‹ Du mercureChapitre 17 sur 48 · I- 0,057222 par jour · texte numérisé non relu

I- 0,057222 par jour

Matières extraetives Pas dosées.

TJrochrome En quantité, et la couleur persiste.

Uroxantliine.. En quantité, et la couleur persiste.

On peut;^déduire de cbs d'eux dernières recherches, que le malade n'a pas pris, son chlorate de potasse, ce que démontre aussi l'essai fait! avec le sulfate d'indigo et l'acide sulfurique.

Le 8 juin, le malade se trouve moins bien que les deux jours précédents; le gonflement des joues et de la langue a reparu, le repos de la nuit a été impossible. Notons aujourd'hui qu'il ne reste plus aucune trace d'iritis, et que l'éruption papulo-squameuse a disparu partout pour ne laisser sur ses traces que des plaques cuivrées. La température du matin est de 3'8°,4 , celle du soir est de 3S»,6. Urines: quantité 260 cent. cub. densité 1.017.

Le'9 juin au matin, le malade est trouvé dans le coma et dans la prostration, avec des joues et des lèvres épouvantablement gonflées. Il a eu de l'agitation pendant la nuit; il s'est levé plusieurs fois pendant la nuit; la température axillaire est de 35o,6. Quelques heures après le malade meurt. Analyse des urines :

Quantité 44 cent. cub.

Densité j-

Réactioii Très acide.

Couleur Rougej n° 7 =-64.pai; litre, 2,816 par jour.

Transparence Trouble.

Sédiments Pas.

Albumine Traces.

Sucre Traces.

Bile Pas-rechei-oliéei

Urée S * Sr- par litre.

^ ® I 0,1848 par jour.

Chlbre P"^'.^''''^-

I 0,0o28 par jour.

Acide pliospliorique.... i glloli? P'^'' l'*'"^- . /• 0,05o3504 par jour.

Urochrome Beaucoup.

Uroxantliine Beaucoup.

Mat. extraetives \ 25 gr. par litre.

( 1,10 par jour.

Autopsie faite le 10 juin 1873, à 9 heures du matin, 3A Heures après la mort, par M. H. Clqzel de.Boyer.

Sujet peu musclé, téguments décolores, œdème de la face, des paupières principalement, faible œdème des jambes.

L éruption syphilitique que le sujet avait présentée pendant la vie était presque effacée.

A l'ouverture on constate assez de graisse tant sur la poitrine que sur l'abdomen. Les muscles sont flasques et bruns.

Pas d'épanchement dans la cavité abdominale, faible épanchement pleural et péricardique. Aucun épanchement dans la cavité céphalorachidienne.

Poumon droit. — Faiblement adliérent au sommet, il est d'une couleur gris de cendre à la partie postérieure ; dans la gouttière costo-vertébrale il y a un peu d'imbibition du poumon par une sérosité sanguinolente, celle-ci peu abondante, 250 grammes au plus, paraît avoir pénétré dans la plèvre mécaniquement; on ne trouve, en effet, nulle part sur la plèvre de portion enflammée; il n'y a pas de fausses membranes, et la plèvre a conservé sa transparence ordinaire. Le lobe supérieur du poumon droit présente à la coupe quelques tubercules' crus, dont le volume varie de celui d'une tête d'épingle à celui d'un petit pois; aucun d'eux n'est complètement ramolli; il n'y a pas non plus de caverne. Autour de ces tubercules, existe une zone où le tissu pulmonaire est devenu plus dense ; quelques points paraissent, au contraire, plus mous et exhalent une odeur fétide.

Dans le lobe moyen, on trouve de la congestion pulmonaire sans qu'aucun point soit de l'hépatisation. 11 n'y a pas du tout de tubercules ni de granulations tuberculeuses dans cette portion du poumon. Dans le lobe inférieur du poumon droit, on trouve de l'œdème pulmonaire à la coupe, on voit suinter un liquide rose, spumeux, mélangé de bulles d'air.

Il y a de la pleurésie interlobaire, se manifestant par quelques brides fibreuses situées entre les lobes.

Le poumon gauche est un peu emphysémateux au sommet et à la partie antérieure; dans le lobe supérieur, il y a des tubercules crus plus volumineux et plus ramollis que ceux du sommet droit.

