‹ Du mercureChapitre 15 sur 48 · JO · texte numérisé non relu

JO

m — Mort de l'animal.

Mêmes lésions que dans le lapin de l'expérience précédente. Au niveau des points injectés en dernier lieu il y avait, outre les quelques plaques blanchâtres décrites plus haut, un commencemen manifeste de gangrène. Nous constatons donc encore ce que nous Tau appris l'expérience précédente, une diminution progressive du nombre des globules rouges et une production de diarrhée au bou de quelques îours, fait intéressant, car cet animal n'avait pas pns

de mercure par le tube digestif.

On peut remarquer aussi que l'augmentation d«s doses a prodmt une augmentation dans la perte des globules ; du 5 au 8 mai, 1 animal a perdu en moyenne 94,900 globules rouges par jour, ce qui ?e t que la 45e partie du chiffre des globules qu'il avait le 5 mai, tandis que du 17 au 21, il n'a perdu que 88,000 globules par jour, ce nu7 tr35e partie du chiffre du 17 mai; la perte relative a donc nlus forte (1 ''8 fois) ; la perte absolue a été moindre, il est vrai Se aval Heu à un moment où le chiffre des globules était Taucoup pl^s faible; le résultat est donc totalement différent suivant au'on considère les pertes absolues ou relatives; mais il est b en évidTn q"^ce sont les pertes relatives dont il faut tenir compte : une perte de\oO globules est moindre chez un md-idu qui en possède 5,000,000 que chez celui qui n en a que 3,000,000. En résumé, nous voyons d'après ces expériences :

10 Qu'aux koses où le mercure a été donne chez les lapins, ce médicament a toujours été un hypoglobulisant;

20 Que les doses restant constantes, l'hypoglobulie a toujours été proc^ressive, comme si le médicament s'accumulait dans 1 économie;

30 Que les doses augmentant, l'hypoglobulie a augmente, mais

en proportion plus considérablo que l'augmentation des doses, ce qui semble bien prouver encore que le mercure s'accumulait ; ■i" Que, le traitement cessant, l'iiypoglobulie cesse aussi.

Les expériences souvent citées et j^lus anciennes de M. Polotebnow (1865) ont beaucoup moins de valeur. Cet auteur, en effet, a fait agir directement sur le sang une solution de sublimé dans du sérum de cheval, à la dose de 0,OOUt pour mille. On ne peut évidemment conclure des résultats qu'il a obtenus à ce qui se passe chez l'homme ; jamais, en effet, dans le mercurialisme, le sel métallique ne se trouve mélangé au sang en aussi grande pi^oportion que dans ces expériences. Que l'on suppose une intoxication produite par l'ingestion quotidienne de 0,0h centigrammes de sublimé, pris nécessairement en plusieurs fois, et que l'on calcule la quantité qui pourra se trouver dans chaque centimètre cube de sang, et l'on arrivera à des chiffres extrêmement faillies, surtout si l'on considère que le sel s'élimine rapidement, qu'au bout de deux heures les urines en ont déjà entraîné une partie, et qu'au bout dé vingt-quatre heures la première dose absorbée est presque entièrement éliminée.

Nous donnerons néanmoins, à titre de renseignement, le résumé de ces expériences ; nous l'empruntons à M. Constantin Paul :

Le docteur Polotebnow, pour avoir un réactif mercuriel convenable, a pris du sérum de cheval, auquel il ajoute par chaque centimètre cube, 0.0014 à 0.0015 (environ 1 milligramme et demi) de sublimé. Il a obtenu ainsi une sorte d'albuminat mercuriel transparent et incolore, à réaction alcaline, et pouvant se conserver intact pendant plusieurs semaines. Cette solution a été mêlée à du sang de chien défibriné, en même temps que, pour terme de comparaison, on répétait les mêmes épreuves avec du sérum de cheval donné à la môme dose que la solution mercurielle. On a pu constater les résultats suivants :

Le sérum du sang de cheval, ajouté au sang de chien défibriné, ne

donna qu'un môlange instable; au bout de quinze minutes, le liquide se sépara en deux couches, les globules sanguins allèrent au fond et il resta au-dessus un liquide trouble.

L'albuminat merouriel ajouté au sang lui donna une couleur plus claire, presque artérielle, et ce mélange parut bien intime. Ce n'est qu'au bout de vingt-quatre heures que les globules commencèrent à se séparer, la couche supérieure restant rouge cerise. Le docteur Polotebnow, faisant ensuite l'analyse chimique et microscopique comparée des deux mélanges, arriva aux conclusions suivantes :

1° Les globules rouges du sang de chien défibrinés, traités par le sérum seul, se détruisent lentement et d'autant plus lentement qu'on a mis moins de sérum, ils ne perdent que peu à peu leur hématine.

2° Sous l'influence d'une solution saturée de sublimé, presque tous les globules deviennent sphériques et ne peuvent revenir à leur forme première, sans doute par la perte de l'élasticité de leurs enveloppes. Ils sont, en outre, promptement détruits et d'autant plus vite que' l'on ajoute davantage de la solution mercuriellc. Si l'on agite longtemps le mélange ou qu'on le porte pendant trente à quarante minutes à 37" ou 38", la destruction est encore plus rapide. Les globules perdent aussi leur pigment, proportionnellement à la quantité de sublimé. Les globules blancs s'altèrent moins, leur noyau seul se trouble. Nous dirons enfin que l'analyse quantitative a fourni les données suivantes :

L'hématine, perdue par les globules s'est retrouvée dans la couche supérieure, au bout de trois jours, dans les proportions suivantes :

Sang défibriné. Albuminut. HémaLinc.

l" e.\périence.. 10 c. cubes 5 c. cubes 0 gr. 85 pour 100 c. cube

W — 10 — O(sérumseul) 0 005 —

On peut donc résumer ainsi l'action du sublimé sur le sang; destruction des globules caractérisée par leur déformation et la perte de leurs principes constituants, hématine et pigment.

