‹ Du droit ecclésiastiqueChapitre 29 sur 80 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

2. L'on précise la véritable position des apôtres vis-à-vis de Pierre.

Pendant la vie du Sauveur sur la terre, tant que les apôtres restèrent en qualité de témoins auprès de la personne de Jésus- Christ, ils avaient en lui leur centre d'unité; mais, lorsque le Fils de Dieu fut remonté au ciel, les apôtres, pour remplir la mission

(1) Vultis ut in virga veniam ad vos? écrit Paul aux Corinthiens. 1 Cor. , c. IV, 24.

(2) Devoti, p 51.

(3) Lupolif Juris. eccl. prœlcct., v. I, p. 131.

90 DU DROIT EGGIÉSUSTIQUE.

que ce nom leur attribuait, durent nécessairement se séparei*. Jésus-Christ avait pourvu à cette nécessité en leur donnant un centre visible d'unité, en nommant Pierre son lieutenant sur la terre dans la grande œuvre de la mission apostolique. Pierre agit donc pour sa part comme apôtre, conjointement avec ses collègues dans Tapostolat, mais en même temps il apparaît conmie le prince des apôtres, réglant et dirigeant la propagation deTÉvangiiq. Et c'est sous ce point de vue, principalement, que se montre dans tout son éclat Timportance de Tunité de TEglise réalisée dans Pierre et par Pierre. Pierre, apôtre unique, ne pouvait suffire à la promulgation de FÉvangile par toute la terre. Il était donc de toute nécessité que Fapostolat fût multiple, mais il ne Tétait pas moins qu'il fût un.

En annonçant TÉvangile, en établissant dans les lieux qu'il venait d'évangéliser des évoques, des prêtres et des ministres inférieurs, chaque apôtre fondait des Églises; mais ces Églises particulières seraient restées isolées, si leur fondateur ne les avait pas établies sur Pierre, le fondement de l'Église générale. Elles durent donc se réunir toutes au siège de Pierre pour être un corps vivant, pour n'être pas un corps acéphale (1). La foi d'un apôtre isolé ne pouvait devenir le fondement de son Église que parce qu'elle s'accordait avec la foi de Pierre (2). C'est dans ce sens que déjà Tertullien (3) comprend le voyage de saint Paul, qui alla à Jérusalem pour voir Pierre, et qui demeura quinze jours auprès de lui. L'apôtre des nations, qui se glorifiait de n'avoir appris l'Évangile de la bouche d'aucun homme, mais de la bouche de Dieu même, ne croit pas pouvoir se dispenser de cette démarche. Il regarde comme nécessaire, pour ne pas courir le risque de travailler en vain, de conférer sur la foi avec le chef de l'Église (4). Ce n'est, pas que Paul conçût le moindre doute sur l'orthodoxie de sa doctrine, mais il avait à cœur, en montrant la parfaite conformité de son enseignement avec celui de Pierre,

(1) Bolgmif rEpiscopato, p. 48.

(2) Devoti, Jus. can. univ., v. I, p. 52.

(3) rcr(t»«., dePraescript., c. 23.

(4) Thom. Ccmtuar., 1. 1, ep. 97. — Devoli, p. 55, n. 3.

de dissiper jusqu'au moindre nuage à cet égard. C'est pour cela qu'il écrivait aux Romains : Votre foi est annoncée dans le monde entier (1), c'est-à-dire, la foi que les apôtres annoncent sur toute la terre est la même que celle que vous avez reçue de Pierre. C'est cette foi romaine que saint Léon avait devant les yeux lors* qu'il écrivait : Telle est l'économie du plan du Seigneur dans rinstitution de l'apostolat, que la mission d'annoncer la foi se trouve dévolue principalement (principaliler) à Pierre, et que ses grâces divines arrivent à tout le corps par le canal du chef, de telle sorte que quiconque se détache du roc inébranlable de Pierre (a soliditate fetri) sent aussitôt tarir en lui la vie qui découle du mystère divin (2).