Il existe deux petites cavernes, l'une inférieure et du volume d'un petit pois, l'autre, plus grande et supérieure, est du volume d'une petite noix.

Ces cavités contiennent une matière caséiforme, elles sont traversées par des brides et sont anfractueuses.

Autour de ces cavernes existe une zone de pneumonie caséeuse, parsemée de quelques granulations grises, hyalines et dures.

Le lobe inférieur du poumon gauche contient quelques rares granulations, il y aussi beaucoup de congestion pulmonaire, mais nulle part de pneumonie.

La plèvro gauche présente des adhérences tout à fait au sommet du poumon; il y environ deux cuillerées de sérosité citrine épanchées dans le sac pleural.

Cœur. — Le péricarde contient environ un demi-verre de sérosité citrine transparente, sans cependant qu'il y ait eu de péricardite; le feuillet viscéral et le feuillet pariétal de cette séreuse ne présentent aucune trace d'inflammation; il n'y a ni dépoli de cette surface, ni fausses membranes.

Le cœur est assez gros, il est mou, plein de caillots agoniques, le tissu cardiaque est pâle, mou, exsangue. En enlevant tous les caillots qui obstruent les valvules, on constate que quelques-uns de ces caillots sont striés et fîbrineux; ce sont ceux qui sont engagés le plus profondément entre les replis des valvules.

Par l'épreuve par l'eau, on constate qu'il n'y a pas de lésions d'orifices.

Foie. — Le foie, assez volumineux, ne présente 'rien de particulier à noter.

Reins. — Les reins sont volumineux, ils sont durs, se dépouillent facilement de leur capsule fibreuse; on constate alors que la substance corticale est hérissée de petites saillies dures, d'apparence calcaire, du volume d'une tête d'épingle. La substance corticale épaissie est mate et paraît parsemée de points blancs; l'aspect général du rein est celui d'un albuminurique ancien. Il y a quelques petits kystes séreux sous la capsule fibreuse du rein.

Vessie. — La vessie est petite, mais rie présente pas de lésions.

Testicules. — Il n'y a [aucune altération, soit syphilitique, soit tuberculeuse des testicules.

Organes digestifs. — La bouche est le siège d'une stomatite des plus intenses, là langue est très gonflée, il y avait de la gingivite, les dents ne tiennent presque plus. Pas d'ulcération, pas plus que dans le pharynx; toute cette portion des voies alimentaires est le siège d'une inflammation considérable. Les ganglions sous-maxillaires sont tuméfiés.

L'œsophage et l'estomac ne présentent rien de curieux à noter ; pas plus que l'estomac, la dernière portion de l'intestin ne contient ni granulations, ni ulcérations.

La rate contient un tubercule cru; elle est grosse et diffluente.

Centres nerveux. — La dure-mère * adhère faiblement au crâne, le cerveau est pâle, exsangue, il y a des caillots dans les vertèbres et dans le tronc basilaire. Les cireonvolutions cérébrales semblent

un peu aplaties; la pie-mère se détache assez facilement du cerveau. A la coupe on ne trouve rien à noter dans le cerveau, m tumeurs, ni foyers anciens ou nouveaux. Le cervelet, les pédoncules, la protubérance et le bulbe ne présentent aucune particularité a noter.

Il y a une faible quantité de liquide dans les ventricules.

Moelle — La moelle ne présente pas non plus, à l'œil nu, rien de particulier à noter. Les méninges rachidiennes sont aussi normales. Les articulations et les muscles ne présentent aucune collectioa purulente.

Examen du cerveau et du rein, par M. Daremberg.

1° Dans le cerveau on trouve du mercure en quantité très appréciable et des traces de plomb.

2° Dans le rein on ne trouve que du mercure. ,

Nous avons opéré d'après le procédé de MM. Bergeret et Mayençon {Journal de Robin, mars, avril et mai, juin 1873).

Les matières organiques sont détruites par l'acide chlorhydrique et le chlorate de potasse; dans la solution acide, on plonge un fil de platine et un fil d'aluminium unis ensemble.

