‹ Du nouveau sur J. JoubertChapitre 23 sur 27 · E^.M"' \)K KO. \ TANKS · texte numérisé non relu

E^.M"' \)K KO. \ TANKS

vous ètPs fliguoinoiit ;ic.jiiiii)''t' (if fctli' noblt? tAelie di. .If vfii.v vous dire aussi combiea j'ai été touché de ce que vous m'écrivez sur mon voyage d'Orient, où j'ai été si heureux de rencontrer à chaque pas, avec les souvenirs les plus augustes de la religion, les glorieux souvenirs de la France et de ses pins grands comme de ses plus saints Rois.

Faites mes affectueux compliments à votre fils, et recevez vousmême la nouvelle assurance de tons mes sentiments bien sini-t'res.

Henry.

I)f .1/'"- I.PtioniKtiil (I .1/'"" (lo Fou fil II rs.

Ce 8 avril imi.

Ktes-vous dune encore souffrante, clière .Madame, (jne je ne recjois pas de lettre de vous ? J'ai accompli mon triste voyage par un temps exécrable, qui, à lui seul, m'aurait rendu pénible une course moins désagréable. J'ai été malade quelques jours à mon retour, et me revoilà mieux, et au moins maîtresse de moi-même, c'est-à-dire en état de montrer aux indifférents le visage serein qui seul leur convient. Le Père Gratry nous a fait à l'Oratoire (juatre belles conférences. Son plan était une sorte de réfutation du discours d'ouverture de M. Renan ; et il nous avait conviés à la recherche de la vérité, en promettant les preuves de la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Je ne dirai pas qu'il n'a pas suivi ce plan : il ne l'a même pas abordé, et c'est une magnifique démonstration de l'existence de Dieu, une très vive et spirituelle réfutation des doctrines de Hegel qu'il nous a données. On reproclie au P. Gratry de manquer un peu d'ordre et de suite. L'abondance des idées, l'entraînement d'une imagination très ardente disposent de lui, il est vrai, souvent malgré lui; mais il y a tant d'élévation, de générosité, de foi, de candeur dans son âme qu'il vous emmène à sa suite, et on ne songe à la critique que par réflexion. Son auditoire était au.ssi nombreux que le comporte l'enceinte de la chapeHo de l'Oratoire: et, pour la qualité, on ne saurait fournir un

(t Madnmo de Slaël, Copprl et Weimar, par l'auteur des SouveuiiS de Madame liécamier. — « L'auteur des Souvenirs de Madame Hécamier, une personne de beaucoup d'esprit et d'exa<"titude, M™* Lenorniant, vient de donner, en les combinant et en les liant par un n'cit, deux séries de correspondance de M""* de Staël, les lettres à la grande-duchesse Louise de Weiinar. et les lettres à M""» Récamier. <".est en effet une bcture atrréable, intéressante et qui fait pénétrer, une fois de plu-;, ilnns ce monde délite. ■• (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, 5 mai 1862).

o02 DU NOUVEAU SUR .lOUBERT.

public plus imposant : MM. Guizot, Saint -Marc-Girardin, Legrouvé, duc de Xoailles, Brog-lie, Jules Simon, Buffet, Cochin, Mentale mbért, etc., etc.

Votre curé dé Genève, M. Mermillôd, a un succès très grand ici. On se presse à Sainte-Clotilde pour l'entendre, et j'y vais demain à mon tour.

M. Dufresne avait eu la bonté de me dire qu'il ferait ce mois-ci un article sur les lettres de M"* de Staël que j'ai publiées. Est-ce que ce travail a paru? J'ai donné au Correspondant un article sur le volume que M. Faugère vient d'imprimer « Journal d'un voyage à Paris de 1657 à 1658 ». La comparaison de Paris d'il y a deux siècles avec le nôtre m'a tentée. Je voudrais avoir réussi à donner le désir de lire ce voyage qui est fort curieux. L'article sera signé Léon Arbaud.

Donnez-moi de vos nouvelles. N'oubliez pas, chère Madame, une personne qui vous aime et qui est bien malheureuse.

De la me nie.

Paris, ce 24 juillet 1862.

fe Chère Madame, j'aurais bien dû vous remercier plus tôt de vos intéressantes lettres qui n'ont pas fait seulement mon amusement et ma distraction, mais qui intéressaient vivement M. Guizot et ses lilles. 11 y en a une où vous exprimez, à l'occasion de M. Mermillôd, des idées si libérales, si larges, si tolérantes en matières religieuses, qu'elle a trouvé un profond écho dans les àmcs de tous les habitants de Val-Richer. Les détails sur Lucerne étaient extrêmement curieux, à ce point que je les faisais passer à Londres à mon fils, après que nous en avions pris notre bonne part. Je vous trouve pourtant un peu sévère pour le prince que nous aimons. Je lui crois beaucoup plus de bon sens politique qu'aux personnes qui l'entourent, et, par exemple, le projet d'adoption dont vous me parliez, s'il a passé par la cervelle de quelques fanatiques de l'entourage, n'a jamais pu, j'en suis persuadée, aborder la pensée du prince. J'aimerais fort à causer avec vous, et de cela, et de ce que mon (ils a vu en Angleterre, et de toutes choses en général. 11 n'y a point d'esprit avec lequel je me sente plus en sympathie que le vôtre, même quand nous sommes d'avis différents; mais l'absence est une cruelle chose. Enfin nous nous retrouverons, je l'espèr»-, d'après ce que vous me mandez, au mois d'octobre. Je suis très curieuse de connaître voire Zélie. Je n'ai jamais vu une jeune fille sans parents adoptée par une affection maternelle électire^ .sans que CH rapport de situation avec ma propii' destinée ne m'ail

.M"- DE F0NÏANE8. 503

inspiré intérêt et sympathie. Je suis dans ce moment 1res occupée, je devrais dire très préoccupée d'une affaire qui, si elle réussit, aura une grande importance sur l'avenir de mon fils.

