CHAPITRE IV
Du mariage.
JuE mariage est l'engagement que prennent deux personnes de différent sexe , de s'unir pour former une société. ^
La philosophie moderne donne au mariage une autre fin. Dans Tétat de perfection chimérique où Condorcet, dans son ouvrage'posthume sur les progrès de r esprit humain, suppose que les hommes seront parvenus un jour^ attribuant ainsi à l'individu la perfection qui doit être dans la société, «Les hommes^ dit-il, comprendront y alors que s'ils ont quelque obligation en- ^ vers les êtres qui ne sont pas encore, cène ,y> peut titre de leur donner, l'existencp » : opinion mal sonnante, et primée dans une 4)hrase ridicule > et 4il même ge^nre absolument que celle de ce militaire qui, chargé
d'une exécution rigoureuse, répondait à un maflaeureux qui lui demandait la vie: « Mon » ami , demande-moi tout ce que tu voudras^ > excepté la vie ».
L'union de tous avec tous indistinctement, est la promiscuité àes brutes ; l'union successive d'un avec plusieurs , est la polygamie, la répudiation, le divorce; l'union indissoluble d'un avec un, est le mariage chrétien autrefois, aujourd'hui catholique: . unité d'union ou pluralité d'unions.
Ainsi , comme la promiscuité est l'union des êtres animés les plus imparfaits, des brutes; il semble que l'union indissoluble , qui est l'extrémité opposée , doit être l'union des êtres animés les plus parfaits, des l^ommes ; et que les, états intermédiaires entre ces deux extrêmes y seront plus ou moins parfaits , selon qu'ils'se rapprocheront de l'un ou de l'autre ; vérité universellement convenue , puisque les adversaires de l'indissolubilité ne lui reprochent que sa perfection.
Si le mariage humain est une union avec engagement de former société, il diffère eseentiellement du concubinage , qui est une
C4<5) union sans engagement de former société , et plus encore du bbertinage vague ^ qui est une union avec dessein de ne point former de société.
La fin du mariage n*est donc pas le bonheur des époux ^ si par bonheur on entend^ comme dans une idylle , le plaisir du cœur et des sens; que l'homme amoureux de l'indépendance trouve bien plutôt dans des unions sans engagement.
La religion et l'Etat n'envisagent^ dans le mariage, que les devoirs qull impose; et ils ne le regardent que comme l'acte de fondation d une société , puisque cette société à venir est, dans le sacrement, Tobjet des bénédic* tions de la religion, et dans le contrat civil, Tobjet des clauses que ratifie et garantit l'Etat.
Tout engagement entre des êtres intelligens et sensibles qui ont la faculté de vouloir et d'agir , suppose liberté dans la volonté, puissance dans l'action. Ainsi, là où il y a contrainte reconnue ou impuissance prouvée, il n'y a pas de mariage, parce qu'il n'y a pas d'engagement , et qu'il ne peut en naître de société. Ce sont ces deux
C47) ^empêdiemens qu'on appelle dirimans , et auxquels tous les autres se rapportent. ,
Dès que rengagement est valable ^ il ne . peut y avoir de raison de le dissoudre ^ même pour cause de non survenance d'en-* fans.
Les motifs de Tindissolubilité sont pris de la sqciété domestique et de la société publique , parce que le mariage est à la fois dômes-* tique dans, son p^ncipe , et public dans ses eiSets.
i*^. Le mariage est une société éventuelle, et la famille une société actuelle. La nature n'a pas fixé le terme de cette éventualité ; et lors même que le mariage n'atteint pas son but social , et que les enfans ne surviennent pas^ il n'y a pas de raison de rompre le premier engagement pour en former un autre ^ puisque la fécondité du second mariage est tout aussi éventuelle que celle du premier. Dès que l'enfant est survenu, le but est rempli , et la société d'éventuelle est devenue actuelle*
Ainsi , tant que le mari et la fenmie n*ont point d'enfans , il peut en survenir ^ et le mariage n'étant formé que pour les enfans à
venir, il n'y a pas de raison de rompre le mariage; et lorsque les enfans sont survenus, le mariage a atteint sa fin, et il jj a raison de ne pas le rompre J car il est à remarquer que Timpuissance ne se prouve pas contre la femme , même dans le cas d'infécondité.
En un mot, la raison du mariage est la production des enfans. Or, en rompant un premier mariage pour en fSntracter un ser cond, la production devient impossible dans le premier, sans devenir plus assurée dans l'autre. Denc il n'y a pas de raison de rompre le mariage; et, après tout, quelque disposition qu'aient nos philosophes modernes à assimiler l'homme aux brutes, et quelque importance qu'attachent à la population ces grands dépopulateurs de l'Univers , ils n'oseraient sans doute soutenir que , dans les mariages humains, on doive, comme dans les haras , procéder par essais.