Ces résultats sont tout à fait d'accord avec ceux qu'avait observés M. Bretonneau, en soumettant des animaux à l'intoxication mercuriclle, ainsi qu'à ceux qu'on observe chez les malades qu'on vient à saigner pendant qu'ils sont soumis à la saturation mercurielle.

En résumé, ce que l'on sait de positif relativement aux altérations du sang dans l'intoxication mercurielle intense, peut se résumer dans les termes suivants ;

HALLOPEAU. 7

1" Le plasma renferme une certaine quantité d'oxyde de mercure en combinaison soluble avec de l'albumine et du chlorure de sodium; 2° les globules se détruisent rapidement. Ces deux modifications sont probablement la cause prochaine des phlogoses, des hjqoercrinies et des troubles nutritifs que nous devons étudier maintenant dans la plupart des viscères. Les désordres fonctionnels qui en résultent n'éclatent pas immédiatement. M. le professeur Gubler a montré que leur apparition est précédée par une période où l'intoxication reste latente; cette période, généralement assez courte, a été méconnue ou négligée par la presque universalité des auteurs

§ II. — Action sur V appareil digestif.

Nous avons indiqué déjà les modes d'introduction du mercure qui donnent lieu surtout à la stomatite. Ce sont principalement l'administration du calomel à doses réfractées, les frictions et les inhalations de vapeurs mercurielles .

Nous avons indiqué également l'importance de l'idiosyncrasie, et nous ne saurions trop insister sur ce point.

Quelle que soit la cause de la stomatite, la rapidité de son apparition et son intensité dépendent de la sensibilité plus ou moins gi^ande des sujets. Ici, il suffit pour la produire, d'une seule friction ou de 50 centigr. de calomel ; Là, il faut un contact plus prolongé ou des doses plus fortes. On l'observe quelquefois dès le début de l'intoxication; d'autres fois, elle n'apparaît qu'au bout de deux ou trois mois, ou elle manque complètement.

Certains ouvriers sont rapidement atteints de cet ac-

cident, après une séance de six ou sept heures, par exemple, dans une mine ; d'autres résistent plus longtemps ou indéfiniment. A Almaden, on a remarqué son développement rapide chez les nouveaux arrivants.

Les hommes sont, d'une façon générale, moins susceptibles que les femmes. Parmi ces dernières, les femmes grosses paraissent plus prédisposées que les autres.

La présence des dents semble presque indispensable au développement de la stomatite. Non-seulement elle est très rare chez les petits enfants, mais elle manque également chez les adultes qui ont perdu leurs dents;' le fait est des plus frappants à Almaden et à Idria.

Au contraire la carie dentaire, les maladies des gencives et l'évolution de la dent de sagesse doivent être considérées, d'après Ricord, comme des causes prédisposantes auxcj[uelles il faut ajouter l'action du froid humide, les fatigues, les excès et un mauvais état de l'estomac.

• Les soins de propreté sont importants pour éviter l'apparition de la stomatite ; les ouvriers qui se lavent la bouche sont moins exposés que ceux qui négligent les lotions, et c'est là également une règle d'hygiène que l'on doit moins que jamais enfreindre lorsque l'on prend dti mercui^e.

Par- quel mécanisme l'intoxication mercurielle donnet-elle lieu cà la stomatite? La question a été souvent posée et résolue en sens différents par des auteurs également recommandables. Suivant les uns, il y a stomatite parce qu'il y a salivation; le mercure s'élimine par les glandes salivaires, il se trouve ainsi en contact avec la muqueuse buccale, et il en provoque la phlegmasie ; ils invoquent surtout à l'appui de leur manière de voir la présence maintes et maintes fois constatée du mercure

dans la salive, révoquant en doute l'exactitude des faits donnés comme négatifs ; les autres répondent : sans doute, on a trouvé souvent du mercure dans la salive, mais d'autres fois des observateurs autorisés l'y ont cherché en vain alors que la stomatite était intense; l'inflammation des gencives est le fait primitif ; le flux salivaire ne vient qu'après; bien plus, il peut manquer complètement.

Il semble bien avéré aujourd'hui que le point de départ de la stomatite n'est pas l'élimination du mercure par la salive, et que le fait initial est une lésion de la muqueuse buccale, ou plutôt du périoste alvéolo-dentaire, car dès le début de la maladie, on peut, par la pression, faire sourdre de la sertissure des dents, derrière la gencive imperceptiblement décollée un liquide franchement purulent. (A. Fournier.) La salivation est le plus souvent un phénomène secondaire, la muqueuse buccale enflammée devient plus sensible à l'action des excitants et elle provoque plus facilement l'excitation réflexe des glandes salivaires ;il semble, en outre, que l'on doive admettre, parallèlement pour ainsi dire, une action directe du poison sur les glandes salivaires ou sur leurs nerfs, car la salivation peut être primordiale (Gubler) et se manifester quelques heures après l'inhalation de vapeurs. M. Fournier a plusieurs fois constaté, d'une manière positive, que la salivation pouvait se produire indépendamment de toute phlogose buccale, et il nous en a cité (communication orale) un exemple des plus démonstratifs : chez un malade traité par les frictions pour des accidents de syphilis cérébrale, il a vu se produire deux fois, à cinq jours d'intervalle, un flux salivaire considérable (environ un litre dans les vingt-quatre heures), et pourtant les gencives examinées

matin et soir avec le plus grand soin, ne présentaient aucune trace d'inflammation.

Nous résumerons cette discussion en disant : le point de départ de la stomatite mercurielle est une périostite alvéolo-den taire ; la salivation est habituellement liée à la stomatite, mais elle peut aussi se produire isolément.

