AVANT-PROPOS
Plombières est une jolie petite ville de quatorze à quinze cents habitans, située dans une vallée étroite et profonde, dans la direction de l’est à l’ouest, sur les bords d’un torrent nommé l’Eau-Gronne, à l’extrémité méridionale du département des Vosges. Son élévation au-dessus du niveau de la mer est de trois cent trente-trois mètres.
On ignore quels en furent les fondateurs, mais lfétendue des travaux dont on retrouve encore de nombreux vestiges, leur solidité , leur parfaite exécution , des monnaies romaines et une inscription latine, en rhonneur de Neptune, ne permettent guère d’attribuer cette fondation à d’autres qu’aux Romains (i).
(i) Voyez le Traité historique des eaux de Plombières , par J) om. Calmet.
Ces travaux ne sont pas de ceux que l’on entreprenait au moyen âge, leur importance d’ailleurs, aurait obligé les historiens de cette époque d’en parler.
L’étymologie du nom de Plombières n’est pas mieux connue que son origine. On a cependant beaucoup discouru sur ce sujet, mais heureusement l’obscurité, dont il reste enveloppé, n’est pas très-regrettable.
Dans le patois du pays, Plombières se nomme Piommer ou Piummer, et quelques auteurs ont pensé que ce nom venait de la propriété que nos eaux doivent à leur chaleur de faire tomber les plumes des oiseaux quand on les y plonge. D’autres ont prétendu, au contraire, que le nom de Plombières venait de plumbum , supposant sans doute qu’il y avait dans le voisinage des mines de ce métal.
Enfin, comme le premier mai de chaque année, on décorait nos bains avec les fleurs de la saison, on a pensé aussi que les Allemands, qui, plus que toute autre nation, fréquentaient alors nos eaux, les avaient nommées, à cause de cette fête, bains- des- fleurs, ou dans leur langue (1)
(») Au rapport de Fhilippus Grulingius , médecin allemand , ses compatriotes nommaient nos bains Plum-
bersbad.
Blambers Bad, d’où, par corruption, nous aurions fait ie mot Plombières.
D ans l’origine, l’aspect de la vallée où l’on a bâti Plombières était des plus sauvages. Ces pentes rapides, aujourd’hui couvertes de prairies si bien arrosées et de jolies habitations dans toute la hauteur de la montagne, l’étaient alors de forêts et d’énormes amas de pierres, connus dans le pays sous le nom de Meurjers ou Murjajs,
Ces pierres, qui, dans beaucoup d’endroits encore, recouvrent le sol à une assez grande épaisseur, pour empêcher là toute espèce de végétation autre que celle des lichens et des mousses, sont les ruines de rochers de grès et quelquefois de quartz schisteux, qui, minés par le temps, se sont écroulés sur leur base.
Les vieillards qui abondent à Plombières (nous avons perdu, il y a quelques années, une demoisellequi était arrivée à lage de 107 ans, en conservant jusque là une santé remarquable), se souviennent tous du temps où les prés de la Grange- Jacquot et la plupart de ceux qui se trouvent entre la rivière et la route d’Epinal n’étaient que des Murjays.
A la place de l’un des plus considérables du pays, à une demi-lieue au-dessous de Plombières, ont voit la belle et pittoresque ferme Parisot où
de riches prairies recouvrent un pierrier de quinze à vingt pieds de profondeur.
Avant que l’on ait recueilli les sources d’eau chaude dans des bassins, le torrent de l’Eau- Gronne passait au milieu de la ville, dans le fond du grand bain ou bain des Romains ; il séparait ainsi la base des deux montagnes.
Les fondateurs de Plombières le rejetèrent à gauche, en lui creusant un lit dont les bords sont défendus par des murs en gros blocs de pierre dure, taillés et posés les uns sur les autres, en forme de degrés, à grandes retraites et à joints presque imperceptibles.
On peut voir encore aujourd’hui, sous le bain des dames, une portion de cet ouvrage. Au printemps dernier, on en a retrouvé la suite à plusieurs pieds sous terre dans le milieu de la rue du Moulin, où l’on a construit un nouveau canal pour vider les bains.
Nous avons à Plombières cinq établissemens thermaux. Le bain des dames, le grand bain, le bain tempéré, le bain des capucins et le bain royal. Nous avons en outre deux étuves; celle defenfer, qui fait partie du bain royal, et letuve de Bassompière, la fontaine du crucifix, plusieurs fontaines d’eau dite savonneuse, et la fontaine ferrugineuse.
