LE C0URE8I^0\DA\T
Parents du moraliste par lalliance, ils apparaissent, en vertu des dons les meilleurs, comme des fils de son génie.
Gela dit très haut et sans réserve ni sous-entendu d'aucune sorte, se pose de nouveau la question des responsabilités. Que le lecteur juge si les hypothèses suivantes lui semblent plausibles.
M^ie (Je Fontanes avait trente-huit ans au plus, lorsque furent ouvertes les caisses où gisaient les papiers de son père. Il s'agissait d'éditer les œuvres de l'éloquent orateur, du fin critique, de l'harmonieux poète. Peu au courant des pratiques littéraires, yV^^ de Fontanes ne pouvait se passer des conseils d'un expert, rompu aux choses du métier. M. Roger, de l'Académie française, s'offrit, empressé, et fut agréé. Il devait beaucoup à la protection de M. de Fontanes. Sainte- Beuve, sur qui porta tout le soin de l'édition, eut à subir l'ingérence perpétuelle de M. Roger.
Il l'avoue à mots couverts dans deux lettres datées de l'année même où furent publiées les Œuvres de Fontanes.
Voici ces lettres. Je les crois inédites :
(( A Monsieur Hachette.
(( Ce 18 juillet « Monsieur,
(( Je puis enfin vous écrire une réponse que j'aurais donnée bien plus tôt si elle n'avait dépendu que de moi. Mais il y avait plusieurs personnes à consulter ; j'ai du moi-même aller en causer avec M. de Chateaubriand avant son départ. M"^*^ de Fontanes a désiré avoir Tas-
sentiment de quelques anciens amis de son père, M. de Langeac, et M. Roger qu'il a fallu attendre, car il était à la campagne. Je reçois à l'instant même la réponse de ^jme de Fontanes qui me donne pouvoir de conclure avec vous dans les termes de notre conversation. J'irai demain vers onze heures en causer avec vous et terminer, j'espère, ce qui l'eût été le jour même de notre premier entretien s'il n'y avait eu qu'un avis.
(( Recevez, Monsieur, l'expression de mes sentiments particuliers. Sainte-Beuve (1). »
(( -4 Monsieur A. de La Tour.
(( Au château des Tuileries (i838) {'2\.
« Cher poète, u Remerciez hien Monsieur votre père de son aimable attention. Voici mon explication et mon excuse. D'abord, je ne suis pas éditeur de Fontanes. c'est-àdire que je n'ai pas été le maître d'y faire ou de n'y pas faire : l'admission, la suppression de certains morceaux a été décidée par d'autres que par moi; seulement, sur ces premières décisions, j'ai servi l'édition et y ai aidé de mon mieux. Quant au cas particulier, nous connaissions bien la première version des Stances, mais M. de Chateaubriand tout le premier a pensé (|ue les deux dernières rétrécissaient l'effet; moi-même je l'ai cru. M. de Fontanes, à coup sur, les eût supprimées s'il eût publié lui mémo ses œuvres ; et dans les copies manus crites qu'il a fait faire, elles ne se trouvent pas. Molli ) Orifriiial anlofriaiilic (2) La fl;il<' \\'i->\ maiMjiR'e (|iif il.uis !,• limln.' i|,- |;i [loslr
LE CORRESPONDANT. 3îï
même, je l'avoue, je pense que l'effet de la pièce est mieux sans cette fin trop appropriée; la pièce me paraît moins tronquée par là qu'un peu indéfinie à la manière antique. Ce qui n'empêche pas que lorsqu'on a connu la pièce dans le premier état, on puisse la regretter.
(( Mais, encore une fois, pour ma décharge, je n'ai pas été le maîlre. Notre D^" Reuchlin, que j'ai vu hier, me disait qu'il vous avait parlé de Nords-Strand [?], •et que vous y aviez pris. Oh ! faites donc cela. Il y a un roman allemand là-dessus intitulé : Die Hallig, par Biernatyky [?] ; il vous dira comment l'avoir; vous vous le feriez traduire, et. avec les pages que lui-même a données sur Nords Strand dans son premier volume, vous auriez tous les éléments d'une jolie monographie et d'une histoire suivie de cet îlot, de ce Sainte-Marie du jansénisme. Tout le monde en petit est là : luttes, oppressions, persécutions, taquineries, et aussi la vertu, j'espère.
(( J'attends comme vous Pâques de notre Marmier.
(( A vous de tout cœur. Sainte-Beuve (1). »
Ce n'est plus dans un écrit confidentiel, et avec une modération charmante, que Sainte Beuve se plaint de n'avoir pas été le maître. C'est dans une note de Chateaubriand et son groupe; il nomme <( les autres » qiii décidaient, et il parle d'eux, surtout de celui qui fut le vrai maître, avec une vivacité pleine d'amertUme :
(( On lisait dans les premières versions (Le Tas>ie errant (le ville en fille) les deux stances finales, où il était fait
(1) Orig-inal autogrraphe.
allusion à rinstitution des Prix décennaux que lEmpereur venait de proposer... J'aurais indiqué ces variantes dans l'édition de Fontanes que j'ai donnée en 1839, mais j'y étais gêné par les scrupules royalistes de la fille de l'auteur et par l'espèce de suneUlant chicaneur quelle nous avait imposé, M. Roger. J'ai dû accepter ces entraves et subir ces ennuis par amour et respect pour la mémoire de Fontanes. Les procédés ultérieurs de la comtesse Christine de Fontanes à mon égard m'ayant dégagé, je dis ce qui est vrai. »
Quels procédés de la comtesse Christine de Fontanes ?
Le 17 avril 1854, le Moniteur contenait un article — presque pieux — de Sainte Beuve, intitulé Chateaubriand : anniversaire du a Génie du Christianisine ». Le sens et le but de l'article sont très bien indiqués par le critique dans les lignes suivantes ; nous y trouverons aussi les éléments d'une réponse au point d'interrogation qui précède.