L'inflammation buccale débute constamment derrière la dernière molaire, du côté où le malade dort; puis elle s'étend graduellement. " Ce fait, indiqué par Ricord, a été vérifié par Fôurnier des centaines' dé fois. Bientôt les gencives se gonflent, "déviennent chaudes, douloureuses, saignantes ; lé 'collet "des" dents s'éntoure d'un cercle rouge vif; l'haleine prend une odeur forte, fétide, caractéristique (haleine mercurielle). Les malades accusent une sensation désagréable de sécheresse buccale et de goût métallique ainsi que des douleurs au niveau de rangle de la mâchoire et dans les mâchoires ellesmêmes ; les dents vacillent, et il semble aux malades qu'elles Se soient allongées.

La muqueuse buccale ne tarde pas à rougir et à se tuméfier dans toute son étendue ; des gencives, l'infiltration gagne les lèvres, la langue, les joues. Ces surfaces se recouvrent d'un enduit blanchâtre et limoneux dont l'épaisseur est surtout marquée aux gencives et à la langue. Celle-ci porte l'empreinte des dents, qui dépriment également la face interne des joues et y laissent des traces permanentes.

Si le mal s'aggrave, on voit se creuser sur les parties malades des ulcérations recouvertes d'une couche grisâtre pseudo-membraneuse ; puis ces ulcérations augmenter rapidement, mais plus en étendue qu'en profondeur et quelquefois se confondre les unes avec les autres; -le gonflement des parties est alors considérable ; la

langue fait saillie au dehors, et son extrémité se dessèche ; la bouche, entr'ouverte, s'emplit continuellement d'un liquide filant, quelquefois mêlé à du sang, qui s'écoule spontanément au dehors et diffère complètement de la salive normale par sa composition, ainsi que le montre nettement l'analyse suivante, empruntée à Thompson :

Albumine coagulable 0.257

Mucus 0.367

Chlorure de sodium 0.090

Eau ... 99.286

Son abondance peut être extrême ; on a vu des malades en perdre jusqu'à 20 ou 25 litres dans les vingtquatre heures. A cette période, la fétidité de l'haleine est épouvantable, les dents ébranlées se déchaussent et parfois finissent par tomber. Le gonflement s'étend à la face et au cou, les malades ne peuvent ni mâcher, ni avaler, ni j^arler, et leur respiration est quelquefois considérablement gênée ; leur ]3hysionomie exprime l'anxiété et le découragement. Il est exceptionnel aujourd'hui de voir se produire des lésions jdIus profondes, telles que la gangrène et l'élimination de la muqueuse tombant en lambeaux, la suppuration des parotides ou des ganglions cervicaux (Gubler), le phlegmon des joues et du plancher de la bouche, la glossite parenchymateuse et gangréneuse, et à leur suite, quand les malades résistent, des cicatrices difi^ormes. Pourtant on en voit encore quelquefois des exemples, en raison précisément de ces idiosyncrasies dont nous avons parlé. On n est pas maître de la salivation mercurielle ; dans cer-

tains cas, elle est lancée avec une impulsion telle que mais;!' é toutes les précautions, malgré la suppression imml^diate du mercure, rien ne peut l'arrêter et elle poursuit son cours avec une violence extrême (Fournier, communicaf ion orale); c'est surtout à la suite de frictions que ces accidents s'observent encore.

De pareils désordres ne sont pas sans provoquer des phénomènes de réaction générale. La stomatite, comme toutes les phlogoses mercurielles, pour peu qu'elles soient intenses, s'accompagne de fièvre. Dans les observations que nous avons eues sous les yeux, la température ne s'est guère élevée au-dessus de 39°.

Dans les cas graves, l'épuisement qui résulte delà salivation, de la fièvre et aussi de l'inanition, car souvent la déglutition devient impossible, contribuent puissamment cà produire l'état d'adynamie et de marasme que nous décrivons plus loin comme la conséquence de toutes les phlogoses aiguës àn mercurialisme.

La mort peut donc être la conséquence de la stomatite mercurielle. Dans les cas d'intensité moyenne, les désordres ne se réparent que lentement, la tuméfaction diminue peu à peu ainsi que la salivation, les ulcérations se détergent, les dents reprennent leur solidité, mais pendant longtemps la muqueuse buccale reste pour ainsi dire plus vulnérable qu'elle ne l'était auparavant, et sous l'influence d'excitations inoffensives chez la plupart des sujets, telles que la fumée du tabac, les condiments et les mets de haut gout, il se produit de nouveau quelques signes de stomatite et particulièrement une sensation de chuleur pénible avec cuisson et légère fétidité de l'haleine.

L'action phlogogène du mercure ne s'exerce pas seulement sur l'entrée des voies digestives; nous avons mentionné déjà les troubles gastro-intestinaux qui se ma-

— io;i —

iiifestent surtout chez certains sujets lorsque l'on prolonge trop longtemps l'administration du mercure et qui consistent en de la dyspepsie, des douleurs épigastriques, quelquefois des vomissements et souvent de la diarrhée. Quelquefois sous l'influence d'une faute d'hygiène ces troubles prennent tout d'un coup, un caractère d'acuité : Fournier a vu chez un malade soumis à un traitement par les frictions l'ingestion d'huîtres déterminer à deux reprises une diarrhée très considérable.