M. Londresse, le bibliothécaire de l'Institut, est mort. (»n l'a remplacé par le sous-bibliothécaire, M. Ruulin [?], et ce cheux lais.se vacante une place de sous-bibliothécaire. C'est l'Institut qui règ-le souverainement sa bibliothèque ; on n'y relève que des cinq clas.ses de ce grand corps, et vous comprenez combien ces conditions d'indépendance politique séduisent et mon fils et moi. François est donc sur les rangs, et j'ose dire qu'il a bien des titres pour se recommander aux suffrages de ce docte aréopage. Nous comptons de chauds amis dans presque toutes les académies. Celui où je suis le plus dépourvue de relations est l'académie des sciences, et celle-là est aussi celle où les convictions religieuses de mon mari et de mon fils trouvent le moins de bienveillance. Du reste, l'époque de la nomination n'est pas encore fixée: elle peut avoir lieu dans 15 jours ou dans trois mois.

Avez-vous lu les articles de Sainte-Beuve sur M. de Chateaubriand? (1) Quel étrange esprit!

Adieu, chère Madame, mille tendres amitiés.

De VUlemain à if"'" de Fontanes.

Ce 6 février 1803.

Madame, Je suis trop honoré d'un mot de vous, pour ne pas vous obéir avec empressement. Ce n'est pas le 19, mais le 26 de ce mois que devra rester fixée la séance de la réception académique de M. le

(1^ Nouveaux lundis. Je pense que ce sont les articles intitulés : « Chateauliriand jugé par un ami intime en 1803 ». Cet ami intime nest autre que Joubert. «... Sa lettre [à Mole] qui ne visait quà excuser leur ami commun. [Chateaubriand] et à chercher à sa conduite des raisons atténuantes est devenue, sous cette plume ingénieuse et subtile, le portrait le plus merveilleux , le plus achevé du moral de Chateaubriand à toutes les époques. La psychobigieeutièrede Ihomme est là, ou elle n'est nulle part. U avait alors trente-cin(i ans, et l'on n'est jamais plus soi-même tout entier qu'à cet âge. Voici cette lettre, inappréciable de finesse et de sagacité et qui convaincra tous les lecteurs de bonne foi que, dans nos apparentes sévérités d'hier, nous n'avons rien inventé, rien ajouté du nôtre, et que nous n'avons fait que nous tenir sur les anciennes traces. »

Non. Sainte-Beu^e n'a pas fait que se tenir sur les auciennes traces, et, très particulièrement, eu interprétant cette lettre admirable de Joubert, il en a faussé les données et les conclusions, il est sorti du droit chemin. J'esi-èro que le lecteur en tombera d'accord avec moi s'il veut bien se reporter à l'ouvrage Chateaubriand, sa femme et ses amis, pp. :2i5-252.

504 DU NOLVEAU SLR JOUBERT.

priuce Albert de Broglie. Pour ce jour, les deux billets que vous voulez bien demander seront réservés les premiers de ceux qu'il m'est permis d'offrir.

Mon lang-age, à plusieurs époques, pouvait être trop faible, en célébrant une mémoire illustre et chère. Mais mon cœur, toujours Qdèle à cette mémoire, est dévoué à la personne qui la représeule et qui en est si digue.

Veuillez, Madame, agréer mes sentiments de respect et lU' dévouement.

VlLLEMAlN (h.

De >/■"* Leiionnant à M"' de Fontanes.

Ce o avril 1804.

Aux quelques détails que je vous ai donnés l'autre jour, chère Madame, je veux ajouter ceci qui m'a vivement touchée. Le testament de notre pauvre ami commence ainsi : « Je déclare mourir dans les sentiments de la plus humble confiance dans la miséricorde divine. » Et, après une longue énumération de dispositions relatives à la publication de ses papiers et de ceux de son père, il finit en disant : a Je désire que l'on grave sur mon tombeau : Il fut le fils de André-Marie Ampère, l'ami de Ballanche, de Tocqueville et de M""^ Récamier. » (2).

Quel touchant oubli de sa propre importance !

Vous aurez lu les discours prononcés par M. Guizot et par mon gendre [M. de Loménie]. Tout admirables qu'aient dû vous paraître, comme à moi, ces chrétiennes et graves paroles de M. Guizot, vous ne vous imaginez pas l'effet produit par cette voix pleine et sonore. C'était une improvisation, et ceux qui l'ont entendue disent qu'en la reproduisant on l'a un peu écourtée.

Le Correiipondant voudrait pouvoir publier le Saint-Paul ft cherche qui pourrait faire un bon article sur M. Ampère.

Hélas! celui qui aurait le mieux parlé de lui l'a précédé dans l'autre vie, quoi qu'il fût un peu plus jeune ; c'est mon pauvre mari.

Vous lisez sans doute le nouveau volume des lettres du Père Lacordaire que vient de publier .M. de Kalloux. C'est bien beau.