2^. Les raisons contre le divorce, tirées de la société publique, sont' encore plus' fortes que celles^ qui sont prises de la société domestique.
Le pouvoir politique ne peut garantir la
stabilité
Stabilité des personnes domestiques sans les cpnnaître ; de là la nécessité de l'acbe civil, qui fait connaître l'engagement de Tbomme et de la femme ; et de l'acte de naissance , qui fait connaître le père, la mère et l'enfant.
Mais , et je prie le lecteur de faire attention à ce raisonnement, le pouvoir politique n'intervient par ses officiers dans le con* trat d'union des époux, que parce qu'il y représente l'enfant à naître, seul objet social du mariage, et qu'il accepte l'engagement qu'ils prennent > eu sa présence et sous sa ga? rantie, de lui donner l'être. Il y stipule,; les intérêts de l'enfant, puisque toutes les, çlausies matrimoniales sont relatives à la surve» nance des enfans , et que même il accepte quelquefois certains avantages. particuliejrs stipulés d'avance en faveur d'un enfant a naître dans un certain ordre de naissance pu de sexe ; et témoin du lien qui doit lui donner i'e;^istence , il en garantit la stabilité qui doit assurer sa conservatioja. Uengagement conjugal est donc réellement formé entre trois personnes présentes ou représentées ; car le pouvoir public > qui précède la famille et qui lui survit , représente toujours ^
^ans la famille, la personne absente; soiJt ]|'enfànt avant sa naissance , soit le père après sa mort.
L'engagement forme entte trois, ne peut <donc être rompu par deux au préjudice du tiers, j3uisque cette troisième persotirie est , sinon la première, dti moins là plus Importante ; que c'est à elle seule qufe tout se rapporte, et qu'elle est Id raison de l'union so- <;iale des déùîc autres, qui ne sont pas plus père ôdjnère san-s l'^enfant, que lui n'est fils sânf ielles. « pâds lès sociétés ordinaires , p mséhtîes fétïacffètiirs dû projet, oh stipule >) pôur'sôi , dans 1^ nfiâriage, on stipule pour 5> aatrufî). Le pèféètlà'mèrequifohtdîvbrce, -èôtït db'nô réelfëfni^M deux fortfe qîii s'arrangent poîir dépduilVé? îlh fàibte,^et l'Ëiat quî ycotlseiit, est Cônipticë deîeùr t)riearidage. Cfelffe troisièrAô per'sôi\ne he pèUt , iniêmè présente, coilsëûtlr jamais a ïa dissblûfioù âé là société qui hii a donné ï*étrè ] puisqli'^élle est tôujdui*s rninéure dans là famille, rtîêrlie aîots qu'èîlfe est inàjéure dans PEtat ; par Conséquent, toilf ours hors d'état de consentir rien à sOn Jjrôjudicej et le poûtroit politique, qtii ï'à réj^résentée i^îkii fbtmer
(St)
le lien de U société; ue peut plus la-repréf senter pour le dissoudre, parce que le tuteur est donné au pupille^ moins pour accepter ce qui lui est utile, que pour i*empêcher.de consentir à ce qui lui nuitj ce qui fait qu'il peut acheter valablement ajg nom du pupille , et qu'il ne peut pas vendre.
Le Qiaridge est donc indissoluble^' sou^ le rapport domestique, et public de société. Ijl est dpîic naturellement indissoluble» j:,cajr fe .naturel ou la nature de l'homme se çoffippaf à la fois de l'état domestique et de llé.t^t public; -et il y a d^lpfuoi. s étonner ^tsanf doute > d'entendre les rédacteurà du ,Prp)^t de Code civil » dire que le mariage n^ejsfnf un acte cii^il, ni un actejrcligieux^, m^is un aacte naturel ; car si dn.^alcnd -pw m^ Q.cte naturel ùa acte physique, le m'ariagil ii'est qu'une rencontre; djanimaux , et-si oA entend autre chose, il n'est pas.iposfiîble.dQ deviner ce qu'on veut dire*!) î ' : :r : o. :
Le divorce est donc contraire aujinrin-i €lpe de ia'*Stioiété \ nousspranveinonirK^dà la' suite cte ce traité , qu'U^ esi funeslè diinq ses effets soi ta* M)ciété%:^' î'^iîlhi/