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ACTION TOXIQUE UNIVERSELLE

La connaissance des effets physiologiques du mercure ne saurait expliquer un de ses effets thérapeutiques les plus certains : ce médicament guérit la plupart des maladies parasitaires, et il les guérit, non par son action sur l'organisme, mais par son action sur le parasite qu'il tue.

Le mercure, en effet, est un toxique cjpi'on peut appeler universel.

Cl. Bernard a démontré récemment, dans ses belles

(]). Chauffard. Ouvrage cité.

leçons sur les phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux, que l'éther et le chloroforme exercent leur action anesthésiante sur tous les êtres vivants ; il semble que, de même, tous les êtres organisés subissent d'une manière identique l'influence du mercure : chez tous, quelle qu'en soit la nature, il paraît arrêter les phénomènes de la vie (1).

De nombreuses expériences en font foi : Dans le courant du siècle dernier, Spallanzani et Théodore de Saussure ont démontré que des feuilles, subissant Faction des vapeurs mercurielles, perdaient leur aptitude à réduire l'acide carbonique, quand on les plaçait sous l'influence de la lumière. Un peu plus tard, une société de savants hollandais a institué des expériences, d'où il leur a paru résulter que des plants de fèves de marais, de menthe et de spirea salicifolia, noircissaient et mouraient, si on leur faisait subir le contact des vapeurs du mercure, mais qu'elles cessaient d'en être influencées, quand, auprès du mercure, on plaçait du soufre en fleurs. M. Boussingault a repris ces recherches, et il a constaté tout d'abord que deux pétunias du même âge, de même vigueur et de même taille, étant placés sous deux cloches, dont l'une contenait une soucoupe de mercure, au bout de deux jours, les feuilles du pétunia, soumises à l'action mercurielle, étaient mortes successivement, tandis que l'autre, affranchi de cette influence, était demeuré en parfait état.

Des expériences analogues sur le cresson alénois nous ont donné des résultats tout à fait comparables. On sait que les graines de ce végétal, jetées sur de l'éponge mouillée, germent en peu de jours. Nous avons pris six

(1) Paris, 1878, in-8°.

€|)rouvettes au fond desquelles nous avons introduit de l'éponge imbibée, dans les deux premières, avec de l'eau, dans les deux suivantes, avec delà solution de sublimé à 1/1000, dans les deux dernières, avec de la solution de sublimé à 1/10,000 ; toutes ou presque toutes les graines ont germé sur l'éponge imprégnée d'eau , très peu ont germé sur l'éponge imprégnée avec la solution au 1/10,000, aucune n'a germé sur l'éponge imprégnée avec la solution au 1/1000.

On ne peut invoquer ici l'action destructive ou coagulante du sublimé, car elle est nulle quand la solution est aussi étendue, et, d'ailleurs, la meilleure preuve que les graines n'étaient pas détruites, c'est qu'après les avoir arrosées plus tard avec de l'eau, nous en avons vu plusieurs eermer à leur toui'.

ci*

L'action toxique que le mercure exerce sur les animaux n'est pas moins évidente. M. Constantin Paul cite à ce sujet de curieuses expériences de Gaspard.

» Plusieurs œufs furent mis en incubation dans des » vases, au fond desquels il y avait du mercure; placés » de manière à ne toucher aucunement le métal, ils y » étaient seitlement en contact avec ses émanations. » Or, dans six semaines, les fœtus de dix œufs se » sont développés pendant deux jours ou un peu da- » vantage, mais on les a constamment trouvés morts à » cette époque, au moment de la formation du sang, » qui quelquefois même était déjà apparent. Deuxpou- » lets, bien vivants dans l'œuf au sixième jour de l'incu- » bation, ayant été exposés aux simples émanations » du mercure, sans contact immédiat, y ont péri en » vingt-quatre heures.

» Eiï juin 181.5, un morceau de viande garni d'œufs » de mouches de boucherie fut placé au-dessus du mer-

» cure dans des circonstances convena]3les d'humidité » et de température, mais il n'en est éclos aucun in- » secte, tandis qu'il en naissait par centaines dans les » expériences de comparaison sans mercure.

» Des œufs de grillon de cheminée, les uns récem- .» ment pondus, les autres plus avancés, quelques-uns » contenant déjà de petits fœtus tout formés, avec leurs » A^eux et leurs membres distincts, ont été mis en con- » tact médiat et immédiat avec le mercure, et il n'en » est éclos aucun insecte sans exception, tandis que » ceux de comparaison, qui n'étaient pas exposés au » mercure, ont produit de petits grillons au terme or- » dinaire. A l'ouverture des premiers, on a trouvé les » fœtus morts et leurs liquides décomposés. »

M. le professeur Bouchardat a fait connaître à l'Institut le résultat d'expériences qu'il avait tentées sur l'influence délétère de poisons divers. Il établit que les préparations mercurielles solubles doivent être considérées comme des poisons généraux : aucune plante, aucun animal, parmi ceux sur lesquels il a expérimenté, n'ont résisté à leur influence. Des dissolutions, à un millième de bichlorure de merciu'e empoisonnent rapidement les plantes. Des sangsues, des poissons plongés dans cette même dissolution, sont instantanément affectés et périssent après quelques minutes.