Dans le mercurialisme aigu, le catarrhe aigu de l'intestin avec évacuations extrêmement abondantes est un des accidents qui surviennent le plus souvent; il est mentionné par la plupart des expérimentateurs qui ont étudié chez les animaux les effets toxiques du mercure. Rosenbach constate chez un lapin auquel il a fait une injection sous-cutanée de bichlorure une. hypérémie de l'intestin ; Kaloman Balogh voit survenir dans une expérience analogue d'abondantes évacuations ; de même Saikowsky injecte en un jour environ 0,06 centigr. sous la peau d'un lapin, l'animal meurt au' bout de trois jours après avoir eu constamment de la diarrhée; on constate à l'autopsie une vive injection de la muqueuse digestive avec foyers hémorrhagiqnes ; l'injection souscutanée de 5 gr. de calomel en trois jours donne lieu aux mêmes altérations. On a prétendu (Dieterich) que cette diarrhée mercurielle n'était qu'une salivation pancréatique; il serait bien facile de vérifier cette hypothèse, mais alors même que l'on verrait les mercuriaux provoquer un accroissement de la sécrétion du pancréas, il n'en resterait pas moins nettement établi que l'hydrargyrisme aigu compte parmi ses manifestations les plus fréquentes un catarrhe aigu de l'intestin.

§ 5. — Action sur V appareil hépatique.

C'est là un des points les plus controversés de l'histoire du mercurialisme ; pendant longtemps tout , le monde a cru que le calomel était le médicament cliolagoaiue par excellence, et dans cette idée on le donnait avec prédilection dans les affections hépatiques et chaque fois qu'il paraissait indiqué d'activer la sécrétion

: biliaire. Cette action cholagogue des mercuriaux est aujourd'hui bien controversée. M. Fraser a résumé clairement l'état de la question dans un mémoire, en 1871, à la Société médico-chirurgicale d'Edimbourg. Voici, d'après une analyse d'E. Labbée, quels en sont les

; points essentiels :

Quatre opinions distinctes ont été émises relativement à l'action cholagogue du mei'cure.

1° Le mercure augmente simplement le flux biliaire dans l'intestin ;

2° Il produit une hypersécrétion biliaire en éloignant les conditions morbides qui entravaient la fonction de sécrétion du foie;

3" Il accroît la formation de la bile par une action indirecte sur le foie ;

4° Le mercure, enfin, a une action directe et primitive sur le foie d'où résulte une formation exagérée de bile.

Telles sont les théories régnantes ; on pourrait leur joindre une cinquième, à savoir celle qui dénie au mercure toute action cholagogue. • Fraser passe en revue chacune de ces opinions.

pe THÉORIE. — Le mercure augmente simplement le flux biliaire

dans l'intestin.

i° Beaucoup de médecins, Annesley, Graves, Harley, Sidney- Ringer, Hamilton, prescrivent efficacement le calomel toutes les fois que l'aspect décoloré et argileux des selles vient révéler un obstacle au cours de la bile. D'autres auteurs recommandent le' mercure dans des affections diverses, où le cours de la bile paraît entravé: congestion hépatique (Murchison), dysenteries (Morehead), parésic du foie chez les enfants (West), hépatite (Johnson), entérite (Williams), voyant dans le mercure un agent propre à activer le flux biliaire.

Pereira, et avec lui Stillé, Trousseau, Gublcr, Chi'istison, Ilaspcl, ITamilton, Fonssagrives, Mérat et Delens, Johnson, Murchison , Flint, attribuent au mercure la propriété d'augmenter la fonction sécrétoirc du foie et de l'intestin. Malheureusement, l'analyse chimique n'est pas intervenue pour nous dire quels sont les principes de la bile qui viennent colorer les selles après l'usage du mercure. Pour Stillé, ce n'est pas la bile, mais un sous-sulfate de mercure qui occasionne la coloration noire ou verte des fèces. Les analyses de Simon et Gokling-Bird font voir qu'il n'y a pas traces de mercure dans les garde-robes provoquées par le calomel. Simon y a trouvé de la graisse, de la cholestérine, de la biliverdine (extrait éthéré), plus du bilin, de l'acide bilifellinique et de la biliverdine (extrait alcoolique). Golding-Bird a trouvé un peu de bile et surtout de la biliverdine.

Les analyses précédentes n'avaient porté que sur deux cas. Michéa, reprenant la question, fit une série d'expériences : 1° Examen des déjections alvines spontanées' de six individus, adultes ou enfants bien portants. L'acide nitrique n'y fit rien découvrir.

2° Les évacuations vertes rendues par trois malades atteints d'entérite simple renfermaient dans un seul cas du pigment biliaire, mais le patient vomissait beaucoup ; et, quand ses vomissements furent calmés, les selles n'offrirent plus trace de bile.

3° On donna le calomel à 8 sujets bien portants; 5 hommes et 3 femmes ; 4 eurent des selles vertes, toujours on y constata la présence de la bile.

4° On administra à 5 personnes des purgatifs salins ou résineux , presque jamais les selles ne furent vertes, et l'acide nitrique n'y décela pas la présence du pigment biliaire. Michéa conclut : le calomel agit sur le foie et occasionne des déjections alvines d'une coloration particulière due à un excès de bile.

Sans contester la valeur de ces expériences. Fraser ne les trouve pas démonstratives. Elles ne prouvent pas quo le mercure augmente la proportion de bile dans les fèces.

On a encore invoqué comme preuve de l'action cholagogue du mercure son action curative sur les obstacles au cours de la bile dans le duodénum : catarrhe, spasmes, inflammation des conduits bouchon muqueux, duodénite, épaississement de la bile. Mais ces arguments ne reposent pas sur des bases solides. Aussi peut-on se demander si le mercure n'agit pas en dissolvant les exsudais inflammatoires, ou bien en rendant plus fluides les mucosités qui oblitèrent le canal cholédoque.

L'effet hypercrinique n'est donc rien moins que démontré.

