FORTIFIER LA CONSTITUTION
Si le Nervosisme aigu ou chronique, primitif ou secondaire, dépend d'un état de faiblesse gêné-
raie, et que la muqueuse des voies digestives soit en bon état, il importe de chercher à soutenir les forces et la vitalité par l'emploi des stimulants et des toniques. Toute la question est de savoir si les malades peuvent en supporter Tusage.
Il faut se hâter de nourrir ceux qui s'étaient mis à la diète, ou à qui Ton avait in>posé une diète trop sévère. Quant à ceux dont Talimentation végétale et insuffisante paraît de nature à augmenter la nosohémie chlorotique, il faut leur prescrire un régime plus substantiel composé de viandes grillées ou légèrement bouillies, de jambon, de légumes féculents ou herbacés, de fruits cuits ou de fruits à pépins dont l'usage facilite la digestion et le passage des aliments. On peut y joindre, dans quelques ca«, chez les malades dont les digestions sont bonnes, V emploi des graisses et notamment de \ huile de foie de morue.
Ce n'est pas assez de prescrire, il faut être obéi, et ici la chose est souvent très-difficile, car, souvent, les malades ont une répugnance presque invincible pour les boissons et pour les aliments; leur dégoût et leur inappétence sont tels, que la première chose à faire chez eux est d'exciter l'appétit. On y arrive quelquefois en satisfaisant leur goût et en leur donnant de la salade, des viandes marinées, du jambon d'York et de Westphalie, qui passent plus facilement que d'autres préparations culinaires.
Peu importe ce qu'ils mangent, pourvu qu'ils le
digèrent, et rindicatiou capitale est de fournir à la nutrition interstitielle les matériaux qui lui manquent. L'alimentation, et autant que possible l'usage des aliments naturels, réparateurs, substantiels, voilà les premiers et les plus utiles de tous les médicaments appropriés au Nervosisme dans son état aigu ou chronique. L'eau rougie et les vins de Bourgogne et de Bordeaux, lorsque les malades vont mieux; les vins de Malaga, de Madère et de Xérès s'y associent de la façon la plus heureuse.
Que de fois dans la convalescence d'une maladie aiguë, et particulièrement chez les enfants atteints de fièvre typhoïde, lorsque tombe la fièvre et renaît Tappétit,' lorsque Ton hésite à donner des aliments, de crainte d'une rechute, que de fois, dis-je, n'observe-t-on pas des rêvasseries, du délire, des défaillances, des vomissements, et une élévation du pouls, qui pourraient faire croire à une complication, tandis qu'il s'agit d'un Nervosisme aigu qui guérit en quelques jours par une faible alimentation.
En effet, il suffit alors de donner des potages, un oeuf et de l'eau rougie pour faire disparaître le délire et pour ramener le pouls à Tétat naturel. Ce sont des faits assez communs, dont la signification se révèle -peu à peu par Texpérience ; tous les médecins en ont rencontré de semblables.
Il fut une époque même, au déclin du règne de la médecine dite physiologique, où ils étaient si nombreux et si incompris, qu'ils firent la honte de la
science et la fortune du charlatan perspicace^ qui eut l'avantage de les comprendre. En effet, à cette époque, les phlegmasies, les fièvres et les névroses étaient soumises à un traitement uniforme : la diète, Teau de gomme, et les émissions sanguines, locales ou générales. C'était V exténuation érigée en système thérapeutique. Une gastralgie était considérée comme une gastrite et traitée comme telle, selon la formule antiphlogistique du maître. L'idée de toujours rattacher un trouble fonctionnel à une lésion de structure organique, avait égaré les esprits, et, chose incroyable, toute une génération de médecins avait subi et accepté cette doctrine et cette pratique de Broussais. Qu'en advint-il? Des malades exténués par la diète et affaiblis par la saignée, loin de se trouver soulagés, restaient sans appétit, ne pouvaient bouger sans tomber en syncope, avaient des rêvasseries ou du délire, des névralgies et des viscéralgies douloureuses, un état fébrile permanent; astreints au régime de Teau de gomme et d'eau de poulet pendant des mois entiers, amaigris, cachectiques, et arrivés jusqu'au marasme le plus inquiétant, on les croyait perdus, et ils revenaient cependant à la vie, lorsque, laissant là de pernicieux conseils, ils avaient recours à cet empirique qui venait audacieusement et subitement changer leur régime et leur faire avaler une tranche de filet de bœuf et boire un verre de bon vin.
Malheureusement toute bonne chose a son mauvais côté. Ce qu'a fait de victimes l'ignorant qui, par
système, a opposé un régime aussi substantiel à toute dyspepsie, sans tenir -compte de Tétat inflammatoire, est incalculable. Son point de départ était bon, et alors qu'on se trompait dans le champ de la vraie science, il a eu le mérite de faire comprendre que l'alimentalion insutTisanle était la cause d'une foule de troubles fonctionnels attribués à tort à des dégénérescences organiques ou à d'anciennes maladies inflammatoires. C'était absurde do nourrir ainsi un dyspeptique agonisant de phthisie tuberculeuse, de cancer gastrique ou de toute autre maladie organique; mais ce fut une preuve de vrai talent, que de découvrir l'influence avantageuse de l'alimentation sur les troubles morbides de l'état nerveux primitif ou secondaire des convalescents, et de la chlorose. Évidemment le médecin dont je parle a guéri un grand nombre de nervosiques. Il a vu les faits que j'étudie, et il aurait pu les décrire de façon à doter la science d'une monographie impérissable; mais entraîné par la soif du gain, il est mort en ne laissant qu'un nom peu estimé : juste punition de ceux qui méconnaissent les devoirs qu'impose la dignité professionnelle.
Ce que l'on voit dans la convalescence de quelques maladies, lorsque surviennent des accidents nerveux faciles à guérir par l'alimentation, indiquant la fâcheuse influence de la diète trop longtemps prolongée, se retrouve quelquefois chez les individus depuis
longtemps malades et atteints d'un nervosisme aigu très-intense.
Ainsi, j'ai cité les faits relatifs à une jeune femme et à une dame sur le retour qui toutes deux arrivées à un état de marasme inquiétant et tourmentées par des douleurs sans nombre, bien qu'il n'y eût chez elles aucune- lésion de structure, furent guéries par l'alimentation, combinée avec l'hydrothérapie. Ces faits ne sont pas les seuls, et il y en a d'autres qui ont été signalés par Schedel, auquel j'ai emprunté de nombreuses observations, par Fleury, Gillebert d'Hercourt, Boulïay, Macario, etc.
Nourrir avec précaution les malades atteints de maladies nerveuses provoquées par le Nervosisme aigu et chronique est donc la principale indication à remplir. Pour arriver à ce résultat souvent moins facile qu'on ne pense, il faut recourir à une foule de moyens détournés qui donnent de l'appétit, facilitent la digestion et l'assimilation des aliments.
Un excellent moyen d'activer la digestion quand on suppose une diminution d'abondance ou d'acidité des sucs de l'estomac, c'est l'assaisonnement de la viande avec un filet de vinaigre ou l'usage des viandes salées et marinées. En commençant ainsi la digestion artificielle des viandes qu'on donne aux malades, l'estomac se trouve soulagé d'autant et la digestion est plus rapide et plus facile. Il y a des personnes chez lesquelles ce procédé réussit à merveille. Elles digèrent mieux le jambon et le bœuf à
la vinaigrette qu'une aile de poulet sans assaisonnement.
C'est dans ces cas que la pepsine peut réussir. L. Corvisart a montré qu'elle opérait dans un vase la digestion de's matières animales mises en contact avec elles. Il en est de même dans l'estomac, et les nervosiques dont la digestion est pénible, peuvent trouver dans cette substance un moyen de réparation et de nutrition qui contribue beaucoup à la guérîson de leur maladie. Des avantages semblables s'obtiennent avec la paner éatine.
Outre la préparation dès aliments, leur température a souvent une grande importance, car il y a des malades qui ne peuvent digérer que les choses froides et c'est une chose à étudier. Il faut déplacer les malades et stimuler leur appétit par le grand air de la campagne et le séjour des bords de la mer et des principales des villes d'eaux minérales. Quant aux eaux en elles-mêmes, à l'exception de celles qui contiennent du fer et des sels purgatifs, elles sont quelquefois, mais rarement, utiles aux malades.
L'exercice gradué en plein air, à pied et à cheval, chaque jour un peu plus considérable, la navigation, d'après Gilchrist (1), la gymnastique de chambre (2) , l'exercice de la chasse sont souvent utiles.
Les frictions avec des brosses de crin, de flanelle
. (1) Gilchrist, The Use of sea Voyages in medicine, 2® édition, Londres, 1757.
