soir que. . .)

Page 1