(( La sincérité de l'émotion dans laquelle Chateaubriand conçut la première idée du Génie du Christianisme est démontrée par la lettre suivante écrite à Fontanes, lettre que j'ai trouvée autrefois dans les papiers de celui ci ; dont M"i^ la comtesse Christine de Fontanes, fille du poète, possède l'original, et qui, n'étant destinée qu'à la seule amitié, on dit plus long que toutes les phiases écrites ensuite en présence et en vue du public. On me permettra de la donner ici tout entière: c'est un titre essentiel; c'est la seule réponse victorieuse qui se puisse opposer aux notes marginales qu'on invoque, et dont j'ai cité quelques unes, du fameux exemplaire do VKssai. Confidence in
LK en H H KS FONDANT. ;i
lime contre confidence ; et, à quelques mois de date, un cœur qui se retourne et qui se réfute éloquemment avec sanglots. »
Si démonstrative que fût cette lettre, et ce n'est pas exagérer que de la dire a victorieuse », il reste que la fille de Fontanes n'avait pas été consultée sur l'oppor tunité de la publication : peut être parce qu'on supposait qu'elle ne l'autoriserait pas, peut-être même parce que l'autorisation avait été refusée quand on préparait V édition filiale. Or, nous l'avons vu, les papiers de Fontanes n'avaient été mis aux mains de Sainte-Beuve qu'avec des réserves formelles. D'autres que lui déci daient. Le temps écoulé depuis 1839 n'avait pu lui créer des droits en opposition avec la volonté de l'unique héritière. M^^'- de Fontanes protesta publiquement contre l'abus de confiance. Sainte-Beuve devait des excuses à M^^^ de Fontanes et des explications au public : il s'exécuta de bonne grâce dans une note, mise après coup, au bas de l'article :
(( On me dit que M™^ la comtesse de Fontanes, qui depuis plusieurs années vit hors de France, a réclamé dans un journal contre la publication de la lettre si honorable pour son père et, je dirai, si utile à la mémoire de M. de Chateaubriand. D'anciennes relations avec Mn^e de Fontanes, à l'occasion des œuvres de son père dont j'ai été l'éditeur empressé et tout volontaire, m'avaient fait compter avec trop de confiance, je le vois, sur une adhésion de sa part que je suis désolé et peiné de n'avoir pas obtenue. ))
Cela se lit sous la date de 1854. Sur les a procédés ultérieurs » de W^'^ de Fontanes à l'égard de Sainte-
Beuve, cest tout ce que nous savons, et je prouverai que c'est tout. Le mot est donc exagéré, injuste. Il irait à intervertir les rôles et à fausser les situations. Que de notes de ce genre — de fausses notes — dans Chateaubriand et son groupe. Ce livre parut en lSo9. A qui voudrait se rendre compte, cette date, qui fut celle des grandes faveurs impériales départies à Sainte- Beuve, expliquerait bien des choses (1). Donc, en 1839, l'arbitre suprême dans l'adoption ou le rejet des pièces, c'était M. Boger.
Les lettres de Joubert à Fontanes, trouvées par Sainte-Beuve dans les papiers de ce dernier, et signalées par lui comme très dignes d'entrer dans une réimpression de Joubert, furent transcrites alors, en vue de l'édition prochaine ; or le conseiller, l'arbitre, le maître, l'homme aux a entraves », aux coupures, aux mots supprimés, déplacés, substitués, ce fut encore M. Boger. Sainte-Beuve devait être un peu suspect à titre de romantique et de libéral. M. Roger, au contraire, était le type du royaliste ardent et le modèle du classique endurci (2). Détail à noter : M. de Baynal s'occupait déjà
(1) « ... La dignité de sénateur (puisque dignité il y a) n'est qu'un accident, accident très noble et très utile, très essentiel au inonipnt où cela est venu {car j'étais à bout), mais enfin quelque chose qui n'atteint en rien le principe et le nerf vital. » Lettre de Sainte-Beuve, du fi janvier 1860.
(2i « Voir ses œuvres diverses publiées en 18,35 par Charles Nodier. Ses comédies sont un peu vieillotes, même l'Àcocat, son chef-d'œuvre ; mais chacune d'elles est précédée d'une Préface et ces préfaces sont cliarmantes ; elles renferment un grand nombre de curieuses anecdotes spirituellement contées. Au tome second .se trouve sa réponse au discours de réception de Villemain, le 28 juin J82I, Il y a là, sur Fontanes, des pages excellentes, et on s'expliqu»' très bion, après lesavoir lues, t\\\o Christine de Fontanes
de la deuxième édition de Joiibert. Elle parut en 1842, augmentée des lettres signalées par Sainte-Beuve.
Sur les conseils et d'après les indications de M. Roger, Ari'^de Fontanes n'aura autorisé quune publication partielle de la correspondance adressée à son père, et les copies en auront été faites à la suite du premier article de Sainte-Beuve sur Joubert. L'article était daté de 1839, comme la première édition des œuvres du poète, et il y était question des lettres de Joubert à Fontanes. M^^^ de Fontanes retenant par devers elle les originaux (elle les garda pieusement jusqu'à sa mort), M. de Raynal était dans l'impossibilité de contrôler l'exactitude des copies ; il n'avait rien de mieux à faire que de les imprimer telles quelles.
Et quant aux scrupules, « non royalistes » dans le cas, mais strictement personnels, qui portèrent M^ie de Fontanes à refuser la publication des lettres que Joubert lui avait écrites, ils se comprennent très bien et sont autrement excusables que les altérations et coupures de l'académicien Roger. « Espèce de surveillant chicaneur ! »
Plusieurs lettres de ce dernier à W^^ de Fontanes seront données dans l'appendice, avec d'autres pièces inédites concernant le groupe, et signées Sainte- Beuve, Villemain, Laborie, Lenormant. Il me semble qu'elles sont des plus intéressantes.
lui ent donné tonte sa confiance. )) Je détache cette note d'une lettre que M. Edmond Biré m'écrivait le 5 février 1895.
Indifférents peut-être en d'autres œuvres, le déplacement, le remplacement ou la suppression des plus petits mots se trouvent avoir, dans le texte de Joubert, une importance très appréciable, et fort originale.
La raison que j'en vais alléguer dépasse la portée d'un simple argument ; la preuve n'est que Taccessoire. A l'aide de sa correspondance, il s'agit d'éclairer d'un jour nouveau l'œuvre.^de Joubert, de dévoiler un des secrets de son art, et jusqu'au mécanisme de sa pensée.
On se récrie : — Du nouveau sur un auteur étudié par les critiques les plus pénétrants, à commencer par le plus pénétrant de tous, Sainte-Beuve ! — Dans un livre qui compte un demi-siècle de succès ! — Après tant de lecteurs délicats et charmés ! Vous venez trop tard, et si vous aimez Joubert, sachez l'aimer en silence. Ainsi votre admiration ne sera compromettante ni pour lui ni pour vous!
Préjugé trop naturel, et qui ne laisse pas de m'intimider à certains moments ! Si je pouvais confier mes notes à un critique de profession, qui s'en emparât, comme de sa chose, les remaniât à son gré. et leur donnât la valeur de son nom et la sanction de son art!
Fort heureusement, Joubert lui-même se mettra de la partie. Comme il s'est beaucoup étudié, écouté, analysé, décrit, raconté, les traits qui reviennent à mon idée lui seront empruntées. Il sullira de les dis
poser clans l'ordre voulu. Je prendrai la parole le moins possible, uniquement pour indiquer d'un mot les points acquis et la marche en avant, non la marcne en ligne droite inflexible, mais avec quelques courbes, détours et retours. A la ligne droite des modernes argumentateurs, Joubert préférait ce qu'il appelait des (■irntits platoniciens.
On lit dans le chapitre du Style : « Il est des écrits et des sortes de styles où les mots sont placés pour être comptés. )) — (( Les meilleurs temps littéraires ont toujours été ceux où les auteurs ont pesé et compté leurs mots (1). — u II faut aux phrases leur nombre, leur mesure et leur poids. )) Joubert doit être rangé parmi ces auteurs, et sa place est au premier rang. Il comptait ses mots et les pesait ; il mesurait ses phrases. Prenez l'affirmation au pied de la lettre, dans toute la rigueur des termes.
Pourquoi ces soins extrêmes ?