(2) Voyez Leblond, Manuel de gymnastique médicale, Paris, 1877.
sèche ou imbibée d'huile d'olives, de camomille, le massage avec la main ou des mollettes de buis, agissent activement sur la contractilité des capillaires, favorisent la circulation générale et soulagent beaucoup les malades, surtout ceux dont les digestions sont irrégulières.
Les bains de baignoire à 26° ou 28° centigrades, pendant six à huit heures, ainsi que le conseille Pomme; les bains tièdes additionnés d'une décoction de fleurs de tilleul (une livre), ou de fleurs de camomille (15 grammes), les bains de valériane avec décoction de 500 grammes de racine, les bains russes suivis de massage ; les bains additionnés de sulfure de potassium (120 grammes), de sulfate de fer, les bains salés, sont très-utiles chez les sujets forts et vigoureux*
Les bains frais à 18° centigrades pendant vingt minutes; les bains de mer au mois de juin ou de juillet; les bains de rivière ^ les aspersions froides dans une baignoire vide ; les frictions du corps pendant une ou deux minutes après son enveloppement dans un drap mouillé ; les douches froides en pluie deux fois par jour pendant un quart de minute, ou les douches directes en cas de névralgie pourraient être mis en usage, et on trouve dans les archives de rhydrothérapie un grand nombre d'observations relatives à des nervosiques soumis à ce traitement.
Le moment où il convient d'administrer les aflFusions froides n'est pas indifierent. Pour moi, j'ai toujours conseillé leur emploi immédiatement avant
le repas, et il m'a semblé que la réaction opérée dans la peau facilitait le travail de la digestion. Après avoir reçu Teau sur le corps pendant une minute, on habille les malades, qui sortent et marchent vile pendant un quart d'heure avant de se mettre à table.
Il en est de même de l'hydrothérapie méthodique^ dont' le mode d'administration diffère suivant les indications à remplir. Le médecin qui ne connaît pas bien les effets de Teau froide à ses températures différentes et dans son action plus ou moins prolongée, ne peut conseiller utilement les malades, et je vais faire connaître succinctement les principes généraux de cette méthode.
Voici comment Gillebert d'Hercourt et son rapporteur à l'Académie de médecine, Gibert (1), s'expriment à cet égard :
« Pour ceux qui sont peu versés dans la connaissance des effets; du froid et qui n'ont point étudié l'hydrothérapie, il paraîtra surprenant ou presque incroyable qu'une médication en apparence si restreinte, puisse remplir les indications contraires que paraissent réclamer les formes variées de la surexcitabilité nerveuse. Pourtant, rien n'est plus simple, ni plus vrai ; c'est ce que je vais m'appliquer à démontrer.
« Et d'abord, précisons bien les effets du froid, ou
(1) Gibert, Rapport sur Gillebert d'Hercourt, De V hydrothérapie dans le traitement de la surexcitabilité nerveuse {Bull, de CAcad, de médecine. Paris, 1855-56, t. XXI, p. 172).
pour mieux dire de l'usage externe de Teau froide, sur l'économie animale. D'une part, l'action de l'eau froide est complexe ; elle s'exerce sur plusieurs systèmes et donne naissance à plusieurs ordres d'effets qui varient en intensité suivant l'intensité même du froid et suivant la durée de son application. Par exemple, de 6° à + 1 5° centigrades, l'eau exerce une action tonique par excellence, dont la répétition produit, en particulier sur l'hématose, une impulsion très-favorable et indiquant, suivant l'expression de Begin et Fournier, un surcroît d'activité dans l'appareil à sang rouge ; en un mot, une reconstitution du sang artériel. La peau, qui est le siège de ces applications, recouvre bientôt l'exercice de ses fonctions, ou les exerce d'une manière plus parfaite : la circulation capillaire y devient plus active ; la caloricité y est plus grande ; l'absorption et l'exhalation cutanées deviennent également plus promptes et plus complètes. Mais, grâce au consensus général, on ne peut tonifier un organe aussi important et aussi étendu que l'est la peau sans que cet effet ne s'étende bientôt à toute l'économie. La tonicité ainsi produite sur l'enveloppe cutanée devient générale. Mais pour obtenir ces effets, on ne doit pas faire durer l'application de l'eau froide au delà de quelques minutes, quatre à cinq par exemple ; autrement, les effets toniques disparaîtraient graduellement, et si le contact du froid se prolonge suffisamment au degré indiqué, ils seraient remplacés par des effets opposés. L'éco-
nomie, épuisée par une trop grande soustraction de calorique, cesserait de réagir, la circulation se ralentirait ; la vitalité deviendrait de plus en plus faible et la sensibilité diminuerait ou même s'éteindrait tout à fait dans les parties refroidies. Il y aurait alors sédation, comme disait Cabanis, par suffocation des mouvements vitaux.
« Comme les précédents, et en verlu de la même cause, ces effets peuvent devenir plus ou moins généraux, et s'étendre plus ou moins aux organes profonds. Toutefois, pour arriver à produire la sédation, il n'est pas nécessaire d'employer toujours un abaissement de température aussi considérable. Il est possible de l'obtenir même avec de Teau presque tiède, pourvu qu'on en prolonge suffisamment l'application; c'est au reste un fait universellement reconnu et que prouvent incontestablement les expériences de M. Magendie. Or il est telle circonstance où, voulant produire un effet sédalif, on a quelque raison de chercher à éviter le mouvement tonique réactionnaire qui la précède forcément dans le cas ci-dessus : on y est principalement intéressé dans les maladies fébriles, par exemple, et comme on Je verra plus bas, dans certaines formes de la surexcitabilité nerveuse. Alors on agit avec de Tean qui n'a pas moins de + 22° à + 25** centigrades, et on prolonge la durée du contact durant une demi-heure, trois quarts d'heure,' une heure ou plus, suivant le cas.
« Ainsi donc, par le seul mode d'emploi de l'eau.
TRAITEMENT DU NEUVOSISME 353
par rabaissement plus ou moins grand de la température du liquide, on obtient deux ordres d'effets parfaitement distincts; les uns toniques, les autres sédatifs; par son application à toute la surface du corps, ces effets sont généralisés, et par une convenable répétition des mêmes pratiques, on force l'économie à fonctionner régulièrement dans la voie qui lui est indiquée.
« Si, au contraire, T usage de l'eau est borné à une partie très-limitée de la surface du corps, les effets qui en résulteront ne seront directement toniques ou sédatifs que par rapport à celte même parlie; mais ils deviendront révulsifs ou répercussifs par rapport aux autres. On pourra donc ainsi, et sans recourir à une autre médication, exercer une action dérivative, éteindre une inflammation, ou calmer une douleur. La répétition des mêmes moyens a également pour résultat d'en perpétuer les effets, et d'aug> menter la puissance de ceux-ci. Tout le monde peut apprécier dès lors Theureuse influence qu'on peut ainsi exercer sur l'équilibre des fonctions organiques et sur la restauration des forces.
« Ce n'est pas tout, cependant ; outre h soustraction du calorique, qui appartient à Tordre des actions physiques, et qui donne naissance aux effets physiologiques indiqués ci-dessus, Teau froide exerce encore une autre action, distincte de la précédente, en raison des effets psychiques qu'elle produit; je veux parler de la sensation qui résulte du contact de l'eau
BOICIILT. 23
plus OU moins froide et de la perception qui en est la conséquence. Si dans les aflFections où la sensibilité n'est pas intéressée, on n'exerce que peu d'influence, on n'a pas à tenir compte de cette action. Il n'en est pas de même pour les maladies nerveuses où les lésions de cette faculté constituent en quelque sorte le point le plus important. Qu'on se représente un malade névropathique ou hypochondriaqiie, subissant les sensations les plus bizarres, portant sur elles, comme cela a toujours lieu, les jugements les plus erronés, et s' étudiant en quelque sorte fatalement à éviter tout ce qui, chez lui, modifierait ou redresserait la sensibilité, et étendrait le champ, devenu trop restreint, de ses perceptions; croit-on que le froid n'exercera sur ce malade qu'une simple action physiologique ? 11 fera plus, j'en donne l'assurance; une sorte de révulsion se produira sur les sensations modernes; des perceptions plus nombreuses et variées en résulteront, et le malade entrera à son insu dans une voie nouvelle d'activité physique et morale. Les anciens disaient : Sanguis^ moderator nervorum ! Nous pourrions en dire autant du froid en général par rapport à l'action nerveuse : car, d'une part, on sait que sans qu'il soit besoin d'aller jusqu'à la congélation, le froid peut déterminer l'anesthésie ; on sait encore que c'est à son action incessante que doit être attribué le peu de sensibilité des peuples du Nord, qui, au dire de Montesquieu, sont si peu sensibles que pour les chatouiller il faut
les écorcher; c'est encore à la même cause qu'il faut rapporter rinsensibililé de ces sauvages du nord de FAmérique, qui, suivant Dixon et Vancouver, se tailladaient le corps avec des morceaux de verre en présence des matelots européens ! On connaît les conséquences de cette absence de sensibilité sur le moral et sur Vintelligence de ces peuples. D'un autre côté il est démontré que l'action du froid modérée et interrompue tonifie les tissus et régénère les éléments de lanévrosité. Qu'on juge donc à présent des ressources précieuses qu'un agent, qui produit de semblables eflFets, peut oflFrir dans le traitement des maladies spécialement dues à la surexcitabilité nerveuse.