.\dieu, clière Madame. Tout ce qui m'entoure se rappelle à votre bienveillant souvenir.

(1) Suscription : A Madame la comtesse de Fontancs, rue de Clkliy, n» 45. — Original autographe.

(2) Voir dans André Ampère cl Jean-Juci/uns Aitipèrr, corropondanco et souvenirs ^de 1805 à 18»)4) recueillis par M"- II. C. , f. il pp. 4'i.ô-i39. Détailc sur les derniers moments de J.-J. Ampère. — Tcstauient. — Dispositions relatives â ses ouvrages et à ses manuscrits, etc.

M"^ DE FUNÏANES. 505

De M"" Lenonnaiit à M"* de Fontanes.

Paris, le 26 juillet 1870.

Bien chère Madame, je ne suis pas moins troublée que vous du résultat trop prévu du Concile; mais je fais tous mes efforts pour suivre tous les conseils du pt're Gratry et de l'évêque d'Orléans. Eu gardant ma foi ancienne, j'attends le moment où tout s'éclaircira dans le sens d'une tradition de 1800 ans. A cet égard, la foi et la confiance du père Gratry sont très fermes et très calmes. Les légitimes appréhensions d'une guerre où se joue peut-être le sort de la France, l'intérêt passionné pour le succès de nos armes, les souvenirs, réveillés de mon enfance, de l'invasion étrangère qui, en 1816, me causa une telle horreur que j'en fis une grave maladie, ces sentiments-là n'ont jamais certes diminué à mes yeux le malheur des divisions de l'Église, mais empêchent que ce malheur ne devienne une idée fixe. La diversité et la multiplicité de nos inquiétudes en atténue l'intensité.

Je suis d'ailleurs, au milieu de ces grandes préoccupations générales, dans de grandes et heureuses préoccupations personnelles. Je marie mon fils. 11 épousera, à la fin de septembre, M"'" Edith de Chastillon, une jeune et charmante enfant des montagnes où je suis née; car vous savez peut-être que les Récamier sont originaires du Bugey. Ma future belle- fille n'a pas connu son père, mort quelques semaines avant sa naissance. Sa mère, M"* de Chastillon, s'est remariée à un magistrat, homme de mérite, actuellement avocat général à Lyon. 11 n'y a point eu d'enfant de ce second mariage, et Edith est aimée avec la même tendresse par son beau-père, M. Gay, que par sa mère. Elle a pour tuteur son grand-père, ancien représentant du peuple jusqu'à l'avènement de l'Empire, homme de cœur et d'esprit que mon mari aimait beaucoup : rien de plus honorable que cette famille : rien de plus en harmonie avec nos sentiments, nos goûts et nos habitudes. François est fort amoureux de sa prétendue, qui l'a choisi et montre avec autant de franchise que de mesure le sentiment qu'elle a pour lui. Vous le voyez, chère Madame, tout se réunit pour que ce mariage satisfasse le plus cher de mes vœux.

Je suis depuis quelques années si peu accoutumée à la joie que je me demande parfois si ce n'est point un rêve que je fais. François et moi venons de passer une semaine à Lyon dans la famille de ma future belle-fille. Nous sommes revenus lundi. Le train qui nous ramenait comptait huit pères du Concile, tant français

a06 DL NOUVEAU SUR JOUBERT.

•lirétraiigers, et, parmi eux, se trouvait l'évèque de Meaux e( l'évèque d'Orléans. Nous avons été bien heureux de le revoir: il est très maigri: ses cheveux sont absolument blancs, et son teint plus enflammé que jamais: en tout, il est très fatigué, navré de ce qu'il laisse à Rome, et de ce qu'il trouve en France; mais ferme et confiant dans l'avenir.

Adieu, chère Madame, croyez à mon inaltérable et vive amitié. François met ses hommages à vos pieds.

De iV""* Chrtfttiiie de FonUtnes a M"" Lenunniuit.

Genève, le 18 décembre 1871.

Chère Madame, après tant de malheurs, je viens d'être frappi-e ilu dernier et du plus grand qui pouvait encore m'atteindre. Ma pauvre Zélie n'est plus. Je l'ai perdue jeudi dernier, 15 décembrr, t^t, ijour comble de malheur, elle est morte chez une amie où elle était allée passer quelques semaines de plaisir: et comme elle ne craignait rien tant que de m'inquiéter, et qu'elle et son médecin (*nt cru longtemps qu'elle guérirait, elle a exigé qu'on ne m'avertit que quand il y aurait un véritable danger : ce danger est devenu si pressant que je n'ai eu que le temps de recevoir le télégramnir iqui a en la mauvaise chance d'être retardée et de partir en une heure pour Annp<y où elle était en visite. En arrivant dans cett»' l>etite ville, j'ai trouvé ma pauvre fille mourante. Elle m'a reconnue : elle a témoigné de la joie de nous revoir, ma pauvre femme de chambre qui l'a élevée et moi : mais elle ne j«)uvait plus parlai et elle est morte quatre heures seulement après m'avoir revue.

Je ne sais comment je suis faite pour résister à tant de malheurs. .Mais c'est mon sort d«' survivre à tout ce que j'aime... .le vous prie (le faire part de mon malheur à tous les vê)tres, et jr suis siin' d'avance de la |»art qu'ils y prendront. Ils tiennent de vous. .)•' v(His t'crirai jdus lougnenjeut (piaiid je serai plus en état, .b' regrette amèrement la peine tiuc jr vais vous faire, et je me recom inaudf plus <|ue jamais, bien chère .Madame, à volic ;iiiiili('' dont j'ai tant besoin.