Envoyés tous pour prêcher la même doctrine, investis tous, sous ce rapport, de la même mission, tous les apôtres, à ce point de vue, sont parfaitement égaux entre eux. Jésus-Christ, en leur donnant leurs pouvoirs pour cet objet, s'adresse à tous collectivement ; mais de là même ne résulte-t-il pas évidemment, d'une part, que tous, dans l'exercice de ces pouvoirs reçus en commun, doivent rester unis à celui qu'une institution antérieure leur a donné pour chef; d'autre part, que Pierre réunit en sa personne les droits généraux de l'apostolat et les droits particuliers et exclusifs de la primauté (5)? Jésus-Christ dit, il est vrai, à tous les apôtres : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie; )) mais ni de cette investiture collective, ni de l'appellation commune d'apôtres comme pasteurs, on ne peut légitimement déduire l'égalité des apôtres vis-à-vis de Pierre; autrement il faudrait en conclure aussi à leur complète égalité en honneur et en puissance, vis-à-vis de Jésus-Christ lui-même. Ces locutions comme, de même, ne sauraient être entendues dans un sens tellement rigoureux qu'elles excluent toute distinction, et ne portent nullement atteinte à la prééminence de Pierre, non plus qu'à celle de Jésus-Christ. On a donc pu, dans un sens parfaite-

(1) Balleriniy de Yi ac ratione prim., p. 82.

(2) Léo, Epist. 10, adepisc. prov. Vienn., c. vn, d. 19. — BcUhrini, de Potestate Eccl., c. i, §4, n. 10.

(3) Devotif p. 46.

ment exact, donner aux apôtres, comme depuis aux évéques, les titres de pasteurs, de gouverneurs, de guides de l'Église, sans, pour cela, vouloir exclure toute idée de gradation hiérarchique ; autrement, nous le répétons, ii faudrait soutenir que Jésus-Christ, si souvent appelé apôtre, n'est en rien au-dessus des apôtres (i). Or cette gradation, si solennellement établie, si nettement marquée par Jésus-Christ lui-même, consiste dans la subordinatioii des apôtres à l'autorité de Pierre, leur prince de droit divin. La haute autorité qui leur avait été donnée eût perdu complètement son importance hors de l'ordre dans lequel elle avait été étahlie, c'est-à-dire en dehors de l'unité avefc Pierre (2). Bien que les apôtres ne forment qu'un seul corps avec Pierre, ils ne lui sont cependant nullement égaux en autorité pour la conservation et le maintien de Funité à Tabri de tout schisme et de toute division (3). Us lui sont égaux quant à l'œuvre de Tapostolat en luimême; mais, pour Tordre et la manière de son exercice, ils lui sont sujets (4). Us lui sont encore égaux pour l'étendue et la plénitude du pouvoir apostolique, qu'ils avaient nécessairement en qualité de premiers propagateurs de T Évangile : Jésus-Christ leur donne à tous pouvoir sur tous les peuples de la terre (5) . La véritable souveraineté cependant, Tindépendance de toute autorité humaine, ne leur est pas conférée, et voilà en quoi ils diffèrent de Pierre, à qui cette souveraine autorité a été remise (6). Sans nul doute, cette souveraineté et cette indépendance sont implicitement renfermées dans Tidée de l'apostolat ; mais elles s'y trouvent de la même manière que l'unité ellemême, c'est-àtdire en principe, en ce que Pierre est membre et chef de l'apostolat (7).

(1) Devoti, p. 52.

(2) Coeffeteau, Sacr. monarch. ecd. cath., 1. 1, p. 49.

(4) Idem, p. 48. — Baîlerini, de Vi ac ratione primatus, c. xii, p. 65.

(5) Cyprian., de Unit. eccl. : Hoc erant utiquc et cceteri apostoli, quid fuil et Petrus, pari consortio prsedili et honoris et potestatis. S%i exordiuin ab unitate proficiscitur : ut Ecclesia una monstrelur.

(6) Bolgeni, n. 18, p. 54.

(7) Jd«w, n. 23, p. 47.

Page 1