Bence Jones pense que les sels de mercure irritent la membrane

muqueuse stomacale et déterminent par action réflexe l'afflux de la bile dans l'intestin. M. Fraser passe alors en revue les différentes théories proposées pour expliquer l'issue de la bile dans l'intestm pendant la digestion, et déclare, après discussion, que la seule admissible est celle qui attribue l'écoulement de la bile à l'action stimulante du chyme sur la muqueuse duodénale. Or, on sait, par les expériences de Murray, que le calomel augmente la vascularité de la muqueuse gastro-intestinale. Celle-ci peut être comparée à l'excitation produite par le chyme ; on peut donc admettre que le calomel provoque l'excrétion biliaire d(3 la même façon que le chyme, par action réflexe, en dehors de toute condition pathologique et indépendamment d'un effet direct ou indirect sur la fonction sécrétoire du foie.

oe THÉORIE. — Le mercure produit une hypersécrétion biliaire, en éloignant les conditions morbides qui entravent la fonction de sécrétion du foie.

Ici pas d'expériences directes à l'appui, mais seulement déductions cliniques.. Dans l'hépatite, le mercure combat l'inflammation et rétablit la sécrétion, etc.

3^ THÉORIE. — Le mercure accroît la formation de la bile par une action indirecte sur le foie.

Trousseau et Barbier pensent que le mercure, comme tous les cholagogues, agissent en irritant le duodénum, irritation qui, par sympathie, réagit sur les fonctions vitales du foie, lequel, devenu turgescent, sécrète la bile plus abondamment. Ce sont là des vues théoriques, sans preuves à l'appui.

à" THÉORIE. — Le mercure a une action directe et primitive sur le foie, d'où résulte une sécrétion biliaire.

Soutenue par Budd et Headland, qui, outre une action indirecte sur le duodénum, admettent sans preuves une action cholagogue directe, en supposant que le mercure s'élimine par le foie. — D'autres écrivains se contentent d'énoncer l'hypérémie du foie sans chercher à l'interpréter : Pereira, Fraser, etc. — Bien que cette théorie n'occupe qu'un rang secondaire dans la littérature médicale, et qu'eUc ne soit pas nécessaire pour expliquer l'action du mercure, rien ne s'oppose à ce qu'on la considère comme légitimée jusqu'à preuve du contraire.

En résumé, on doit considérer le mercure comme cholagogue ;

mais bornons-nous à admettre l'éxagéralion du flux biliaire dans rintestin, en laissant do côté le mécanisme de cette action.

Murchison a prétendu que, par suite de l'effet purgatif des niercu- .riaux, les fèces rapidement évacuées n'avaient pas le temps de su])ir dans l'intestin des modifications destinées à transformer la bile. Objection facile à réfuter : les diarrhées simples ou par purgatifs salins ne sont pas bilieuses. Le mercure peut procurer des selles bilieuses aiou diarrhéiqucs.

5® THÉORIE. — Le mercure n'est pas cholagogue.

Opinion émise par Thudicum et défendue surtout par Scott et Bennett (rapporteur de la commission d'Edimbourg). Dans les expériences de Scott et du comité d'Edimbourg, on ouvre le ventre de l'animal, on lie le canal cholédoque et l'on détermine une fistule biliaire. Ltr bile excrétée est recueillie et soigneusement examinée chaque jour durant quelque temps. Puis on administre le calomel. Et l'on observe que la bile est ou diminuée, ou bien non changée dans ses proportions. Fraser ne voit dans les expériences de Scott et de Bennett qu'une négation peu concluante. Combien de conditions anormales! Irritation constante du canal cholédoque, inflammation suppurativc du foie, résorption de la bile qui n'est pas versée -dans l'intestin, etc., etc.

Gonclusion. — Le mercure exerce sur le foie une action cholagogue incontestable ; les faits cliniques le démontrent ; profitonsen, bien que nous ignorions comment il agit.

§ 6. — Action sur la peau.

Les affections des téguments externes sont bien moins fréquentes clans le mercurialisme aigu que ne le sont les affections de la muqueuse digestive. M. Bazin n'a observé que trois fois l'hydrargyrie de cause interne, et Kûssmaul paraît douter que les éruptions observées chez les sujets mercurialisés aient un caractère spécial. C'est là une grosse erreur, et l'hydrargyrie porte si bien le cachet de sa cause spéciale qu'un dermatologiste exercé peut, d'après les seuls caractères objectifs de cette affection, en reconnaître immédiatement la na-

i ure. M. A. Fournier nous a dit qu'il avait fait maintes et maintes fois ce diagnostic et que constamment il avait pu en contrôler Texactitude. i

Chez les sujets qui font des frictions, on voit quelquefois survenir des sueurs abondantes; on peut donc se poser la même question que nous avons discutée a propos de la salivation : les sueurs sont-elles dues a i elimination du mercure par les glandes de la peau? Et si la question est résolue par l'affirmative, faut-il attribuer la production de la phlogose cutanée à l'action irritante des sueurs mercurielles ?

On a positivement constaté, dans certains cas, 1 élimination du mercure par la peau. Sans parler du fait contestable de Salmeron (page 63), nous trouvons dans la science une observation tout à fait démonstrative- elle appartient à M. Bordier : un homme, atteint d'intoxication mercurielle, est placé dans une baignoire en bois remplie d'eau acidulée; les deux pôles d'une sén'e d'éléments de Bunsen sont mis en communication avec lui et l'on ne tarde pas à voir une plaque de cuire disposée au pôle positif se recouvrir d'un dépôt de

mercure

Cependant la sueur ne paraît servir que très accessoirement à l'élimination du mercure; M. Byasson n'en a pu trouver trace dans ce liquide alors que l'urine en contenait une notable proportion; et quand même il en contiendrait, comment la quantité extrêmement mimme de mercure qui se trouverait en pareil cas en contact avec la peau pourrait-elle produire directement une irritation que la solution de van Swieten incomparablement plus chargée ne provoque que très exceptionnellement ? On n'a pas noté d'ailleurs que Fhydrargyrie ait été généralement accompagnée ou précédée de sueurs abondantes.