« Pour réussir avec le froid, il n'est besoin que de savoir doser convenablement son action, et la mettre en rapport avec les troubles qu'on se propose de combattre. »
Je n'ajouterai rien à ce court exposé, qui révèle un praticien consommé dans l'art d'utiliser {'action de teau froide. En eifet, si, dans quelques circonstances, de simples aflFusions froides ou Penveloppement rapide par le drap mouillé peuvent se faire à domicile avec tout avantage, dans la majorité des cas, il faut suivre une direction méthodique qu'on ne peut rencontrer que dans quelques établissements particuliers d'après Tavis de médecins spécialistes connaissant bien les effets de l'eau froide sur l'organisme et dans les maladies nerveuses.
350 TRAITEMENT DU iNERVOSiSME
Voici maintenant plusieurs observations par lesquelles on pourra juger les avantages de l'hydrothérapie dans le Nervosisme et dans les maladies nerveuses.
Obs. LÏ. — Nervosisme chronique, — Dyspepsie flatulente. — Constipation, syncopes, convulsions générales. — Névralgies variées. — Vomissements, — Palpitations, angoisse précordiale. — Troubles de la vue et de Vouie, — Paralysie passagère de la main droite (Observation rédigée par le docteur Legren, de Houilles). — Traitement par Varsenic et Veau froide. — Guérison.
M™* L... est une femme petite, cheveux châtains, les yeux bleus,, frêle, délicate, portant l'empreinte de la constitution nerveuse ; comme hérédité, sa mère paraît avoir été sujette à des crises d'attaques de nerfs caractérisées par des syncopes à la suite de contrariétés morales ; elle est morte à soixante-dix ans, hémiplégique, à la suite de congestions cérébrales qui se sont succédé pendant six ans. M™'' L..., élevée dans l'aisance, a été habituée à faire toutes ses volontés, et à cause de son tempérament nerveux et de quelques maladies (probablement de nature nerveuse) survenues dans l'enfance, les médecins avaient recommandé de ne pas la contrarier pour raison de santé. Il n'y a jamais eu ni chorée ni autre affection épileptiforme. M"* L..., avec une parfaite éducation, de l'esprit naturel, n'a jamais pu être astreinte aux études sérieuses et, avec une ténacité invincible dans ses idées, ses connaissances ont été superficielles ; la musique seule a été cultivée plus largement; une nature affective, passionnée même pour les personnes, pour les animaux, est l'élément qui a dominé dans la puberté, cet élément dure encore. M'"' L... a quarante ans, il n'y a eu aucune affection chlorotique, une susceptibilité trèsgrande aux époques menstruelles. Mariée à vingt ans^^à
un avocat, le mariage a été de convenance sociale; pendant le temps qu'a duré cette union (14 ans), sa vie s*est passée assez uniformément, il y a eu cependant des accès de jalousie non motivée qui ont porté M'"° L... à des actes désordonnés; M™® L... avait, de son premier mariage, une enfant dont la mort, arrivée h l'âge de cinq ans, a été le sujet de crises nerveuses, et dont le souvenir réveille des regrets profonds. M"'° L... a des sentiments religieux prononcés, elle apporte dans l'accomplissement des actes la même exaltation affective qui la caractérise. La santé de M™* L... a toujours été assez bonne mais non égale ; une bizarrerie très-grande existait pour le choix des aliments, la faim ne s'est jamais traduite que par une sensation de faiblesse; l'habitude de veiller tard a existé constamment. Vers 1848, M°" L... a été prise de métrorrhagie très-abondante et qui a duré plusieurs mois, les bains de mer l'ont arrêtée ; depuis, les règles ont été toujours peu abondantes; mais la santé a été, dès lors, dérangée; l'abattement physique a augmenté en môme temps que l'irritabilité naturelle du caractère est devenue plus facile à émouvoir. J'eus occasion d'observer à la mort de l'enfant, à la mort du mari, les crises suivantes : M'"® L... tombait de toute sa hauteur, inopinément, avec contracture générale des membres, serrement des mâchoires, convulsion de tous les muscles de la face, strabisme convergent; pas de cris, pas d'écume; insensibilité complète; roideur tétanique; retour à l'état normal après une demi-heure, brisement des membres, faiblesse, etc. Depuis ce temps jusqu'à ce jour (période de 40 ans), ces mêmes accès, plus ou moins longs, mais toujours semblables h eux-mêmes, se sont montrés plus ou moins fréquemment à la suite de contrariétés diverses, d'accès de jalousie, de discussions dans lesquelles le cerveau était fatigué et ne voulait pas céder.
J'insiste sur la répétition, la fréquence de ces accès comme étant le point de départ de la maladie actuelle et
des désordres nerveux. M™* L..., devenue veuve en 1851, a convolé en secondes noces en 1853, elle a considéré ce mariage avec bonheur; entourée de soins, d'affections qu'elle n'avait pas eus dans le premier, elle s'est donnée entièrement à cette nouvelle affection qui devait, suivant elle, durer de même toute la vie et la remplir complètement ; elle a accepté de son nouveau mari des enfants en bas âge auxquels elle a apporté d'abord tous les soins d'une mère ; mais bientôt elle a paru supporter difficilement le partage de l'affection que le père portait à ses enfants avec celle qu'il devait, suivant elle, lui donner uniquement; retirée à la campagne, l'embarras des choses ordinaires de la vie, l'entourage d'enfants qui n'étaient*pas les siens, augmenta l'irritabilité de son caractère, irritabilité qui rejaillissait sur tout ce qui l'entourait ; bientôt, par l'habitude de se contrarier des choses les plus légères, des causes d'irritation plus fortes telles que la jalousie, la contradiction, une discussion •soutenue, amenèrent les mêmes accès que nous avons décrits plus haut, avec les mêmes phénomènes cérébraux. Les fonctions gastro-intestinales étaient toujours irrégulières, plutôt constipation; flatuosités constantes, continuation de l'habitude de manger irrégulièrement, de se lever tard et de prolonger la veillée avant dans la nuit. Il y a deux ans, M^'^'L... a été prise de névralgie faciale du côté gauche qui l'a fait beaucoup souffrir et n'a cédé qu'au vésicatoire ammoniacal saupoudré de morphine et aux préparations d'aconit à l'intérieur; cette névralgie a duré deux mois; M"** L... a été prise de gastralgie qui, après des fluctuations diverses pendant dix-huit mois et l'usage de préparations de bismuth, charbon, etc., a fini par s'éteindre.
Commémoratif de Vétat actuel — Il y a cinq mois, sans cause appréciable. M"' L... étant à table a été prise d'un vomissement nerveux, elle s'est mise au lit pendant quelques jours et a gardé la diète ; dès ce moment, et chaque matin. M"»' L... a éprouvé un malaise, une angoisse, des
horripilalions particulières, des frissons suivis d'une réaction sudorale qui durait plusieurs heures et qui amenait souvent de raffaiblissement; dans cet accès que je caractériserai de fièvre nerveuse, souvent la syncope avait lieu dans la période du froid, ensuite des spasmes plus ou moins prolongés, raideur tétanique, strabisme convergent et convulsif, quelquefois fixité du regard, troubles des fonctions cérébrales, crainte de la mort; pendant cet accès, l'irritabilité la plus grande. existe, les paroles sont brèves, incohérentes, vociférations, reproches, etc.; peu après avoir pris quelque aliment tout rentrait à peu près dans l'ordre et le reste de la journée se passait pour la malade et levée et dans l'état normal. Les forces musculaires se sont conservées avec des variations de prostration et de retour à l'ambulation et même au travail.