Au bout de quelque temps on retire ce couple, on le lave et on le met au-dessus d'un vase d'où il se dégage du chlore (chlorure de chaux et acide quelconque). Il se forme sur le fil de platine un chlorure du métal contenu dans la liqueur.

Puis on frotte le iîl avec un papier imprégné d'iodure de potassium. Avec le mercure, on a une raie rouge d'iodure de mercure, et avec le plomb une raie jaune d'iodure de plomb.

Comme ici nous avions à rechercher les deux métaux, nous avons traité la tache rouge par un excès d'iodure de potassium qui dissout l'iodure de mercure, et nous avons vu, dans l'essai du cerveau, apparaître une tache jaune d'iodure de plomb insoluble.

Reins. — Autopsie du 11 janvier 1878. — Examen (ait par MM. Bouchard et Cornil. — Intoxication mercarielle.

Les reins sont d'un volume inférieur à l'état normal.

La capsule fibreuse se détache malaisément; en décortiquant le rein on enlève avec la capsule fibreuse une couche mince, irrégulière, de la substance rénale.

La surface de la capsule adhérente au rein présente, lorsqu'on l'examine de près, après l'avoir étendue sur une lame de verre, des grains blancs opaques. Si on place la lame de verre sur une surface

noire, ces mêmes grains paraissent noirs quand on les regarde par transparence sur un fond blanc.

La surface du rein est parsemée de pareilles petites granulations De plus, cette surface est finement granuleuse, et la substance corticale est un peu atrophiée. Vu sur Une section, suivant son grand diamètre, le rein présente une congestion des pyramides et une couleur jaunâtre de la substance corticale.

L'examen microscopique de la substance corticale montre une atrophie avec dépôt calcaire des glomérules de Malpighi.

Les grains blancs opaques constatés à l'œil nu ne sont autres, en effet, que les corpuscules.

A. un faible grossissement, un certain nombre d'entre eux paraissent noirs, soit dans toute leur masse, soit dans leur périphérie seulement, soit à leur centre ; le dépôt, opaque et noir à la lumière directe, est composé de petits grains réfringents arrondis ou anguleux. Ce dépôt, qui existe aussi le long de quelques vaisseaux et dans un petit nombre de tubuli, n'est pas modifié par l'acide acétique, mais il est complètement dissous par l'acide chlorhydrique et par l'acide azotique, avec effervescence de bulles gazeuses. L'acide sulfurique donne naissance à des aiguilles de sulfate de chaux.

Les corpuscules de Malpighi sont irréguliers, les uns petits, les autres d'un volume normal. On voit qu'autour du bouquet vasculaire, qui est alors atrophié, il existe une zone claire anhiste pré sentant des lignes parallèles concentriques, sans éléments figurés.

Cette zone claire, qui entoure le glomérule de Malpighi, pouvait être prise au premier abord pour une formation nouvelle de tissu conjonctif, parce que les lignes concentriques qu'on y rencontre simulent des interstices de fibres. Mais, en examinant des sections colorées au carmin de cette zone, on n'y trouve pas de cellules le long de ces lignes.

De plus, en isolant complètement le glomérule, on fait sortir de sa loge fibreuse tout ce qui y est contenu, et cette zone claire se gonfle dans l'eau additionnée d'acide acétique en se plissant et en révélant sa nature.

C'est tout simplement la membrane anhiste de la capsule épaisse et comprimée dans une loge atrophiée. Elle laisse voir par transparence les anses vasculaires plus ou moins atrophiées du glomérule, les noyaux des vaisseaux, quelques cellules épithéliales plus ou moins granuleuses et des granulations calcaires.

Dans d'autres glomérules, également isolées, la capsule est plissés par des plis concentriques, et elle n'est pas gonflée irrégulièrement comme dans le cas précédent.

En outre de cette lésion atrophique de la substance corticale, ac -

compagnée d'incrustation des glomérules par du carbonate de chaux, lésions anciennes, il y avait dans le rein une lésion plus récente.

Les canaux contournés de la substance corticale montraient en effet, dans la plupart d'entre eux, des cellules granulorgraisseuses. Rien aux calices ni au bassinet.

Analyse chimique du sang, faite par M. Bouchard ; mort le 9 juin 1873;

autopsie le 10 juin.

