TRAITEMENT
M. Leloir conseille d’une façon générale d’attaquer d’abord et avant tout, l’épithélioma dans les cas où le lupus ne peut pas être traité simultanément ; ce qui, d’ailleurs est chose rare. Du reste, môme dans ces cas où le traitement local ne peut pas être installé en même temps, dans la crainte d’un trop grand traumatisme, M. Leloir conseille le traitement général du lupus (traitement interne) et donne l’iodoforme, l’huile de foie de morue, l’arsenic et les différents médicaments internes qui sont en usage dans les ailes de son service pour le traitement du lupus.
Pour le traitement de l’épithélioma lui-même, deux cas sont à considérer — ou bien on a affaire à une tumeur superficielle et, dans ce cas, il faut râcler l’épithélioma avec la curette de Wolkmann, et après le râclage, qu’on pratique aussi complètement que possible, il convient d’appliquer à la surface de l’épithélioma une pâte caustique « pâte arsenicale ou autre ». Dans
bien des cas, M. Leloir conseille d’appliquer, après le râclage, selon l’excellente méthode de E. Vidal, de la poudre de chlorate de potasse, puis pardessus, des linges trempés dans une solution concentrée de la même substance. On peut d’ailleurs, faire alterner utilement les applications de chlorate de potasse avec les applications de solution concentrée de résorcine.
Si, au contraire, la tumeur est trop grande, profonde,, indurée, sans hésiter il faut pratiquer l’ablation totale autant que possible, sans craindre d’empiéter sur les tissus ambiants.
M. le Professeur Leloir, a vu en 1886, dans le service de son ami le Professeur Pick, à Prague, un cas de lupus vulgaire compliqué d’épithélioma, développé sur une cicatrice, qui était pour ainsi dire située au centre d’un lupus qui couvrait la joue.
A la suite de l’ablation , pratiquée lerga manu , de cet épithélioma, il y eut une cicatrice, qui tira fortement ce qui restait de la joue.
Fait curieux, sous l’influence de cette tension, produisant une sorte d’ischémie artificielle, les nodules lupeux, qui entouraient la cicatrice centrale, s’étaient atrophiés quand M. Leloir vît le malade.
Quant au traitement local du lupus, s’il peut être institué, en même temps que celui de l’épithélioma, il variera, suivant les cas.
Si donc, il est prouvé, qu’il existe des cas où, l’épithélioma s’est développé en plein tissu lupeux, ces cas sont très-rares, et même, pour les cas qui paraissent indubitables, nous pensons que l’existence d’une cicatrice microscopique, pour ainsi dire, doit être admise.
En résumé, nous déclarons adopter les vues de M. le professeur Leloir, pour qui, le plus souvent, l’évolution de l’epithélioma sur un lupus, est subordonnée à la présence d’une cicatrice antérieure.
Les lupus compliqués d’épithélioma, sont en général, des lupus anciens et présentant, en un point quelconque de leur surface, une cicatrice quelque minime qu’elle soit, mais une cicatrice servant de point de départ à I’épithélioma.
Il serait intéressant et utile, pense M. Leloir, de connaître s’il y a des cas d’épithélioma développé sur des lupus ulcéreux, et de savoir si des lupus vorax n’ont pas été pris pour des lupus épithéliomateux.