(lll. I>K l"'o,\ r.V.NKS.

Ma fille il lait une mort de vérilabh- .saint»'. Le prêtre qui 1;' exhortée m'a dit qu'il en avait peu vn desemblahles, et jamais tant de roTirage en face de la mort. J'en remercie Dieu, et devrais en être cnnsob'-e : mais je suis faible, et la coiisolalion ne vient jias.

/i;i.ii;. l'iii.- :i(jo|,fi\,. (I..

t- H li I < T 1 \ i II i: r.-.v T \ \

M"^ l)K in.NTA.NKS. ;i(»7

De J/"" Lcno/iiiatit it M""- di' Fonlanrs.

Pîtris, (•<• i;; juin \s~i±.

... Mon niûnaji'' Kran(;uis L'st daus tons les einbaiias de I'imii- Itallage d'iiiie 1res nombreuse bibliothèque (ju'ils vont faire dirifrcr à Hdssieu; c'est le nom de la iiiojuiété de ma btdlc-fillc il;, à peu

de distance de la gape de Culoz. Eux-mêmes partiiout p • ce

l)ays dans les premiers jours de juillet. Pour moi, cf ne s(m;i pas avant septembre que je pourrai aller les retrouver. Vous savez que, de Culoz à Genève, il ne faut pas plus d'une heure, et je serai votre proche voisine.

Nous causerons alors de vos projets sui' Icsfpiels il n»' m'est pas possible d'avoir un avis en ce moment. .M. (juizot est ici tout absorbé par les séances de leur synode protestant. Ce Vatican hérétique est aussi divisé que l'a été notre Vatican catboli([ue ilSTOi. M. (juizot et ses amis voudraient arriver à faire H^lig-er un symbole de foi hors duquel on ne serait pas orthodoxe. Cette prétention d'unité dans une communion qui a ])ris pour base le libre et per.sonnel examen me semble étrange. Xous vivons à une époque triste et bizarre.

Ce qui n'est pas douteux, c'est l'aflectiou vive et profonde que je vous ai vouée; le désir que j'aurais de vous voir sinon heureuse, calme du moins, et la joie qut- j'aurai à vous revoir.

Adieu, chère Madame, et Uiille tendres compliments.

De lu III nue.

Château de Bossieu, '1 septembre {Hl'l.

Clière .Madame, je reviens du Dauphiné, et je trouve en arrivant une lettre de M. Guizot dont je copie le passage (jui vous concerne : (( Je partage tout à fait votre sentiment sur .M""' de Fon- « tanes. Je trouverais inique et scandaleux que la fille du premier « grand maître de l'Lniversité, et d'im tel Grand Maitre, fût dé- (' laissée par des g'énérations dont son père a commencé l'éduca- (( tion. Je suis, pour moi-même, r(d)ligé de M. de Fontanes. et il (( m'a obligé dans ma première jeunesse avec une grâce parfaite. « .le serais heureux de prouver à sa lille que je sw l'ai pas oublié.

(1) M™« Leaormant a publié, en 1«74, hsi^uisst- d un MaïUc — .Souvenirs d'enfance et ilc jruncsse dr Chateaubriand. — manuscrit de 18:26 suivi de lettres inédites et dune t'tude par Charles Lenoiniant. I.a prcfa<'o de cet intéressant volume est datée de Bossieu, l"' septembre 187;^.

• io^ DU \0L\ EAU SUH JOUBEHT

« Nous causerons, dès que nous nous reverrous, de ce qu'il y aura à « faire pour elle et de la façon de s'y prendre. »

Courage donc, chère amie, et croyez que je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que les bonnes volontés aboutissent.

Mille tendresses.

De la nièiin'.

Ce 30 décembre 1872.

Bien clière Madame, je ne veux pas que cette année finesse sans que je vous aie exprimé mes si tendres et si anciens sentiments d'attachement. C'est toujours un moment solennel que ces derniers jours de l'année qui expire, et j'ai trop souffert en ma vie pour n'avoir pas une respectueuse terreur de l'avenir inconnu. Hélas ! Dieu seul sait ce que cet inconnu renferme. Confions-nous à sa miséricorde, et /"illisible' vers les amis qui nous restent en attendant que nous rejoignions ceux qui sont partis les premiers. Il y a bien des jours que je veux vous écrire, et, quoique cela puisse paraître ridicule à dire, je n'en ai jjas trouvé le temps. Mon cher et excellent ami, M. Guizot, a été très souffrant depuis son retour à Paris : il demeure fort loin de chez moi. J'en ai été tout à fait inquiète (juebjues jours, et comme il voulait bien me mettre au rang- de sa famille, il me recevait et j'y allais bien souvent. C'était une bronchite et une grande prostration. Sa pauvre mère, que j'ai tendrement aimée, s'estéteinte de la sorte à quatre-vingttrois ans, et je tremblais eu pensant que notre excellent ami eu ;i quatre-vingt-cinq passes.

Grâce à Dieu, le voilà remis. Mais il lui faudra désormais dr grandes précautions. Je ne veux pas oublier de vous dire (pi»' .M. Guizot m'a répété que votre lettre de remercîments l'avait pro fondement touciié, et qu'elle était aussi gracieusement écrite i|u tdie semblait dictée par un sentiment vrai.