C'est, d'abord, parce que Joubert aimait « le style concis )), et ce style, il l'aimait u parce qu'il appartient à la réflexion ». — (( On moule ce qu'on dit quand on l'a pensé fortement. )) — « Quelques mots dignes de mémoire peuvent suffire pour illustrer un grand esprit. Il y a telle pensée qui contient l'essence d'un livre tout entier ; telle phrase qui a les beautés d'un vaste ouvrage ; telle unité qui équivaut à un nombre ;
(1) (( Le style de Tacite, quoique inoius beau, moins riche en couleurs agréables et tournures variées, est pourtant plus parfait peut-être que celui de Cicéron même ; car tous les mots en sont soignés, et ont leur poids, leur mesure, leur nombre e.rart ; or la perfection suprême réside dans un ensemble et dans des éléments parfaits. »
4(1 DU XOrVEAU SUR .lOUBERT.
enfin telle simplicité, si achevée et si parfaite, qu'elle égale, en mérite et en excellence, une grande et glorieuse composition. )> — « Le sage ne compose point. Entre ses idées, il en admet peu ; il choisit les plus importantes, les livre telles quelles sont, et ne perd point son temps aux déductions. )) — a Pascal, La Bruyère, Yauvenargues et La Rochefoucauld, Boileau. Racine et La Fontaine, n'occupent que peu de place et ils font les délices des délicats. Les très bons écrivains écrivent peu, parce qu'il leur faut beaucoup de temps pour réduire en beauté leur abondance ou leur richesse. »
C'est aussi, et plus encore, parce que le genre de ses écrits le conduisait à procéder par oppositions et par symétries : (( Les oppositions et les symétries doivent être extrêmement marquées dans toutes les choses solides, comme dans l'architecture, et dans les pensées très décidées, comme les maximes. » — u Dans une œuvre de l'art, quelle qu'elle soit, la symétrie apparente ou cachée est le fondement visible ou secret du plaisir que nous éprouvons. Tout ce qui est composé a besoin de quelque répétition dans ses parties, pour être bien compris, bien retenu par la mémoire, et pour nous paraître un tout. Dans toute symétrie, il y a un milieu ; or, tout milieu est le nœud d'une répétition, c'est àdire de deux extrémités semblables. »
De la symétrie au syllabisme, forme première do noire vieille poésie, il n'y a qu'un pas. Joubert le fit après mûre réflexion. Voici quels étaient ses motifs et ses moyens, son espoir et son but. Quand il établissait ce ([uo j'appellerais sa théorie, il ne faisait pas de la théorie abstraite, de la théorie en l'air; il s'interro
LE CORRESPONDANT. iT
{^eait. s'étudiait et s'analysait lui-même : « Comme il y a des vers qui se rap.prochent de la prose, il y a une prose qui peut se rapprocher des vers. Presque tout ce ([ui exprime un sentiment ou une opinion décidée a quelque chose de métrique et de mesuré. Ce genre ne tient pas à l'art, mais à l'influence, à la domination du caractère sur le talent. )) — a Quand la pensée fait le mètre, il faut le laisser subsister, et il y a quelquefois, dans tel écrivain, des phrases qui ne sont insupportables que parce que sa pensée faisant le mètre, sa diction ne le fait pas. » — (( Il faut que la phrase soit semblable à la pensée, c'est-à-dire qu'elle n'en excède pas les dimensions, qu'elle n'en altère point la forme, qu'enfin elle ne reste en deçà et n'aille au delà d'aucun de ses termes. C'est la rondeur du sens, dans les mots et dans les incises, qui fait le vers de la pensée. Cette rondeur s'acquiert quand les pensées et les mots ont longtemps roulé dans la mémoire. » — « x\chever sa pensée ! cela est long, cela est rare, cela cause un plaisir extrême ; car les pensées achevées entrent aisément dans les esprits... ; etc. »
Est-il vrai qu'il s'analysait en parlant ainsi ? Poète, qu'il s'interrogeait ; philosophe, qu'il se regardait et tirait de lui-même, de son (( caractère », de son procédé personnel, de ses habitudes intellectuelles, cette théorie, nettement formulée et motivée, sur la formation et la forme des maximes, sur la ditliculté du genre et le bonheur d'y réussir ?
Revenons aux pages préliminaires, et recueillons en passant cette maxime aimable sur l'attention : a Le soin de bien dire la vérité et d'apprivoiser l'attention, est un devoir, une fonction du sage et une marque de
48 Dr NOrVKAl SUR .TOrBERT.
sa bonté. )> Et cette autre sur l'attention et la mémoire réunies : a II faut que les mots se détachent bien du papier, c'est-à-dire qu'ils s'attachent facilement à l'attention, à la mémoire ; qu'ils soient commodes à citer et à déplacer. »
Comment ne pas remarquer dans a F auteur peint par lui-même », cette déclaration formelle : « L'attention est soutenue, dans les vers, par l'amusement de l'oreille. La prose n'a pas ce secours ; pourrait-elle l'avoir ? J'essaye, mais je crois que non. ))
Essai tenté de bonne heure, dès le temps de Iheu reuse et poétique jeunesse. Au début, peut-être doutait-il, en inclinant vers la négative. Petit à petit, et la pratique des Maximes aidant, il s'était pris à croire que oui. Témoin toute son œuvre, œuvre de toute sa vie. Avant qu'il eût quarante ans, c'était habitude prise et raisonnée ; car il y trouvait des avantages pour l'expression adéquate et parfaite de ses chères Maximes. Ces avantages, il les indique avec un incomparable bonheur d'expression : « Les plus beaux sons, les plus beaux mots, — sont absolus, et ont entre eux — des intervalles naturels — qu'il faut observer en les prononçant. — Quand on les presse et qu'on les joint, — on les rend semblables — à ces globules diaphanes — qui s'aplatissent, aussitôt qu'ils se touchent. — perdent leur transparence — en se collant les uns aux autres, — et ne forment plus qu'un corps pâteux, — quand ils sont ainsi réduits en masse. » — (( Il faut se faire de l'espace — pour déployer ses ailes. — Si l'incohérence est monstrueuse, — une cohésion trop stricte — détruit toute majesté dans les beaux ouvrages. — Je voudrais que les pensées — se succédassent dans un livre. —
LK CORHESFONDA.NT. W
comme les astres dans le ciel, — avec ordre, avec harmonie, — mais à Taise et à intervalles, — sans se toucher, sans se confondre, — et non pourtant sans se suivre, — s'accorder et s'assortir. — Je voudrais enfin quelles roulassent — sans se tenir, — en sorte quelles pussent subsister — indépendantes, — comme des perles défilées. »
Ces intervalles naturels, il les voulait pour ses pen sées, beaux sons et beaux mots tout à la fois. Le rythme les lui assurait.
L'espoir caressé, le triomphe idéal, Joubert les indique, non sans une noble fierté, et avec une souveraine énergie : « Je voudrais monnayer la sagesse, c'est-à-dire la frapper en maximes, en proverbes, en sentences, faciles à retenir et à transmettre. Que ne puis-je décrier et bannir du langage des hommes, comme une monnaie altérée, les mots dont ils abusent et qui les trompent ! » — « Si les maximes et les lois offrent une sorte de mesure, c'est que la mémoire aime les cadences, et que le souvenir se plaît aux symétries. » — (( Ce n'est pas tant le son que le sens des mots qui tient si souvent en suspens la plume des bons écri vains. Bien choisis, les mots sont des abrégés de phrases. Uhabile écrivain s'attache à ceux qui sont amis de la mémoire, et rejette ceux qui ne le sont pas. D'autres mettent leurs soins à écrire de telle sorte qu'on puisse les lire sans obstacle, et qu'on ne puisse en aucune manière se souvenir de ce qu'ils ont dit : ils sont prudents. Les périodes de certains auteurs sont propres et commodes à ce dessein. Elles amusent la voix, l'oreille, l'attention même, et ne laissent rien après elles. Elles passent, comme le son qui sort d'un papier feuilleté. »
ou DU NOrVEAU SIK .lOUBEKT.