Le bain des dames appartenait aux chanoi-
cesses de Remiremont, depuis la fia du treizième siècle. Elles le firent reconstruire de 1733 à 1736. C’est aujourd’hui un beau pavillon dans lequel sont réservés des logemens destinés aux malades.
Ce bain est maintenant la propriété de la famille Parisot; il est situé en haut de la grande rue de Plombières, sur la rive gauche de l’Eau- Gronne; une seule source l’alimente et sort par deux coulans du rocher sur lequel le bâtiment s’appuie. La température de cette source est de 42 degrés Pi. Les Suisses la préfèrent pour la boire. Plus chaude que celle du crucifix , son eau se digère plus facilement; elle doit à sa température des propriétés médicales plus puissantes. Cette fontaine se rend dans deux bassins dont l’un, à 28 deg rés R., sert aux personnes qui ne répugnent pas à se baigner en commun; l’autre, beaucoup plus chaud, est le réservoir dans lequel on puise l’eau nécessaire pour les douches ascendantes et descendantes, qui s’administrent dans des cabinets au pourtour du bain, ainsi que pour les nombreuses baignoires distribuées dans d’autres cabinets, et dans trois salles assez vastes.
Cette eau, trop chaude pour le plus grand nombre des baigneurs, est tempérée, au besoin, par de l’eau thermale qu’on laisse refroidir dans des cuves pour cet usage.
Le bain des daines, actuellement à vendre, est
en très-mauvaisétat; mais en utilisant des sources très-chaudes qui se perdent dans la rivière sous rétablissement, on pourrait facilement tripler le volume de ses eaux, et en le reconstruisant sur un plan meilleur, on pourrait y baigner cent personnes à la fois.
Ce serait une entreprise utile et lucrative que Ton pourrait faire par action , et à laquelle prendraient part beaucoup d’babitans de Plombières.
Le grand bain ou bain des Romains est à ciel ouvert; il était très-vaste autrefois: il s’étendait jusque sur remplacement du bain tempéré. On ne sait quels événemens en ont enfoui les deux tiers , ni à quelle époque cela est arrivé. Peut-être cela date-t-il du quinzième siècle , où Plombières fut entièrement détruit par un incendie.
Si Ton devait en croire Joachim Camerarius, qui écrivit un petit poème sur Plombières, en i54o, ce bain aurait eu, à cette époque encore, ses dimensions premières. Voici ce qu’il dit à cet égard :
Quem circum paries datas coercet passas qui bis habet fere dacentos.
Mais cette évaluation est évidemment exagérée. En effet, le poème de Camerarius est accompagné d’une gravure représentant Plombières, où I on voit une tour à l’entrée occidentale dd grand bain, qui n’a été détruite qu’à la fin du siècle der-
nier, après riaondation de 1770, qui faillit ruiner eatièremeat Plombières (1), et cette tour était construite sur la portion encore enfouie de ce bain.
Le bassin du bain des Romains a cinquantequatre pieds de long, vingt-deux pieds de large et quatre pieds de profondeur.
On y descendait autrefois par de larges degrés, mais ils sont recouverts aujourd’hui, dans toute la longueur du bain , du côté du nord, et dans la moitié de sa longueur, du côté du midi, par des cabinets.
La portion du côté du midi, où il ny a pas de cabinets , renferme le bain des pauvres , desti né aux malades que les départemens de la Meuse, de la Meurtbe et des Vosges envoient à leurs frais à l’hospice de Plombières. Dans ce bain on admet aussi les étrangers , porteurs d’un certificat d’indigence. Il est divisé en deux compartimens. L’eau y est habituellement trop chaude, et il est trop petit pour le nombre des baigneurs.
Au bain des pauvres sont attachés plusieurs cabinets de douche et une étuve.
Autour du grand bain, ou bain des Romains,
(1) De pareilles inondations ne sont plus à redouter maintenant , grâce aux mesures prises pour donner aux eaux une direction meilleure.
ij y a neuf cabinets (Je bain presque tous à doubles baîgnoirs, et dans lesquels on peut prendre aussi la douche. L’un de ces cabinets est appelé le cabinet chaud. Situé au-dessus du réservoir d’où sort la principale fontaine de ce bain, son pavé est toujours très-chaud. Il est fort utile dans les saisons froides de l’année.
Outre ces cabinets il y en a trois autres uniquement consacrés aux douches.