70 centig. de sang sont recueillis dans le cœur droit, triturés avec l'alcool et étendus d'alcool de manière à faire 500 cent. cub. de mélange.

On laisse en contlact dans un flacon bouché, en agitant fréquemment pendant 6 jours.

On laisse déposer. On filtre le liquide. On prend deux portions d'un volume de 143 cent, cub., représentant chacune les matières solubles dans l'alcool de 20 cent. cub. de sang.

On évapore au bain-marie.

La première portion est ti^aitée par le réactif de Millon ; elle contient 0 gr. 052 d'urée, soit pour 1,000 cent. cub. de sang, 2 gr. 60 d'urée.

La seconde portion, évaporée à siccité, donne de résidu sec 0 gr. .4,105, soit pour 1,000 cent. cub. desang20 gr. 525, sur lesquels 2 gr. 60 d'urée.

Reste de matières extractives, 17 gr. 9 pour 1,000 cent. cub. de sang. — Comparé à l'état normal, c'est plus du doublé des matières extractives et 17 fois plus d'urée.

Ainsi, chez ce malade,. sgu& F influence de rintoxication mercurielle,. sept jours après la première friction, cinq jours après le début de la stomatite, il se produit une suppression presque complète de la sécrétion urinaire ; le chiffre cle l'urine excrétée s'abaisse à 156 ce, puis deux jours après, àJt/i ce ; celui de l'urée, à 0,607â, puis à 0,18/i8, au lieu de 25 grammes qui représentent le chiffre moyen,; on peut donc affirmer que la mort est survenue, dans ce cas, par anurie, d'autant mieux que l'analyse du, sang y révèle la présence d'une quantité

— Vih —

relativement énorme d'urée, 2 gr. 60 par litre. Ce fait nous paraît mieux que tout autre de nature à montrer quelle est l'importance des méthodes exactes en pathologie. Voici un fait d'une importance capitale, puisqu'il explique le mécanisme de la mort dans l'hydrargyrisme aigu, qui aurait certainement échappé aux investigations si des analyses complètes et répétées de l'urine n'avaient été méthodiquement pratiqués.

Nous ne pouvons pas savoir si l'anurie et l'urémie sont les causes constantes de la mort dans l'intoxication mercurielle aiguë, car depuis Ulric de Hutten l'attention des auteurs n'avait pas été attirée sur ce j)oint ; mais il semble, d'après les faits qui ont été publiés dans ces dernières années, que ces accidents soient fréquents.

Dans un cas d'empoisonnement par le sublimé, qui a déterminé la mort en neuf jours, Lavey a constaté pendant quatre jours une diminution considérable de la sécrétion urinaire ; Kaloman Balogh a noté le même phénomène chez des lapins auxquels il avait injecté du sublimé sous la peau.

Les lésions que l'on a trouvées constamment dans ces différents cas, ont consisté principalement en une dégénération graisseuse, avec tuméfaction de l'épithélium des tubuli et une congestion habituellement peu prononcée; MM. Bouchard, Cornil et Saikowsky ont, en outre, constaté la présence de dépôts calcaires dans les glomérules de Malpighi.

§ 8, — Action sur la nutrition générale.

On a admis à plusieurs re^Drises l'existence d'une fièvre mercurielle (Dieterich, Falk, Wunderlich) ; il est bien probable que, dans les faits où elle se produit, elle

est toujours liée aux pUlogoses toxiques, et particulièrement cà la stomatite, à l'hydrargyrie ou à l'entérite. Son intensité est rarement considérable. Chez le malade de M. Bouchard, la température ne s'est, à aucun moment, élevée au-dessus de 38^6 ; il en a été de même dans la plupart des observations qui nous ont passé

sous les yeux.

Dès le début, les malades sont abattus et prostrés; et, dans les formes graves, la cachexie se produit' rapidement ; l'altération profonde du sang nous est révélée, en dehors de toute idée préconçue, par le caractère des urines. Nous avons vu dans l'observation de M. Bouchard la proportion de l'urée contenue dans le sang s'élever à S gr. 60 pour 1 ,000 ce. et celle des matières extractives à 17 gr. 9 pour 1,000 ce. ; il est peu d'états morbides dans lesquels on ait démontré l'existence d'une dyscrasie aussi profonde, puisque si l'on compare ces chiffres avec ceux que l'on trouve normalement, on trouve que celui des matières extractives est doublé et celui de l'urée dix-sept fois plus grand !