— (i Une maxime est lexpression exacte et nuble d une vérité importante et incontestable, if.s bonnes maximes sont les germes de tout bien ; fortement imprimées dans la mémoire, elles nourrissent la volonté. — (( L'évidence a quelque chose de poétique, car elle descend des régions de la lumière. Son langage ne doit-il pas s'en ressentir ? »
Pourquoi, lui, moraliste et philosophe, tient-il donc en si haute estime la poésie et les poètes ? Et quelle est la poésie qu'il aime ? La poésie qu'il aime pardessus tout, c'est la poésie immatérielle et céleste : (( La poésie à laquelle Socrate disait que les dieux l'avaient averti de s'appliquer, c'est la poésie de Platon, et non pas celle d'Homère, la poésie immatérielle et céleste, dont l'àme est ravie, et qui tient les sens assoupis. » — a Les autres écrivains placent leurs pensées devant notre attention; les poètes gravent les leurs dans notre souvenir. Ils ont un langage souverainement ami de la mémoire, moins encore par son mécanisme que par sa spiritualité. » — « C'est surtout dans la spiritualité des idées que consiste la poésie. )) — « Chaque parole du poète rend un son tellement clair et présente un sens tellement net, que l'attention qui s'y arrête avec charme peut aussi s'en détacher avec facilité potlr passer aux paroles qui suivent et où l'atlend un autre plaisir, la surprise de voir tout à coup des mots vulgaires devenus beaux, des mots usés rendus à leur fraîcheur première, des mots obscurs couverts de clartés. » — (( Voulez-vous connaître le mécanisme de la pensée et ses effets ? Lisez les poètes. Voulez-vous connaître la morale, la politique ? Lisez les poètes. Ce qui vous plaît chez eux.
LK COHKESPONDANÏ. ril
approt'ondissez-le: c'est le vrai. llsdoiveiU être la grande étude du philosophe qui veut connaître l'homme. » — (( Les poètes ont cent fois plus de bon sens que les philosophes. En cherchant le beau, ils rencontrent plus de vérités que les philosophes n'en trouvent en cherchant le vrai. » — u Les mots des poètes conservent du sens, même lorsqu'ils sont détachés des autres, et plaisent isolés comme de beaux sons. On dirait des paroles lumineuses, de l'or, des perles, des diamants et des fleurs. » — « Il faut que les mots, pour être poétiques, soient chauds du souffle de l'âme ou humides de son haleine. »
Poète, ne l'est-il pas quand il parle ainsi des poètes ?
0 moraliste ! 0 philosophe ! vous parlez encore de vous-même, et toujours avec une parfaite bonne grâce. En préférant le poète au philosophe, vous ne vous sacrifiez nullement au premier. Vous êtes l'un et l'autre, et le prouvez du même coup. Le poète en vous va de pair avec le philosophe, ou plutôt il ne se sépare pas, ne se distingue pas de lui ; il ne fait qu'un avec lui.
J'ai lu dans Montaigne (( Platon est tout poétique ; et la vieille théologie est toute poésie, disent les sçavants; et la première philosophie, c'est l'original langage des dieux ».
L'enthousiasme règne d'un bout à l'autre dans les maximes de Joubert, l'enthousiasme qui produit les beaux ouvrages : (cEn poésie, en éloquence, en musique, en peinture, en sculpture, en raisonnement même, rien n'est beau que ce qui sort de l'âme ou des entrailles. Les entrailles, après l'âme, c'est ce qu'il y a en nous de
Wl ni NOUVEAU SUK .lOUBEHÏ.
plus intime. » — u II ne suffit pas d'être clair et d'être entendu ; il faut plaire, il faut séduire, et mettre des illusions dans tous les yeux ; j'entends de ces illusions qui éclairent, et non de celles qui trompent, en dénaturant les objets. Or, pour plaire et pour charmer, ce n'est pas assez qu'il y ait de la vérité ; il faut encore qu'il y ait de l'homme ; il faut que la pensée et l'émotion propres de celui qui parle se fassent sentir. C'est l'humaine chaleur et presque l'humaine substance qui prête, à tout, cet agrément qui nous enchante. » — (( L'enthousiasme est toujours calme, toujours lent, et reste intime. L'explosion n'est point l'enthousiasme, et n'est point causée par lui : elle vient d'un état plus violent. Il ne faut pas non plus confondre l'enthousiasme avec la verve; elle remue, et il émeut; elle est, après lui, ce qu'il y a de meilleur pour l'inspiration. » — (( Il faut de l'enthousiasme dans la voix pour être une grande cantatrice; dans la couleur, pour être un grand peintre ; dans les sons, pour être un grand musicien, et dans les mots, pour être un grand écrivain. Mais il faut que cet enthousiasme soit caché et presque insensible : c'est lui qui fait ce qu'on appelle le charme. »
Moraliste, philosophe et poète, est-ce possible ? Et la poésie n'est-elle pas incompatible avecj( Ynmbition ») qui possède Joubert, «de mettre l(tut un livre dans une page, toute une page dans une i)hrase, et cette phrase dans un mot ? » Oui certes, incompatible. Et Dieu merci! Car c'est une ambilion a maudite >•. Le mot est de Joubert.
La symétrie, le syllabisnie, le lyllimeunt des exigences contraires ; ils lui rendront un peu de large, et ils
l'affranchiront de la concision outrée à laquelle il est trop enclin. Il a dit excellemment : « Que le mot n'étreigne pas trop la pensée ; qu'il soit pour elle un corps qui ne la serre pas. Rien de trop juste ! Grande règle pour la grâce, dans les ouvrages et dans les mœurs. » — a II y a dans l'art d'écrire des habitudes du cerveau, comme il y a des habitudes de la main dans l'art de peindre ; l'important est d'en avoir de bonnes. Un esprit trop tendu, un doigt trop contracté, nuisent à la facilité, à la grâce, à la beauté. » — « Tout son dans la musique doit avoir un écho. Toute figure doit avoir un ciel dans la peinture. Et nous qui chantons avec des pensées, et qui peignons avec des paroles, nous devrions aussi, dans nos écrits, donner à chaque mot et à chaque parole leur horizon et leur écho. » Écho n'est pas ici l'équivalent de rime. Joubert n'adopte du vers que la mesure et le chant. On sait pourquoi. Peut-être, et je le crois, trouverait-on également, dans les Maximes, d'agréables effets d'assonances : encore le chant de la poésie primitive. Mais « ce raffinement étrange et bizarre qui s'appelle la rime » et fit dévier notre poésie au xi^* siècle, Joubert repousse « ce procédé de rhéteur » (1). A la poésie, Joubert
(1) Voyez, dans le beau livre de Léon Gautier, les Epopées françaises iseconde édition, Paris, Victor Palmé, 1878), les chapitres vil et viu, t. I, pp. 281-371 : De la versification des chansons de geste, et, à ce propos^ de la versification française et de ses origines, et la très intéressante et non moins instructive Note sur la versification rythmique en général et sur celle des chansons de geste en particulier (t. I, pp. 281-291V — Depuis quelques années, des savants, MM. Louis Havet, .lulien Havet, W. Meyer, Noël Valsois, les R. P. Edmond Boiivy, Bainvel, dom Moquereau, dom Grospellier, les abbés Couture et Duchesne, Mgr Bellet, ont parfaitement établi qut> les grands
o4 DU NOUVEAU SUR JOUBERT.
demandait du large, du jeu; « en tout, il me faut quelque jeu », et ce n'était pas pour retomber sous le joug d'une pire servitude. Le rythme, oui. La rime, non. Il avait cultivé l'un et l'autre dans sa jeunesse. Gardant le rythme, il avait rejeté la rime.