.If vous ai déjà dit que malheureusement votre article sur la question religieuse de Genève était trop modéré, trop sensé, pour être admis au C()rre.<p(>:tihiiit. Fvnnço\s, i\\\[ l'a lu comme ukù avec beaucou|i d'intérêt, disait qu'il trouverait à l'employer ailleuis, mais ce serait sans profit pour vous, et j'y tiens moins.

On me dit que M. Foisset est fort atteint dans sa santé ! est ce vrai ? M. Dufresne vous paraît-il inquiet"!' Le dernier article qu'il a donné au Corrcsjiomhml sur M. de .Moiitalemberl était bien distingué et bien supérieur à toutes les appréciations de M"' <ili pliantelde.M""fjav<'n. .l'ai diqi'iis un mois mon fils et ma belle lillf cbcz moi. .le j(tnis exlrruicuienl df celle l't'-iiiiitMi (|ne la distiibu-

lion (l(^ mon npiuirtomonl a londuc possililc en nw griuiiil nn in-ii. Lt's nouvelles que je reçois de .Montpellier sont très bonnes. M"" B... a pu quitter sou mari pendant uue semaineetallerà. Menton voir M""^ Cornelis de Witt, la seconde fille de M. Guizot que les médecins ont envoyée dans le midi et qui s'en trouve bien, -M. de Loménie termine son éloge de Mérimée, et sa réception aura lieu, je le suppose, en février (1). Ecrivez-moi, bien rhèrc Madame; donnez-moi de vos nouvelles. Agréez mes tendres vœux, dont le premier pour votre santé, et le second pour que la pension soit portée à 3.(KH) francs.

De M'"^ (lo FontaïiPs ii .!/""• Leuoniiant.

Genève, le 8 mars 1873.

.le viens de recevoir, chère Madame, votre lettre d'hier et celhqui l'accompagnait. Vous êtes la meilleure comme la plus aimable des amies, et j'ai besoin de vous dire tout de suite ma vive et tendre reconnaissance. Mais cette excellente et chère lettre m'arrive dans un moment où, par surcroît à mes maux ordinaires, j'ai les yeux si fatigués qu'il m'est impossible d'écrire et de m'occuper longtemps.

Et cependant les bonnes nouvelles que vous me donnez et la lettre que vous avez la bonté de me communiquer m'obligent d'en écrire une ou peut-être même deux ou trois, pour lesquelles je désirerais avoir sous les yeux celle que vous avez bien voulu m'euvoyer ; et je ne suis pas sûre d'être encore en état après-demain lundi. Je viens donc vous demander la permission de garder la lettre jusqu'à la fin de la semaine prochaine au plus tard et je prendrai votre silence pour un consentement.

J'ai un notaire à Ferney, et Ferney est la petite ville française la plus rapprochée de (Jenève. Je pense donc que c'est là où il faudra recevoir la [pension ■?j. Cependant je ne me déciderai tout à fait qu'après avoir écrit les lettres dont je vous parlais tout à riiein-e.

Dès que cette décision sera prise, je vous la ferai connaître. En attendant, je vous remercie mille fois de votre proposition pt)ur Culoz, et si je me décidais enfin pour Culoz, je m'adresserais certaifiement au notaire que vous avez la bonté de m'indiqiier...

(1) Voir daiWi Études ei Portraits, de M. Kdmond Biri' (Paris Virer Amat, libraires, rue Cassette, il), Louis et Charles de Loménie : Mirafiran. Ktudes sur la société l'ranciise au xvnr siècle, par Louis de Loménie. de 1 Académie française, continuées par son lils. Cinq vol. in-S", E. Deiitu éditeur. — Louis de Loménie est également l'auteur de Beiiiihinrchain et son

teni/iS.

;il(i m .\(H \ KAf SIH .lOlHKIlT.

Nous DO ponvioz choisir xmo meilleure noeasion qiio colle de monsieur votre fils pour me renvoyer mes papiers, et je vous eu remereie d'avance, ainsi que lui. .l'a joute que je suis très contente que TOUS ne me répondiez pas sur l'Instruction des Feinme!^ tant que M"« RI. sera à Paris, car je ne me pardonnerais pas de vous oter un seul d«^s trop courts moments que vous passez maintenant avec elle. Seulement, comme nouvelle preuve d'amitié, donnez moi, après son départ, les explications, les cons(>ils et les indications dont ma vieille inexpérience a tant besoin. — Si la véritable supériorité n'était toujours indulgrénte et hienvoillante, je n'oserais plus vous écrire en pensant que mes lettres pourraient quelquefois courir la cbance d'être montrées à M. Guizot: mais ce qui m'afflige pour cette fois, c'est que mon jugement sur M. le comte de Cliambord était assez sévère, et qu'il me semble que je ne pouvais le faire connaître qu'à des légitimistes ou à une amie comme vous. Heureusement que je suis trop obscure pour qu'on cite mon jugement et même pour qu'on s'en souvienne, et que l'âme si élevée de .\I. Guizot comprend tous les scrupules et toutes les délicatesses.

Je vous reviendrai bientôt, chère Madame, mais suivez bien votre résolution de nem'envoyer xotre critique qu'après le départ de .M""' Bl., et recevez en attendant l'expression de la plus vive reconnaissance et de la plus tendre amitié.

Ch. de Fo.NTANES.

