‹ Du droit de propriétéChapitre 6 sur 22 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

DB LA MSTBODE A SUIYRS^

Que l'observation de la nature humaine e$t la vraie méthode à suivre pour démontrer les droits de Fhomme en société.

Avant de chercher à démontrer que la pro-^ [Mriété est un droit, un droit sacré comme la li^ berté d'aller, de venir, de penser et d'écrire, il importe de se fixer sur la méthode de démons^ tration à suivre en cette matière.

jijuand on dit : L'homme a le droit de se mouvoir, de travailler, de penser, de s'exprimer librement , sur quoi se fonde-t-on pour parler de la sorte ? Où a-t-on pris la preuve de tous ce$ droits ? Dans les besoins de l'homme , disent quelques philosophes. Ses besoins constituent ses droits. Il a besoin de se mouvoir librement, de travailler pour vivre, dépenser, quand il a pensé, de parler suivant sa pensée , donc il a le

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droit de faire ces choses ! Ceux qui ont raisonné ainsi ont approché de la vérité et ne Tont pas atteinte, car il résulterait de leur manière de raisonner que tout besoin est un droit , le besoin vrai comme le besoin faux, le besoin naturel, simple, comme le besoin provenant d'habitudes perverses. S'il y a, en effet, des besoins vrais , il y en a de faux, qui naissent de fausses habitudes. L'homme, en se livrant à ses passions, se crée des besoins exagérés et coupables , tels que ceux du vin , des fenmies , de la dépense, de la paresse, du sommeil, de l'activité désordonnée, des révolutions, des combats, de la guerre. Homme de plaisir, il lui faudra la femme ^e tout le monde; grossier amateur du vin , il lui faudra des torrents de boisson qui l'abrutiront ; conquérant, il lui faudra la terre entière à ravager. Si les besoins étaient la source des droits , César à Rome aurait eu le droit de prendre la femme des Romains, leur liberté, leur bien, leur gloire, et dans ce cas le vice aurait fait le droit.

Je sais bien que les philosophes qui ont raisonné ainsi ont distingué et ont dit : Les vrais besoins font les droits. Alors reste à chercher

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quels sont les besoins vrais , à discerner les vrais des faux ; à quoi on arrive, comment? par l'observation de la nature humaine.

L'exacte observation de la nature humaine est donc la méthode à suivre pour découvrir et démontrer les droits de l'homme.

Montesquieu a dit : Les lois sont les rapports des choses. J'en demande pardon à ce vaste et grand esprit, il aurait peut-être parlé plus exactement en disant : Les lois sont la permanence des choses. Newton observe les corps graves ; il voit une pomme tomber d'un arbre , suivant le langage te];restre des habitants de notre planète. Rapportant ce fait à un autre, à celui de la lune attirée vers la terre, de la terre attirée vers le soleil, il aperçoit, dans un fait particulier et insignifiant, un fait général, permanent, et il dit : Les corps graves sont attirés les uns vers les autres , proportionnément à leur masse , et il appelle ce phénomène la loi de gravitation.

J'observe l'homme , je le compare à l'animal : je vois que, loin d'obéir à de vulgaires instincts, tels que manger , boire, s'accoupler,

dormir, se réveiller , recommencer encore, il

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sort de ces étroites limites, et qu'à toutes ces manières de se comporter il en ajoute de bien plus relevées, de bien plus compliquées. Il a un esprit pénétrant ; avec cet esprit il combine les moyens de satisfaire à ses besoins ; il choisit entre ces moyens , ne se borne pas à saisir sa proie au vol comme Faigle , ou à l'affût comme le tigre» il cultive la terre, apprête ses aliments, tisse ses vêtements , échange ce qu'il a produit avec ce qu'a produit un autre homme, commerce, se défend ou attaque, fait la guerre, fait la paix, s'élève au gouvernement des États, puis, s' élevant plus haut encore, arrive à la connaissance de Dieu. Â mesure qu'il est plus avancé dans ces diverses connaissances, il se gouverne moins par la force brutale et plus par la raison , il est plus digne de participer au gouvernement de la société dont il est membre , et tout cela considéré, après avoir reconnu en lui cette sublime intelligence , qui se développe en s'exerçant, après avoir vu qu'en l'empêchant de l'exercer je la lui fais perdre, je le rabaisse , je le rends malheureux et presque digne de son malheur conmie l'esclave, je me récrie, et je dis:

L'homme a droit d'être libre , parce que sa no-

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ble nature exactement observée me révèle cette loi) que l'être pensant doit être libre, comme la pomme en tombant a révélé à Newton que les corps graves tendaient les uns vers les autres.

Je défie donc qu'on trouve ime autre façon de constater les droits , une autre que la saine et profonde observation des êtres. Quand on a bien observé leur manière constante de se com<^ porter, on conclut à la loi qui les régit, et de la loi on condut au droit. C^endant je dois ajouter encore une remarque , sans laquelle je donnerais prise à la contradiction. De la loi qui porte les corps graves les uns vers les autres , en conclurez-vous , me demandera-t-on , en conclurez- vous au droit? Direz-vous : La terre a le droit de graviter vers le soleil? Non ; je réponds avec Pascal : Terre, tu ne sais pas ce que tu fais. Si tu m'écrases , tu ne le sais pas , et je le sais. Je suis donc ton supérieur I

Non, le droit est le privilège des êtres mo« raux, des êtres pensants. Je serais presque tenté de dire, mais je ne l'oserais points que le chien qui vous sert, qui vous aime, a le droit d'être bien traité , parce que cette bête aimante et dévouée se jette à vos pieds et les baise ten-

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drement. Et pourtant je manquerais, en m'exprimant ainsi , à la parfaite justesse du langage. Si vous devez quelque chose à cette créature attachante, c'est parce que vous comprenez ce qu'il lui faut. Quant à elle, elle n'a droit à rien, parce qu'elle désire sans savoir. Ce mot de droit n'appartient qu'aux relations des êtres pensants entre eux. Tous les êtres ont des lois dans cet univers , les êtres moraux comme les êtres physiques ; mais les lois, pour les premiers, constituent des droits. Après avoir observé l'homme , je vois qu'il pense , qu'il a besoin de penser, d'exercer cette faculté; qu'en l'exerçant elle se développe, s'agrandit , et je dis qu'il a droit de penser, de parler, car penser, parler, c'est la même chose. Je le lui dois si je suis gouvernement , non pas comme au chien dont je viens de faire mention , mais comme à un être qui sait ce qu'il en est, qui a le sentiment de son droit, qui est mon égaly à qui je donne ce que je sais lui être dû, et qui reçoit fièrement ce qu'il sait lui appartenir. En un mot, c!est toujours la même méthode, c'est-à-dire l'observation de la nature. Je vois que l'homme a telle faculté, tel besoin de l'exercer ; je dis qu'il faut

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