Le vers qu'il emploie de préférence, sans exclusion systématique, est l'octosyllabe ; parce que ce vers, tout en flattant l'oreille, convient, par sa vivacité et sa rapidité, soit à la (( concision ornée » du maximiste, soit à la grâce légère de l'épistolier. « Il régnait en maître dans nos chants populaires» les plus anciens, (dl est dérivé du plus ancien vers et du plus usuel de notre liturgie », (( du vers le plus profondément populaire » (1), l'iambique dimètre. Que de titres cà la prédilection de Joubert! — Le reproche qu'on pourrait faire à ce mètre, ce serait de devenir cà la longue' monotone. Aussi Joubert en emploie-t-il d'autres. La lyre antique avait plus d'une corde. Celle d'Orphée le charmeur, et qui fut la première, n'en comptait pas plus de cinq. C'était celle de Joubert. Écoutons-le : (( Ignorants qui ne connaissez — que vos clavecins et vos orgues, — et pour qui — les applaudissements sont nécessaires, — comme un accompagnement sans lequel — vos accords seraient incomplets, — je ne puis pas vous imiter. — Je joue de la lyre antique, — non de celle de Timothée, — mais de la lyre à trois ou cinq cordes, — de la lyre d'Orphée, — cette lyre qui cause autant de
auteurs latins, comme Cicéron et Pline, employaient une prose savante, où toutes les fins de phrase et mAme les fins des membres de phrase sont rythmées d'après différentes mesures dont on a fait le relevé et le classement.
(1) Li'on (inutior. p. IJOi.
LE CORRESPONDANT. ori
plaisir — à celui qui la tient qu'à ceux qui le regardent ; — car il est contenu dans son air. — il est forcé à s'écouter, — il s'entend, il se juge, — il se charme lui-même. »
Par son genre de poésie, Joubert se rapproche donc le plus possible de la simplicité antique. « Par les tournures de son style, il ressemble aux- anciens sages plus encore qu'aux poètes anciens (l). Ses vers sont de plusieurs mesures, mêlés et sans rime ; Télision n'y est pas observée. A l'exemple de ses devanciers, les vieux poètes nationaux, Joubert n'en a cure, non plus que de l'hiatus, — lequel, a à cause du chant, n'avait rien de blessant pour l'oreille (2) » ; car toute poésie primitive a été chantée. — On n'a pas oublié le mot de Joubert : « Nous qui chantons nos pensées », auquel ces autres répondent : « Les uns déclament leurs pensées, d'autres se les récitent et d'autres se les chantent. Quelques-uns ne font que se les raconter, se les lire ou se les parler. » — « Naturellement l'àme se chante à elle-même tout ce qu'il y a de beau ou tout ce qui lui semble tel. Elle ne le chante pas toujours avec des vers ou des paroles mesurées, mais avec des expressions et des images où il y a un certain sens, un certain sentiment, une certaine forme et une certaine
(1) On peut lui appliquer ce qu'il disait du Tasse : a Le Tasse était sur son art un penseur profond, et ce serait un service à rendre aux Lettres que d'examiner ses ouvrages eu prose et ses principes littéraires. Ce caractère de penseur an surplus se montre même dans ses vers; ils ont la forme qui conviendrait ([ des sentences. Le poète, par les tournures de son style, ne ressemble pas aux poètes anciens, mais il ressemble aux tut ci en s sages. »
i2 Léon Gautier.
;•)(; 1)1 NorvEAi srn .ioubekt.
couleur qui ont une harmonie lune avec l'autre, et chacune en soi. Quand il arrive à Tàme de procéder ainsi, on sent que les fibres se montent et se mettent toutes d'accord. Elles résonnent d'elles-mêmes et malgré l'auteur, dont tout le travail consiste alors à s'écouter, à remonter la corde qu'il entend se relâcher, et à détendre celle qui prend des sons trop hauts, comme sont contraints de le faire ceux qui ont l'oreille délicate, quand ils jouent de quelque harpe. Ceux qui ont produit quelque pièce de ce genre m'entendront bien et avoueront que, pour écrire ou composer ainsi, il faut faire de soi d'abord, ou devenir à chaque ouvrage, un instrument organisé. »
Quelles lois présidèrent à ses combinaisons syllabiques et au mélange des diverses mesures dans un seul et même morceau ? Ou même obéissait-il à des lois fixes ? Ou encore, n'a-t il pas intercalé, au milieu de ses vers, des phrases qui ne font pas le mètre ?
Il faut laisser la réponse à de plus compétents. Mais si je n'ose formuler ces lois, je garderai moins de réserve en ce qui concerne la raison du mélange ; c'est que je la tiens de Joubert : « Au plaisir de la suspension, peut se comparer celui de l'attente trompée, mais trompée agréablement. Cette espèce de jeu est ordinairement traduite par des symétries brisées ou des pentes rompues, comme on peut l'observer dans quelques aiis champêtres et dans le style de Fénelon ; pratique qui donne au chant une apparence na'ive, et au style de la douceur. » — « Mêlez, pour bien écrire, — les meta phores trop vives — à des métaphores éteintes, — et les symétries marquées — à des symétries effacées. » Au point de vue des règles à découvrir, la Corres-
LE CORHESPUNDANT. nl
pondance ne serait pas plus à négliger que les Pensées. Les lettres ont même sur celles-ci lavantage très précieux de fournir des dates. Le difficile est darriver à un résultat définitif en travaillant sur des pièces syllabiquement altérées. Pièces autographes en main, je puis affirmer deux choses : l'une, que la transcription n'en a pas été faite pour les Œuvres avec une fidélité assez scrupuleuse ; Tau Ire, que la pensée de Joubert « faisait le mètre » dès l'année 1794, et que le mètre se retrouve dans les lettres de ses dernières années, adressées à M'^^ de Fontanes. Toutefois il est manifeste que les questions d'ordre purement matériel étaient traitées , non en phrases métriques, mais en simple prose, comme on va le constater au post-scriptum de la lettre à Mf"^ de Fontanes, et comme on le peut voir en divers passages des lettres qui précèdent.
Voici deux lettres de cette époque : je les transcris des originaux. Quant au devoir rigoureux d'une transcription mot à mot, syllabique. il n'a plus besoin d'être démontré : il ne me reste qu'à m'y conformer avec scrupule :
(( Au bon Parent (1),
(( Citoyen, vous avez de làge. — Vous avez vu beaucoup d'années. — Vous perdîtes beaucoup d'amis.
