QUATRIÈME OBSERVATION
Aphonie datant de trois ans guérie par huit applications du galvanisme à rintérienr. Après la quatrième application la voix se faisait entendre, seulement elle était enrouée.
Mademoiselle KateH..., âgée de vingt-six ans, me
consulta pendant le mois de mars 1863, pour une aphonie. Cette jeune femme paraissait délicate, mais non débilitée. Elle était gaie et n'offrait pas le moindre symptôme d'hystérie. Elle m'apprit qu'après avoir eu froid, pendant le mois d'avril 1860, elle eut un mal de gorge ulcéreux, et qu'enfin elle devint aphone. Plus tard elle m'écrivit un récit détaillé de son aphonie, que je donnerai en me servant autant que possible de ses propres paroles. « Après avoir guéri du mal de gorge, la voix ne revint pas, et en octobre 1860, son médecin ordinaire lui fît deux applications caustiques dans la gorge, mais sans résultat. » Elle consulta alors les premiers médecins de Londres, entre autres, le docteur Walshe, qui reconnut parfaitement le caractère purement nerveux de la maladie. « Il recommanda d'employer d'abord une chaîne de Pulvermacher, et, en cas d'insuccès, l'application de l'électricité au moyen d'une batterie électrique. Aucun résultat ne fut obtenu. » Alors ce médecin distingué « l'engagea vivement à s'en remettre à la nature, ce qu'elle fit jusqu'en avril 1863, époque où on lui badigeonna la gorge avec la teinture d'iode, ce qui n'eut pour résultat que d'exciter la douleur. » En mai, un autre éminent praticien prescrivit «des pilules de zinc, qui furent prises inutilement à la dose de trois par jour pendant un mois. Au mois de juin 1862, le docteur Blandford l'examina au laryngoscope avec le docteur Czermak. Des secousses électriques furent fortement conseillées; » et en novembre, mademoiselle H... se plaça entre les mains d'un m.édecin qui s'occupait d'une manière spéciale de l'élec-
tricité appliquée à la médecine. « Il appliqua le galvanisme tous les jours avec un pinceau métallique, puis pendant une quinzaine de jours il employa un moyen plus puissant. Après tout ce temps il n'y eut pas le moindre retour de la voix. »
Mademoiselle H... s'adressa à moi pendant le mois de mars 1865. L'examen laryngoscopique montra que les cordes vocales, tout en se rapprochant parfaitement bien, étaient cependant relâchées et bombées vers le milieu.
J'appliquai une première fois le galvanisme, au moyen de mon « excitateur laryngien. » l^'opération fut répétée tous les deux ou trois jours , et après la quatrième application du courant électro-magnétique, la voix fut recouvrée. Dure d'abord, elle parut et disparut à plusieurs reprises; si bien que, la jeune femme ayant un soir recouvré la voix, ne put produire un seul son, lorsque le lendemain elle vint m'annoncer sa bonne fortune. Peu à peu la voix devint plus durable, quoique d'une monotonie vraiment frappante; chaque syllabe, chaque phrase était prononcée sur le même ton, sans la moindre expression. Après que le larynx eut été galvanisé huit fois, la voix fut complètement rétablie et parfaite au point de vue de la modulation. L'état de relâchement des cordes vocales que montrait le laryngoscope disparut à la troisième application de l'électricité.
Bien des personnes pourraient considérer ce cas comme un exemple d'aphonie hystérique; mais je dirai de nouveau que la malade ne présenta jamais un seul
symptôme d'hystérie. Désireux d'étudier ce cas d'une manière complète, j'écrivis au docteur Alfred J. Tapson (de Gloucester Gardens), médecin ordinaire de la jeune femme, et il me répondit ce qui suit : « Mademoiselle Kate H..., a été ma cliente pendant plusieurs années, et je me rappelle très-bien sa maladie de 1860. Elle se plaignait d'un violent mal de tête , le pouls était fréquent, la perte de l'appétit complète, et à ces symptômes se joignaient une grande prostration, de l'amaigrissement et de l'aphonie. Elle ne présentait aucun symptôme d'hystérie. Le docteur Todd la vit plusieurs fois, et fut indécis sur ce qu'il fallait penser de ces symptômes. Nous redoutions l'un et l'autre l'existence de tubercules dans le cerveau ou dans quelque autre organe. La malade regagna peu à peu la santé, reprit des forces, mais la voix ne revint pas (malgré mes soins et ceux de plusieurs confrères). Elle suivit chaque traitement avec exactitude, car elle était trèsdésireuse de recouvrer la voix. »
Je suis entré dans les détails minutieux de ce cas, parce que je désire montrer qu'il est parfaitement dégagé de tout état hystérique, et que l'aphonie était sous la dépendance d'un désordre profond du système nerveux. On remarquait, comme dit le docteur Tapson, « un mal de tête violent, un pouls très-rapide, une perte complète de l'appétit, une grande prostration accompagnée d'amaigrissement. » Il est à peine nécessaire de faire observer que ces symptômes se rattachent à une altération profonde de l'innervation.
Le galvanisme était nettement indiqué dans ce cas.
Le docteur Walshe, se basant sur l'état général du malade, le docteur Czermak, s'appuyant sur l'état du larynx, furent conduits, l'un et l'autre, à recommander l'électricité. L'électricité à l'extérieur fut vigoureusement employée par un médecin expérimenté « sans le moindre retour de la voix. » L'électricité appliquée directement aux cordes vocales fit rapidement revenir la voix, qui était totalement perdue depuis trois ans. Ce résultat dispense de discuter la supériorité de la méthode qui consiste à employer le galvanisme directement à l'intérieur. [British Médical Journal, 1865.)