On pourrait facilement, et sans nuire à la voie publique, établir une communication souterraine entre ce bain et le bain tempéré, en profitant pour cela des anciens travaux qui existent. On y gagnerait beaucoup de place que l’on pourrait utiliser, soit pour de nouvelles étuves, soit pour une salle de bains.
La partie du bassin du bain des Romains, qui est encore à ciel ouvert et où de nombreux malades se baignaient autrefois, n’est plus qu’un réservoir pour les douches et les bains particuliers du bain royal.
La principale des sources qui alimentent ce bain, a 49 degrés Réaumur. C’est elle qui coule à gauche, à l’entrée du bassin. On ignore le lieu d où elle sort de terre : quelque abondante quelle soit, il est probable qu’elle 1 était bien davantage anciennement, lorsqu’elle avait à remplir uue piscine trois fois plus vaste.
Plusieurs fois, en dépavant la rue qui est audessus du bain des Romains, et en y faisant quelques fouilles, on a vu, pendant de grandes pluies, beau d e ce t te fo n t a i o e se trou b 1 e r , devenir presq u e boueuse. Cela prouve le mauvais état des canaux qui la conduisent. Il serait d une grande utilité de les rétablir. On retrouverait, j’en suis assuré, beaucoup d’eau thermale aujourd’hui perdue, et la dépense qu’entraîneraient ces travaux ne serait pas considérable.
Le bain tempéré, bâti sous le règne de LouisXV, occupe une partie de l’espace où s’étendait autrefois le grand bain ou bain des Romains. En créésantses fondations, on trouva un énorme robinet en cuivre, des corniches, des tronçons de colonnes, semblables sans doute aux ruines du même genre que l’on découvrit, il y a quelques années, dans la partie du bain des Romains, depuis si long-temps comblée, et qui forme la place entre ce qui reste de ce bain et le bain tempéré.
Ces corniches, ces colonnes, dont, mon confrère, M. le docteur Jacquot, a conservé quelques échantillons, déposent de l’existence d’anciens monumens dignes des Romains et de l’importance de nos eaux.
Le bain tempéré n’avait, dans l’origine, qu’un seul bassin circulaire fort vaste; il en a quatre plus petits maintenant, dont deux sont destinés
aux hommes et deux aux femmes. Cette nouvelle disposition permet de varier la température.
Le bassin le moins chaud des femmes a de 25 degrés R. 1/2 à 26 1/2 et même 270 pendant les temps couverts: le bassin le plus chauds a de 27 degrés 1/2 à 28° 1/2.
Le bassin le moins chaud des hommes a de 26 degrés à 270 1/2; le plus chaud, de 27 degrés à 28° 1/2. Ces bassins sont revêtus en marbre des Vosges (1). Autour d’eux il y a de beaux cabinets en pierre de taille où l’on prend des bains en cuves et des douches. Il y a aussi des baignoires dans la salle même du bain.
Soixante personnes peuvent se baigner à la fois dans les bassins du bain tempéré, et soixante-etquinzedansles baignoires du mêmeétablissement. Ces baignoires sont toutes en cuivre.
Dans le passage voûté de ce bain, au bain des capucins, il y a deux cabinets de douche très-
(1) On a découvert, dans ces derniers temps, un grand nombre de carrières de marbre dans les Vosges. Beaucoup d’espèces de ces marbres égalent en beauté les marbres des Pyrénées. Ceux que l’on trouve dans les mêmes gisemens que les granits , ont un éclat et une solidité très-remarquables. Une société anonyme , à Épinal , les exploite sur une grande échelle. C’est à mes amis, MM. Dutac frères, que l on doit cette précieuse découverte.
chauds: lun surtout est toujours rempli de va» peurs; ces deux cabiaels sont souvent fort utiles.
Le bain des capucins, autrefois bain des lépreux, bain des pauvres, petit-bain , était, au rapport de Lemaire et de don Calmet, un bain très-tempéré; mais de leur temps on y conduisit une source très-chaude, qui en éleva beaucoup 3a température.
Le bassin de ce bain est divisé en deux parties. Dans l’une, l eau arrive par un très gros trou au fond du pavé, entraînant souvent avec elle des bulles d’air qui ne diffèrent pas de l’air atmosphérique. Elle a ordinairement 36 degrés R.; c’est sur ce trou, lorsque le bain est vidé, que les femmes vont prendre des étuves de siège contre la stérilité. Mais on vient de construire, au bain royal, un appareil beaucoup plus commode, et qui bientôt, sans doute, obtiendra la préférence.