Mais de toutes les préparations mercurielles, le biiodure a paru le plus délétère. Un milligramme de biiodure de mercure fut dissous dans 1,000 grammes d'eau, à l'aide de 1 milligramme d'iodure de potassium : on y plongea quatre petits poissons, un cypriniis lobiila, un cyprinus gobio, deux cyprinus amarus. Les deux premiers moururent après trois quarts d'heure, les deux autres ne vécurent que quelques

heures. Or, si l'on compare l'action des composés arsenicaux à celle des mercuriaux, on voit, par exemple, qu'un poisson a pu vivre six jours dans de l'eau contenant, par litre, I gramme d'arséniate de soude ; d'où il faudrait conclure que le biiodure de mercure est, pour les animaux inférieurs, mille fois au moins plus vén(''neux que- l'arséniate de soude.

En présence de ces faits, on peut se demander si le mercure n'exerce pas une action analogue sur les cellules vivantes et si ce n'est pas ainsi qu'il amène, quand on le donne à hautes doses, la destruction des éléments de nos tissus. M. Fonssagrives paraît adopter cette manière de voir quand il reconnaît au mercure une action antivitale (1) s'exerçant aussi bien sur les organismes vivants et achevés que sur les formations cellulaires qui s'accomplissent dans Vintimité de V organisme sain ou malade. On peut même se demander s'il ne pourrait pas annihiler les propriétés spécifiques qu'acquièrent les éléments de nos tissus dans les maladies virulentes et infectieuses; les expériences suivantes, que nous devons à M. le professeur Chauveau, pourraient être invoquées en faveur de cette manière de voir.

Influence du sublimé corrosiÇ sur l'activité du virus vaccin.

(Expérience du 29 mars 1878.)

Le sujet de l'expérience est une belle génisse de six mois, à laquelle on inocule du vaccin recueilli sur un enfant et traité comme il va être dit.

Ce vaccin est tout à fait frais et d'excellente qualité, mais en très petite quantité; je n'ai à ma disposition que deux tubes fort étroits

(1) Le mot antivitale est un hybride ; antibiotique n'est pas plus français, mais il nous paraît plus logiquement construit.

oL non complètement remplis. J'en fais cinq parts égales que j'introduis chacune dans une pipette capillaire ?dont je me sers habituellement dans mes expériences sur les virus. ^

La partie n° 1 est destinée à être inoculée à l'état pur.

La partie n» ï est mélangée avec son volume d'eau ordinaire.

La partie n° 3 est mélangée avec son volume d'une solution aqueuse de sublimé au millième.

La partie n° -4 avec son volume d'une solution aqueuse de sublimé au centième.

Enfin, la partie n° 5 avec son volume d'une solution aqueuse de sublimé au vingtième.

Pour opérer ces différents mélanges, on introduit dans la pipette, j)ar aspiration capillaire, à la suite du vaccin, le liquide ajouté, et Ton rend le mélange homogène en opérant plusieurs séries ^succès-, sives d'expulsions et de réaspirations du contenu de la pipette. L'expulsion est opérée à l'aide de la pression buccale, la réaspiration, par l'action spontanée de la capillarité.

Après l'aspiration, du mélange on constate que l'action coagulante du sublimé agit sur l'albumine du n° 5. Le liquide est trouble et circule difficilement dans la pipette. •

Une action analogue a peut-être été exercée sur la part n° 4. On ne peut cependant affirmer que le liquide soit devenu plus louche. Il a dû reste conservé toute sa mobilité.

Quant aux parts n° 3 (mélange avec la solution de sublimé à un millième) et n° 2 (mélange avec l'eau ordinaire), il est absolument certain qu'elles n'ont éprouvé aucune modification.

Voici, dans leur ordre de succession, les inoculations qui furent pratiquées avec ces divers liquides :

N<» 5. Vaccin mélangé avec solution de sublimé à un vingtième. — Trois piqûres côté gauche de la vulve, près de l'anus.

N° 4. Vaccin mélangé avec solution de sublimé à un centième. — Trois piqûres côté gauche de la vulve, près de l'anus.

N° 3. Vaccin mélangé avec solution de sublimé à un millième. — Côté gauche de la vulve, en dessous des inoculations avec n° 5.

ÎS» 2. Vaccin mélangé avec eau ordinaire. — Quatre piqûres, côté droit de la vulve, en dessous des inoculations avec n° 4.

N° l. Vaccin pur. Une piqûre à gauche, une piqûre à droite, en dessous des inoculations avec les ni" 3 et 2.

Toutes ces inoculations sont pratiquées de la même manière par piqûres sous-épidermiques en employant les mêmes précautions. On est absolument sûr de toutes les inoculations sans exception,

grâce à l'emploi du procédé do la pipette qui permet de placer d'une manière certaine, à l'extrémité de la lancette, la quantité de liquide vaccinal nécessaire à une bonne inoculation.

Voici, au huitième jour, les résultats de ces diverses inoculations :

1° et ï° Inoculations pratiquées avec le vaccin pur et le vaccin mélangé à l'eau ordinaire. Toutes ont réussi. Il y a autant de pustules que de piqûres, c'est-à-dire six en tout.

Elles présentent les caractères typiques de la .pustule vaccinale.

3° Inoculations pratiquées avec le vaccin additionné de la solution de sublimé à un millième. Sur trois piqûres, une a échoué totalement, une a donné naissance à un bouton de fausse vaccine tout -à fait rudimentaire. La troisième a fourni une fort belle pustule vac- •cinale vraie dont les caractères sont aussi remarquables que ceux des pustules engendrées par les inoculations avec le vaccin pur ou le vaccin étendu d'eau.

4° et 5° Inoculations pratiquées avec le vaccin mélangé aux solutions de sublimé à un centième et à un vingtième. Echec complet. Des piqûres pratiquées, aucune n'a été le siège du moindre travail spécifique.

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