« Je n'oserais être le vôtre ; — trop de respect me l'interdit. — Mais j'aurai bientôt quarante ans, — et j'ai le droit de vous chérir.
(( Si vous devenez mon voisin. — il y aura près de
(1) Une main de femme (ce n'est pas l'écriture de M"' de Fontanes) a t^crit au bas de cette susciiption : a M. l'abbé de Vytii fsic oncle de iM""^ de Fontanes. »
VOUS un homme — que flattera votre commerce. — qu'occupera votre repos.
(( Jai désiré de vous le dire. Puissiez-vous aimera rapprendre. J.
(( 3 f" V. s. 'vieux stylej — lo'" jour du mois o' de l'an II.
(( P. S. — Il y a un petit presbytère, — où je voudrais bien vous loger. — Ce presbytère — (propriété patrimoniale — qu'un Parisien a achetée)... — a une cour
— en terrasse sur la rivière, — un jardin sur une campagne, — un appartement assez clos — entre bibliothèque et cuisine. — Nous avons un forte-piano.
((Je suis fort affairé — à distribuer tous ces biens,
— et me dis souvent en rêvant — dans mes oiseuses promenades : — Cette campagne est pour Fontanes ; — le forte-piano pour Chantai (l) ; — la chambre close est pour sa mère ; — la cour pour la petite fille ; — le jaVdin pour le bon parent. — Que tout cehi nest-il à moi — et que ne veut-on nous le revendre ce soir!
— Demain vous l'appelleriez \ùive.
[A Madame de Foutaite.'i.]
(( Je n'ai guère dans ce bas monde, — pour tous meubles et presque pour tous biens. — qu'un forte-piaiio qui est à ma nièce. — deux estampes qui sont à moi, — et la moitié d'un pain de sucre — que nous consommons en commun.
(( Venez jouir de ces trésors; — je puis en disposer en maître — et vous les offre de bon cœur.
(( J'aurais bien voulu vous procurer. — dans mon
il) .M'"" de Fuulaues. lilh- de M"" deCatbeliii.
LE CORRESPOiXDANT. 5'J
voisinage, — une cabane au pied dun arbre, — et j'ai tout tenté pour cela, — jusqu'à me résoudre à en acheter une, — moi qui hais la propriété ! (1) — Je n'ai pas pu y parvenir.
(( Je serai réduit à vous loger — dans une chaumière au pied d'un mur. — Cela n'est pas bien magnifique.
— Mais fussions-nous déjà bien sûrs — de disposer de ce taudis ! — C'est encore ce que ce pays — a de meilleur en ce moment. — On s'y bat pour le moindre trou,
— tant les logements y sont rares ! — Fontanes n'a qu'à se presser : — je lui écris par ce courrier. — S'il attend nous n'aurons plus rien.
(( Cette chaumière au pied d'un mur — est une maison de curé au pied d'un pont. — Vous y auriez notre rivière sous les yeux, — notre plaine devant vos pas, — nos vignobles en perspective, — et un bon quart de notre ciel sur votre tête. — Cela est assez attrayant.
(( Une cour, un petit jardin — dont la porte ouvre la campagne, — des voisins qu'on ne voit jamais, — toute une ville à l'autre bord, — des bateaux entre les deux rives — et un isolement commode ; — tout cela est d'assez grand prix. — Mais aussi vous le payeriez. — Le site vaut mieux que le lieu.
« Le lieu n'est qu'une habitation — où l'on ne se
(1) Haine qui remontait aux jours de sa jeunesse. Fontanes lui l'crivait de Londres, le 27 octobre 1785 : « Je ne sais si vous, qui êtes grand ennemi du démon de la propriété et des barrières de fer, vous aimeriez l'Angleterre ; il n'y a point de petite chaumière qui n'ait sa borne marquée, point de maison qui ne soit environnée d'un grillage de fer. Le dieu Terme est le dieu le plus res pecté de l'Angleterre. » Donc, pour Joubert, ni propriété, ni mariage. Or, il fut bel et bien propriétaire et mari « excelleutissime ».
60 DU NOUVEAL" SUR JOUBEKT.
mouillerait pas, — où l'on ne se gèlerait pas. — où \\m pourrait même dormir, — sans s'entasser dans un seul lit ; — mais on n'y aurait pas non plus — des appartements bien complets. — Votre mère aurait une alcôve, — un cabinet et de la vue ; — vous auriez une grande chambre ; — le bon parent une à côté. — J'ai fait les descriptions à Fontanes. — Il dit que cela suffirait; — moi je trouve cela trop peu ; — mais on ne trouve rien de mieux.
(( Armez-vous donc d'un grand courage. — et si vous êtes résolue — à ne pas vous trouver à plaindre — lorsque vous serez mal logée, — préparez vite le chausson— où vous mettrez vos équipages, — et tenez-vous prête à partir — quand le signal sera donné.
(( Vous trouverez en débarquant — un homme qui vous recevra — avec un respect bien profond — et une affection bien tendre. » J.
Villeneiive-sui-Yoïiue, nie du Pont.
7 f" [4794] 19' jour du mois o*" de l'an H.
On lit dans les UKuvres: u ...dont la porte ouvre sur la campagne » et (( où l'on ne gèlerait pas », au lieu du vrai texte ((... ouvre la campagne », et « où l'on ne se gèlerait pas ». Ici, un mut de moins, là. un mot de plus, ce qui rompt le mètre voulu par Joubert. Par ces additions et soustractions, on a cru vraisemblablement donner à la phrase une allure plus actuelle et plus littéraire ; il me semble que la forme authentique n'est ni moins correcte ni moins vivante.
Et puis, pourquoi supprimer des membres de phrase tels que celui ci ; (( je lui écris par le courrier )) [à FontanesJ ; et, dans le posl-scriptum qu'on va lire.
LE COHRESPONDANÏ. Hl
(( comme je lai écrit à Fontanes » ? Ces petits bouts de phrase permettent de surprendre et de mesurer l'intimité renaissante des deux amis que le régime de la Terreur avait privés de toute communication pen dant deux ou trois ans.
Enfin les parenthèses ont été supprimées, et les mots soulignés par Joubert ne le sont plus dans les Œuvres.
Quelques-unes de ces observations sappliquent au post-scriptum suivant :
(( P. S. J'ai écrit deux mots au bon parent et à madame votre mère. Veuillez bien les leur remettre.
u Je vous prie, tous tant que vous êtes, d'être bien persuadés que tous les sentiments que je vous exprime très brièvement, et que j'ai pour vous avec tant d'étendue, je les éprouve et vous les paye, non pas à cause de F[ontan]es (quoique assurément cela pût suffire) mais à cause de vous tout seuls. Je vous honore et je vous aime parce que je vous ai connus.
(( Je sens bien vivement le désagrément de n'avoir à vous offrir que de médiocres bons offices. Il faut que je devienne grand terrien. Si j'avais seulement un petit palais dans une île enchantée, voyez quel plaisir je trouverais à dire à votre maman : <( Je suis fort aise, (( madame, qu'il ne vous reste pas pierre sur pierre, à (( madame votre fille et à vous, puisque cela me procure « l'occasian de vous prouver que je suis votre serviteur (( en vous logeant sous mes lambris. »
(( On a toH de se moquer du médecin de la comédie qui désire de bonnes fièvres à ceux qu'il aime, pour avoir le plaisir de les guérir. C'était un bon petit cœur
62 Dr NOUVEAU SUR JOUBERT.
dhomme. Je n'oserai plus rire de sa manie à l'avenir : car je sens que je la partage, ou peu s'en faut.