Le trop plein du côté chaud du bain des capucins, et une petite source très-chaude sortant du fond du pavé, remplissent l’autre côté du bassin où l’on peut faire arriver aussi un courant d’eau froide. Cette partie du bain n’a quelquefois que 28 degrés, souvent trente et plus ; l’autre en a 5a et quelquefois 34. Il est bien à désirer qu’à l’avenir leur température soit mieux réglée.
Ce baiü est peu fréquenté par les baigneurs riches.
Quinze personnes peuvent se baigner à Ja fois dans chacun de ses bassins. Pour peu que Ion y dépenserait en embellissemens, il y aurait place encore pour de nombreuses baignoires qui ne seraient pas les moins recherchées.
Le bain royal, commencé sous l’empire, occupe la place où était avant la révolution un couvent de capucins.
Son bassin est carré et divisé en deux parties: l’une pour les femmes, l’autre pour les hommes. Sa température est de 27 à 28 degrés.
La forme de ce bassin n’est pas en harmonie avec les voûtes élevées de la salle. On devrait le remplacer par deux bassins ovales revêtus de marbre et séparés chacun en deux parties, afin d’en graduer la température.
Il faudrait aussi, dans les deux principales portes du bassin de ce bain, en ouvrir de beaucoup moins grandes, afin d’éviter le plus possible les courans d’air.
Pour donner issue aux vapeurs de ce bain, on est forcé d’ouvrir une des larges fenêtres, qui sont à sa partie supérieure, ce qui refroidit souvent beaucoup les baigneurs. Il faudrait remédier à cet inconvénient assez grave.
Vingt personnes peuvent se baigner dans des
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baignoires disposées autour du bassin du bain royal. C’est là où sont les plus fortes douches de Plombières. Elles tombent de plus de vingt pieds de hauteur. L’une d elles a un volet sur le canal des étuves et peut ainsi en tenir lieu elle-même.
Il y a encore , dans cet établissement, de beaux cabinets de bain , dans lesquels sont disposés quarante baignoires en cuivre. Ces cabinets sont au rez-de-chaussée et au premier étage; la plupart de ceux du rez-de-chaussée sont pourvus de douches latérales très-complètes. Vis-à-vis de ces cabinets, il y en ad autres exclusivement consacrés aux douches.
C’est au bain royal et au niveau du bassin qu’est l’étuve de l’enfer. La source qui l’échauffe a 5s degrés R. Au-dessus de cette étuve, on en a pratiqué d’autres, un peu moins chaudes, que Ion prend dans des boëtes. Quoique ces étuves soient bien supérieures à ce qu’elles étaient naguère, elles sont encore loin de répondre aux besoins des malades. L’inspecteur actuel des eaux, mon confrère et mon ami, M. le docteur Garnier, ne négligera rien de ce qui pourra compléter cette partie si importante de nos établissemens.
Vis-à-vis du bain des dames, dans l’angle des maisons des dames Martinet et Mignard , est la vieille étuve ou l’étuve de Bassompière. On ignore àquelle époque elle fut construite. Il faudrait ou la
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supprimer ou la rétablir. L’eau qui réchauffe se perdait autrefois dans la rivière auprès du bain des dames. Elle est conduite aujourd’hui au bain tempéré.
La fontaine du crucifix, sous les arcades, alimentait autrefois un bain connu sous le nom de bain du chêne. Réservée depuis, pour l’usage des buveurs, l’excédant de l’eau allait au bain des Romains et y coulait par un pilier que l’on y voit encore. Sa température est de 28 degrés R.
Les deux principales sources d’eau savonneuse sont : l’une sur la terrasse du jardin du bain royal, l’autre à l’entrée de la route de Luxeuil ; mais il en existe un grand nombre d’autres.
Outres les sources thermales utilisées dans nos bains, il y en a beaucoup d’autres encore chez différens propriétaires. Bientôt, sans doute, on les recherchera avec soin et de nouveaux bains particuliers viendront au secours des établissemens qui existent aujourd’hui et qui suffisent à peine au nombre toujours croissant des baigneurs.
La fontaine ferrugineuse est située au milieu de la grande promenade ; elle s’écoule dans l’Eau- Gronne.
ïl n’entre pas dans le plan de mon ouvrage, qui est entièrement médical, de parler des magnifiques salons construits au-dessus du bain royal et du bain tempéré, non plus que de l’aspect de Plom-
bières, de ses maisons si propres, de ses nombreux et élégans balcons qu’admirait déjà Montaigne.