Dans les crises du matin, irritabilité, mauvaise humeur ou emportement à la moindre contrariété, paroles acerbes, sans cesse retour au passé avec regrets ; souvent résignation, abattement, pensée constante vers la mort, y reportant toutes les paroles qu'on lui adresse ; dans l'angoisse nerveuse, la malade se dit qu'elle va mourir; dans un de ces accès, elle a demandé un prêtre et s'est fait administrer les sacrements ; dans d'autres moments, mélancolie extrême, reportant la cause de son mal à tel ou tel individu, à tel ou tel enfant quelle ne veut point voir; palpitations nerveuses qui vont jusqu'à la suffocation; ces palpitations arrivent quelquefois sans cause, céphalalgie nerveuse, bruit dans les oreilles ; quelquefois polyurie pendant quelques jours; sommeil assez bon au commencement de la nuit, mais léger, interrompu, troublé par des rêves le reste de la nuit. Troubles de la vision intermittents, tantôt apparence de lignes qui montent et descendent, brouillard, mydriase de l'un des yeux. Exagération de l'ouïe, plainte pour le moindre bruit; odorat péniblement affecté par l'odeur des fleurs; fonctions digestives très-inégales, capricieuses; tafttôt un semblant d'appétit existe, mais il se perd si le mets
désiré n'est pas prêt à Finstant, le plus souvent toute idée d'aliment cesse, il ne faut pas même qu'on en parle si on veut éviter le dégoût ; la malade mange quand les mets lui sont présentés, elle n'est avertie du besoin que lorsque la faiblesse se fait sentir. A la suite des accès, la déglutition est difficile, parfois impossible. La digestion est difficile, pénible, des éructations sans odeur fatiguent la malade ; les fonctions du ventre sont inégales, souvent il y a un moment de collapsus après les selles, lorsqu'elles sont diarrbéiques ; la respiration, la circulation est troublée par la moindre émotion, la moindre contrariété; la vue, la voix même d'une personne qu'on n'aime pas réveillent des palpitations. Le pouls, quelquefois ou vite, ou ralenti, ou déprimé, n'a jamais manqué du rhythme normal.
État actuel. — Un mois de date; toujours accès le matin, mais modifiés, ne présentant plus de syncopes, mais un état d'allanguissement général ; toujours du froid partiel, la malade accusait hier un refroidissement, comme un seau d'eau qu'on lui jetterait sur la tête; toujours une réaction, des sueurs abondantes môme dans la journée ; les après-midi sont meilleures, fonctions intestinales toujours inégales, moments d'angoisses comme si on allait mourir, toujours appétit bizarre, capricieux, sommeil souvent bon, troublé par des rêves le matin ; polyurie intermittente, céphalalgie aussi intermittente, il y a eu un jour, au réveil, paralysie partielle de la main droite, un sentiment d'affaiblissement des membres ; une séance de une heure d'un courant galvanique de deuxième ordre appliqué au poignet droit, deux bains électriques (électrotomie statique) pris les jours suivants, ont fait justice de ces phénomènes paralytiques; moral très-mauvais, mauvaise humeur, pensée dominante de la mort. Cette pensée domine tous ses actes et se rattache à toutes les paroles consolantes qu'on vient lui apporter. Nulle confiance aux médecins, aux remèdes; la malade a pour idée fixe la date du 15 juillet qu'elle a limitée pour sa
TRAITEMENT DU NERVOSISMR 361
mort (nous sommes au 1"' juillet): la malade est démoralisée, ne veut rien prendre et veut se laisser mourir de faim. Les dispositions affectueuses sont augmentées, des pleurs abondants surviennent ; elle consentirait à vivre, dit-elle, si elle savait quelqu'un qui lui fût attaché. Nous ne donnons ici que très-succinctement la liste des symptômes qui se sont succédé depuis un mois. Comme traitement, nous avons cherché à combattre : 1° la forme de cette hypochondrie nerveuse qui revêt la forme d'accès; le sulfate de quinine, le valérianate de quinine ont été employés et le sont encore à présent; ils n'ont fait que modifier les crises. Le fer (pilules de Vallet) (1), l'extrait de quinquina, aux repas, sont encore employés; le paullinia, le sirop de Johnson ont calmé quelques symptômes; la malade s'en trouve bien. Nous avons employé, ces derniers jours, les frictions le long du rachis avec la teinture de jusquiame et le laudanum.
En résuméy nous voyons comme historique, pour justifier l'état actuel de la malade, un tempérament nerveux héréditaire, un milieu de vie, un genre d'éducation qui n'ont pu le modifier. Une métrorrhagie qui, en amenant un état chloro-anémique, a provoqué une exaltation morbide de la sensibilité. Des veilles, un genre de vie particulier, diverses contrariétés, le manque de force pour se plaire dans les conditions où on se trouve placé ou le défaut de courage pour les accepter, ont amené la modification du système nerveux et ont agi comme causes débilitantes.
La malade me disait, dans la journée, qu'il lui prenait souvent comme des absences, que dans ces moments elle n'existait pas et n'avait aucune idée de ce qui se passait près d'elle ; ces crises sourdes se faisaient sentir dans la tête, étaient moins fortes qu'autrefois, mais plus fréquentes. L'époque des règles a amené fréquemment des
(1) Les pilules de Vallet sont les seules supportées.
rechutes, ou aggravé le développement ordinaire de cette névropathie protéiforme.
D'après ce récit rédigé par le médecin qui m*a envoyé ce type du nervosisme chronique, je conseillai Varséniate de soude et Y hydrothérapie. Ces moyens furent mis en usage et au bout de quelques mois la malade était à peu près guérie.
Obs. lu. — Nervosisme chronique. — Dyspepsie. — Douleurs erratiques du tronc et des membres. — Affaiblisse^ ment' des sens. — Hallucinations. — Marasme nerveux. — Hydrothérapie. — Guérison (1).
M^^X..., âgée de trente-six ans, d'une constitution remarquablement belle, d'un tempérament nerveux trèsprononcé ; santé excellente jusqu'à vingt ans ; à ce moment interviennent des perturbations morales dont l'influence continue à se faire sentir pendant plusieurs années, et qui amènent des troubles graves dans toutes les fonctions.
M"* X .. se marie à vingt-deux ans. Trois grossesses ont lieu dans l'espace de neuf années et à trois ans d'intervalle ; les accouchements sont heureux, mais le dernier est suivi d'un abcès de la fosse iliaque qui Compromet les jours de la malade, et pour lequel sont appelés Guersant fils, Ghomel, Gruveilhier et Jobert : l'abcès s'ouvre spontanément dans le rectum, et la guérison s'opère sans aucun accident consécutif.
La santé de M"* X... s'altère de plus en plus; elle est soumise à un traitement homœopathique qui reste inefficace, et M. Potrez lui conseille le voyage d'Italie. Trois années sont passées à Rome,* à Florence, à Naples, à Ischia, où la malade prend les eaux, et M"** X... re\ient
(1) L. Heury, Hydrothérapie, if® édit., p. 310.
en France en 4845, sans avoir éprouvé le moindre soulagement.
Je passe rapidement sur ces antécédents, parce que l'état dans lequel j'ai trouvé M™*" X..., lorsque j'ai été appelé à lui donner des soins, existait depuis dix ans sans avoir présenté, pendant ce long espace de temps, des modifications importantes ou des circonstances dignes d'être notées.
Etat actuel. — Le faciès est celui d'une personne qui a été épuisée par une longue maladie chronique; le teint est terreux, d'un jaune gris, le nez effilé ; les joues sont profondément excoriées, les pommettes saillantes, les bords libres des paupières rouges et habituellement enflammés; les yeux, très-enfoncés dans les orbites, ont un état fébrile qui cause une douloureuse impression. L'amaigrissement est le plus prononcé qu'il m'ait été donné de rencontrer ; les membres sont réduits à leur charpente osseuse ; les clavicules, les omoplates, les pièces du sternum, les côtes et leurs cartilages, les apophyses vertébrales, les crêtes iliaques se dessinent comme si aucune partie molle ne les recouvrait : on peut dire littéralement que la malade n'a plus que la peau et les os. La peau est grise, sèche, rugueuse, écailleuse; lorsqu'on la pince, on aperçoit une foule de petites rides qui lui donnent l'aspect d'une peau de chagrin ou de cuir de Russie. La respiration cutanée est pour ainsi dire nulle ; jamais la peau n'est humide, et les chaleurs les plus intenses de l'été n'y amènent point de sueur.
Les forces sont réduites à leur plus simple expression ; c'est à peine si la malade peut se porter, elle ne reste quelques instants debout qu'autant qu'elle est soutenue, ou qu'elle s'appuie sur un meuble; se transporter d'une chambre h une autre est pour elle un sujet d'effroi, et elle ne quitte son lit que pour s'étendre sur une chaise longue. L'exercice ne provoque d'ailleurs aucune douleur, aucun accident localisé ; il est tout simplement im-
possible, en raison d'une faiblesse générale poussée à ses dernières limites.