Ici, comme pour la stomatite, nous devons encore revenir sur l'importance de lïdiosyncrasie. M. Fournier nous en fournit un bel exemple.

HYDRARGYRIE SCARLATINIFORME .

M. X..., à la suite d'une seule onction mercurielle a eu autrefois une première éruption scarlatiniforme; le même accident s'est reproduit après un bain dans lequel on avait versé une bouteille de solution de sublimé.

Le 3 février 1850, il vient consulter M. Fournier pour une ulcération à base un peu dure située dans la rigole du frein ; il a bientôt des ganglions dans l'aine droite. La cicatrisation se fait et l'induration du frein reste longtemps très marquée; le pourtour du méat est également très induré.

Le G mai, érosion de l'amygdale, la dureté du frein persiste.

Le 16, céphalalgie très vive, continue. M. Fournier conseille au malade de prendre chaque jour une pilule de protoiodure 0,05.

Le lendemain du jour, où la première pilule a été prise' M X s'aperçoit que ses mains sont gonflées; il se produit une éruption scarlatinoide.

Le 22, tout le corps est couvert d'une éruption identique à celle de la scarlatine, violacée, confluente en nappe sur les bras, les cuisses, les jambes; moindre sur le tronc. Les oreilles et le bout du nez sont le siège d'une légère desquamation.

Les extrémités sont gonflées.

Le 25, la desquamation est devenue très abondante, elle est purpuracée, farineuse, sur les reins, les jambes, l'oreille, etc. L'œdème a disparu.

Le 30, la desquamation continue avec la même abondance et le même caractère purpuracé sur tout le corps. Quand on ôte la chemise du malade, on voit comme un nuage de son. Cette desquamation est bien plus abondante que celle d'une scarlatine vulgaire.

Elle est achevée le 10 juin.

A ce moment, M. Fournier cautérise le malade avec le nitrate acide de mercure.

Le lendemain, les mains sont gonflées et rouges; bientôt elles desquament; et au bout de quinze jours, la desquamation n'est pas encore terminée. ^

le 29 ^ '^"^ Dupuytren tous les jours, puis 2 pilules,

Le 8 août, les mains se tuméfient et deviennent rouges; et, cette

[fois encore, il se fait à la suite une desquamation de la paume des imains et de la face antérieure des doigts.

M. Bazin, dont nons suivrons la description, admet avec Alley, que cette éruption peut se présenter à l'ob- ^servation sous trois formes distinctes :

1° Hydrargyria mitis.

Qo febrilis.

30 maligna.

r La forme bénigne n'est qu'mie légère efflorescence localisée à certaines régions, et particulièrement à la face interne des cuisses, an scrotum, aux aines, à Tabdomen. Sur cet érythème se dessinent des vésicules très petites, avec démangeaison et cuisson.

Jamais de réaction fébrile.

T Vhydrargijrie fébrile succède le plus souvent à la forme précédente. Elle débute à la face interne des cuisses et au scrotum pour s'étendre au reste du corps et envahir la face en dernier lieu. La rougeur est plus intense; les vésicules, qui apparaissent le quatrième jour, sont plus grandes, elles s'entourent d'une auréole rouge et se remplissent de pus, puis elles se^ rompent et il se forme des croûtes humides et jaunâtres. Le prurit est intolérable. Souvent, il y a concurremment de l'aneine et de la stomatite. On constate l'existence d'une

réaction fébrile.

3^ Vhijdrargijrie maligne ne s'observe guère que dans les cas où l'on continue l'emploi du mercure après l'apparition des premières vésicules. Dans cette forme, la peau est tuméfiée et douloureuse ; le visage est enflé ; les paupières, gonflées, restent fermées ; l'éruption est d'une couleur rouge foncé ou pourpre.

Les vésicules présentent des dimensions plus grandes

que dans les autres variétés ; il peut même se former des bulles remplies d'un liquide acre et abondant. Le malade exhale une odeur des jdIus fétides, qui a été comparée à celle du poisson gâté.

La desquamation n'a lieu que vers le huitième ou dixième jour, et elle se fait comme celle de la scarlatine; à la suite, la peau peut 'rester dure et écaiileuse. Les phénomènes généraux sont graves ; les malades, en proie à une fièvre iilténse, accusent de vives douleurs; leurs forces sont prostrées ; ils resjDirent péniblement ; leurs nuits sont sans sommeil, et dans certains cas ils succombent dans le coma, après une période de -délire ; d'autres fois, il se fait une série de jDoassées dont chacune est annoncée par une recrudescence des douleurs et des frissons. On voit parfois survenir, à la suite de la forme maligne des adénites, des abcès superficiels, des furoncles et des ulcérations gangréneuses, conséquences indirectes du mercurialisme.

§ 7. — Action sur V appareil de V urination .

L'albuminurie, avec ou sans hématurie, est assez fréquemment observée dans l'hydrargyrisme aigu. Ce fait, contesté par Rayer, Frerichs et Rosenstein, a été constaté positivement par Pavy, Overbeck et Kiissmaul.

M. le professeur Gubler (1) ne pense pas que ce symptôme doive être rattaché, dans tous les cas, à une lésion du parenchyme rénal; il montre que la dyscrasîe, caractérisée par l'altération des albuminoïdes et la destruction des globules est, par elle-même, une cause

(I) Leçons inédites professées à la Faculté en 1870.

puissante d'albuminurie, puisqu'elle encombre le sang de déchets protéiques, et que peut-être elle modifie le pouvoir dialysable de la sérine. Mais ce n'est pas à dire pour cela que l'on ne doive pas tenir le plus grand compte des lésions rénales. M. A. Ollivier, dans un travail récent, a montré que l'albuminurie mercurielle doit être rapprochée de l'albuminurie saturnine et qu'elle est liée vraisemblablement, comme cette dernière, à une stéatose rénale.