De ¥■"* fj'tionnant ii 3/"" de Fanhuies.

Ge 21 mars \HTA.

Vous ferez bien, chère amie, d'écrire quelques lignes à M. Jourdain: il les mérite par le zèle qu'il a mis dans vos atTaires cl l'admiration qu'il a pour .M. de Konlanes. qu'il n'a pourtant pas cniiuu. C'est un homme actif, intelligent, obligeant, très bon catholique et membre de l'académie des inscriptions. J'ai beaucoup d'amitié et de conliance eu lui. J'ai été comme vous fort émue à la pensée que notre chère France serait délivrée de la présence de l'étranger, et je m'imagine que le succès et la |)aix où nous vivons à l'intérieur proliteront à l'établissement d'une républi(|Me honnête. Je sais bien tous les avantages de la monarchie, mais si elle est morte, qu'y faire?

Je suis en plein dans une session d'exameus : subir celte l'-preuve, passer celte espèce de baccalauréat féminin est devenu une coutume si générale, un complénient d'éducation si admis que nous avons poiii' celte session de pijntemps SOI» aspirantes iuscriles....

.M"^ DF loNTWK.N. .iH

Ma fillt' t'sl |>iirlii> lundi (Ifiiiier. .)«« ne la revcrp.ii plus qu'rii mai pour le inaiia^f* d»' sa iille Amélie. Quant à l'rarjçsfjis, qui a été passer huit jours à Londres, avant de prendre la route du département de l'Ain, c'est à peine s'il arrive chez lui hier, à Ro<?- ^ien, d'où il vous enverra vos papiers. .N'en ayez nul souci.

Adieu, chère Madame, croyez à ma tendre amitié.

/V' .1/. fiiloKiiril 1)1(1 if'snc II M"" l.i^ntHiiniiit .

ncnèvc, le 2. juin l.sT.J.

Nous me voyez, Madame, bien reconnaissant du souvenir immédiat que vous voulez bien accorder à ma lettre, .le vous réponds iiiciintiuent pour vous dire que nous ne comptons pas quitter (ienève avant le mois de juillet, époque à laquelle mes enfants et li'ur mère se rendront à la inontaorne.

M"" de Fontaues, plutôt un peu mieux, se rendra en villégiature seulement en juillet. Votre vieille amie se réjouit fort de votre visite, .l'espère bien que vous lui donnerez cette satisfaction : mais comme elle ne serait pas en état de vous donner l'hospitalité, vous permettrez à M""" Dufresne de la suppléer à cet égard, et de réclamer l'honneur de vous offrir à déjeuner le jour de votre visite à Genève. Nous demeurons fort près de .M™^ de Fontanes, ce qui rend tout facile; seulement le pauvre docteur réclame d'être prévenu, s'il se peut, quarante-huit heures à l'avance. .le désire me ménager du temps. .le compte bien que M. François sera du voyage et que je pourrai le remercier en personne du plaisir que j'ai éprouvé à lire ses derniers travaux.

Vous recevrez, Madame, (^u même temps que cette lettre, un ancien numéro du Journal dp Genève qui pourrait être de quelque intérêt pour M. de Loménie. Vous trouverez à la dernière page une notice sur des papiers provenant de la succe.ssi(ui d'un des secrétaires de Mirabeau. 11 me semble que le nouvel académicien pourrait utili.ser avec (pielque profit cette mine. .Je la crois non encore explorée par lui. Je me mets volontiers à son service pour compléter ses informations, s'il le souhaite.

Ouels événements dans notre clière France, et (pielle impressittu partout ! .Je reçois des lettres de Paris et de Versailles. (Mi est stupéfait de l'aisance avec laquelle s'opère le changement. Mais les plus satisfaits ne se font aucune illusion sur la gravité de la situation.

Le rare de l'affaire, c'est de voir eu Franc»-, pour la première fois ih'puis cent ans, un goiiverneuu'ul changer sans reviduliou. Il en est ijui voient dans ci- f.iil un iiii'-s.iyc excellent pour la lorme

ol2 DU XOlVEAi" SUR .lOUBERT.

lépublicaino. .le serais tenté d'être de cet avis. Oiiaut au dei nier discours de M. Thiers, il n'y a qu'une voix, parmi les avisés, pour l'estimer des plus remarquables. Pour moi, j'ai mis une petite part d'ég'ùïsme dans l'affaire.

Le chute de M. Thiers a provoqué la retraite de M. Lanfrey, l'ambassadeur de France à Berne. Ce dernier événement est heureux pour nos alïaires religieuses dp (lenève et du Jura. M. Lanfrry a été détestable pour nous. Mais trêve à ces récriminations, assurément inutiles. Je préfère en terminant m'associer à la satisfaction que vous inspire le mariage de votre petite-fille. Vous voulez bien, .Madame, que mes plus cordiales félicitations s'unis sent ici à riiommage dp tout mon respect?

Le plus dévoué de vos serviteurs.

D' Edouard Dufresxe.

La rente que la noble intervention de M. (iuizot lui avait obtenue du gouvernement français, Christine de Fontanes en aura bien peu profité, si même il y eut commencement de jouissance. Elle mourut, à Genève. au cours de cette même année 1873. le 1:^ novembre, âgée de soixante douze ans. Son corps repose à (lompesières. C'est là qu'elle venait depuis plusieurs années passer les mois de villégiature, dont le I)'' Diifresne pailait dans sa leltie à M"^'' Lenormanl.