Je dois me taire aussi sur les habitans de Plombières, leur affabilité, les soins dont ils entourent les malades, depuis le pauvre, qui ne paye que vingt sols par jour, jusqu a l’homme riche qui paye six, huit ou dix fois davantage. Enfin , je dois me taire également sur les promenades si jolies et si variées de nos environs que l’administration municipaleactuelle, dontM.DüRAND est le chef, met tous ses soins à rétablir. Cette même administration, secondée par les autorités supérieures et par quelques communes du département de la Haute- Saône , va ouvrir une route superbe le long de l’Eau-Gronne. Cette route offrira aux baigneurs une magnifique promenade en plaine de plusieurs lieues. Elle deviendra la route de Troie à Strasbourg; elle nous rapprochera beaucoup de Paris et elle doublera l’importance des bains de Plombières, qu’elle mettra à même de rivaliser avec ceux de Bade.
Mais revenons à mon sujet. Je ne puis pas le terminer sans exposer l’opinion la plus vraisemblable sur la cause de la chaleur de la plupart des eaux thermales.
M. Tetra, directeur des mines, a prouvé que la chaleur de la terre augmente d’autant plus que l’on s’enfonce davantage vers son centre, et il a
constaté que cette élévation de température est régulièrement d’un degré par cent pieds.
M. Arago a confirmé ces recherches en examinant le degré de température de l’eau fournie par les puits artésiens, eau qu’il a constamment trouvée d’autant plus chaude quelle venait de lieux plus profonds.
Il résulte de là, qu’à une très-petite profondeur, relativement au diamètre du globe, la température est tellement élevée que tout ce qui est soumis à son action doit y être à l'état de fusion. Il est à peu près certain que ce sont des métaux ; en effet, les calculs des astronomes et des physiciens ont établi que le poids de notre globe était tellement considérable, que son intérieur devait être composé de substances cinq ou six fois plus lourdes que les terres et les pierres qui forment sa couche extérieure.
D’un autre côté, les chimistes ont prouvé que ces terres et ces pierres ne sont que des cendres métalliques, d’oii l’on a conclu que l’intérieur de la terre était composé de métaux encore purs.
Représentez-vous maintenant une disposition du sol qui permette aux eaux pluviales de s’enfoncer profondément, vous les verrez revenir d autant plus chaudes qu’elles auront pénétré plus avant et qu’elles auront suivi, dans leur retour à la surlace de la terre, une direction plus perpendi-
culaire. Vous aurez ainsi l’explication de la cause de la chaleur des eaux thermales.
L’étendue des tremblemens de terre, l’identité des laves que vomissent les volcans, viennent déposer encore en faveur de l’opinion que je viens d’exposer. Cependant, queîqu’imposantes que soient les autorités qui l’appuient, beaucoup de personnes , sans doute, se refuseront à l’admettre aussi long-temps que le trou de Maupertuis ne sera pas creusé ; mais hypothèse pour hypothèse, les gens sensés préféreront celle-là à toutes celles qui l’avaient précédées.
Dans les ouvrages de don Calmet et de Martinet sur les Eaux de Plombières , ainsi que dans la thèse inaugurale de mon confrère M. le docteur A. Jacquot, de notre ville, on trouve une foule de détails historiques et topographiques très-curieux.
M. Jacquot donne aussi une notice bibliographique très -complète des ouvrages qui ont paru avant le sien sur nos eaux. Je n’aurais pu que la copier ici en y ajoutant toutefois la dissertation inaugurale de mon ami M. le docteur Michel, maire de Saint-Loup , sur l’ Emploi des Eaux minérales de Plombières et de Luxeuil (Paris, 1025), Celte thèse est remplie des meilleures idées théoriques. Son auteur est un des médecins les plus distingués et l’un des plus habiles chirurgiens de
nos environs. J’aurais du y ajouter aussi ! e Précis sur les eaux de Plombier es , publié en 1 829, par M. Je docteur Adrien Grosjean. Cet ouvrage n’a de recommandable que le nom de M. Barruel, cité à l’occasion d’une analyse des eaux de Bussang, faite par ce savant chimiste. On y trouve de grossières injures dirigées surtout contre mes amis MM. Garnier et Petit-Mangin, l’un inspecteur, l’autre sous-inspecteur de nos eaux. Ces injures, inspirées par l’envie, ne sont nuisibles qu’à leur auteur.