Ici, néanmoins, se présente un phénomène curieux : douée de facultés intellectuelles et morales remarquables, d'une imagination vive, d'une âme ardente, poussée par son organisation, par son amour pour les beautés naturelles et pour les arts, par le désir de fuir un milieu dans lequel elle subit des souffrances morales sans cesse renouvelées, et aussi par un besoin maladif de changer de lieu, de se procurer des distractions, de donner incessamment des aliments nouveaux à son activité, M"* X... a la passion des voyages. Pour satisfaire ce goût, ce besoin, elle fait appel, dans un moment donné, à toute l'énergie morale qui est en elle, et alors on la voit accomplir ce qui pourrait être au-dessus des forces d'un homme robuste. C'est ainsi qu'elle gravit le Vésuve, dépassant tous ses compagnons d'ascension; c'est ainsi que, mourante à Naples, elle trouve les forces nécessaires pour faire un voyage en Orient. M"® X... possède un talent musical de premier ordre et une magnifique voix de contralto ; elle reste quelquefois plusieurs mois sans ouvrir un cahier de musique ; mais le hasard, l'inspiration la conduisent un jour à son piano, et alors, pendant plusieurs heures de suite, elle chante les morceaux les plus difficiles et les plus dramatiques de la manière la plus remarquable. 11 ne faut pas croire toutefois que ces dépenses de forces factices, que ces efTets passagers d'une surexcitation nerveuse morbide ne soient pas chèrement payés. A la suite de ces efforts. M""* X... tombe dans un épuisement profond, accompagné souvent de fièvres et d'accidents nerveux graves.
La langiie est naturelle, le ventre souple et indolent, l'appétit entièrement aboli; M*"* X... a du dégoût pour les aliments, et ne mange qu'un peu de laitage, de légumes et de fruits, ne boit que de l'eau, et l'on a peine à comprendre que la vie, quelque peu active qu'elle soit, puisse être entretenue par une alimentation aussi insuffi-
TRAITEMENT DU NEUVOSISME 305
sanle et aussi peu substantielle. Les garde-robes n'ont lieu que tous les sept ou huit jours ; elles sont toujours provoquées par un ou plusieurs lavements. Le foie et la rate sont à l'état physiologique.
La voix a perdu de sa force et de son étendue ; il est des jours où il est impossible à M"'' X... d'émettre un son clair et soutenu ; du reste, les fonctions respiratoires ne sont pas troublées. L'auscultation et la percussion ne fournissent que des résultats négatifs.
Le pouls est petit, serré, fréquent, parfois irrégulier et intermittent; chaque nuit, vers trois heures du matin, la malade a un mouvement fébrile très-prononcé, qui dure environ deux heures et qui est suivi d'un épuisement extrême ; il n'existe aucune altération organique du cœur, mais le mouvement, la plus légère émotion, le bruit inattendu d'une sonnette, d'une porte qu'on ferme, provoquent des palpitations très-violentes.
Les urines sont noires et sédimenteuses ; elles renferment une grande quantité de sels calcaires, et, pendant le séjour de M™* X... à Ischia, il paraît que la proportion en est devenue extrêmement considérable. L'écoulement menstruel est régulier, mais peu abondant; rien d'anormal du côté des organes génitaux ; l'utérus est parfaitement sain, et ne présente ni engorgement, ni ulcération, ni déplacement d'aucune sorte.
Le système nerveux est profondément altéré; des douleurs névralgiques, irrégulières, erratiques se font sentir, tantôt dans un point tantôt dans un autre ; il en existe presque constamment dans une ou plusieurs branches de la cinquième paire, et pendant l'hiver M'"' X... a des accès extrêmement violents, qui durent plusieurs semaines, se renouvellent plusieurs fois dans le courant de la saison et sont accompagnés, indépendamment des phénomènes habituels, d'une abondante sécrétion de larmes ou d'un écoulement séreux par le nez ; le froid, l'humidité, le contact de l'air provoquent des accès de névralgie faciale ; aussi la malade redoute-t-elle extrê-
mement Taction de ces agents, et a-t-elle toujours, même pendant Tété, la tête entourée de ouate, de fichus, etc.
La vue est très-aifaiblie. M""' X... ne peut se livrer à aucun travail d'aiguille ; le soir, la lecture est impossible, et dans la journée elle ne peut pas être continuée au delà de quelques minutes. L'ouïe a beaucoup perdu de sa finesse. La malade ne goûte chaque nuit que deux ou trois heures d'un sommeil agité, interrompu par des rêves, des cauchemars, des hallucinations ; vers le matin, il se manifeste un mouvement fébrile, que termine une légère moiteur, et M"^ X... se relève plus fatiguée, plus faible qu'elle ne s'était couchée.
L'état intellectuel et moral est aussi fâcheux que possible. La moindre émotion pénible, la plus légère contrariété, provoque un véritable désespoir, qui se prolonge pendant toute une journée; la malade se représente alors tous les chagrins qu'elle a éprouvés dans le cours de sa vie : elle se plonge, sans que rien puisse l'en distraire, dans un océan de souvenirs douloureux, de pensées tristes ; elle tombe dans un découragement profond, elle prend la vie en dégoût, et l'on observe alors un véritable accès de lypémanie.
C'est dans un tel état de choses que M""* X... commence le traitement hydrothérapique, le 7 juillet 1847.
7 septembre. — Malgré tout le soin, toute la prudence qu'on y a mis, les premières applications d'eau froide (friction en drap mouillé, lotions rapides) ont été trèspénibles, et ont provoqué des palpitations, de la suffocation, et une sensation de froid qui ne disparaissait qu'avec peine sous l'influence d'une réaction très-incomplète. Il a fallu de grands efforts pour obtenir de M™* X... de continuer le traitement.
Au bout de quinze jours, des douches générales trèscourtes (douche en pluie et douche en jet promenée sur toute la surface du corps) sont prises sans répugnance et suivies d'une réaction satisfaisante.
Huit jours après, je fais précéder la douche d'une sudation en étuve sèche ; une amélioration notable ne tarde pas à se manifester ; la peau blanchit, devient unie et moins sèche, le teint se modifie, l'appétit renaît, et bientôt il est assez vif pour que la malade mange avec plaisir du poisson et des viandes blanches ; la constipation s'amende, les nuits sont plus calmes, les cauchemars, les terreurs, les hallucinations ont disparu. M™® X... a quelques heures d'un sommeil tranquille et réparateur ; le mouvement fébrile ne se montre plus qu'à des intervalles assez éloignés ; les forces s'accroissent graduellement et permettent des promenades quotidiennes ; l'état moral est meilleur.
7 décembre. — Un changement considérable s'est opéré dans l'état de la malade; l'appétit est vif, madame X... prend avec plaisir une alimentation abondante et substantielle (viandes noires rôties, gibier, vin de Bordeaux) ; la constipation a complètement disparu, une garde-robe spontanée a lieu chaque jour ; les nuits sont bonnes. M"' X... a fait de longues promenades en voiture, à pied et à cheval ; elle fait de la musique régulièrement; la voix a repris toute sa force, son étendue et sa pureté; la vue, l'ouïe ont recouvré toute leur intégrité, enfin l'amaigrissement est beaucoup moins prononcé.
7 avril 4848. — Des accès de névralgie faciale se sont fait sentir vers la mi-janvier, et ont beaucoup fait souffrir M™* X... pendant cinq ou six semaines; cependant ils ont été infiniment moins longs et moins violents que ceux des années précédentes ; l'hiver s'est assez bien passé et M*"' X... a pu aller fréquemment dans le monde et au spectacle. Elle a supporté avec sang-froid et courage les craintes et les émotions qu'a fait naître la révolution de février.
7 avril 1849. — M™' X... a continué le traitement jusqu'à ce jour avec régularité; l'hiver s'est passé sans
que la plus légère douleur névralgique se soit fait sentir, l'état général est satisfaisant.
Obs. lui. — Nervosisme chronique. — Vertiges; tristesse; crahUes chimériques, — Amélioration par rhydrothé-rapie.
M™* R..., petite, grêle, douée d'un tempérament trèsnerveux, mère de trois enfants, dont le dernier a neuf mois, a toujours été d'une santé parfaite.
Elle est entourée de tout ce qui fait le bonheur, et n'a rien à désirer.
