‹ Du droit ecclésiastique dans ses principes générauxChapitre 28 sur 85 · Importance et objet de la primauté de Pierre · texte numérisé non relu

Importance et objet de la primauté de Pierre

Indêp^damment des autres insignes prérogatives dévolues à Pierre sur les autres apôtres, si Ton envisage dans leur ensemble les pouvoirs éminents qu'il a reçus de Jésus-Christ, il ne peut être mis en doute que Pierre, fondement, pontife suprême, maître infaillible, roi de TÉglise, n'ait été investi de Dieu, dans son royaume sur terre, d'une souveraineté véritable et indépendante de toute autorité humaine (1).

Incontestablement Jésus-Christ a donné à tous les apôtres, c'est-à-dire au corps apostolique, Pierre y compris, la plénitude de la puissance : Sicut misit me vivem Pater, et ego mitto vos... Omnis potestas mihi data est in cœlo et in terra (2) ; mais c'est à Pierre entre tous qu'il confère cette souveraine puissance. Donnée d'aboi d à un entre douze, puis, pour toute la suite des temps, à un entre tous les hommes, cette souveraine puissance doit donc avou* pour but, pour objet essentiel, Tunité et la conservation de TÉglise fondée par et sur cette unité. Comment, en effet, tant de peuples si divers, répandus sur la surface du globe, anraient-ik pu se réunir dans l'Église, s'il n'y avait eu dans son sein un centre visible d'unité, un chef visible qui la gouvernât dans Tunité? Comment les différentes Églises naisomnium pastor. Unde id probo, quseris? Ex yerbo Domini. Gui enim non dico episcoporum, sed etiam apostolorum sic absolute et indiscrète tôt se commisse sunt oves? Si me amas, Petre, pasce oves meas. Quas? Illius vel iUius populos civitatis, aut nationis aut certiregni? Oves meas, inquit. Nihil excipitur, ubi distin^tur nihil. Ergo juxta canones tuos, alii in partem sollicitudinis, tu in plenitudinem potestatis vocatus es. Âliorum potestas certis arctatur limitibus, tua extenditur et in ipsos qui potestatem super, alios acceperunt. — V. S. Bemardi Doctrina vindicata, p. 12.

(1) Boîgenif TEpiscopato, part. 1, n. 15, p. 29; n. 18, p. 55. — Balle^ fini, De vi ac ratione prim., c. 9, p. 38. — KenpenerSf de Roman, pontit*. prim., p. 105.

2) Ev.Matth., xxviii, 16 — Bolgeni, p. 6.

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santés auraient-elles pu former un tout, un corps, si ce tout, si ce corps n'avait eu un chef? Aussi Jésus Christ marque- t-il ce but d'une manière si nette, qu'il est impossible de le méconnaître. Il veut bâtir une Église qui doit être à Tépreuve de toutes les fureurs de Tenfer (1); pour cela, il la fonde sur un seul, dont il fait la pierre fondamentale de Tédifice. L'édifice sera donc un et inébranlable, mais à la condition que, tandis que Pierre n'aura que Dieu au-dessus de lui, le reste des apôtres sera soumis à Pierre. Le pouvoir conféré au corps apostolique forme ce qu'on appelle l'épiscopat; mais Pierre est, soit dans l'ordre du temps, soit dans l'ordre de la dignité, le premier entre les évêques. Ce n'est pas qu'il possède seul, à l'exclusion des autres, l'épiscopat, ni conséquemment que les autres apôtres soient en aucune façon ses représentants ; mais Fépiscopat a été institué dans sa personne, et ceux qui en ont été ultérieurement investis Tont été dans la subordination à l'évêque suprême institué antérieurement (2). Tous ont reçu l'épiscopat; lui seul a été revêtu de la souveraineté de l'épiscopat. € Premier dans la foi, dit saint Hi- (( laire (5), il est aussi le premier dans l'épiscopat. À Pierre, sur <r qui il voulait bâtir l'Église, et de qui il voulait faire dériver « l'origine de l'unité, à Pierre, d'abord, le Seigneur a donné ce <r pouvoir, que tout ce qui serait délié par lui sur la terre serait « également délié dans le ciel. » — <r Par lui (Pierre), dit ïnnon cent I après samt Cyprien, l'apostolat et lëpiscopal ont eu leur « commencement en Jésus-Christ (4). » Soit qu'il mette la première main à la construction de son Église, en en posant le fondement; soit qu'il en développe la meilleure économie, en insti-

(i) Ballenni, c. 13, p. 96. — GoUi, Vera eccles. M., t. II, p. 39. — Kîee, Dogmatik, bd. I, s. 239.

