‹ Du froid thermométrique et de ses relations avec le froid physiologique dans les plaines et sur les montagnesChapitre 1 sur 9 · DANS LES PLAINES ET SLR LES MONTAGNES · texte numérisé non relu

DANS LES PLAINES ET SLR LES MONTAGNES

Il est des questions qui ne peuvent être résolues que par le concours de deux sciences habituellement étrangères Tune à l’autre. L’étude du froid physiologique est une question de ce genre. En effet, pour comprendre l’influence du milieu ambiant sur l’organisme , la connaissance des phénomènes atmosphériques est indispensable , et d’un autre côté cette influence serait mal appréciée par un physicien dépourvu de toute notion touchant les fonctions organiques dont l’ensemble constitue la vie. Je prie donc les physiologistes de m’excuser si je suis forcé de m’appesantir sur des détails météorologiques , et les météorologistes de ne pas s’étonner si je les conduis sur le terrain de la physiologie. Personne aussi, je l’espère, ne blâmera les expressions de froid thermométrique et froid physiologique que j’ai empruntées au langage ordinaire. Sans doute le froid est relatif : une température de 00° est froide relativement à celle de 1 50° ; mais tout le monde a compris que par froid thermométrique j’entends les températures inférieures à zéro ou peu supérieures au point de congélation, et par froid physiologique, les sensations que nous éprouvons quand nous sommes exposés à ces températures.

On ne se fait pas généralement une idée nette des relations qui lient les

indications d’un thermomètre exposé à l’air libre, aux sensations de chaleur ou de froid que nous ressentons : on ne se rend pas compte de l’énorme différence qui existe entre un liquide dilatable contenu dans une enveloppe de verre , et un corps vivant producteur de chaleur et entouré de vêtements perméables ; on oublie souvent que les degrés thermométriques ne représentent pas des quantités de chaleur égales entre elles , ni égales pour tous les corps qui affectent le thermomètre ; on ignore que cet instrument ne nous donne qu’approximativement la température de l’air dont les molécules écartées l’une de l’autre agissent faiblement par leur température sur la cuvette du thermomètre ; on ne tient pas compte du rayonnement des corps solides et liquides environnants qui modifient toujours l’action du contact direct des molécules aériennes. Dans mes voyages, dans mes ascensions sur de hautes montagnes, dans mes observations météorologiques, je me suis constamment préoccupé de ce sujet ; j’ai toujours été surpris de constater à quel point la sensation de froid était indépendante des indications du thermomètre , et se compliquait d’éléments étrangers à rabaissement de la température propre de l’air. Ces faits étant généralement peu connus ou mal appréciés, ma tâche principale sera de rapprocher des expériences, des observations , des théories appartenant à la physique et à la biologie, de signaler leurs relations, et de montrer ce que les physiologistes et les médecins peuvent conclure des indications thermomètriques du froid, quant à l’impression que ce froid doit produire sur l’organisme vivant. Mon ami, M. le professeur Gavarret, a signalé la plupart de ces relations dans son excellent livre sur la Chaleur animale ; mais la nature même de cet ouvrage lui interdisait les détails dans lesquels je vais entrer.

La plupart des observations que je rapporterai ont été recueillies en commun avec M. Auguste Bravais, professeur de physique à l’École polytechnique et membre de l’Institut. Personne plus que moine sait combien ce mémoire eût gagné à ce que mon rôle eût été celui de simple collaborateur. Un travail excessif, des veilles prolongées, la perte d’un enfant chéri, ont éteint la puissante intelligence de mon ami ; je reste seul pour traiter un sujet qui fut souvent celui de nos entretiens, et élaborer une œuvre dont les matériaux avaient été rassemblés par nous, .l’ai fait tous mes efforts pour ne pas être inférieur à la tâche que nous nous étions imposée.

Après avoir parlé des causes physiques et des effets physiologiques du froid dans la plaine, je traiterai séparément du froid sur les montagnes; de nouvelles causes physiques et de nouveaux phénomènes physiologiques, venant s’ajouter à ceux que l’on observe au niveau ou à une faible hauteur au-dessus de la mer.

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