Depuis dix-huit mois, elle souffre de désordres nerveux, caractérisés par des tristesses non motivées, qu'elle ne pouvait vaincre. Elle avait le cœur gros sans pleurer, ni sans avoir d'accès de suffocation. — Tout lui causait des craintes sérieuses. Elle ne pouvait aller en voiture. Voulant triompher de ce malaise, elle s'installait résolument dans un fiacre ; mais à peine les chevaux avaient-ils fait quelques pas qu'elle était saisie d'une angoisse inexprimable, douloureuse, avec menace de syncope. — La santé de tous les siens l'occupe au delà de ce qui est raisonnable. Elle craint sans cesse de les voir tomber malades. — Sa tète n'est pas douloureuse, mais vacillante, agitée de vertiges; et ce malaise augmente à chaque époque menstruelle. — Le ventre est légèrement douloureux, et les digestions sont bonnes. — Elle est pâle, et d'une faiblesse extrême, sans fièvre.
Au bout de trois mois d'hydrothérapie, cette dame était à peu près rétablie.
Obs. LIV. -^ Nervosisme chronique; gastralgie; marasme nerveux, — Hydrothérapie, — Guérison,
Un monsieur très-occupé d'affaires industrielles, et fréquemment accablé de graves soucis et de grands cha-
TRAITEMENT DU NEUVOSISME 369
grins, vit sa constitution forte, pléthorique, et sa bonne santé, profondément modifiées par une maladie d'estomac et de larges émissions sanguines.
Il avaitla face très-rouge, et des congestions cérébrales fréquentes, à la suite de la moindre émotion ou contrariété. — Tout cela changea vite. Un accident lui fit perdre un œil, et nécessita d'abondantes saignées suivies de troubles nerveux insupportables.
La mort d'un enfant le jeta dans un profond chagrin, suivi d'une maladie chronique de l'estomac, caractérisée par un état de langueur, d'inappétence, d'amaigrissement cachectique, et par une teinte jaune très-prononcée du visage. Deux mois de bains de mer, à Trouville, le soulagèrent beaucoup.
Au bout de deux ans de malaises variés, plus ou moins supportables, les souffrances devinrent plus vives.
Des douleurs d'estomac, des chaleurs dans l'intestin, des douleurs entre les deux épaules,, des étourdissemenls et des vertiges, de l'insomnie, un tressaillement général des membres à la moindre émotion, de la fatigue et une grande faiblesse des membres; le soir, des angoisses, un sentiment de froid dans les jambes, l'inaptitude au travail et l'impossibilité de lire. — Ce malade reprenait des forces dès qu'il se mettait à un régime peu substantiel, et il était accablé, au contraire, lorsqu'il mangeait beaucoup. — Une chaleur intestinale, avec constipation et courbature, suivait tous ses écarts de régime.
Plusieurs semaines d'hydrothérapie ont guéri ce malade.
Obs. LV. — Nervosisme chronique. — Hydrothérapie,
Guérison,
Madame G..., dont la constitution est bonne, et qui vit dans toutes les conditions désirables de bonheur et de fortune, est malade depuis huit ans, à la suite d'un second accouchement.
r>T- •MIT. 2i
Depuis cette époque, elle a des malaises dans le ventre, et une faiblesse telle dans les jambes, qu'elle peut à peine marcher. — Ses digestions sont imparfaites, et à chaque instant troublées par de la diarrhée.
Le pouls est faible, sans bruit de souffle au cœur, ni dans les grosses artères. — Il existe aux membres inférieurs, même au milieu des grandes chaleurs, un continuel sentiment de froid qui rend nécessaire l'usage d'une chaufferette en plein été.
Elle est fort agacée, très-irritable ; la moindre chose l'inquiète, l'effraie ; elle n'ose plus aller en chemin de fer ni en voiture. Elle craint de sortir à pied, dans l'éventualité d'un accident que rien ne peut faire prévoir. La nuit, elle a peur dans sa chambre et son sommeil est agité. — Elle pleure très-facilement, sans motifs ni accès de suffocation. Femme d'une grande intelligence, elle se révolte contre sa faiblesse morale, et ne peut la vaincre, ce qui la rend on ne peut plus malheureuse.
Elle se soumet à l'hydrothérapie, et au bout de deux mois sa guérison est complète.
Obs. LVL — Nervosisme chronique, -- Douleurs générales du tronc et des membres, sans névralgie, — Hydrothérapie. — Guérison. -
Madame D..., soignée dans l'établissement hydrothéi'apique d'Auteuil, âgée de trente-quatre ans, a toujours été d'une santé parfaite.
Née à Paris, qu'elle a toujours habité, elle a été régulièrement réglée depuis l'âge de quatorze ans. Mariée, elle est devenue mère de deux enfants sans que ses grossesses aient altéré sa s:mtc.
Il y a environ six ans, après de vives contrariétés de famille, elle éprouva des agitations intérieures impossibles â défmir, des malaises généraux et de la courbature, des douleurs dans la tête, dans les bras, dans les jambes et
'tHAITKMK.NT du iNEllVOSlSME 371
dans la poitrine. Ces phénomènes d'abord continus, puis intermittents, durèrent plus d'un an.
Quand elle commença Thydrothérapie, elle avait, tous les jours et tous les deux jours, une sensation de chaleur dans tout le corps, sans frisson, et une surexcitation insupportable. Le pouls est alors très-fréquent et la face colorée. Aucun organe de sensation n'est troublé, sauf les yeux où il se produit souvent une fatigue de nature à empocher de lire.
L'appétit est régulier et il n'y a aucun trouble de la digestion. L'embonpoint est conservé.
Un mois de traitement suffit pour guérir cette malade et lui donner un état de calme qu'elle ne connaissait pas depuis longtemps.
Obs. LVIL — Nervosisme chronique, — Névralgies errch tiques. — Marasme nerveux. — Hydrothérapie. — Guérison.
Madame B..., âgée de quarante-six ans, douée d'une constitution éminemment nerveuse augmentée par un exercice exagéré des facultés de l'intelligence, s'occupe de l'instruction secondaire.
Régulièrement réglée depuis l'âge de quatorze ans, d'une manière abondante, elle a cessé de voir ses Coques à quarante-cinq ans.
Une perte abondante, à vingt-quatre ans, fut accompagnée de douleurs assez vives dans le ventre et dans les reins. — Mariée à trente-cinq ans, les rapports conjugaux, localement douloureux, furent toujours suivis d'un affaiblissement nerveux considérable et de douleurs occipitales assez vives. Il en était de môme après la masturbation pratiquée par son mari. Cette dame n'a jamais eu d'enfants.
A vingt-huit ans, sa santé fut sérieusement ébranlée par une affection grave de l'estomac et des intestins,
déterminée par des préoccupations importantes. Une gastralgie accompagnée de vomissements répétés pendant deux ans lui donna une grande susceptibilité nerveuse. Pendant ce laps de temps, elle n'avait point d'appétit et les aliments introduits dans Testomac étaient presque toujours vomis.
Elle s'était à peu près rétablie, et, comme on Ta vu, Si' était mariée. Déjà très-nerveuse, le travail et les préoccupations aggravèrent son état et la jetèrent dans un état de véritable marasme.
Au moment de son entrée à l'établissement du docteur Boullay, elle était dans l'état suivant :
Teint pâle, semblable à celui qui résulte d'une grande hémorrhagie; mais la malade dit que c'est là son teint habituel; lèvres et gencives décolorées, yeux cernés, extrême sécheresse de la peau.
Appétit modéré suffisant. Digestions régulières, selles ordinaires, rendues un peu douloureuses par la présence de tumeurs hémorrhoïdaires non fluentes.
Oppressions, gène précordiale, nulle augmentation de volume du cœur, régularité des bruits sans addition de bruit anormal; très-faible souffle intermittent des carotides.
La malade est très-sensible au froid; ses pieds sont continuellement gelés ; le plus faible courant d'air occasionne des douleurs assez vives de la poitrine, de la tôte ou du dos.
Le foie n'est pas volumineux. La rate est légèrement hypertrophiée.
Rétroversion prononcée de l'utérus sans leucorrhée, ni douleurs de ventre. Urines fréquentes.
La sensibilité n'est pas amoindrie ; au contraire, il y a souvent de vives douleurs erratiques dans la profondeur du corps, mais principalement à l'épigastre ou dans la région précordiale.
Sommeil tranquille et réparateur. L'intelligence est entière et très-développée malgré la tendance à la mélan-
colie. Cependant le cerveau est très-fatigué, car tout travail intellectuel ou manuel, la pensée, la lecture, le travail d'aiguille ne peuvent se prolonger au delà de quelques minutes sans réveiller toutes les douleurs.
Entrée à rétablissement le 22 septembre 1857, la malade est sortie complètement guérie deux mois après, le 22 novembre, très-heureuse des effets de l'eau froide.
