DU BICHE
Que les agglomérations de biens résultant de lapropriété tant personnelle qu* héréditaire ^ composent ce qu'on appelle la richesse, laquelle remplit dans la société plusieurs fonctions indispensables.
Il résulte de la propriété garantie à l'individu et à ses enfants, des accumulations de richesses, plus ou moins promptes, auxquelles une seule génération suffit quelquefois pour se former, lorsqu'il se rencontre un homme heureu-
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sèment doué , mais auxquelles il en faut ordinairement plusieurs, et il s'élève de la sorte de grandes fortunes, qui attirent les regards conmie ces énormes meules de grains , placées le long des routes au bord de champs fertiles. Ce spectacle, je le sais^ blesse certains regards, mais qu'y faire?
Je répéterai ici ce que j'ai déjà dit ailleurs des premières inégalités de biens provenant, dès le début même des sociétés , de l'inégalité naturelle des facultés humaines , c'est qu'il faut les souffrir, parce que ces parts plus grandes de la richesse générale n'ont été dérobées à personne, que pour les empêcher il aurait fallu arrêter l'homme et lui dire : Ne travaillez pas tant ; et qu'en fin de compte chacun en profite, même l'envieux, car s'il y a plus d'aliments , de vêtements , d'habitations ; tous ces objets nécessaires à la vie sont à meilleur marché pour tout le monde.
C'est donc une puissante considération pour laisser faire ces travailleurs obstinés, puisqu'ils ne prennent rien à personne , et qu'ils donnent quelque chose à tous. Reste l'effet aux yeux. Ëh bien ! si cette richesse offusque les uns, elle
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excite les autres, les encourage>les soutient, les anime , et la société trouve tant d'avantages à l'encouragement qui en résulte pour la généralité de ses membres, qu'elle doit bien passer sur le dépit inspiré à quelques-uns d'entre eux. Maintenant n'a-t-elle pour souffrir la richesse que ces raisons, qui sont déjà bien bonnes il me semble? n'en a-t-elle pas d'autres? Il est facile d'en juger.
Sans doute on ne veut pas dans la société un seul travail, le travail manuel. On veut aussi que l'homme puisse appliquer le compas sur le papier, pour mesurer la marche des astres, et apprendre à traverser les mers; on veut qu'il puisse rester penché une partie du jour sur les annales des nations , pour découvrir la cause de la prospérité ou de la chute des empires , et apprendre à les gouverner. Eh bien ! ce n'est pas l'homme qui d'un soleil à l'autre demeurera courbé sur le sol ou sur une machine, qui pourra trouver ces loisirs. Quelquefois , il est vrai, un paysan sera Sforce, un ouvrier d'imprimerie sera Franklin, mais ces exceptions sont rares. Ce sont les fils des hommes voués au travail luanu^, qui, élevés au-dessus de leur condition
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par un père laborieux, monteront les degrés de Téchelle sociale, et parviendront aux sublimes travaux de Fintelligence.
Le père était paysan, ouvrier dans mie manufacture, matelot sur un navire. Le fils, si le père a été laborieux et économe, le fils sera fermier, manufacturier, capitaine de navire. Le petit-fils sera banquier, notaire, médecin , avocat, chef d'État peut-être. Les générations s'élèvent ainsi les unes au-dessus des autres, végètent en quelque sorte, semblables à cet arbre qui à chaque retour de la belle saison pousse des rejetons nouveaux , lesquels , frais, tendres et verts comme l'herbe au printemps, prennent à l'automne la couleur et la consistance du bois , puis devenus petites branches l'année suivante, se couvrent à leur tour d'autres rejetons, finissent avec le temps par être grosses branches , par remplacer même le tronc principal, et pareil phénomène se produisant en tout sens, embrassent enfin le sol de leur magnifique ombrage.
