MARGY
même qu’on a appelé la lune un cadavre de planète, on peut dire que la terre est une planète vivante. A ce point de vue, nous allons voir qu’elle a aussi sa physiologie.
C’est la météorologie qui nous révèle les fonctions de notre planète. Ouvrez le traité remarquable qui vient d’être publié sur ce sujet par M. Marié-Davy, vous y verrez comment l’auteur, qui est à la fois médecin et météorologiste, a compris et exposé cette perpétuelle circulation des eaux qui abandonnent les mers sous forme de vapeurs, s’en vont au loin se condenser en nuages, retombent sur la terre, et sont ramenées par les rivières et les fleuves aux mers d’où elles étaient parties. L’atmosphère est le siège d’une circulation aérienne trèsanalogue : la zone équatoriale est l’aboutissant commun des vents alizés inférieurs, et le point de départ des vents d’une direction opposée, les alizés supérieurs, qui s’en retournent aux régions polaires d’où ils reviendront encore.
La répartition de la chaleur terrestre présente avec celle de la chaleur animale une parfaite ressemblance : même tendance de part et d’autre au refroidissement des {joints qui s’éloignent des régions centrales; même transport du calorique par la circulation des liquides échauffés. Vous verrez plus tard, quand nous aborderons l’étude de la répartition de la température animale, que les analogies sont plus profondes encore que je ne puis vous le dire cette fois.
Si je me suis longuement étendu sur le tableau rétrospectif de la marche des sciences, c‘est que j’ai cru y voir un grand enseignement pour nous tous qui cherchons à
les faire progresser; et si j’ai réussi à vous montrer que les méthodes suivies sont toujours à peu près les mêmes, l’histoire des progrès accomplis pourra nous renseigner sur la valeur de chacune d’elles.
C’est ainsi, comme je vous le disais en commençant, que l’expérience acquise par nos prédécesseurs servira à nous conduire dans la route nouvelle que nous aurons à parcourir.
Cette route, du reste, est visiblement tracée; il est facile de voir que la tendance n’est plus aux classifications, qui se perfectionneront d’elles-mêmes sous l’influence de découvertes ultérieures sur les fonctions des animaux et des plantes. L’actualité n’est pas non plus, ce me semble, aux études descriptives. Au point où en est venue l’anatomie, il faut redouter de se perdre dans les détails minutieux. Notre science est déjà encombrée de descriptions que la vie d’un homme ne suffirait pas à feuilleter.
A cela on peut répondre que c’est précisément pour remédier à cet encombrement qu’on a recouru à la division du travail; que grâce à cette mesure, on verra s’accroître indéfiniment la science humaine, dont chaque branche, chaque rameau, se développera par les soins d’hommes spéciaux qui s’y consacreront exclusivement.
Est-il nécessaire de montrer combien un pareil résultat serait déplorable ? Plus on approfondit un point de la science, plus on lui trouve de connexions avec tous les autres. Faut-il rappeler les services que la zoologie et la botanique ont rendus à la géologie, l’utilité de la diimie et de la physique pour ceux qui cultivent l’ana-
tomie ou la physiologie? Voilà pour la solidarité des sciences au point de vue des moyens d’étude et du perfectionnement de l’une par l’autre; on trouve une solidarité semblable au point de vue des lois qui les dominent.
Chaque loi, une fois connue, éclaire un vaste champ, car elle régit un grand nombre de phénomènes. La loi de proportionnalité aux carrés régit la gravitation des astres, la lumière, l’électricité, l’attraction magnétique, le mouvement accéléré, etc. Les lois chimiques permettent de prévoir un grand nombre de phénomènes que personne encore n’a essayé de produire.
Si toutes les sciences permettaient dès aujourd’hui de dégager des lois bien précises, il serait facile de réunir dans un magnifique ensemble tous les faits dispersés; un seul homme pourrait embrasser dans leurs généralités toutes les connaissances humaines : ce que les sages de l’antiquité pouvaient réaliser à cause de la faible étendue des connaissances d’alors, se ferait aujourd’hui sur un champ bien plus vaste, grâce à l’excellence et à la simplicité de la méthode.
Cet idéal, que nous n’atteindrons pas, doit être au moins l’étoile qui nous servira de guide : c’est à la recherche des lois de la vie que nous devons marcher.