(( J'ai une compagne qui pense comme moi sur votre compte. Cela me fait un grand plaisir. Elle avait (comme je lai écrit à Fontanes) retiré tous ses sentiments de la société pour les renfermer dans sa chambre. Ils en sont tous sortis à la nouvelle de vos désastres, et ne cessent d'errer sur les ruines de vos maisons.
(( Je lui connus du mérite et des agréments. Elle a perdu ses agréments, mais elle a gardé son mérite. 11 se montre tout entier à mes regards dans cette grande circonstance. Tout son regret est de ne pouvoir vous être bonne à rien personnellement.
(( Comme l'alouette de la fable, après avoir trop tardé à se rendre mère, elle est prête à le devenir, et à peine a t elle la force de suffire à faire son nid. Vous me rendrez un grand service, madame votre mère et vous, si, avec le temps et peu à peu, vous lui faites prendre à votre société l'intérêt que lui inspirent si bien vos malheurs.
(( Au reste, personne ne se voit ici, et tout le monde vit tout seul, comme nous faisons en vous attendant. »
Une dernière remarque, concernant le document qu'on vient de lire.
Joubert écrit : « personne ne sv voit ici, et tout le monde vit tout seul, » ce qui caractérise l'heure som bre et pleine de menaces où l'on était encore en février 1794. Dans les Œuvres, on fait dire à Joubert cette chose grossière, et qui est uup impossibilité sous Une telle plume :
(( Personne ne la voit ici )>; la, c'est à-dire sa ((compagne )).
Sainte-Beuve a cité un passage de cette lettre dans sa première étude sur Joubert. Il annonçait ainsi la citation : (( Il y conviait (à Villeneuve-sur-Yonne) son ami et la famille de son ami ; il voudrait avoir à leur olîrir, dit-il, une cabane au pied d'un arbre, et il ne trouve de disponible qu'une chaumière au pied d'un mur. Il parle là-dessus avec un frais sentiment du paysage, avec un tour et une coupe dans les moindres détails, qui fait ressembler sa phase familière à quelque billet de Gicéron. »
Sainte-Beuve, poète et critique, ne paraît pas avoir soupçonné le secret de ce tour et de cette coupe : ils lui rappelaient (ce qui est flatteur, mais je ne vois pas bien pourquoi) le grand nom tout oratoire de Gicéron (l). De sa main rompue aux divers mètres, lui, l'auteur du Tableau historique et critique de la poésie française au XVP siècle, il a transcrit une suite de seize à dix sept vers libres, sans se douter qu'il avait affaire à des vers, à des octosyllabes : tant Joubert était habile à cacher son jeu, — son art; tant sa diction reste naturelle et libre, bien que soumise à la cadence. G'est que la pensée domine et s'impose ; elle est maîtresse ; elle est reine. Goûteurs, symétries, cadences ne lui sont que vêtements, parures et moyens d'action, moyens variés et dignes d'elle.
Ami de la ^vieille langue et des vieux auteurs, Joubert ne pouvait ignorer l' Illustration de la langue
(1) « Les lettres de Cicéron sont extrêmement courtes, et il s'y trouve très peu d'a.^réments. Ses oraisons, au contraire, en offrent une source inépuisable: etc. » (Pphscp>' de Joubert. p. 2141 .
()4 Dr NOUVEAU SUH .lOUBEUT.
française. Dans le chapitre vu, De la rythme et des vers sans rythme, il avait dû prêter une attention toute particulière à ce charmant conseil de Joachirn du Bellay, dont ses écrits, à lui, Joubert, paraissent être aussi bien l'application que la justification :
« Qui ne voudrait régler sa rythme comme j'ai dit, il vaudrait beaucoup mieux ne rimer point ; mais faire des vers libres, comme a fait Pétrarque en quelque endroit, et, de notre temps, le seigneur LoysAleman. en sa non moins docte que plaisante Agriculture. >[ais tout ainsi que les peintres et statuaires mettent plus grand industrie à faire beaux et bien proportionnés les corps qui sont nuds, que les autres : aussi faudrait il bien que ces vers non rimes fussent bien charnus et nerveux, afin de compenser par ce moyen le défaut de la rythme. »
Pour résumer, en employant de nouveaux textes, et pour marquer l'infinie distance qui sépare, du profond moraliste Joubert, tous les métromanes en prose, voici donc quels étaient ses principes, ses motifs, ses moyens et son but dans l'adoption des couleurs et des vers :
u C'est u)i grand art de savoir darder sa pensée et renfoneer dans l'attention » ; — (( ee n'est pas assez de (aire entendre ee qu'on dit, il faut eneore le faire voir : il faut que la mémoire. ViutelUyenee et l'imagination s'en accommodent également. » — « Si l'on veut rendre apparent ce qui est très fin, il faut le colorer. Les images et les comparaisons sont nécessaires aliii de i*endre double l'impression des idées sur l'esprit eu leur donnant à la fois une force physiffue et une force intrl- Irrlurllr. » — (( La figure qui résulte du style doit entrer
LK GORHESPONDAXT. «li
dans l'esprit tout à coup et tout entière, dès qu'elle est achevée. Ce qui en reste dans le livre, sans s'en détacnerde lui-même pour s'appliquer au souvenir, est un défaut, quelque limé que cela soit, et quelque achevé que cela paraisse d'abord. » — « Quand limage masque l'objet, et que l'on fait de l'ombre un corps; quand l'expression plaît tellement qu'on ne tend plus à passer outre pour pénétrer jusqu'au sens ; quand la figure enfin absorbe l'attention tout entière, on est arrêté en chemin, et la route est prise pour le gîte, parce qu'un mauvais guide nous conduit. »
L'objection contre ce genre d'écrire, Joubert se l'était proposée dès le début, — on s'en souvient, — et son œuvre témoigne qu'il l'avait trouvée légère ; lui même avait dû l'opposer à nombre d'auteurs qui métromanisaient à tort et à travers, sans but et sans génie ; il l'avait lue, nettement formulée, dans les articles de l'un des quatre plus célèbres critiques de son temps. Dussault s'était élevé avec force, non moins contre les Penseurs et les Pensées que contre la prose rythmique et les poèmes en prose. D'un trait, plein de vigueur, Joubert a caractérisé le talent de Dussault, et si bien que Sainte-Beuve le cite dans sa causerie sur les critiques de l'Empire : « Dussault ne va pas au fait, ni au fond... il n'entre presque jamais dans le vif. Joubert a très bien dit de lui -et de son style qui affecte le nombre oratoire : « Le style de Dussault est un agréable « ramage, où l'on ne peut démêler aucun air déter- (( miné (1). » Ce jugement si bref et si vrai suppose une connaissance approfondie de l'écrivain. Le nom de
(1) Causeries du lundi, t. I,
m Dr NorvEAi sur .ioubert.