Ainsi s'opère la végétation humaine , et peu à peu se forment ces classes riches de la société, qu'on appelle oisives, qui ne le sont pas, car le travail de l'esprit vaut le travail des mains ,
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et doit lui succéder^ si on veut que la société ne reste point barbare. Je reconnais que, parmi ces riches, il y en a qui, indignes fils de sages pères , la nuit au milieu des festins , entourés de courtisanes, enivrés de boissons qui troublent leur esprit , consomment dans l'oisiveté et la débauche leur jeunesse , leur santé , leur fortune. Cela n'est que trop réel ; mais ils seront bientôt punis. Leur jeunesse flétrie avant le temps, leur fortune détruite avant le terme de leur carrière , ils passeront tristes, défigurés et pauvres, devant ces palais que leur avaient légués leurs pères , que leur folle prodigalité aura livrés aux mains de riches plus sages, et en une génération on aura vu le travail récompensé dans le père , Toisiveté punie dans le fils! envie, implacable envie, n*êtes-vous pas consolée?
D'ailleurs les enfants du riche sont-ils tous oisifs , débauchés , dissipateurs ? Il est bien vrai qu'ils ne travaillent pas tous comme celui qui laboure , file ou forge. Mais encore une fois , n'y a-t-il donc que le travail des mains ? Ne faut-il pas, je le répète, qu'il y ait des hommes voués à étudier la nature , à découvrir ses lois
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pour en user au profit de l'espèce humame , pour apprendre à employer Teau , le feu , les éléments , pour apprendre à constituer, à gouverner les sociétés? Il est encore vrai que ce n'est pas le riche qui fait le plus souvent ces sublimes découvertes , bien que ce soit lui quel« quefois; mais c'est lui qui les encourage, c'est lui qui contribue à former ce public instruit pour lequel travaille le savant modeste et pauvre, c'est lui qui a de vastes bibliothèques, c'est lui qui lit Sophocle , Virgile , le Dante , Gralilée , Descartes, Bossuet, Molière, Racine, Montesquieu, Voltaire. Si ce n'est lui, c'est chez lui , autour de lui, qu'on les lit , les goûte, les apprécie, et qu'on réunit cette société éclairée, polie, au goût exercé et fin, pour laquelle le génie écrit , chante et couvre la toile de couleurs ! Quelquefois ce riche est lui-même un bon juge, quelquefois il est aussi l'un de ces esprits éminents , qui ne se bornent pas à jouir des œuvres du génie, mais qui en produisent d'éclatantes. Il est le riche Salluste, le riche Sénéque , le riche Montaigne , le riche Buffon , le riche Lavoisier; il est aussi l'homme d'État éminent qui préside aux destinées de sa patrie.
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Ainsi, un simple filateur de coton accumule des richesses immenses; il est Anglais et s'appdle Peel. Consacrant sa vie à ses ateliers, il est peu versé dans la connaissance des affaires d'État, mais il prodigue à. son fils tous les genres de savoir, et ce fils s'élevant au-dessus de son père, joignant aux connaissances les plus étendues Tinfluence de la fortune, devient Tun des premiers hommes d'État d'Angleterre, et se plaçant entre les vieilles races et les nouvelles, gouverne sa patrie avec un heureux mélange d'esprit ancien et d'esprit nouveau.
Est-ce donc un spectacle odieux, que celui d'un père qui, après avoir employé ses facultés d'une manière lucrative, fournit à son fils le moyen de les employer d'une manière moins lucrative, mais plus noble et plus élevée ? N'est-il pas bon, n'estil pas nécessaire qu'après l'un de ces emplois vienne l'autre? Laissez-moi vous citer encore d'autres exemples qui en leur temps dépitèrent bien des envieux.
Dans la république la plus féconde en richesses et en chefs-d'œuvre, car elle donna au mcmde le Dante, Pétrarque , Boccace , Machiavel) Galilée, Ghiberti, Brunelleschi, Léonard de
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Vinci, Michel-Ange , dans cette r^ublique qui répandit en Europe le drap, la soie, le velours , l'orfèvrerie, le florin, le crédit, il y eut une famille de marchands illustres , qui ont légué leur nom à l'un des trois grands siècles de l'humanité, les Médicis! Trouvez-vous bien mauvais les exemples qu'ils ont donnés au monde ?