Les voyages que conseillent Hoffman et Stahl (1) ont par le changement d'atmosphère une influence trèsheureuse contre la plupart des maladies nerveuses. Ils arrêtent et suspendent le cours de maladies fort graves et agissent de la façon la plus efficace contre le Nervosisme. I-iorry (2) a vu une femme délicate qui, appelée par ses affaires à s'établir dans une ville maritime de la basse Allemagne, y était tourmentée de convulsions cruelles qui finissaient dès qu'elle rentrait en France. Trois fois elle voulut revenir et trois fois les convulsions la forcèrent de rentrer dans sa patrie où elle jouit d'une bonne santé. Les névroses des pays chauds disparaissent par le séjour dans les pays froids, et réciproquement celles de ces pays cessent par rémigration des malades dans les contrées chaudes. C'est là un fait général qui souffre bien quelques exceptions, mais qui rend de réels services dans la thérapeutique des maladies nerveuses. J'ai vu déjà bien souvent des malades atteints de Nervosisme gastralgique ou cardiaque, de névralgies, de
(1) stahl, De peregrinationibus instituendis sanitatis causa,
(2) Lorry, De melançholia, t. II, p. 50.
374 TRAITEMKNT DU NERVOSISME
vertiges, de spasmes, etc. , se guérir par le déplacement, par l'exercice qu'il impose, par le changement d'idées qui en résulte, par l'attrait des choses nouvelles exposées au regard, etc.
Dans les cas de voyages opposés aux maladies nerveuses, je conseille principalement ceux qui conduisent aux eaux minérales, où Ton trouve une société nombreuse, avide de distractions, de plaisirs, et un grand nombre de moyens d'amusement.
Ce sont ceux-là qui peuvent être des plus utiles.
Les eau<£ minérales naturelles d'Ems, de Bade, de Spa, d'Evian, de Vichy, de Royat, de Néris, de Bussang, de Bagnolles, de Fougues, de Plombières, de Saint-Moritz(l), sont préférables à toutes les outres, car leur usage intérieur peut en même temps être utile aux malades. C'est une étude à faire. On doit alors rechercher s'il n'y a pas de trouble fonctionnel considérable des voies digestives, car, dans ce cas, il importe de savoir que fusage des eaux minérales est parfois plus nuisible qu'utile. Cela étant déterminé, il faut choisir une source minérale qui soit spécialement appliquée au genre d'affection nerveuse des malades.
Parmi les médicaments dont il faut faire usage pour aider aux effets du régime et de l'hygiène dont je viens de parler, je mentionnerai le fer sous toutes les formes, le manganèse^ — \ arsenic — et enfin le
(1 ) Pour une étude approfondie de ces diverses stations thermales, on consultera avec intérêt le "Dictionnaire des eaux minérales de MM. Durand -Fardel, Le Bret et Lefort. Paris, 4860.
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sulfate de quinine^ ou la macération de quinquina, s'il y a, chez les malades, de la fièvre avec paroxysmes quotidiens.
Dans les cas de Nervosisme primitif, avec nosohémie chlorotique, ces médicaments sont indispensables; ils réussissent généralement bien, et ne donnent lieu à aucun phénomène susceptible de faire suspendre leur emploi.
Au contraire, chez les malades atteints de Nervosisme secondaire, lorsque l'altération chlorotique du sang est peu évidente et la fièvre très-intense, s'il y a des alternatives de constipation et de diarrhée^ c'est-à-dire de la gastro-entérite chronique, les préparations ferrugineuses augmentent la fièvre et fatiguent les malades plus qu'elles ne les soulagent. On peut les essayer, mais il est rare qu'on ne soit pas obligé d'en suspendre l'usage.
La limaille de fer ^ —le fer réduit par l'hydrogène , — le sous -carbonate de fer doivent être donnés à la dose de 25 centigrammes à un gramme par jour;— le vin chalybé; — la teinture de mars ; — les pastilles de lactate ou à'iodure de fer^ — \ eau ferrée en mangeant; — les eaux de Passy, de Vyrmont^ de Spa^ de Boulognesur-Mer, de Bagnolles^ d'Orezza^ en même temps que lesbainsdemerpeuventêtreconseillésindifféremment Dans ces cas, il faut avoir soin de faire suspendre de temps à autre, environ pendant quinze jours, pour laisser reposer les organes digestifs. Pendant ce repos, il est utile de faire prendre des toniques
amers et des lavements de bouillon et de vin en cas de dyspepsie. Si les préparations martiales, qu'il convient d'essayer Tune après Tautre, ne sont pas supportées et occasionnent de la diarrhée, il faut, à rexemple de Sydenham, donner tous les soirs aux malades quelques gouttes de laudannm ou deux milligrammes d'opium. Enfin, si malgré ces précautions le fer n'est pas supporté, il faut cesser de le prescrire.
Concurremmeni avec le fer, ou après lui, le siflfate de quinine et le quinquina doivent être conseillés, Tun en cas de fièvre intermittente irrégulière, l'autre comme tonique général, surtout chez les individus atteints de Nervosisme chronique. Si Ton a recours au quinquina^ il faut le donner en décoction, en infusion à froid sur de la poudre, plus rarement sous forme de vin ou de teinture. Quelques malades le supportent avec peine et sont pris de diarrhée après son emploi : il faut alors l'associer à la cannelle et au cachou, ou le suspendre pour toujours.
Les amers ^ tels que le houblon, la gentiane, la petite centaurée, la patience, le lichen d'Islande, les glands doux torréfiés, Técorce d'oranges, le quassia amara, Tangusture, le Colombo, le simarouba, l'arnica, etc., peuvent aussi être conseillés. Mais il n'y a pas lieu de compter beaucoup sur une action énergique favorable de leur part.
Les antispasmodiques^ et parmi eux l'arnica en infusion, l'infusion de fleurs de cardamone, Voxyde
(le ziiic en poudre à petites doses, souvent répétées dans les vingt-quatre heures; le bromure de potassium; — X hydrate de chloral; — Véther sulfurique ou acétique; — le castoréum ; -— le mMSC ; — le ca^np/ire; — Yasa fœtida ; — la valériane et Y opium jouissent d'une réputation mieux établie. Ils ont été fort souvent employés contre les maladies nerveuses, et j'ai souvent conseillé leur usage dans ces circonstances. Le docteur Trinius de Moscou a aussi conseillé le selin des marais ou selinum palustre, plucedarium palustre ombellifère appelé encens d'eau.
— Poudre de racine, 30 grammes en vingt prises pour une semaine, — diminuer en cas de diarrhée,
— augmenter de 15 grammes par semaine, pendant six semaines. — ^ Dans le traitement, on peut faire prendre 1275 grammes, mais chez les enfants il faut une dose plus faible. — Ce serait aussi le cas d'employer le valérianate d'ammoniaque qui réussit à quelques personnes; le valérianate de zinc; le lactate de zinc; le sulfate de cuivre ammoniacal.
Le bromhydrate de cicutine à la dose de 5,10 et 15 centigrammes par Testomac, — ou de 1 centigramme par injection hypodermique.
Pilules de hromhydrate de cicutine,
Bromhydrate de cicutine cristallisé 50 cent.
Conserve de roses q.s.
P. 40 pilules argentées, 1 à 3 par jour.
378 TRAITEMENT DU NERVOSÎSME
Sirop.
Bromhydrate de cicutine cristallisé 1 gr.
Alcool 5
Sirop de gomme 150
Une cuillerée à soupe matin et soir.
Solution d injection hypodermique.
Bromhydrate de cicutine cristallisé 50 cent.
Alcool IB',50
Eau distillée 20
Un gramme de la solution renferme environ 2 ccntigr. de sel.
Parmi ces médicaments il en est plusieurs qui me paraissent mériter une mention toute particulière : Xasa fœtida, très- vanté par R. Whytt, que Ton donne àhaute dose, en pilules ou dans de Teau distillée, h moins qu'il n'y ait de la fièvre; \ hydrate de chloral à petite dose; — le bromure de potassium ou de sodium, mais pas de bromure de camphre, qui est un médicament inutile; — la valériane seule ou associée à Tammoniaque et au zinc ; — \ opium enfin, ce roi des contre-stimulants si prôné par Rasori. Ce dernier médicament peut être donné dans Télat fébrile et même à cause de lui. ïl s'administre à doses faibles, progressivement plus considérables; depuis un centigramme jusqu'à cinq centigrammes et en augmentant progressivement d'un gramme. Comme on a pu le voir, dans les observations que j'ai rapportées d'après le célèbre médecin italien, son emploi a été suivi de très-beaux succès. Il s'agissait de maladies réputées inflammatoires, traitées comme
TBAITEMFNT DU NKRVÛSISME 379
telles par la diète, par d'abondantes (évacuations san* guines et accompagnées de troubles nerveux graves, caractérisant le Nervosisme chronique. Ce médicament avait déjà été employé avec succès par R. Wbylt dans un cas grave que je reproduirai ici :
Obs LYIII. — Nervosisme chronique; suite du mal de mer; névralgies temporales avec fièvre; insomnie, dyspnée, surexcitabilité nerveuse, constipation, pertes séminales, — Traitement par V opium. — Guérison (i).
