DU MICROSCOPE EN GÉNÉRAL
Ayant à traiter du microscope dans une thèse principalemenl destinée à l’histoire naturelle , je n’emprunterai à la théorie générale des instruments d’optique que ce qui est absolument indispensable pour expliquer nettement la marche progressive des rayons lumineux, dey)uis les objets jusqu’à l’œil à travers l’appareil, en y joignant l’indication des précautions particulières qu’il faut prendre pour éviter les illusions d’optique qui pourraient entraîner des erreurs, et en exposant les procédés les plus simples pour déduire des apparences ainsi observées les dimensions ainsi que la configuration réelle des objets.
Le principe fondamental de ces instruments, c’est l’action qu’une lentille convergente exerce sur les rayons lumineux émanés de points très-voisins de son foyer principal réciproque; soit que ces points se trouvent situés entre ce foyer et la lentille , ce qui constitue les
loupes; ou peu au delà de ce foyer, ce qui constitue les microscopes composés.
Dans ces deux cas, l’instrument n’est optiquement applicable que si les rayons, tant incidents qu’émergents, forment de très-petits angles avec l’axe de la lentille ; et le calcul de la direction des rayons ne peut se faire avec simplicité qu’en supposant les épaisseurs des lentilles trèspetites comparativement aux rayons de eourbure de leurs surfaces, A la vérité, l’analyse mathématique parvient à atteindre aussi le cas où cette dernière condition n’a pas lieu, et l’art pratique réussit également à dépasser de beaucoup les bornes qu’elle impose, comme on en peut juger par les excellents résultats qu’il obtient sans s’y astreindre : mais, pour la simplicité de l’exposition, je me bornerai dans ce qui va suivre à ne considérer que de très-petites épaisseurs.
I. DES LOUPES OU MICROSCOPES SIMPLES FORMÉS D’UNE SEULE , LENTILLE CONVERGENTE.
L’objet étant placé entre la lentille et le foyer principal réciproque, chaque pinceau de rayons lumineux émané des points de l’objet forme après son passage à travers la lentille un autre pinceau, dont la pointe ou foyer virtuel estsitué du mêmecôtéquerobjetetsurle prolongement virtuel de l’axe du pinceau incident. Si l’on place l’œil du côté opposé de la lentille, les rayons réfractés entrent dans la pupille comme s’ils émanaient réellement d’un point lumineux situé à ce foyer idéal, et l’ensemble de tous les foyers ainsi formés compose l’image apparente de l’objet qui excite la même sensation que si on le voyait réellement à cette distanee. Si nous supposons l’œil en contact avec le verre, ce qui est la position la plus avantageuse qu’on puisse lui donner, les axes des pinceaux réfractés soustendent à leur entrée dans la pupille le même angle visuel que soustendraient les pinceaux réellement émanés de l’objet, s’il était vu sans l’interposition du verre au liru réel où il est actuellement placé; mais dans ce cas l’iu)age,qui seule est perçue, est plus grande que l’objet dans le rapport de sa distance au verre. Or , la distance de l’image au verre et par conséquent à l’œil, est
naturellement assignée à chaque observateur, puisqne ce doit être celle où il voit le plus distinctement Alors, pour obtenir cette netteté de vision, il est involontairement amené à placer l’objet à la juste distance du verre qui la donne , ce qui détermine le grossissement apparent qu’il attribue à l’objet vu à travers la loupe. Donc, inversement, si l’on se donne la distance de la vision distincte, et le grossissement apparent que l’on veut obtenir, la distance focale de la loupe qui produit ce grossissement se trouve déterminée et calculable; d’où il suit que la même loupe grossira inégalement pour des portées de vues différentes , et moins pour un myope que pour un presbyte.