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CONCLUSIONS

Le contact des pouces ou des mains, les* frictions ou certains g'estes que l’on fait, à peu de distance du corps,, et appelés passes, sont les moyens employés pour se mettre en rapport, ou, en d’autres termes, pour transmettre l’action du magnétiseur au magnétisé.

Les moyens qui sont extérieurs et visibles ne sont pas toujours nécessaires, puisque, dans plusieurs occasions, la volonté, la fixité du regard, ont suffi, pour produire les phénomènes magnétiques, même à l’insu des magnétisés.

Le magnétisme a agi sur des personnes de sexe et d’âge diffé. rents.

Le temps nécessaire pour transmettre et éprouver l’action magnétique, a varié depuis une demi-heure jusqu’à une minute.

Le magnétisme n’agit pas en général sur les personnes bien portantes.

Il n’agit pas non plus sur tous les malades.

Il se déclare quelquefois, pendant qu’on magnétise, des effets insignifiants et fugaces, que nous n’attribuons pas au magnétisme seul, tels qu’un peu d’oppression, de chaleur ou de froid, et quelques autres phénomènes nerveux, dont on peut se rendre compte sans l’intervention d’un agent particulier ; savoir, par l’espérance ou la crainte, la prévention et l’attente d’une chose inconnue et nouvelle,

po»s observés dans les expériences, enfin par rimag^ination, qui exerce un si grand empire sur certains esprits et sur certaines organisations.

Un certain nombre des effets observés nous ont paru dépendre du magnétisme seul et ne se sont pas reproduits sans lui. Ce sont des phénomènes physiologiques et thérapeutiques bien constatés.

Les effets réels produits par le magnétisme sont très variés : il agite les uns, calme les autres ; le plus ordinairement il cause l’accélération momentanée de la respiration et de la circulation, des mouvements convulsifs, fibrillaires, passagers, ressemblant à des .secousses électriques, un engourdissement plus ou moins profond, de l’assoupissement, de la somnolence, et dans un petit nombre de cas, ce que les magnétiseurs appellent somnambulisme.

L’existence d’un caractère unique, propre à faire reconnaître dans tous les cas la réalité de l’état de somnambulisme n’a pas été constaté.

Cependant on peut conclure avec cette certitude que cet état existe, quand il donne lieu au développement des facultés nouvelles qui ont été désignées sous les noms de clervoyance, d’intuition, de prévision intérieure, ou qu’il produit de grands changements dans l’état physiologique, comme l’insensibilité, un accroissement subit et considérable de forces, et quand cet effet ne peut être rapporté à un autre cause. Comme parmi les effets attribués au somnambulisme il en est qui peuvent être simulés, le somnambulisme lui-même peut, quelquefois être simulé et fournir au charlatanisme des moyens de déception.

Aussi, dans l’observation de ces phénomènes, qui ne se présentent que comme des faits isolés, qu’on ne peut rattacher h aucune théorie, ce n’est que par l’examen le plus attentif, les précautions les plus sévères et par des épreuves nombreuses et variées qu’on peut échapper à l’illusion.

Le sommeil provoqué avec plus ou moins de promptitude et établi à un degré plus ou moins profond, est un effet réel, mais non constant du magnétisme.

Il nous est démontré qu’il a été provoqué dans des circonstances ou les magnétisés n’ont pu voir et ont ignoré les moyens employés pour le déterminer.

Lorsqu’on a fait tomber une fois une personne dans le sommeil

mag*!!étique, on n’a pas toujours besoin de recourir au contact et aux passes pour la mag*nétiser de nouveau. Le regard du magnétiseur, sa volonté seule ont sur elle la même influence. Dans ce cas, on peut non-seulement agir sur le magnétisé, mais encore le mettre complètement en somnambulisme, et Ten faire sortir h son insu, hors de sa vue, à une certaine distance et au travers des portes fermées.

Il s’opère ordinairement des changements plus ou moins remarquables dans les perceptions et les facultés des individus qui tombent en somnambulisme, par l’effet du magnétisme.

Quelques-uns, au milieu du bruit de conversations confuses, n’entendent que la voix de leur magnétiseur ; plusieurs répondent d’une manière précise aux questions que celui-ci ou que les personnes avec lesquelles on les a mis en rapport leur adressent ; d’autres entretiennent des conversations avec toutes les personnes qui les entourent ; toutefois, il est à remarquer qu’ils entendent ce qui se passe autour d’eux. La plupart du temps ils sont complètement étrangers au bruit extérieur et inopiné fait h leur oreille, tel que le retentissement de vases de cuivre vivement frappés près d’eux, la chute d’un meuble, etc.

Les yeux sont fermés, les paupières cèdent difficilement aux efforts qu’on fait avec la main pour les ouvrir ; cette opération, qui n’est pas sans douleur, laisse voir le globe de l’œil convulsé et porté vers le haut et quelquefois vers le bas de l’orbite.