La plupart des auteurs qui, dans ces derniers temps, ont étudié chez les animaux l'intoxication mercurielle aiguë, ont également constaté qu'elle amenait une altération des reins : Balogha trouvé ces organes tuméfiés et congestionnés; leur épithélium présentait les lésions de la dégénérescence graisseuse aiguë; Leiblinger et Saikowsky ont décrit les mêmes lésions; mais c'est dans ces derniers temps seulement que le rôle essentiel qu'elles jouent dans l'intoxication mercurielle aiguë a été complètement mis en relief par M. Bouchard, dans la belle observation que l'on va lire (1),

Clinique médicale de la Charité. — Service de M. Bouchard, Salle Saint- Jean-de-Dieu, n° 1.

Observation recueillie par M. Empereur.

X. . . , 37 ans, clmucli'oiinier, entré le 19 mai 1873, mort le 9 juin 1873. Le malade couché au n° 1 de la salle Saint-Jean-de-Dieu, est entré à l'hôpital pour se faire soigner d'une éruption cutanée qui date déjà de quatre mois. Il n'a jamais été gravement malade, toutefois, son état de chaudronnier ne lui a pas toujours été avantageux; il a dû, dans ses travaux, employer des sels de plomb, et trois fois il a eu des coliques de plomb; la dernière attaque qui l'a retenu un

(1) M, Bouchard a fait connaître à la Société de Biologie, en 1873 les principaux faits qu'il avait consignés dans cette observation ; mais elle n'avait pas été publiée intégralement; il a bien voulu nous mettre à même de le faire ; qu'il veuille bien recevoir ici nos sincères remercîments.

HALLOPEAU. o

— IIA —

mois malade, remonte à une année, mais il dit n'avoir pas eu d'autres accidents saturnins que dos coliques.

En remontant plus haut dans l'histoire de sa vie, il avoue qu'il a eu un chancre, il y a quatorze ans, mais que le médecin à qui il s'était confie lui avait assuré que ce n'était qu'un simple chancre volant. Il y a quatre mois, ses forces ont diminué,, son appétit s'est perdu, son embonpoint a baissé, son teint a pâli, tout son corps est devenu comme boursoufflé, et en particulier les paupières, puis les malléoles ont gonflé d'une façon très manifeste.

Quelques jours après, il a vu apparaître des boutons sur ses bras; ces boutons devinrent bientôt confluents, ils envahirent le sternum et le dos, puis les cuisses et les jambes. Cette éruption l'a grandement étonné, dit-il, car il est certain de n'être pas syphilitique, il n'a jamais eu dans sa vie que ce tout petit chancre volant, il y a quatorze années; mais jamais de plaques sur le corps, jamais de maux de gorge^ jamais d'alopécie, jamais de céphalalgies nocturnes, jamais de vomissements le matin.

Jusqu'à quel point faut-il croire ce malade ? nous allons le voir. L'éruption s'est faite d'abord aux deux bras, simultanément, par de petites élevures rougeâtres, dures, sèches, opaques, ne provoquant ni douleurs, ni démangeaisons. Les mains furent respectées; mais le sternum, puis les côtés, puis le dos, et presque en même temps, les cuisses et les jambes furent envahis à leur tour.

L'éruption ne présentait pas partout le même aspect; celle du sternum était encore boutonneuse, rougeâtre, quand déjà celle des jambes avait uni ses élevures pour former des saillies en plaques assises sur des bases rougeâtres; aux bras, l'éruption était l'estée tuberculeuse, mais aux bras comme aux jambes l'épiderme étaitsoulevé ou plutôt s'était décollé et ne touchait plus aux saillies que par leur point culminant, et formait autour de ce point un rebord grisâtre à la manière d'une collerette ; et, en ces régions, la desquamation était très active. Sur le sternum, les squames se formaient à peine; les papules restaient recouvertes de l'épiderme; elles étaient très confluentes et se rangeaient régulièrement et symétriquement en cercles ou en spirales. L'éruption était presque générale ; la face, la partie supérieure du cou, le dos à la partie supérieure, la face dorsale des bras, les mains, la portion postérointerne des cuisses, et la plante des pieds en étalent cependant les unes presque et les autres complètement indemnes; la face interne des bras, le sternum, les côtés, les lombes et la portion antéroexterne des jambes en étaient particulièrement couvertes. La couleur s'était modifiée ; le rouge avait pâli, il était devenu cuivré et presque bronzé sur certains points et en particulier au sternum ;

cependant aux jambes la couleur première était presque conservée, les élcvures en plaques recouvertes de leurs squames légères présentaient sous ce voile une teinte rouge mais encore foncée par places et ressemblaient à de lalie.de vin. De sorte, que sur l'étendue du corps on pouvait voir plusieurs espèces d'éruptions, ou plutôt plusieurs formes de la môme éruption, ou mieux encore la même éruption à ses différentes périodes, papuleusc, squameuse et cuivrée aux bras ; granuleuse et cuivrée sur le sternum, et lenticulaire, squameuse et rougo aux jambes.

L'éruption a employé quatre mois à opérer ces transformations, et aujourd'hui elle offre les caractères qui viennent d'être décrits. Pendant ces quatre mois, l'état général du malade n'a pas reçu d'amélioration, aussi le malade s'est décidé à entrer à l'hôpitalj le 19 mai 1873. Le teint est pâle, la figure boursoufflée ; elle porte les traces d'une ancienne variole; tout le corps présente un aspect légèrement cachectique, les jambes sont enflées, surtout au niveau des malléoles. Une éruption confluente recouvre le corps; elle est papuleuse, squameuse; elle n'est d'ailleurs point la même partout, elle est polymorphe. Elle n'a jamais donné de sérosité; elle n.'a jamais pro voqué de démangeaisons ; quant aux autres caractères, ils sont les mêmes que ceux décrits ci-dessus.