(2) Bolgeni, p. 37.

(3) Hilar., Goinment. in Matth., n. 6 : Primus credidit et apostolatus est princeps.

(4) Epist. ad Jud., 73. — /dw», De Unitate Ecclesiœ, c. 18, q. 1 : Loquitur Dominus ad Pelrum : Ego dico tibi, inquit, quia tu es Petrus, etc. Super onum œdificat Ëcclesiam, et quamvis apostolis omnibus post resprrcctionem suam parem potestatem tribuat, et dicat : Sicut misit, etc.; tamen ut unitatem manifestaret, unitatis ejusdem originem ab uno incipienterosua auctorilale disposuit.

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tuant successivement les pouvoirs dont il veut Tenrichir, toujours et partout c'est par celui qu'il lui destine pour chef, par Pierre, que Jésus-Christ commence. Pouvait-il manifester plus clairement son intention de faire de ce chef le canal des grâces qu'il destinait à son Église, et en particulier de la grâce de Tunité, qu'en l'établissant le point central autour duquel tout viendrait converger dans Tordre d'une subordination harmonique? Une foule de passages de la sainte Écriture témoignent de la vive sollicitude du Sauveur pour l'unité de son Église. « Père saint, « conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés , alin « qu'ils soient un, comme nous sommes un; je vous prie non- « seulement pour eux, mais encore pour ceux qui croiront en « moi par leurs paroles, afin qu'ils soient tous un, et je leur ai « fait part de la gloire que vous m'avez donnée, pour qu'ils soient « un comme nous sommes un. »

A l'exemple de saint Paul (1), tous les saints Pères s'attachent à faire ressortir à l'envi la nécessité de l'unité, et en font l'objet de leurs pressantes exhortations. Saint Cyprien, après avoir dit que « l'Église, fondée sur Pierre, a l'unité pour origine et pour « but (2), » compare l'épiscopat avec la divinité : de même que, dans la nature divine, il y a trinité de personnes dans l'unité de substance, de même, selon ce saint docteur, dans l'épiscopat il y a pluralité de pouvoirs dans l'unité de puissance, pluralité de ministères dans l'unité de sacerdoce. Hais, Dieu étant essentiellement le Dieu de l'ordre, pour que cette puissance, une en ellemême, multiple dans son rayonnement, pût, tout en se partageant dans son exercice, être maintenue dans l'ordre, il fallait qu'elle fât coordonnée par la subordination de toutes ses parties. Or la plus haute expression, la plus parfaite réalisation de Tordre, c'est Tunité. L'unité seule réalise Tidée du complet absolu. Tout autre nombre implique composition, divisibilité (3). Et voilà

(1) I Corinth., xii, 12 sq.

(2) Epist. 70 ad Januar.: Una Ecclesia a Ghristo Domino super Petrum ongioe nnitatis et ratione fundata.

(5) Bernard., De considérât., 1. III, c. 8. — Daudij Majestas hierarch. eccle8.,part.I, p.21,

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pourquoi le même Père ajoute (1) : « Afin de manifester Fu- <r nité, le Christ institua une chaire, et rétablit en donnant la « primauté à Pierre (2); c'est là la chaire, c*est là FÉglise, a d*où a dérivé Tunité épiscopale (3). Cette unité, c'est à nous « principalement, à nous évêques investis de la principale autoff rite dans FÉglise, qu'il appartient de la maintenir et de la dé- « fendre, afin de prouver que Fépiscopat, dont toutes les parties « se réunissent dans un tout solide, est un (4) . *

En effet, chaque évêque exerce Fépiscopat sur une partie déterminée du peuple chrétien, non isolément, mais en communion avec les autres évêques, subordonnés tous ensemble à Févêque investi àii souverain épiscopat et de Fapostolat suprême sur toute rÉglise. De même que, pour chaque Église particulière, Funilé se montre dans son union avec son chef, son centre immédiat, de même, pour la grande société chrétienne, il doit se révéler dans la communion universelle avec le premier, le souverain évêque, chef et centre universel de Funité. Il faut voir dans saint Cyprien même avec quelle abondance d'images, aussi justes que brillantes, ce saint docteur prouve et exalte cette unité fondée sur le prince des apôtres.