Jean de Médicis, en 1400, fonda la fortune de sa famille. Doux , prudent, laborieux, possédant au plus haut degré le génie du négoce, il amassa des richesses immenses, et répugnant comme un sage aux affaires publiques , même un peu mélancolique suivant Machiavel, il conseilla à ses enfants de ne jamais s'approcher du gouvernement. Souvenez-vous, leur dit-il à son lit de mort, que je ne suis jamais allé au Palais vieux (c'était le palais du gouvernement) qu'après y avoir été appelé [che chiamato)*
Ses conseils furent heureusement peu suivis.
Son fils , Gôme, entouré des plus savants maîtres , instruit dans les sciences , les arts , la politique, doué d'un génie hardi, se mêla, malgré les avis de son père, aux affaires publiques, fut proscrit, rappelé avec enthousiasme, ne gouverna pas , mais influença trente années la
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r^ubb'que florentine, fit bâtir par Michelozzo le ravissant palais de sa famille (1), vécut avec Masaccio , Brunelleschi , Ghiberti , Donatello , le Pogge, fonda des écoles de grec à Florence, accrut encore la fortune de sa famille, et toutefois en étant politique et savant resta négociant. Ce négociant cependant quittait son comptoir à certaines fêtes , pour aller dans la charmante retraite de Caffagiolo , y lire , devinez quoi ! y lire 0es Dialogues de Platon , que le Pogge lui avait traduits , et qu'il avait payés par une grosse somme d'or. Son flls Pierre lui survécut à peine, et la gloire de sa maison passa à son petit-fils , à celui que la postérité n'a cessé d'aimer, d'admirer, sous le nom de Laurent le Magnifique. Celui-là, plus désobéissant encore aux conseils de son aïeul , négligea tout à fait le commerce , et ne fut que savant et politique. Élevé avec Polilien et Pic de la Mirandole, poète, chevalier, excellant dans tous les exercices du corps, laid comme Socrate et séduisant comme Alcibiade , homme d'État aussi sage que négociateur irrésistible, il sauva
(1) Le palais Ricardi.
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sa patrie menacée d'une coalition générale, lui ramena, lui soumit par la douceur de sa domination toutes les cours d'Italie, les fit vivre quinze ans dans un repos profond, que les his* toriens italiens ont appelé l'âge d'or de leur patrie, écrivit des vers exquis, fit rechercher et découvrir dans l'Europe entière les plus précieux manuscrits grecs et latins, les plus belles statues antiques, donna Michel-Ange au monde ; charma, éblouit par sa magnificence les princes italiens qu'il avait attirés à Florence dans l'intérêt de la concorde générale, pensa à tout excepté à sa fortune , la iMX)digua , la oom« promit, mais si notoirement dans l'intérêt général, que Florence reconnaissante déclara confondus le trésor des Médicis et éelui de la république; mourut enfin emportant le bonheur de sa patrie dans la tombe, car la prudence qui la rendait heureuse , descendue avec lui au cercueil, Français, Allemands se jetèrent en Italie, la ravagèrent pendant un demi-siècle, et ta firent ce qu'elle est encore, c'est-à-dire esclave.
Aurait-il mieux valu que ce beau phénomène de transmission héréditaire n'existât point? Que la fortune des Médicis étant arrêtée à Jean,
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Gôme eût été obligé d'employer sa vie à la recommencer; qu'arrêtée de nouveau à Côme, Laurent eût été obligé de la recommencer encore, et qu'aucun d'eux n'eût trouvé le temps de cultiver les arts, les lettres et la politique?