On demande au.malade si ses cheveux sont tombés; s'il a eu des croûtes sur la tête. Il le nie et cependant l'alopécie existe encore ; elle est même en pleine vigueur et de nombreuses croûtes recouvrent le cuir chevelu. Les ganglions sous-occipitaux sont engorgés; les ganglions épitrochléens le sont aussi. On demande au malade s'il y a quelques mois, il n'a pas eu de chancre, il le nie formellement,'il n'a jamais eu dans sa vie qu'un tout petit chancre ,v.olant • et encore il n'a duré que quelques jours, et n'a point laissé de traces.

Mais si l'on examine les parties génitales, on remarque au toucher une induration au côté droit du prépuce, et le cordon des lymphatiques dorsaux de la verge est induré aussi, et enfin les ganglions de l'aine le sont également, car là on trouve des ganglions engorgés transversalement.

A l'examen de la bouche et de l'arrière-gorge, on ne trouve rien.

L'exploration des organes profonds ne découvre rien ni au cœur ni aux poumons, ni au foie. Le pouls est régulier, il bat 72 par minute, la température rectale est normale, le thermomètre marque 370,2.

Les urines ont une couleur normale, claire ; elles ne présentent pas de sédiments, elles ne contiennent pas d'albumine. Le- malade pisse bien et va bien à la selle, mais il n'a pas d'appétit

On ordonne, lo 20 mai, deux cuillerées par jour de liqueur de van Swieten dans un verre de lait.

Le 21, le 22, le 23, le 2'i et le 25 mai, lo malade prend sa potion', l'éruption ne se modifie guère, la desquamation paraît devenir plus active et les papules semblent s'aplatir; mais le changement n'est pas accentué. Le 26 mai, le malade accuse des douleurs aux deux yeux; les paupières sont un peu rouges, les conjonctives sont légèrement injectées. Le 27 mai, la blépharite et la conjonctivite s'accusent davantage, surtout à gauche. Le 28, l'œil gauche paraît tout à fait enflammé, le malade souffre, sa vue est trouble; la pupille est contractée à gauche; on aperçoit profondément des traînées rougeàtres; un cercle grisâtre entoure la cornée; la conjonctive est rouge, mais surtout profondément; les vaisseaux sclérotico-conjonctivaux paraissent surtout enflammés. C'est une iritis. Collyre à l'atropine.

Le 29 mai, les mêmes signes d'inflammation persistent; on change le traitement.

On supprime la liqueur de van Swieten, et comme depuis quelques jours l'éruption* s'est un peu modifiée, et que la partie interne des cuisses est libre des quelques papules qui la recouvraient au début, on ordonne des frictions à l'onguent mercuriel simple 4 gr. par jour.

Le 30 mai au matin, le malade accuse une légère inflammation de la bouche et des gencives et un léger mal de gorge. Il n'y a qu'un jour que les frictions sont ordonnées ; on ne fait pas attention à cette complication nouvelle.

Le 31, l'inflammation est plus vive, les gencives sont un peu rouges, mais le malade peut encore boire et manger aisément. Température rectale le matin, 38*^,4.

Le l^' juin, l'inflammation s'est accusée davantage; la salivation mercurielle commence ; les joues sont enflées, surtout celle de gauche.

Le 2 juin, la stomatite mercurielle est considérable, toute la bouche est enflammée et recouverte d'un enduit blanchâtre ; le malade a les joues considérablement gonflées, il ne peut plus manger ni avaler librement. On supprime les frictions mercuriëlles et on lui ordonne le chlorate de potasse. La température est à 38°.

Le 3 juin, l'état du malade est déjà inquiétant; le gonflement des joues est considérable, le patient ne parle que très difficilement, son haleine est fétide; les ganglions sous-maxillaires sont engorgés. Mais l'éruption s'est considérablement modifiée, les petites élevures se sont aplaties; la desquàmation a cessé; il n'existe plus aux bras, au sternum et au dos que des plaques cuivrées et brunâtres : aux jambes, les saillies se sont aussi effacées, mais la couleur rouge ou

lie de vin y a persisté. Aujourd'hui, la pupille est dilatée et rinflammation a considérablement diminué; l'iritis est donc presque guérie.

Le 4 juin, la stomatite est plus terrible que jamais, 1-e malade ne dort plus, il ne mange plus; à peine peut-il prendre un peu de tisane, et une nouvelle complication survient; la fonction urinaire semble s'arrêter, les urines sont très peu abondantes.

Le 5 juin, les mêmes symptômes persistent, on fait garder les urines. On double la dose de clilorate de potasse. L'œdème des jambes a reparu, il s'est même produit de l'anasarque, et à l'auscultation des poumons, on entend quelques râles bullaires disséminés. La température rectale du soir est de 38°,2.

Le 6 juin, le malade se sent mieux, la parole est plus libre; la langue paraît moins volumineuse ; la salivation est moins abondante On fait l'analyse des urines.

Quantité 150 cent. cub.

Densité 1017

Kértction Acide, très acide.

Coulenr Plus que rouge = N° 5,5 par litre = 3,60 par jour.

Tmusparence Trouble.

Sédiments Pas de sédiments.

Albumine Traces.

Sucre N'est pas recherché.

Bile N'est pas recherchée.

Chlore j 0 g'-- 96 par litre.

/ 0.144 par jour

jr, ( 3 gr. fi par litre.

^^^^ j 0.54 par jour.

Acide DhosDh i ^ S^-- 12 par litre.

Aciae pùospù I 0.168 par jour.

Mat. extractives 23 gr. par litre.

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