‹ Du droit de propriétéChapitre 18 sur 22 · DU DH<N[T DB PBOPSIÉTK · texte numérisé non relu

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riche qui a beaucoup plus qu*il ne lui faut pour vivre, le riche peut perdre, dès lors peut risquer, et, tandis qu'il est Uvré aux dissipations d'une société élégante, ou aux agitations de la politique, ou aux distractions des voyages, lais* sant ses capitaux accumulés chez le banquier en crédit, il lui confie son superflu qui sert à ^courager les entreprises nouvelles. 11 perd ou gagne à ces entreprises. Il est peu à plaindre s'il perd. Il devient plus riche s'il gagne , et peut encourager un autre génie plus hardi encore.

Ainsi cette inégalité de richesses, qui répond déjà aux besoins de Findustrie humaine toujours inégale dans ses produits, a seule aussi le moyen d'être hardie comme le génie. Il lui reste un dernier rôle, qui complète son sort en ce monde, et cette fois, ô cruelle envie, vous ne l'aimerez pas davantage, mais vous serez du moins condamnée au silence! Elle peut être bienfaisante. Oh! sans doute, le riche, qui souvent est un oisif, un dissipateur, vice qu'il expie bientôt par la misère , qu'il expie cruellement, car le pauvre a du moins des bras, et lui n'en a pas, le pauvre n'a pas de honte, et lui en

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est dévoré, le riche aussi a quelquefois un cœur sec, indifférent à l'infortune, et il ne demeure pas impuni ; car, outre qu'il est privé des plus douces jouissances qui existent sur la terre, il est poursuivi par la plus juste ^ par la plus cruelle haine qu'on puisse inspirer aux hommes , la haine contre le riche avare et insensible. Mais il est bienfaisant quelquefois, et alors il quitte ses palais pour aller visiter la chaumière du pauvre, bravant la saleté hideuse, la maladie contagieuse, et quand il a découvert cette jouissance nouvelle, il s'y passionne, il la savoure, et ne peut plus s'en détacher. Supposez toutes les fortunes égales, supposez la suppression de toute richesse et de toute misère , personne n'aurait moyen de donner , mais personne, suivant vous , n'aurait besoin qu'on donnât , ce qui est faux. £n supposant même que cela fût vrai, vous auriez supprimé la plus douce, la plus charmante, la plus gracieuse des vertus de l'humanité! Triste réformateur, vous auriez gâté l'œuvre de Dieu, en la voulant retoucher. Laissez-nous, je vous en prie, laissez-nous le cœur humain tel que Dieu nous l'a fait. Sans doute 31', pour avoir la satisfac-

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tîon de voir des riches bienfaisants , nous avions créé des pauvres à plaisir, vous auriez raison de dire qu'il vaut mieux qu'il n'y ait pas de pauvres, dût-il ne pas y avoir des riches capables de donner. Mais n'oubliez pas'^ que ce riche n'a pas fait pauvres ceux qui le sont, que s'il n'était pas devenu riche, c'est-à-dire si ses pères n'avaient ajouté par leur travail à la richesse générale, les pauvres seraient plus pauvres encore , et que son adorable bienfaisance^ pour pouvoir se montrer généreuse envers le malheur, n'a pajs commencé par lui prendre afin de pouvoir lui donner. Dans cette marche incessante vers un état meilleur, le travail qui a réussi vient au secours du travail qui n'a pas réussi, et la richesse qui peut avoir tous les vices, mais qui peut aussi avoir toutes les vertus, soutient la pauvreté. Elles marchent appuyées l'une surl'autre, se procurant des jouissances réciproques , et formant un groupe cent fois plus touchant à voir que votre pauvreté seule à côté d'une autre pauvreté, se refusant mutuellement la main , et privées de deux sentiments exquis, la charité et la reconnaissance.

Encore une observation sur ce sujet, et je ne

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VOUS parlerai plus du riche. Ces aocumulatioiis de richesse , si apparentes aux yeux, ne sont ni aussi nombreuses ni aussi considérables qu'on rimagine ^ et s*il prenait la fantaisie de les partager, on aurait procuré une bi^ petite portion aux copartageants. On aurait détruit Fattrait qui fait travailler , le moyen de payer les hauts produits du travail , effacé en un mot le dessein de Dieu, sans enrichir personne. En effet , croyez-vous que les riches soient bien nombreux, et qu'ils soient bien riches ? Ils ne sont ni Tun ni l'autre. Personne n'a compté les fortunes dans une société ; mais dans un État comme la France , où l'on suppose douze millions de familles, en comptant trois individus par famille, on sait qu'il existe deux millions de familles qui ont à peine le nécessaire, et souvent même en sont privées ; six millions qui ont le nécessaire, trois millions qui ont l'aisance, près d'un million qui ont un commencement d'opulence , et tout au phis deux ou trois centaines qui possèdent l'opulence elle-même. Supposez un partage égal, on ne disputera rien à ceux qui jouissent du nécessaire , on pardonnera peut-être à la simple ai-

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sanee, même à la fortune qui commence, mais â on prenait la fortune des trois cents cpii ont ht véritable opulence , on ne payerait pas la moitié des dépenses de l'État pendant une année. On n'aurait pas ajouté une quantité appréciable au bien-être des masses, et on aurait supprimé le stimulant qui, en excitant le travail, produit l'amélioration de leur sort. Ces accu* mulationsquibrillent aux yeux, qui en brillant contribuent à exciter l'ardeur au travail , qui servent à acheter les produits les plus raffinés d^une industrie en progrès, quelquefois à se répandre comme un baume bienfaisant sur le travail moins heureux , ces accumulations réparties sur la masse ne lui procureraient rien, et auraient détruit tous les mobiles qui, en excitant l'homme à travailler, ont amené le meilleur état de l'espèce humaine. Il est bien certain qu'aujourd'hui le peuple est moins indigent qu'il y a quelques siècles ; que les famines, par exemple, n'emportent plus des générations entières ; que le peuple, mieux nourri, mieux vêtu, mieux logé (sans l'être aussi bien qu'on devrait le désirer), n'est plus exposé aux contagions résultant de la malpropreté , de la misère ,

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comme en Orient ou au moyen âge. Comment cela s'est-il fait? Par l'ardeur que dans tous les siècles on a mis à devenir riche. Détruisez la richesse, et le travail cesse avec le stimulant qui l'excitait. Vous n'avez pas ajouté un millième peut-être ^ l'aisance actuelle de tous , et vous avez détruit le principe qui en cinquante ans peut la doubler ou la tripler. Vous avez , ainsi qu'on l'a dit, tué la poule aux œufs d'or.

Souffrez donc ces accumulations de richesses, placées dans les hautes régions de la société , comme les eaux qui, destinées à fertiliser le globe, avant de se répandre dans les campagnes en fleuves, rivières ou ruisseaux, restent quelque temps suspendues en vastes lacs au sommet des plus hautes montagnes.

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