Ces agglomérations de fortune, conséquence forcée du travail indéfiniment excité, procurent donc les loisirs nécessaires à la culture des hautes sciences. Elles forment cett« région sociale où l'esprit ne naît pas toujours , où il nait quelquefois , mais où il a besoin d'habiter, pour être goûté, excité, encouragé. Ainsi, dans ses profondes combinaisons , la nature livrée à elle-même fait qu'une convenance des choses répond à mille autres. Il faut que l'homme qui travaille ait la faculté de devenir riche, pour avoir un but à ses efforts , et en même temps en devenant riche il crée pour ses fils les loisirs de l'esprit. Ainsi dans l'univers tout se tient , se soutient, contraste sans se contredire, forme mille reflets harmonieux , comme dans un tableau coloré par une main habile et savante.
EsfH^e là tout le rôle du riche ? Le fils enrichi par le travail de son père a non-seulement de beaux livres et de beaux tableaux, mais un pa-
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lais meublé d'étoffes somptueuses y des tables abondamment servies, des chevaux fougueux , des chars élégants? Dites-nous, ô philosophes de Fenvie, faut-il de toutes ces choses dans une société? Êtes- vous quakers, haïssant tout ce qui brille, n*aimant que le blanc et le noir, peut-être le gris comme seule variété permise, ou bien admettez-vous qu'il faille dans les produits de toute société , la variété dans l'abondîmce, la finesse, l'élégance, la beauté, enfin? Quelsque soient vos penchants personnels , que je soupçonne de n'être pas ceux des quakers, permettez-moi de vous faire connaître la loi de toute production. Si on ne produit pas beaucx)up , on produit mal et chèrement, et si on produit beaucoup, on produit plus ou moins bien , par suite de l'inégalité des facultés humaines, cause toujours agissante. Grénéralement on commence par produire mal , ensuite médiocrement, pour finir par produire bien, trèsbien, puis encore mieux ; et tandis qu'on s'avance de la sorte, on le fait en gardant toujours cette distance inévitable du produit inférieur au produit moyen , du produit moyen au produit supérieur. Ou il ne faut pas de progrès , ou il
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faut ces trois termes. Ou il faut la vallée de Tempe , habitée par des pâtres , mangeant la chair de leurs troupeaux, tissant leur laine, pâtres que les poètes disent innocents, que je vous déclare, moi, très-grossiers, souvent livrés à d'ignobles vices, ayant leurs Gain s'ils ont leurs Abel , et leurs pauvres aussi cent fois plus hideux que ceux de Londres et de Paris , car ce sont ces crétins portant à leur cou les insignes de la misère physique, et sur leurs traits idiots les signes de la misère morale : ou il faut, dis-je, cette vallée de Tempe, ou il faut, au contraire, une société sans cesse en mouvement , et dans laquelle se trouvent, je le répète, trois termes inévitables : le produit inférieur, le produit moyen, le produit supérieur. Cette société veutelle faire des progrès? Elle est contrainte à n'aller que de l'un de ces termes à l'autre. Veutelle du bon marché ? Il est encore indispensable que les trois se combinent, pour que le bon marché résulte de la réversion des frais du premier sur le second , du second sur le troisième. S'agit-il , par exemple , de la production agricole, le froment, le seigle, la pomme de terre se succédant sur la terre pour n'en laisser
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aucune partie improductive, se prêtent Un secours mutuel. Le haut prix du froment permet à l'agriculteur de vendre le seigle à plus bas prix ; le prix moyen du seigle permet de livrer la pomme de terre à plus bas prix encore. S'agit-il de la production manufacturière , même réciprocité de secours. Il y a cinquante ans, lorsqu'on introduisit la filature du coton en France, on fabriqua d'abord mal et chèrement, puis un peu moins mal et moins chèrement, enfin très-bien et à bon marché. On continue en filant plus finement le fin, le moyen, le gros, et en les donnant chaque jour à meilleur marché, grâce à la réversion de frais qui s'opère des uns sur les autres. Même phénomène pour ces élégants tissus de laine, qu'autrefois on allait chercher dans les vallées du Thibet, qui ne figuraient, il y a un demi-siècle, que sur les nonchalantes épaules de la femme opulente, qui aujourd'hui sont descendus sur celles de la femme simplement aisée, et ont permis au tissu de mérinos de recouvrir la modeste femme de l'ouvrier. Si on ne produisait pas le beau tissu de cachemire , on ne pourrait pas produire à bas prix celui de mérinos dont la femme de