On peut donc affirmer que l'empoisonnement métallique entraîne à sa suite un empoisonnement organique par l'accumulation et la viciation des produits de dénutrition; l'augmentation des extractifs prouve, en effet, qu'il n'y a pas seulement une insuffisance rénale, mais en même temps un trouble profond dans l'évolution des albuminoïdes ; de là l'altération profonde des traits, de là une bouffissure œdémateuse de la face et des extrémités que contribue également à produire l'anurie, de là les hémorrhagies multiples qui ont été signalées à diverses reprises par plusieurs auteurs et en particulier par Trousseau et par Christison. L'observation suivante de notre excellent maître, M. Siredey, monU'e

que la dyscrasie peut également donner lieu à la formation de thromboses et prouve ainsi de nouveau que contrairement à l'opinion ancienne le mercure, à haute dose, augmente plutôt qu'il ne diminue la coag'ulabilité du sang,

ObS. — INTOXICATION MERCURIELLE. — STOMATITE INTENSE. CACHEXIE RAPIDE. —■ PHLEBITE DES DEUX JAMBES-

Service de M. Siredey.

Pas d'antécédents de famiHe. Pas de maladie antérieure.

Le malade est employé comme chauffeur dans une usine à vitrifier les couleurs, et se trouve ainsi exposé aux vapeurs des diverses couleurs employées.

Pendant la semaine qui a précédé les accidents qui lamènent à 1 hôpital, les ouvriers avaient surtout employé des couleurs à base de mercure, et le malade était donc resté tout ce temps exposé aux vapeurs de ce métal.

Dans la journée du 6 mars, le malade éprouve une sensation de bru ure, d astriction de la gorge qui fait place pendant la nuit à une dou eur violente. Le lendemain toute la cavité buccale est prise douloureuse, tuméfiée. Le malade est incapable d'articuler, de faire e moindre effort de déglutition. En même temps, il est pris de violentes coliques, et raconte qu'il est allé à la selle de douze à quinze fois par vingt-quatre heures. Il a éprouvé quelques nausées, mais pas de vomissements. Il entre à l'hôpital le H mars.

Le malade présente les traces d'une cachexie évidente • le teint est pale la face est bouffie, comme œdématiée; les muqueuses sont décolorées.

A l'inspection de la bouche, on est d'abord frappé de l'horrible letidite de l'odeur, et de la couleur noirâtre de ses dents qui ne portent cependant pas de traces de carie, à part une grosse molaire supérieure gauche qui est en grande partie éliminée. Elles sont décliaussees. Toute la muqueuse buccale est rouge, tuméfiée et recouverte par places de plaques d'aspect diphthéroïde, blanchâtres, epaisses,^ qui se laissent assez facilement détacher par le raclage et laissent à nu, après leur enlèvement, une surface ulcérée. Ces° plaques sont très étendues et occupent une grande partie de la face interne des joues, des lèvres et de la muqueuse gingivale. Los amygaaies sont gonflées, la luette tuméfiée. Le voile du palais est rouge,

épaissi. La langue est (également tuméfiée, et on remarque sur ses bords les empreintes profondes que les dents y ont laissées. Cette tuméfaction est telle que les arcades dentaires ne peuvent se rapprocher, et le malade, assis sur son lit, la tête penchée sur son crachoir, laisse échapper sa salive sous forme de mucosité filante, car il est dans l'impossibilité de cracher. Le ptyalisme est considérable; le malade rend jusqu'à huit crachoirs de salive dans sa journée, près de deux litres de liquide. L'haleine est fétide, repoussante, pré sente une saveur métallique dont le malade se rend parfaitement compte. La phonation, la déglutition sont impossibles. Pas de tremblement.

Pas d albumine dans les urines.

Rien au cœur, ni au poumon.

Les fausses membranes enlevées avec une spatule, on touche les surfaces ulcérées avec de l'acide chromique, — eau d'orge miellée pour gargarisme avec chlorate de potasse.