Dussault se rencontre ailleurs sous la plume du moraliste : (( Le style, dit Dussault. est une habitude de l'esprit. Heureux ceux dans lesquels il est une habitude de lame. » — Et. dans une lettre à Chénedollé : « Voilà enfin Dussault qui vous trouve un plus grand poète qu'Esménard. Cela est incontestable, et cela est fort et est décisif pour beaucoup de gens qui le croiront depuis qu'on la dit hautement ;... etc. » Joubert avait donc fréquenté le critique du Journal des Débats, du Journal (U l'Empire (Moniteur). Il l'avait suivi avec une attention que Dussault méritait à beaucoup de titres. L'objection, telle que Joubert l'avait lue. on la peut voir dans le Spectateur français au XIX^ siècle, années I8O0 et 1807, avec la lettre Y pour signature.
Tout n'est pas à rejeter dans ces critiques : le bon goût et le bon sens y trouvent également leur compte, non le grand goût ni le sens exquis. Les traits rasent le sol ; ils n'atteignent que les penseurs sans pensée et les métromanes terre à terre.
Joubert se tient dans les hauteurs, un peu au dessous de Pascal, le sublime et douloureux Voyant, sur la ligne des La Rochefoucauld, La Bruyère, Vauvenargues : nobles rivaux que parfois il dépasse. Plus attiré par le Beau, il va plus droit au Vrai, et pénètre plus avant. Il va jusqu'à l'essence des choses, des êtres, des idées. Essence, mot divin, qui lui est familier, trabil ses habitudes d'analyse — et le classe.
L'article de Dussault sur la prose rythmée est fait pourd'autres, et d'ailleurs très bien fait. 11 n'intéresse pas Joubert. H n'entame en aucun point la concision ornée du maximiste. Pas un reproche qui ne soit déjà réfuté dans les extraits que j'ai donnés.
IJ-: COHHKSPO.NDANT. liT
Ce qu'il faut dire, c'est que Joubert a mis du génie, pensées, couleurs et cadences, où d'autres ne mettaient que platitudes, prétentions et manies; cest que, dun genre contestable, il a tiré des ressources et des secours merveilleux pour atteindre son but de moraliste. Il pique l'attention, il s'attache à la mémoire. Avec lui, on aime à se souvenir. Joubert est souvent cité.
Chateaubriand devait avoir surpris le secret de ses combinaisons métriques ; car, de même qu'il définissait admirablement l'homme : « un égoïste... qui ne s'occupe que des autres », il caractérisait l'écrivain et le penseur en deux traits non moins illuminateurs et non moins heureux : ((profond métaphysicien, sa philosophie, par une élaboration qui lui était propre, devenait ppiuturc ou poésie; Platon à cœur de La Fontaine... »
Un seul exemple emprunté aux Pensées :
« Une toile d'araignée — faite de soie ou de lumière
— ne serait pas plus difficile — à exécuter que cet ouvrage : — qu'est ce que la pudeur ?
(( J'ai à peindre un objet charmant, — mais qui se refuse sans cesse — à la couleur de tous les styles, — et souffre peu d'être nommé.
(( Je l'envisage ici de haut, — et on le saisit avec peine, — même quand on le considère — dans soimême ou auprès de soi.
(( Mon entreprise est donc pénible ; — elle est impossible peut-être. — Je demande au moins qu'on me suive
— avec persévérance — dans le dédale et les détours
— où mon chemin m'a engagé. — Je désire qu'on m'abandonne — à la pente qui me conduit. — Enfin je
»'kS Dr NOUVEAU SUH .lOUBEHT.
réclame pour moi — ce que j"ai moi même donné — à mon sujet et à mon style, — une espérance patiente
— et une longue attention. »
A (( ces symétries marquées » succèdent des a symé tries effacées » et u des pentes rompues ». a Plaisir de l'attente trompée, mais trompée agréablement. ))
(( La pudeur - est on ne sait quelle peur — attachée à notre sensibilité — qui fait que l'àme, — comme la fleur qui est son image, — se replie — et se recèle en elle même, — tant qu'elle est délicate et tendre, — à la moindre apparence — de ce qui pourrait la blesser
— par des impressions trop vives — ou des clartés prématurées. — Delà cette confusion — qui, s'élevant.
— à la présence du désordre, — trouble et mêle nos pensées et les rend — comme insaisissables à ses atteintes. — De là ce tact mis en avant — de toutes nos perceptions, — cet instinct qui s'oppose — à tout ce qui n'est pas permis, — cette immobile fuite, — cet aveugle discernement, — et cet indicateur muet — de ce qui doit être évité — ou ne doit pas être connu. — De là cette timidité — qui rend circonspects tous nos sens, — et qui préserve la jeunesse — de hasarder son innocence, - de sortir de son ignorance, — et d'interrompre son bonheur. — De là ces effarouchements, — par lesquels l'inexpérience — aspire à demeurer intacte
— et fuit ce qui peut trop nous plaire, — craignant ce qui peut la blesser.
(( La pudeur — abaisse notre paupière — entre nos yeux et les objets — et place un voile plus utile, — une gaze plus merveilleuse — entre notre esprit et nos veux. — Elle est sensible à notre œil même — par un
lointain inétendu — et un magique enfoncement — qu'elle prête à toutes nos formes, — à notre voix, à notre air, à nos mouvements — et qui leur donnent tant de grâce. — Car on peut le voir aisément : — ce qu'est leur cristal aux fontaines, — ce qu'est un verre à nos pastels, — et leur vapeur aux paysages, — la pudeur l'est à la beauté — et à nos moindres agréments.
(( Quelle importance a la pudeur ? — Pourquoi nous fut-elle donnée ? — De quoi sert elle à l'àme humaine ? — Quelle est sa destination — et quelle est sa nécessité? — Je vais tâcher de l'expliquer. »
Achevez la lecture dans le livre des Pensées : donnezvous l'exquis plaisir de suivre le moraliste dans a ses explications », qui sont peinture et poésie.
Les remarques et les conclusions de ce livre seront singulièrement élargies et fortifiées par les pièces inédites, datées de 1819-1821, et par les vues nouvelles qui viendront sous le titre : Je Conseille)' et Je Moraliste.
Si le mot de Buffon sur le style est l'expression du vrai, il fallait donc que le style de Joubert fût très original ; car Ihomme lui même, au dire de Chateaubriand, était (( plein d'originalités ».
Et en effet, ce style ne ressemble à aucun autre ; il échappe à toute comparaison et classification (1).
(1) « Il a une manière qui fait qu'il ne dit rien, absolument rien, comme un autre. » — « Sur bien des tbèmes éternels, on ne saurait dire mieux, ni plus singulièrement que lui. » — «On voit se dresser dans sa hauteur et son peu d'alignement, cette rare et originale nature. ». — (Sainte-Beuve. Causeries du tundi, t. I, et Fortraits littéraires, t. III...
Très varié selon la diversité des genres, ce qu'il ma révélé de son mécanisme n'en épuise pas les secrets.
D'autres, plus habiles, découvriront les lois qui présidèrent au mélange des diverses mesures.
Il me suffit davoir trouvé, dans les (( pensées qui font le mètre )), et dans la fréquence de l'octosyllabe, le critérium dont j'avais besoin pour procéder à la découverte et à la preuve intrinsèque des écrits ono nymes publiés par Joubert.