‹ Du froid en thérapeutiqueChapitre 30 sur 57 · I. — DE LA MÉDICATION RÉFRIGÉRANTE · texte numérisé non relu

I. — DE LA MÉDICATION RÉFRIGÉRANTE

Dans la première partie de ce travail nous avons VU) en étudiant l'action exercée par le froid sur la température du corps, que celui-ci ne se refroidit pas en raison de la chaleur quUl perd, lorsque toutefois il est soumis à une réfrigération, qui n*estni trop violente, ni trop prolongée. D'une façon générale, quand on refroidit les téguments, la température interne, mesurée dans l'aisselle, dans la bouche, dans le rectum, ne s'abaisse pas tout d^abord; souvent, au contraire, elle jsubit une légère élévation. Ce n'est que quand elle atteint un degré excessif, comme intensité et comme durée, que la réfrigération du corps est accompagnée d'un abaissement immédiat de la température interne;

Or, de tout temps et quelle que fût l'opinion régnante sur la nature de la fièvre, on a songé à

combattre celle-ci en soustrayant de la chaleur au corps à l'aide de bains froids, d'ablutions, de lotions, de boissons froides. Il y a donc grand intérêt pour le médecin à savoir si les choses se pas^sent chez le fiévreux comme chez l'homme sain ; si, chez le premier également une soustraction de chaleur, qui ne dépasse pas certaines limites, est incapable d'abaisser la température fébrile. S'il eu était ainsi, l'application du froid chez les fiévreux ne ferait qu'augmenter la calorification et les combustions organiques, qui sont déjà exagérées par le fait de la fièvre ; la méthode i*éfrigérante ne ferait donc qu'achever la consomption des malades.

Les observations faites sur ce point litigieux sont en majeure partie contradictoires.

C. Barth a constaté chez des fiévreux, qu'on mettait dans des bains à 27%5 ou 30% l'élévation de la température axillaire suivie d'un abaissement, lorsque le bain était de longue durée; cet abaissement devenait manifeste, surtout après le bain.

Ed.-V. Wahl a noté que, chez des fiévreux mis dans des bains à 25"", 30% là température axillaire ne s'abaissait que très-tardivément, après un séjour de vingt à vingt-cinq minutes dans lebaiu. Parfois même, dans des bains à 28"", la température axillaire était, aa bout de quarante minutes, encore plus élevée qu'au début.

'" D'après les recherches de Weisflog, les bains de ■ siège froids n'amènent, chez les fiévreux, un abaissement de la température interne, que si leur durée •excède vingt minutes.

-. Liebérmeister a pu contrôler ce résultat sur luimême. Atteint d'une angine avec fièvre, il a cons- .taté que les réfrigérations de la peàtt déterminent 'non un abaissement, mais bien une élévation de la

température interne (axillaire et rectale). Analysant les différentes recherches qui ont été faites sur ce point, Liebermeister est arrivé à conclure que le fiévreux, au point de vue de la caloriflcation^ se comporte comme l'homme sain. Chez ce dernier, la calorificatioa est réglée de façon à maintenir la température interne entre 37** et 38*^ ; chez le fiévreux elle est réglée, pour une température supérieure. Chez l'un et l'autre, une soustraction de chaleur aura pour effet immédiat d'activer la caloriflcation, de façon à ce que la température interne se maintienne à la hauteur primitive.

Dès lors, on peut se demander comment un grand nombre de médecins, et Liebermeister en particulier,: ont été amenés, par des considérations purement théoriques, à vanter l'emploi de l'eau froide dans le traitement des fièvres?

D'après Liebermeister, si, d'une part, chez le fiévreux comme chez l'homme sain, l'économie de la production et de la déperdition de chaleur est réglée de façon à maintenir la température interne à une hauteur constante, il n'en est pas moins certain que chez l'homme atteint de fièvre, cette régularisation se ment dans des limites beaucoup plus étroites que chez l'homme bien portant. Pour le démontrer, Lieberr meister a étudié comparativement l'influence que le bain froid exerce sur la déperdition de chaleur et la température interne chez le fiévreux et chez l'homme sain. Il fait observer que, pour arriver à des résultats, réellement comparables, il faut que la différence de température entre le corps et le bain soit toujours la! même dans les deux cas. On arrive aijisi à constater que le fiévreux résiste moins bien que Thomuie sain à une soustraction de chaleur d'égale intensité. Ce fait tient, selon Liebermeister, à ce que chez le fiévreux

la contraction des fibres lisses et des vaisseaux des téguments, qui limite la déperdition de chaleur, est moins énergique que chez Thomme sain.

D'un autre côté, les. expériences de Liebermeister démontrent que la production de chaleur subit également un accroissement notable chez le fiévreux mis dans un bain froid, mais que cet accroissement est moindre que chez l'homme sain. Yoici des chiffres bien démonstratifs, empruntés à l'ouvrage de M. Liebermeister sur la fièvre :

Difîér. de temp.

entre le corps etlebaia... 5o,9 5»,9 7o,6 8%! 10o,5 Ho,7 16o,5 lTo,l 18», 3 20*, 4

Prod. de chai.

{)ar min. chez efiévreux... 10,9 10,8 20,2 2«, 4 3o,4 3o,4 4©, 4 4o,5 5o,9 5»

Ppod. de chai.

{>ar min. chez 'homme sain 20,2 20,2 20,6 20,8 3o,5 4© 5o,8 6o,l 6o,6 7o,6

On voit donc que pour une réfrigération d'égale intensité le déficit de chaleur corporelle devra être beaucoup plus considérable chez le fiévreux que chez l'homme bien portant. Or nous avons vu que quand chez ce dernier la réfrigération dépasse certaines limites, il en résulte un abaissement immédiat de la température interne. On conçoit donc que chez le fiévreux cette limite de température j du baiU au-dessus de laquelle la température du corps s'abaiâse immédiatement, sera bien plus, rapidement atteinte que chez l'homme sain^ et que, toutes choses égales d'ailleurs, chez le préïnier, l'abaissement de la température interne sera plus notable que chez le second ; c'est ce que mettent eh évidence les .deux tableaux suivants empruntés à Liebermeister : .:

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