Quelquefois l’odorat est comme anéanti. On peut leur faire respirer l’acide muriatique ou l’ammoniaque sans qu’ils en soient incommodés, sans même qu’ils s’en doutent. Le contraire a lieu dans certains cas, et ils sont sensibles aux odeurs.

La plupart des somnambules, que nous avons vus, étaient complètement insensibles. On a pu leur chatouiller les pieds, les narines et l’angle des yeux par l’approche d’une plume, leur pincer la peau de manière à l’ecchymoser, la piquer sous l’ongle avec des épingles enfoncées à l’improviste à une assez grande profondeur sans qu’ils aient témoigné de la douleur, sans qu’ils s’en soient aperçus. Enfin on en a vu une qui a été insensible à une des opérations les plus douloureuses de la chirurgie, et dont ni la figure, ni le pouls, ni la respiration n’ont pas dénoté la plus légère émotidn.

Le mag-nétisme a la même intensité, il est aussi promptement ressenti à une distance de six pieds que de six pouces ; et les phénomènes quhl développe sont les mêmes dans les deux cas.

L’action à distance ne paraît pouvoir s’exercer avec succès que sur des individus qui*ont été déjà soumis au mag’nétisme.

Nous n’avons pas vu qu’une personne magnétisée pour la première fois tombât en somnambulisme. Ce n’a été quelquefois qu’à la huitième ou dixième séance que le somnambulisme s’est déclaré.

Nous avons constamment vu le sommeil ordinaire, qui est le repos des organes des sens, des facultés intellectuelles et des mouvements volontaires, précéder et terminer l’état de somnambulisme.

Pendant qu’ils sont en somnambulisme, les magnétisés, que nous avons observés, conservent l’exercice des facultés qu’ils ont pendant la veille. Leur mémoire même paraît plus fidèle et plus étendue, puisqu’ils se souviennent de ce qui s’est passé, pendant tout le temps et toutes les fois qu’ils ont été en somnambulisme.

A leur réveil, ils disent avoir oublié totalement toutes les circonstances de l’état de somnambulisme, et ne s’en ressouvenir jamais. Nous ne pouvons avoir, à cet égard, d’autre garantie que leurs déclarations.

Les forces musculaires des somnambules sont quelquefois engourdies et paralysées. D’autres fois, les mouvements ne sont que gênés, et les somnambules marchent ou chancèlent à la manière des hommes ivres, et sans éviter, quelquefois aussi en évitant les obstacles qu’ils rencontrent sur leur passage. Il y a des somnambules qui conservent intact l’exercice de leurs mouvements ; on en voit même qui sont plus forts et plus agiles que dans l’àtat de veille.

Nous avons vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, les objets que l’on a placés devant eux ; ils ont désigné, sans les toucher, la couleur et la valeur des cartes, ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelques lignes de livres que l’on a ouverts au hasard. Ce phénomène a eu lieu alors même qu’avec les doigts on fermait exactement l’ouverture des paupières.

Nous avons rencontré, chez deux somnambules, la faculté de prévoir des actes de l’organisme plus ou moins éloignés, plus ou moins compliqués. L’un d’eux a annoncé plusieurs jours, plusieurs mois d’avance, le jour, l’heure et la minute de l’invasion et du

retour d’accès épileptiques • l’autre a indiqué l’époque de sa guérison. Leurs prévisions se sont réalisées avec une exactitude remarquable. Elles ne nous ont paru s’appliquer qu’à des actes ou des lésions de leur organisme.

Nous n’avons renconti’é qu’une seule somnambule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles on l’avait mise en rapport. Nous avions cependant fait des recherches sur un assez grand nombre.

Pour établir avec quelque justesse les rapports du magnétisme avec la thérapeutique, il faudrait en avoir observé les effets sur un gi'and nombre d’individus et avoir fait longtemps et tous les jours des expériences sur les mêmes malades. Cela n’ayant pas eu lieu, la Commission a dfl se borner à dire ce qu’elle a vu dans un trop petit nombre de cas pour oser rien prononcer.

Quelques-uns des malades magnétisés n’ont ressenti aucun bien. D’autres ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué, savoir : l’un, la suspension de douleurs habituelles, l’autre, le retour des forces ; un troisième, un retard de plusieurs mois dans l’apparition des accès épileptiques, et un quatrième, la guérison complète d’une paralysie grave et ancienne.

Considéré comme agent de phénomènes physiologiques ou comme moyen thérapeutique, le magnétisme devrait trouver sa place dans le cadre des connaisances médicales, et, par conséquent, les médecins seuls devraient en faire ou en surveiller l’emploi, ainsi que cela se pratique dans les pays du Nord.

La Commission n’a pu vérifier parce qu’elle n’en a pas eu l’occacasion, d’autres facultés que les magnétiseurs avaient annoncé exister chez les somnambules. Mais elle a recueilli et elle communique des faits assez importants pour qu’elle pense que l’Académie devrait encourager les recherches sur le magnétisme comme une branche très curieuse de psychologie et d’histoire naturelle.