Du nièiiip à la même.

Genève, le \(\ janvier IST.i.

C'est aujourd'liui. Madame, qu'a eu lieu la vente des autographes de notre vieille amie. Je ne puis vous dire encore le chiffre définitif obtenu par les enchères, mais je n'ai pas la satisfaction dr vous dire que j'ai acijuis pour vous 1p bloc Chateaui>riaud. Toutes les lettres réunies ont dépassé de cent et quelques francs la somme j que vous aviez mise à ma disposition. C'est la bibliothèque de (ÙMiève (|ui a acquis cette colleclidu curieuse et d'un véiilable intérêt littéraire. Il est assurément regrettable que ces témoins des premières pensées littéraires de l'illustre écrivain ne soient |)as en France, mais en définitive, ;i (ienève, ils seront moins «•nfouis qu'ailleurs.

J'ai mi.sé aussi la lettre dp .M"" dp lîpaumont, mais dès (ju'pIIp a PU dépassé le prix de 12 francs, j'ai lâché pipd, Va bibliothèque

M" |)K FONTANKS. ;ii;i

•Haut décidée à acquérir tout rr (]iii ((niccifi;!!! .\|. df ChaU'uu briaud.

Maintenant que ces monuments écrits sont eu lieu sûr, ils pourront être lus et consultés beaucoup plus aisément que lorsqu'ils étaient pêle-mêle au fond d'une cassette clipz la comtesse, où d'ailleurs il leur est arrivé plus d'une funeste aventure, eu particulier, celle d'être furetés par une des plus sottes et des plus indiscrètes collectionneuses qui aient jamais existé. M"* d'Angeville.

Je ne saurais dire combien de pièces elle a soustraites, mais ce n'est qu'à elle que l'on peut attribuer la soustraction de nombreuses signatures dont vous constatez le défaut dans le catalogue.

Ouant au produit précis de ces enchères, il n'aura pas été énorme, tant s'en faut. Si la vente avait eu lieu à l'aris, il eu eût été tout autrement. Mais la succession ayant été ouverte à (Jeuève, la vente devait avoir lieu à Genève.

Les lettres de Chateaubriand sont donc à la bibliothèque. Si vous désirez qu'un moment ou l'autre je vous en fasse une analyse, je me mets à votre disposition, mais pas avant que notre détestable affaire de l'église Xotre-Dame ne soit terminée. C'est le 7 février que le suffrage populaire de tous les citoyens catholiques de Genève, les bons comme les mauvais, décidera d'une question de propriété sur laquelle il n'y a pour personne aucuu doute possible. Mais les journaux vous tiendront au courant de cette affaire, dans laquelle vous ne devez voir que la plus audacieuse tentative faite par le protestantisme Genevois pour anéautir l'élément catholique que les traités de 1815 ont eu la faiblesse de lui livrer...

Portez l'hommage de muu souvenir à M"'' et à M. de Luménie. Mes enfants et leur mère (Ij s'unissent à moi pour vous envoyer, Madame, l'expression de nos sentiments les plus i)rofoudémeut dévoués.

I»' K'Iiiuaiii IMfhesnk.

Ces études sur Chateaubriand et sur Joubeit fureut la cause première et laliment varié dune correspon-

^1) i)i\ annonce la muit (teviier 1^00) de .M"-- Ed. Dulresne, née Koisset. l'endant cinquante ans, >H>^^ Uutiesne sest dépensce à Genève dans les nuvi-es de charité avec un dévouement aduiiiable. Elle est morte à fain ou elle passait l'hiver. — M. le l>' Dutrcsnc. ifiand homme de bien, est mort, lui aussi, récemment.

r,ii nr NOUVEAU SUR .lOUBERT.

daiice qui a fait pondant plus de dix ans lappui. le délassement et le bonheur de ma vie. C'est à cette source mystérieuse et spontanément ouverte que je n'ai cessé de puiser mes pièces inédites. Mon regiet est grand de n'avoir pas obtenu lautorisation de dire publiquement à qui je renouvelle ici l'expression de mon affectueuse reconnaissance. Je vais détacher de cette correspondance quelques passages, quelques lignes où peut-être seront prévenues certaines curiosités du lecteur.

A M^^^ de Fontanes sont adresssées les belles lettres de Joubert que nous avons lues. Sous couleur d'horoscope, elle y est étudiée et peinte. Mais le portrait nest que miniature. Pouvais-je ne pas éprouver le désir de la mieux connaître, cette figure idéale et fuyante? Une longue suite de jours heureux avait-elle réalisé l'avenir prédit par l'aimable philosophe? quel caractère? quel esprit ? quel cœur? quelle àme? quelles relations? quelle activité? quelles épreuves? quelle destinée? Voici la réponse à quelques-unes de mes questions :

Ce 8 août lSï<S.

