‹ Du Myxome Diffus du Tissu Cellulaire des MembresChapitre 18 sur 29 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

Myxome de la cuisse. — Deuxième récidive. — Ablation. (Personnelle).

Micoud, Joseph, 27 ans, tuilier, né à la Folatière (Ain), demeurant à Saint-Jean-d'Avelane (Isère), entre le 22 février 1885 à l'Hôtel- Dieu, salle Saint-Louis. Service de M. Pollosson.

Ce malade, porteur d'une tumeur à la cuisse droite, revient pour une deuxième récidive,

Le début de sa maladie remonte à l’année 1882. Une première

opération fut pratiquée en mars 1883, par M. Létiévant. La tumeur datait alors de quinze mois,

Récidive trois mois après, et deuxième opération pratiquée par M. Pollosson à l'Hôtel-Dieu, en mars 1884.

Récidive deux mois après.

Ce malade revient donc à l'hôpital pour une récidive in situ. On constate, en effet, à la partie interne et au-dessus de la partie moyeane de la cuisse gauche, suivant en. quelque sorte la direction de l'artère fémorale, une tumeur allongée dans le sens de l'axe du membre, mesurant vingt centimètres environ de long dans le sens vertical, avec un diamètre transversal variable, mais ne dépassant en äucun point six à sept centimètres.

Cette tumeur est formée par une série de grosseurs arrondies se suivant dans le sens de la longueur et placées côte à côte, de nombre et de volume variés suivant le point considéré. Elles forment trois lobes principaux, distincts l'un de l’autre, divisés en lobes secondaires qui apparaissent sous forme de saillies arrondies,

La consistance de la tumeur présente une certaine mollesse, et en l’explorant avec la main on se rend compte, avec beaucoup de facilité, des ‘saillies arrondies déjà signalées; il est en outre possible de constater que ces saillies sont tantôt assez distinctes de leurs voisines, tantôt tendent à se confondre avec elles; mais, en aucun cas, ne forment une tumeur absolument isolée. La consistance est assez uniforme, sauf en un point où il existe un lobule du volume d'une noisette, beaucoup plus mou.

La peau, sans présenter une mobilité bien grande, ne parait pas cependant adhérer en aucun point à la tumeur. Elle a, du reste, son

aspect normal sur la plus grande partie de l'étendue qui recouvre la tumeur, sauf sur le point dont nous avons signalé la plus grande mollesse. Là, elle est un peu rouge. Ce même point, à l'encontre des autres, est un peu douloureux quand on le comprime Enfin la peau est sillonnée par quelques veines superficielles variqueuses. En dedans de la tumeur on ‘voit, provenant des opérations antérieures, une cicatrice dont la longueur égale à peu près celle de la tumeur actuelle; elle est dirigée dans le même sens que la tumeur, lui sert de-limite sur la plus grande partie de son étendue, mais empiète sur la masse morbide elle-même à sa partie inférieure.

Pas de gauglions dans l’aine. Le tout à évolué, sans produire de douleurs ni de gène notable

28 février. — Anesthésie par l’éther. Précautions antiseptiques. M. Pollosson, à l'aide d’une grande incision ovale, circonscrit toute la tumeur, afin d'enlever avec elle la peau qui la recouvre. L'opération est assez laborieuse, car elle nécessite une dissection longue et minutieuse qui met à nu une partie du muscle couturier et droit interse de la cuisse, dissection qui ne peut être faite qu'avec prudence, étant donnée le voisinage du paquet vasculo-nerveux de

la cuisse. La tumeur est enlevée en totalité,

Quelques points de suture sur la partie inférieure de la vaste plaie opératoire, sinon dans le but de produire la réunion immédiate, tout au moins de favoriser la réparation et la cicatrisation, en réduisant l'étendue de l'a surface crueutée.

Pansement antiseptique, iodoforme, gaze phéniquée, coton salicylique.

5 mars. — Bon état de la plaie.

10 murs. — Les fils n'ont pas tenu, sauf les plus inférieurs, la pluie tout entière est couverte de bourgeons charnus de très bel

aspect.

20 mars. — Le malade peut partir.

Examen macroscopique de la tumeur. — La tumeur a été enlevée

avec la peau qui la recouvre, et avec laquelle elle ne semble pas avoir contracté d'adhérence. L'aspect général du néoplasme, rappelle exactement celui qui avait été constaté avant l'ablation. Mais cependant sa disposition lobulée apparaît d'une façon plus nette, et l'on peut voir qu'elle est entièrement constituée par une série de lobules, dont deux seulement ont le volume d'un œufde pigeon; les autres sont de moindres dimensions, d'autres enfin ont à peine le volume d’une petite bille et mème d'un pois. Tous ces lobules ont une consistance faible.

Le tissu du derme tend à former à la tumeur comme une capsule assurément très imparfaite, mais sur la face profonde le tissu néoplasique est à nu.

Des deux lobes, les plus volumineux précédemment signalés, l'un est constitué par une masse peu consistante se laissant facilement pénétrer par le doigt, n’opposant aucune résistance au scapel qui tranche le tissu avec une extrème facilité en produisant une section nette.

Si l’on promène le doigt sur la tumeur, il est mouillé par un liquide filant, muqueux. D'une façon générale, le tissu de ce lobe a l'aspect d'une solution de gélatine très concentrée. Vue de plus près, la surface présente sur un fond un peu transparent des points plus opaques.

Le deuxième lobe est analogue, mais il offre une différence consistant en une teinte générale plus rosée, teinte qui prend dans certains points un aspect très foncé. Le tissu est même par places un peu grenu.

À côté de ces lobes, qui ont en somme une structure assez homogène, au moins quand on les examine rapidement, il existe un nombre très considérable de lobes plus petits constitués par une substance dont la consistance est analogue à celle des deux lobes précédents, mais qui présentent des différences considérables sous le double rapport de l'aspect et de l'arrangement.

Deux aspects doivent être notés; par places, la substance néoplasique est entièrement blanche, et rappelle d'une façon extrèmement frappante la matière cérébrale blanche ; ailleurs, elle se rapproche de celle qui constitue le premier lobe décrit, nous l’avons comparée à de la gélatine. A côté de cette rapide description, nous pourrions ajouter celle de plusieurs autres lobules, mais la masse qui les constitue, paraît, en quelque sorte, être dérivée des précédentes, et n'en ditférer probablement que par la quantité, plus ou moins grande, de sang qu'elle contient, suivant les points examinés. Certains lobules ontmême un aspect hémorrhagique très marqué.

Au point de vue du mode d’arrangement, il fautsignaler de grandes variétés, une absence d'homogénéité très marquée, les substances d'aspect différent, que nous avons décrites se mêlant et se confondant dans des rapports variés. ;

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