Ce rapport fut écouté par l’Académie avec le plus vif intérêt ; quelques adversaires du magnétisme tentèrent, en vain, de troubler le silence religieux de la savante assemblée ; mais l’immense majorité réprima promptement ces tentatives et témoigna par de nombreux applaudissements à l’honorable rapporteur, combien elle était satisfaite de son zèle, de son talent et de son cowage.

Un membre ayant demandé l’impression de ce rapport, M. Castel

s'y opposa avec force, disant que si la plupart des faits qu'on avait annoncés étaient réels, ils détruiraient la moitié des connaissancesphysioloyiques; qu'il serait donc dangereux de propager ces faits au moyen de l’impression.

Divers membres voulurent soulever une discussion, mais on leur fit observer que le travail de la Commission reposant tout entier sur des expériences rigoureuses, cette proposition ne pouvait être acceptée, à moins qu'on n’attaquât les lumières ou la moralité des Commissaires, ce qui ne serait pas souffert par l’Académie.

MM. les adversaires furent alors obligés de se résigner au silence.

Le magnétisme était donc reconnu et acecpté par l’Académie de médecine (28 juin 1831.;

Un des articles les mieux écrits que j’aie lu contre la théorie du .magnétisme est, assurément, celui de Dechambre (Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales), — Article Mesmérisme. Je relèverai seulement, en passant, la négation qu’il y exprime, en rapportant que la somnambule Prudence' a affirmé que tout était fraude dans le magnétisme (1).

Pour cela faire, je rappellerai le cas deM. Paradis (k Vienne); ce fait m’autorise, je crois, k poser une question qui sera aussi ma réponse : combien Prudence a-t-elle reçu pour oser une confession pareille?

D’aucuns prétendent aussi, à propos des guérisons imaginaires^ opérées par le magnétisme ou le somnambulisme, qu’elles sont dues simplement k l’effet de l’imagination, de l’idée fixe, qu’a le malade de sa guérison. — On en a dit autant de bien d’autres, dont certains systèmes d’applications médicales se sont rendus coupables. Elles n’en existent pas moins!

Aussi, avouons-le, que de malades voudraient l’avoir cette idée.... Ne serait-ce que pour la donner k ceux qui les soignent!

Par ce trop court historique, on peut donc voir que tout ce qui est raconté, répandu, sur le magnétisme, par ceux dont le devoir serait cependant de ne dire que la vérité, est complètement faux, totalement inexact.

(1) Les autres objections faites par Dechambre, ayant surtout rapport à des faits scientifiques^ fexposé et la critique en seront faits dans la seconde partie de ce travail.

Le mag'iiétisme n'est pas d’invention récente : depuis l'antiquité la plus reculée, on l’a conçu et mis en pratique ; puisque l’histoire nous apprend qu’il a été, pour ainsi dire, le point de départ des notions médicales.

Chez les anciens, au Moyen-Ag*e, dans les temps modernes, les hommes les plus remarquables de chacune de ces époques, ont étudié, analysé et affirme l’existence de ce principe scientifique. — Malgré les luttes, les entraves les plus terribles, il a pu arriver jusqu’à nous, grâce au zèle et au courage de ses partisans.

Par conséquent, Mesmer, ce charlatan^ comme on dit dans un certain monde, n’a été que le rénovateur des principes défendus par ses devanciers, principes que l’on voudrait encore aujourd’hui laisser dans l’oubli.

Cependant, il n’est pas permis de s’arrêter; car l’opinion des hommes que j’ai cités, l’affirmation de l’Académie de médecine (1831), et surtout l’encouragement que Husson donne à ceux qui viendront après lui, semblent non-seulement affirmer le droit, mais encore imposer le devoir de poursuivre la route qu’ils ont si péniblement tracée !

Que peut-on craindre.l’insulte, la calomnie? On en rira.le

bien, fait chaque jour, étant là pour consolation. Mais, quand on songe que toutes ces appréciations insultantes, jetées encore de nos jours à la face des défenseurs de cette branche scientifique, atteignent des hommes, qui se nomment de Jussieu, de Puységur, Rostan, Georget, Laplace, Husson, etc., on éprouve un sentiment de pitié, non pour ceux qui [en sont l’objet, mais pour ceux qui enfantent et écrivent de pareilles scories littéraires !

La tâche est rude, je le sais; mais plus les difficultés seront grandes, plus grand aussi doit être mon espoir de voir mes efibrts récompensés, si j’en crois cette maxime de Spinosa : ce qui naît akément, périt de même (1).

Espinouse.

(1) Œuvre de Spinosa. — Éthiquey page 15.

-Vr.'-'

Aux objections, gracieuses et polies, dont on m’honorera, peutêtre, je répondrai par l’exposé dê la seconde partie de ce travail :

De Vapplication, en médecine, du magnétisme et du sommmàulisme. — Ohermtions. — Conséquences tirer, an point de rvs

pathologique et clinique.

.SEMEVièV^

Bordeaux. —lmp. J. Lamarque, rue Porte-Dijeaux, 43.

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