Le traitement par l'acide chromique répété le 13 et le 14 a amené une amélioration notable; les ulcérations ont en grande partie disparu; la tuméfaction de la muqueuse buccale a considérablement diminué ; le ptyalisme est moins considérable; le malade n'a rendu que trois crachoirs. L'odeur de l'haleine est moins infecte. Les mouvements de déglutition sont moins douloureux. Le 15, bouillon, potage, œufs, vin de quinquina, 1 oranges. Le 17, 2* degré : 2 cuillerées sir. d'iodure de fer, café extr. kina, 2 gr. ; suppression de l'acide chromique.

Le 18,1e malade sent des douleurs dans les mollets qui l'empêchent de marcher, de se tenir debout. Ses deux mollets sont durs, gonflés, par la palpation on sent un empâtement profond au milieu duquel, au niveau de l'interstice des jumeaux, on distingue de chaque-oôté un cordon dur, qui nous paraît dû à une phlébite profonde.

Œdème de la partie inférieure de la jambe, disséminée en bas à partir des malléoles, et ne dépassant pas en haut le milieu de la jambe.

Repos absolu au lit, — les jambes étendues sur un coussin incliné et recouvertes do cataplasmes. — Sp. iod. de fer. Café. Quinquina, 2 port.

Le 4 avril, la bouche est en bon état. — Les gencives plus fermes ne sont pas tuméfiées, ni saignantes, ni ulcérées. — Mastication et digestion faciles.

Le malade guérit.

La mort peut être la terminaison de cette toxèmîe et survenir rapidement. On a observé, dans les deraiers

moments de la vie, l'abaissement de la température ; le malade de M. Bouchard n'avait que 35° le jour de sa mort; dans les exjoériences sur les animaux, on a également signalé plusieurs fois l'abaissement de la température; ce fait donne à penser que l'algidité signalée plusieurs fois et particulièrement par M. A. Ollivier dans l'empoisonnement aigu par le sublimé, n'est pas due exclusivement, comme l'algidité de l'empoisonnement par l'acide sulfurique, à l'état de collapsus provoqué par l'excitation violente du tube digestif, mais aussi à la dyscrasie et surtout, sans doute, à l'urémie.

Nous avons indiqué déjà, et nous ne saurions trop insister sur ce point, que ces accidents sont tout à fait exceptionnels; il n'y a pas de^ comparaison à étaljlir entre le nombre d'accidents mortels que produit le mercurialisme thérapeutique et le nombre de ceux qui doivent être imputés au chloroforme et à l'opium. Connaissant le danger, s 'efforçant, non plus comme autrefois de provoquer, mais d'éviter la salivation, les médecins surveillent attentivement l'action du mercure; dès l'apparition des signes d'intoxication, ils le donnent à plus faible dose ou en suspendent comj)létement l'usage, et, grâce à ces précautions, les accidents graves sont tout à fait exceptionnels : on ne les observe guère que dans les cas où l'on se trouve contraint par l'imminence du péril (syphilis cérébrale) d'obtenir immédiatement une action thérapeutique puissante, en introduisant le médicament à doses élevées par la méthode la plus raj^ide (frictions).

Nous n'avons pas mentionné parmi les accidents du mercurialisme aigu le tremblement, les paralysies et autres troubles graves de l'innervation; c'est que ces symptômes ne s'observent pour ainsi dire pas dans cette

forme d'intoxication ; les anciens auteurs cependant les ont souvent signalés'; mais il faut toujours tenir compte des doses énormes auxquelles ils employaient le médica ment. Ces faits sont aiujourd'liui absolument exceptionnels ; on n'en trouve dans les auteurs modernes que quelques exemples observés parColson, M. A. Louis et Sanders, dans des cas où l'on avait prolongé outre mesure la médication mercurielle, et où surtout on l'avait continuée trop longtemps sans interruption.

Le mercurialisme aigu thérapeutique guérit donc presque toujours sans laisser à sa suite de désordres appréciables ; le sombre tableau qu'ont tracé de ses conséquences les mercurialistes anciens et modernes est tout à fait de fantaisie ; on n'a réussi à le composer qu'en attribuant au mercure les accidents de la syphilis, et même de toutes les maladies accidentelles ou diathésiques qui pouvaient se développer chez les sujets mercurialisés .

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