Un homme âgé de vingt-huit ans, qui était d'une forte constitution et d'une bonne santé, ayant fait sur mer un voyage de trois mois, durant lequel il avait presque toujours eu mal à Testomac sans avoir jamais éprouvé do vomissements, fut ensuite très-exposé au froid dans un voyage qu'il fit par terre ; et ce fut là le commencement do ses maux; il se trouva attaqué d'une douleur fixe au front, qui augmentapardegrés,etoccupa enfin toutela tête.
Je vis ce malade pour la première fois, environ deux ans après que son mal de tête avait commencé. Il se plaignait alors d'un mal de tête continu, et d'une espèce de pesanteur dans cette partie; en outre, il sentait des douleurs aiguës et passagères à différents endroits de la tête, comme si on y eût enfoncé un clou. Dans certains temps le mal de tôte augmentait considérablement et était accompagné de fréquence dans le pouls. Souvent cet homme rendait une grande quantité d'urine pâle, principalement pendant les violents accès des douleurs de tôte. Son sommeil était troublé par des rêves effrayants; et il se réveillait souvent avec une grande oppression et tout épouvanté. Il était en général dans le découragement et l'abattement, inquiet, défiant et de mauvaise humeur; cependant il paraissait, dans quelques occasions, extraor-
(1) Rob. Whytt, Traité des maladies nerveuses^ t. H, p. 187.
380 TRAÎTEMENT DU NERVOSISME
dinairement gai. La plus petite contradiction qu'il éprouvait lui occasionnait un excès de mélancolie. Il sentait de la tension aux environs des yeux, principalement lorsqu'il souffrait beaucoup de la tôte. A peine se faisait-il quelque sécrétion à la mucosité du nez. Il avait dans le genre nerveux tant de mobilité et de sensibilité, que quand il se retenait d'uriner pendant un peu de temps ou qu'il se blessait le nez, quoique très-légèrement, en faisant des efforts pour tirer des narines la mucosité que son épaississement empêchait de sortir facilement, la douleur de tôte ne manquait jamais d'augmenter. Il était sujet aux maux d'estomac, et il vomissait souvent une humeur aqueuse, claire, sans goût comme sans odeur. Pour l'ordinaire, il avait le ventre resserré, son pouls était bon, excepté pendant le temps que subsistaient les violents accès de mal de tête; et rien n'était plus propre à faire naître ses douleurs, que les profondes méditations, ou l'application trop longue de l'esprit. Involuntaria pénis erectione cum seminis plerumque emissionSy tam die quam noctu, sœpe tentatus fuit.
Depuis le temps où j'ai vu ce malade dans l'état que je viens d'exposer, il a éprouvé les mêmes symptômes pendant trois ans, pendant lesquels il a été traité en Italie par des médecins de réputation, qui, lui ayant fait prendre sans succès divers médicaments, l'abandonnèrent en le jugeant attaqué d'un mal incurable.
Ce fut alors que je lui parlai d'un remède dont il n'avait pas encore essayé, en lui faisant espérer qu'il pourrait lui être utile : c'était l'opium. Il y consentit; je lui en fis commencer l'usage par un demi-grain qu'il prenait tous les soirs à l'heure du coucher ; en outre, on lui frottait légèrement celles des parties de la tête où il ressentait le plus de douleurs, avec une dissolution d'un demi-gros d'opium dans quatre onces d'esprit-de-vin.
La dose interne de ce médicament fut augmentée par degrés jusqu'à un grain et demi ; quelquefois on en a donné un grain deux fois par jour. Il n'y avait pas encore
un mois que le malade faisait usage de l'opium, lorsqu'il se trouva sensiblement mieux, et en huit ou dix mois de ce traitement il fut guéri de tous les maux qui le faisaient le plus soufTrir : alors il commença à diminuer la dose du remède et n'en prit qu'une fois en deux jours, quelquefois même il mettait un plus long intervalle entre les prises. Mais quand il se sentait menacé d'avoir un accès de mal de tête^ occasionné par quelque peine d'esprit ou par toute autre cause, il faisait aussitôt usage d'une plus forte dose d'opium.
Je lui conseillai de prendre tous les jours de l'exercice et de s'entretenir l'esprit aussi libre et aussi gai qu'il serait possible. Dans le commencement de ce traitement, il buvait quelques verres de vin à ses repas; mais, après qu'il eut pris de l'opium pendant quelque temps, il s'aperçut qu'un seul verre de vin réchauffait, et rendait son mal de tête plus fort, ce qui le détermina à ne boire que de l'eau. La troisième année à compter du temps où cet homme avait commencé à faire usage d'opium, il se trouva tellement guéri de tous ses maux que durant l'espace de douze mois il ne fut pas forcé d'en prendre plus de trois mois.
Il n'est pas inutile d'observer que ce malade était si sensible à tous les changements de température, que, par un sentiment général de faiblesse, par une espèce d'indolence ou de difficulté d'agir, et par les douleurs qu'il avait aux articulations, il aurait pu dire le matin, avant de sortir du lit, s'il faisait un temps humide et pluvieux, ou si le vent était à l'est ou au midi.
A moins d'appeler hypochondrie tous les troubles du système nerveux de l'homme, quelles qu'en soient les causes, il me paraît évident que ce malade, affecté de gastralgie nautique prolongée, est tombé dans un état nerveux grave, caractérisé par des névralgies multiples, de la dyspnée, de la constipation et des pertes séminales consécutives. Il n'exagérait point ses souffrances et n'en
inventait aucune. Quelques semaines de traitement par Topium suffirent pour le ramener à la santé.
Obs. LIX. — Nervosisme chronique, suite dHmpressions morales, r— Céphalalgie, névralgies dentaires, tremblement musculaire, dyspepsie flatulente. — Traitement par Vopium. — Guérison (1).
Une fille, âgée de trente ans, ayant eu de grandes peines d'esprit, devint progressivement très-souffrante, par suite de troubles nerveux graves. Elle fit usage de divers médicaments pendant huit ans, mais ce fut sans beaucoup de succès. Elle avait une douleur continuelle et violente par toute la tête, mais principalement à la partie postérieure ; de la tension dans les muscles du cou, de vives douleurs de dents, de l'ébranlement de ces os ; Un sommeil troublé, des rêves effrayants ; du découragement, de l'abattement ; des tressaillements et des tremblements de tout le corps, des alternatives de chaud et de froid, des rougeurs ou des feux qui lui montaient au visage, des vents, du gonflement de l'estomac, des rots ou rapports fréquents, de l'indolence ou difficulté de faire quelques mouvements, manque absolu d'appétit, des douleurs vagues et passagères par tout le corps, enfin l'impuissance de donner beaucoup d'attention à quelque chose de sérieux. Pendant l'été de 1859, la malade commença à prendre de l'opium.
Au bout de trois semaines, elle se sentit un peu soulagée; et il n'y avait encore que six semaines que le traitement durait, lorsqu'elle se trouva mieux à tous égards. Le mal de tôte était presque entièrement dissipé; les dents ne lui faisaient plus mal, et étaient raffermies; son sommeil était moins inquiet, moins troublé ; et elle ne ressentait presque plus de tressaillements de tout le corps,
(Il Rob. Whytt, t. Il, p. 192.
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ni de feux au visage. Environ deux semaines après que cette fille eut commencé l'usage de Topium, elle eut à souffrir de coliques ou tranchées, qui cependant se dissipèrent lorsqu'elle eut pris ce médicament plus longtemps. On lui appliquait fréquemment sur la tête et sur le cou une dissolution d'opium faite avec l'esprit-de-vin, et ce remède externe lui a toujours procuré du soulagement.
Il est de toute évidence que les troubles du système nerveux éprouvés par cette fille n'ont rien offert qui ressemble à ce qu'on appelle hystérie ou hypochondrie . Nul spasme, nulle convulsion ne se sont montrés. Des névralgies variées, des viscéralgies et de la dyspepsie flatulente, une grande faiblesse musculaire avec insomnie, abattement et incapacité intellectuelle ont caractérisé celte névrose que l'usage de l'opium a parfaitement bien guérie.
3<> COMBATTRE LEâ TROUBLES NERVEUX LOCAUX DU NERVOSISME PAR DES MOYENâ