Les autres Pères de FÉglise ne s'expriment pas avec moins d'énergie. « Au témoignage de saint Matthieu, dit Pacien, évêque de Barcelone, le Seigneur a parlé à Pierre, à un seul, afin de faire découler Funité d'un seul (5). » — « Pour le bien de Funité, dit aussi Optât de Milève, Pierre a eu le privilège d'être préféré à tous les apôtres (6). Tu ne peux nier, écrit-il à Paniiénien, qu'il

(1) Cyprian., De unitdte Ecclesi», c. 463. — Idem, Epist. 55 ad Ck>rnel. pap.

(2) Epist. 70 ad Januar. : Una Ëcclesia a Ghristo Domino super Peirum origine unitalis et ratione fundata.

(3) Epist. 52 ad Anton. — Bolgeni, p. 144.

(4) Cyprian.y De unitate Ecclesi», c. 463. -^ Idem^ Ëpist^ 55 ad Gornel. pap., De unitate Ecciesise, c. 464 : Quam unitatem firmiter tenere et vindicare debemus, maxime episcopi, qui in Ëcclesia prsesidemus, ut episcopatum quoque ipsum unum atque indivisum probemus... Episcopatus unos est. cujus a singulis in solidum pars tenetur.

(5) Pacian., Epist. 3 : Ut unitatem formaret ex uno.

(6) Optât, j Milev., 1. VII, c. Parmenian., c. 3 ; Bono unitatis beat. Petnis prseferri apostolis omnibus meruit.

ne soit parfaitement à ta connaissance qu'il est à Rome un siège épiscopal, occupé primitivement par Pierre, qui, par cette raison, a été appelé Cépbas; que c'est avec ce siège et parce siège, par-dessus tous les autres, que Tunité doit être conservée, afin que chacun des autres apôtres ne puisse prétendre avoir un siège à part; de telle sorte que quiconque élève une chaire contre cette chaire spéciale est prévaricateur et schismatique (1). » Saint Jérôme est encore plus concis et non moins énergique : « Un seul, dit-il, est choisi entre douze, pour que Tunité du chef puisse fermer la voie au schisme (2). »

Or, pour atteindre ce but, il ne suffisait pas que les apôtres eussent un chef; il fallait encore que ce chef tàt investi d une dignité et d'un pouvoir tout particuliers ; il fol lait que son autorité fût assez forte pour contenir tous les fidèles, les apôtres euxmêmes, dans leur sphère respective, et empêcher que personne portât atteinte à l'unité de l'Église. Ce tfest pas, sans doute, que les apôtres eussent besoin de ce frein ; mais, en établissant cet ordre de choses, Jésus-Christ donnait à l'Église la forme déterminée qui devait survivre aux apôtres et subsister inaltérable jusqu'à la fin. Et cet ordre, cette unité fondée sur la primauté de Pierre, se sont si merveilleusement conservés dans le sein de l'Église, que ceux-là mêmes qui n'appartenaient pas à sa société n'ont pu lui refuser l'hommage de leur admiration (5).

(1) w.,l.II,c.2.

(2) Hieron., adv. Jovian., I, 14 : Propterea inter duodecim unus eligitar, ut capite conslituto schismatis toUeretur occasio.

(3) Hugo Orot., Vota pro ecclesiast. pace ad art. 7 : Ôrdo sive in partibus, sÎTe in toto continetur in principatu quodam, sive in prsepositi unitate * et hoc est quod in Petro Christus nos docuit. — Hic ordo semper in Ecclesiaraanere débet, quia semper manet causa, id est periculum aschismate. Discuss rivet. Apolog. (ibid.y p. 695) : Sine tali primatu exiri a controvepsiis non poterat, sicut hodie apud protestantes nulla est ratio, qua ortarum inter se controversiarum reperiatur finis.

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