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Touviier se pare les jours de fête. Les beaux et rapides cheyaux de pur sang, sur lesquels le fils dissipé du riche s'enfuit au galop à travers les allées d\itt parc, dédommagent l'agriculteur d'avoir élevé le cheval moins élégant sur lequel montent nos braves cavaliers , ou le cheval grossier qui traîne la charrue. Mais ces produits plus recherchés, plus fins, plus rares, qui les payera, s'il n'y a des accumulations de fortune dans quelques mains heureuses, que le travail présent ou passé a enrichies ? La richesse, la médiocrité, la pauvreté s'entr'aident ainsi , et payent moins cher, parce qu'elles payent ensemble les divers états de l'industrie humaine. Sans doute il vaudrait mieux qu'il y eût du pur froment pour toute bouche à nourrir, du cachemire pour toute fenune à vêtir , le beau coursier d'Arabie pour tout cavalier à monter ! Ah ! que ne dépend-il de nous de nourrir des meilleurs aliments , de vêtir des plus beaux tissus, de loger dans les plus saines demeures, ce peuple que nous aimons beaucoup plus que ceux qui le flattent, dont nous apprécions le simple et naïf bon sens, quand on ne l'a pas corrompu !
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Mais cela est-il au pouvoir de la science ancienne ou moderne ?
Dieu, Dieu , ce grand coupable, a voulu que l'homme commençât sur cette terre par le gland, pour finir, à forcede travail, par le pain de froment, et il nous semble que, s'il a voulu faire du bien-être le prix du travail, et de la vie une épreuve, il est permis de s'incliner devant ]a profondeur d'un tel dessein.
Ces aliments choisis, ces vêtements beaux et sains que vous enviez au riche , le pauvre les aura un jour ; oui, il les aura moyennant que la société travaille longtemps encore. Vaine promesse ! dira-t-on. Pas si vaine, si on en juge d'après le passé. Il y a trois ou quatre siècles, les rois, dans leurs donjons, avaient de la paille sous les pieds. Aujourd'hui, le plus simple commerçant, dans l'intérieur de sa demeure, marche sur des tissus de laine émaillés de fleurs. Pour qu'il en fût ainsi, la société a travaillé des siècles. Qu'elle travaille encore, et ce qui n'appartient qu'au riche sera le lot du pauvre. Mais quand la société sera parvenue à ce point , le tissu fin sera plus fin encore, et il faudra toujours la richesse, l'aisance, la médiocrité (qui
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ne sera {dus la pauvreté, j'espère) pour correspondre aux trois états de toute industrie humaine, pour payer le produit supérieur, moyen et inférieur; car Tindustrie en progrès est comme une colonne en marche, elle a toujours une tête, un centre, une queue.
Voyez ce qui arrive au milieu des grandes perturbations politiques et sociales. Plus menaçantes pour le riche que pour le pauvre , elles effrayent le premier, l'éloignent de toutes les jouissances du luxe, et à l'instant toute prospérité s'arrête. On crie , on s'emporte contre le riche, on veut l'accabler d'impôts; on frappe tout ce qui lui ressemble dans les hauts fonctionnaires de l'État, on réduit tous les traitements , et la misère ne fait que s'accroître à mesure que la consonunation des objets de luxe s'interrompt plus complètement. Alors on s'écrie qu'il faut secourir l'industrie, on en cherche les moyens, et on dépense en secours donnés à telle ou telle manufacture, en primes à l'exportation dont l'étranger profite seul, deux, trois fois plus qu'on n'a gagné de millions par des impôts mal assis , ou des réductions mal entendues. On se voit donc obligé