‹ Du Myxome Diffus du Tissu Cellulaire des MembresChapitre 5 sur 29 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les tumeurs que nous nous proposons d'étudier dans ce travail, sont connues et définies depuis les recherches faites pendant la première moitié de ce siècle, dans le domaine de l’anatomie pathologique.

Les tumeurs colloïdes de Laeunec, la tumeur gélatineuse ou collonema de J. Müller, les comprennent certainement: mais elles englobent assurément des productions morbides de toute autre nature, qui n’ont rien de commun avec les précédentes que l'aspect gélatiniforme du tissu.

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Quand Lebert eut mis à part les tumeurs fibro-plastiques autrefois confondues avec d’autres espèces sous le nom commun de cancer, il reconnut parmi elles une variété composée d’un tissu qu’il décrivit dans sa physiologie pathologique sous le nom de fibro-colloïde, et qu'il sépara du tissu colloïde cancéreux. Dans son anatomie pathologique générale, il rapporte une observation de tumeur du tissu cellulaire de la cuisse extirpée par Velpeau, dont les caractères anatomiques sont très exactement ceux des néoplasmes que nous envisageons CHU):

Il l’intitule, tumeur fibro-plastique de la cuisse, et indique bien son aspect mou, sa consistance tremblotante comme de la gélatine, sa structure caractérisée par une subetance intercellulaire abondante dans laquelle se trouvent des éléments arrondis ou fusiformes.

Mais pas un auteur n’a traité la question qui nous occupe avec la netteté, la précision, la hauteur de vues, qu'y à apportées Virchow. — Pour lui il s’agit d’une tumeur apparentée aussi bien au tissu connectif qu'au tissu graisseux, caractérisée comme la gélatine de Wharton par la présence d’une substance intercellulaire muqueuse. Il en fait une variété de tumeur à part, le myxome, qu’il sépare du groupe des sarcomes avec lesquels elle était confondue suivant les idées de Lebert. I1 les étudie dans les divers tissus, dans les divers organes et consacre quelques pages aux myxomes développés dans le tissu cellulaire sous-cutané,

(1) Lebert. Anatomie pathologique, t., 1, p, 263.

— lie (]

sous-aponévrotique et inter-musculaire. Il y a peu à ajouter à sa description anatomo-pathologique, peinture fidèle de ce qu’on observe chez le malade ou avec les pièces pathologiques.

Depuis, les auteurs ont reproduit soit les idées de Virchow, faisant de ces tumeurs une variété distincte, soit les idées de Lebert en faisant une variété de sarcome avec beaucoup de substance intercellulaire.

Plus récemment, Kæœster (1) repousse complètement l’idée de Virchow faisant du tissu muqueux un tissu spécial, à côté et à l’égal des tissus conjonctifs, cartilagineux et osseux, et l’opinion de ceux qui l’envisagent comme un tissu conjonctif jeune riche en mucine. Pour lui, le tissu muqueux n’est autre qu’un tissu conjonctif œdématié et ne contient pas plus de mucus que le tissu conjonctif ordinaire. Les tumeurs dites myxomes, sont des lipomes dans lesquels les cellules ayant perdu leur graisse sont revenues à lPétat de cellules connectives protoplasmiques, ou des fibromes, dans lesquels s’est produit un œdème par suite de certaines conditions circulatoires, stase veineuse, ou perméabilité plus grande des vaisseaux.

Cornil et Ranvier donnent du myxome une description microscopique, remarquable par la précision et la clarté. Pour eux le myxome représente exactement le tissu muqueux. Ils le placent entre le sarcome, dont les éléments embryonnaires correspondent à des formes plus jeunes du tissu conjonctif, et les fibromes constitués par des éléments adultes.

(1) Kæster. — Uecber Myxom. (Berlin, Klin. Wochen. Sep. 1882.

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Bonnet, dans son excellente thèse inaugurale(l), après avoir comparé le myxome au tissu muqueux normal, montre l’analogie de ses éléments cellulaires avec ceux du tissu conjonctif lâche. Pour lui, ce n’est pas dans la forme et l’arrangement de élément cellulaire qu’il faut chercher la caractéristique du myxome, mais dans la nature muqueuse. de la substance intercellulaire, qui estcomme substituée aux fibres lamineuses ou élastiques et à la lynphe. Il a dessiné les transitions qui existent entre l’état embryonnaire et la forme étoilée de lélément cellulaire dans le myxome. Il indique bien aussi que certaines tumeurs qualifiées de myxomes, tels que les polypes muqueux des fosses nasales, sont souvent constituées par un tissu conjonctif lâche qui serait le siège d’un œdème inflammatoire (filbrome œdémateux . de Billroth, conjonctivome) ; pour lui cet état est intermédiaire entre le myxome-type, où toute la substance intercellulaire est en tissu muqueux, et le fibrome pur, où la substance intercellulaire est constituée par des faisceaux fibreux.

Sans nous attarder plus longtemps au côté purement histologique et à l’étude générale du myxome, passons au côté clinique de la question.

Les tumeurs que nous allons décrire sont bien connues : tous les chirurgiens savent les reconnaitre et en tiennent compte, quand il s’agit de porter le diagnostic d’une tumeur des membres. Mais si elles sont très connues, elles sont peu étudiées; nous voulons dire: on ne leur a pas consacré d’étude spéciale.

(1) Zntroduction à l'étude des tumeurs. — Bonnet, Th., de Lyon, 1881, p. 50 et suivantes.

ou

Leur description clinique est faite dans les articles consacrés aux myxomes en général, et il est facile de comprendre quel défaut de précision découle de cette promiseuité.

Seul, M. Gosselin a consacré quelques pages remarquables, dans ses cliniques, aux myxomes des membres, qu'il désigne sous le nom un peu vague de sarcome mou.

Un petit nombre d'observations de ces tumeurs sont rapportées dans les divers recueils. Nous n’avons pas cru devoir les copier dans notre travail, parce qu’elles n’ajoutent rien aux notions que nous ont fournies les observations par nous recueillies. On y trouve le plus souvent une description anatomo-pathologique, le récit d’une opération terminée par la guérison du malade. Qu'est-il advenu plus tard? Tout ce qu’on sait de lui, c’est qu'il n’est pas revenu demander une seconde opération.

Dans ces conditions, il nous.a paru utile de publier les observations inédites recueillies à Lyon, et de les analyser sous forme d'histoire pathologique de laffection.

On ne s’est pas préoccupé beaucoup de distinguer en clinique la forme circonscrite et la forme diffuse. Nos observations se rapportent à cette dernière, et c’est la seule dont nous nous occuperons ici.

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