.J'ai pensé à M"" Lenoruiaut. Voici le^ renseignements définitifs : « La photograpliie est malheureusement très ressemblante ; on pourrait même remonter au temps de la jeunesse sans qu'elle cessai de l'être. M"*^ de Fontanes, parfaitement distinguée, douée assurément de beaucoup d'esprit, d'une intelligence vive, d'une Ame tendre, de sentiments généreux et élevés, d'une rare bonté, a toujours été un peu engoncée, comme dans le p(»rtrait dont vous avez nue épreuve. Très romanesque dès l'extrême jeunesse, mais pure et réservée, à seize ans elle s'est éprise de l'Kmpereur Alexandre, ;i ijui elle n'a jamais parlé, et cette fantaisie a duré assez longtemps. Ksprit sagace et charmant, caractère peu pondéré, elle n'a pas su organiser sa vie, .se faire, au moins par les côtés indispen.sables, la vie de tout le iiiondf. .\prrs l.s.'{(» is;i uitTe t'tait morte dejjuis

M"'' DK KONTA.NTS. 515

<|iiel(iiif' toinps), la fointf-sse Cliristino, flinnoiriesso du rhnpitro rovjil de Sainte-Aune de Bavière, se retire à tienève, laissant sa fortune entre les mains d'un agent d'affaires qui la ruina. Ses lettres font preuve de talent, et donnent à penser qu'elle eût pu réussir dans la critique littéraire.

(( Zélie est l'enfant de pauvres gens. M"'' de Fontanes, lors d'une saison à Enghien, s'est attaché»- à eIl.^ a obtenu de l'omnienor : puis, la majorité venue, et malgré les objections de s»'s amis, elle s'est décidée à une adoption en règle déjà fort onéreuse par les formalités. Le nom de Fontanes pouvait êtrf un commenremonf di* fortune pour un garçon, mais pour une lillr !...

« La faute de Zélie a été ignorée de M"*" de Fontanes; elle racontait l'histoire d'une maladie subite chez une amie. Zélie est morte eu couches, après avoir été trompée par des promesses de mariage qu'on était bien résolu à ne pas tenir. C'est un sujet douloureux à traiter que celui d'une vie pure, mais où la raison a manqué. Voilà ma .sincère et triste impression. Croyez-vous nécessaire de la communiquer à votre ami? Si vous voulez, nous en causerons avec lui. »

— M""" Lenormanl est la personne la plus distinguée de tous points, la plus charmante qu'on puisse imaginer : elle a mis la meilleure grâce à me renseigner, et aussi à me prêter le petit dossier ci-inclus.

— Les deux lettres que M"* Lenormant vous a écrites (1 1 sont charmantes et d'une bienveillance sincère, n'en doutez pas. L'esprit est indépendant et libéral, quoi qu'on eu ait dit ; elle n'est nullement aveuglée, elle est simplement tendre et respectueuse à l'égard de magnifiques souvenirs, et pense franchement...

— J'ai été bien vite sous le charme de cette amabilité affectueuse, de cette intelligence qui échappe à la vieillesse, bienveillante, indépendante, ouverte à tout.

— Par son esprit, par .son caractère, par son cœur surtout, elle a voulu prendre, elle a pris dans ma vie, elle m'a donné dans la sienne, une bien plus grande part, une part bien autre que je n'aurais pu imaginer... Elle a plus de quatre-vingts ans: elle est infirme, immobilisée sur un fauteuil à la suite d'une fracture du fémur, remontant déjà à quelques années: le visage est plus jeune de vingt ans au moins, l'esprit, aussi libre, aussi vif, la voix aussi nette que dans la f(U'ce de l'Age, la mémoire, entière et présente, la pins sincère iiinaliilité, très entourée, très ainn-e d'amis,

(1; En 1S87, à l'occasion du livre intitiilr .17"" ih' C/iiilt'itiihri(in<f, fl\iprt''s art nirrnoirrft rt fin corri'ftpimihinro.

d'amies, qui datent de toutes les époques de sa vie : j'ajoute la plusî rare bienveillance. Vous êtes impatiemment attendu...

— Ne pourriez-vous venir nous voir en hâte quelques jours? M™' Lenormant, pour qui il est très pénible d'écrire, qui réellement n'écrit plus, dit que, s'il le faut, elle s'exécutera pour vous décider... Elle désire vous donner un témoig-nage de ses seMitiments tout sympathiques: elle me charge dp vous adresser un exemplaire d»^ son ChateaHhriand, avec quelques mots de sa main...

— Je suis chargé de vous envoyer le paquet des lettres qui vous avait déjà été communiqué. Vous êtes autorisé à publier comme vous l'entendrez. Elle s'en rapporte à votre tact et à votre goût pour les restrictions, s'il y a lieu. Ce « s'il y a lieu », est bien sincère; car M"' Lenormant dit avoir oublié les détails, et n'a pas relu.

— M""" Lenormant est très souffrante, très menacée même, depuis bien des jours (février 1893). Le confesseur de M"»* Lenormant est un abbé Séguin. J'ai appris, il y a peu de temps, que cet abbé Séguin est petit-neveu de celui qui a ordonné à Chateaubriand d'écrire la vie de Rancé (1).

M"' Lenormant a bien voulu le questionner et avec insistance. Il avait promis de chercher dans ses souvenirs et dans ses papiers; flnalement tout se borne à une brochure que je vous expédie...

— M"* Lenormant s'affaiblit bien rapidtMiient et se plaint si je n'y vais pas tous les jours...

— M"* Lenormant ne pense presque plus, mais ses terribles douleurs ne ce.ssent pas un instant...

— .M"" Lenormant est morte ce matin il" juillet 18931 : eMe a souffert cruellement, sans trêve, jusqu'à la dernière minute.

(1, C'est pour obéir aux ordres du directeur de ma vie. que j'ai ('■■•rit l'histoire de l'abbé de Rancé. L'abbé Séguin me parlait souvent de ce travail. (Préface de la Vie '/<' Tianci^ .)

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