‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 20 sur 83 · TÉMOIGNAGES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES PROTESTANTS

Il faut que la monarchie calholique soit bien cvidcnle ; il faut que les avantages qui en résultent ne le soient pas moins , puisqu'il serait possible de faire un livre des témoignages que les protestants ont rendus à l'évidence comme à l'excellence de ce système ; mais sur ce point , ainsi que sur celui des autorités catholiques, je dois me restreindre infiniment.

Commençons, comme il est de toute justice, par Luther , qui a laissé tomber de sa plume ces paroles mémorables :

« Je rends giàces à Jésus-Christ de ce qu'il conserve « sur la terre une Eglise unique par un grand miracle... « en sorte que jamais elle ne s'est éloignée de la vraie foi « par aucun décret^. »

a II faut à l'Eglise , dit Mélanchthon , des conducteurs M pour maintenir l'ordre , pour avoir l'œil sur ceux qui « sont appelés au ministère ecclésiastique et sur la doc- « trine des prêtres, et pour exercer les jugements ecclé- « siastiques ; de sorte que s'il n'y avait point de tels Evê-

« ques , IL EN FAUDRAIT FAIRE. LA MONARCHIE DU PapE SCF-

« virait aussi beaucoup à conserver entre plusieurs na- « lions le consentement dans la doctrine ^. »

Calvin leur succède. « Dieu , dit-il , a placé le trône « de sa Religion au centre du monde , et il y a placé un

(1) Luther, cité dans l'Hisl. des variations, liv. I, n. 21, etc.

(2) l\Manchlhon s'exprime d'une manière admirable, lorsqu'il dit : « La monarehie du Pape , etc. » (Bossuet, Hisl. des variât, liv. Y, § 24.)

« Pontife unique, vers lequel tous sont obliges de lourw lier les yeux pour se maintenir plus fortement dans « runilc^B

Le docte , le sage , le vertueux Grolius prononce sans détour , « que sans la primauté du Pape , il n'y aurait « plus moyen de terminer les disputes et de fixer la « foi ^. »

Casaubon n'a point fait dilïîcuhé davouer «qu'aux yeux « de. tout homme instruit dans l'histoire ecclésiastique, « le Pape était l'instrument dont Dieu s'est servi pour « conserver le dépôt de la foi dans toute son intégrité, « pendant tant de siècles ^. »

Suivant la remarque de Puffcndorf , « il n'est pas permis « de douter que le gouvernement de l'Eglise ne soit mo- « narchique, et nécessairement monarchique, la démocra'.ie

(j) Cullùs sui sedem in medio lerrœ collocavit, illi bnom Antistitum prafecit quem omnes nspicerenl , quô lueliùs in unitate contîaerenlur. (Cak. Ins!. VI,§ 11.)

Je suis tout prêt à regarder, avec Cainn, Rome comme le centre de la terre. Celle ville a bien, je crois, autant de droit (jue celle de Delphes de s'appeler M»n&i7»CMS terrœ,

(2) Sine tali primalii exire à controvcrsiis non polcrat, sicut hodie apud prolestantes, etc. (Grot. votnm pro pace Eccles. art. VII, Oper. lom. IV. Bâle, 1731, pag. 658. )

Une dame protestante a commenté ce texte avec beaucoup d'esprit et àe jugement : « Le droit d'examiner ce qu'on doit croire est le fondement du « protestantis-me. Les premiers rëformaleurs ne l'cnlendaient pas ainsi. lis n croyaient pouvoir placer les colonnes d'Hercule de l'esprit humain aux « termes de leurs propres lumières ; mais ils avaient tort d'espérer qu'on « se soumettrait à leurs propres décisions, comme infaillibles, eux. qui « rejetaient toute, autorité de ce genre dans la Religion catholique.» (De « l'Alleniagno , par niad. de Staël, IV« partie, chap. II, in- 12, pag. 13.)

(3) Nemo peritus rerum Ecciesiae ignorai operà rora. Pont, per niulta

sccula Dcum esse usum in conseivandà fidei doclrinà,

(Cttsaub. Exerc. XV , iu Annal. Bar.)

« el l'arislocratie se trouvant exclues par la nature môme « des choses , comme absolument incapables de maintenir « l'ordre et l'unité au milieu de l'agitation des esprits et « de la fureur des partis * . »

Il ajoute avec une sagesse remarquable : « La supprcs- « sion de l'autorité du Pape a jeté dans le monde des « germes inGnis de discorde ; car n'y ayant plus d'aulo- « rite souveraine pour terminer les disputes qui s'éle- « vaient de toutes parts, on a vu les protestants se diviser « entre eux , et de leurs propres mains déchirer leurs en- « traillesK»

Ce qu'il dit des conciles n'est pas moins raisonnable.

« Que le concile, dit-il, soit au-dessus du Pape, c'est « une proposition qui doit entraîner sans peine l'assenti- « ment de ceux qui s'en tiennent à la raison et à l'Ecri- « ture ^ : mais que ceux qui regardent le siège de Rome « comme le centre de toutes les églises , et le Pape comme < l'Evêque œcuménique, adoptent aussi le même senli- « ment, c^est ce qui ne doit pas sembler médiocrement « absurde; car la proposition qui met le concile au- « dessus du Pape, établit une véritable aristocratie, et « cependant F Eglise romaine est une monarchie *. »

Mosheim , examinant le sophisme des jansénistes , que le Pape est bien le supérieur de chaque église prise à part, mais non de toutes les églises réunies; Mosheim, dis-je, oublie son fanatisme anticatholique , et se livre à la droite logique , au point de répondre : « On soutiendrait avec

ii) PuffenJorf , de monarch. Pont. rom.

(2) Furere protestantes in sua ipsorum viscera cœperunt. { Ibid. )

(3) Par ces mots, Puffendorf entend désigner les protestants.

(4) . . . V , Id quidem non parùra absurdilatis habet, quùin status Ecclesiœ monarchicus sit. (Puffendorf, De habitu relig. Christ, ad vilaia civilem , § 38. )

« autant do bon swis que la tôle piéside bicu à chaque « membre en pailiculier , mais non point du tout au « corps qui est l'ensemble de tous ces membres ; ou qu'un « roi commande j à la vérité, aux villes, aux villages et « aux champs qui composent une province , mais non à « la province même ^ . »

C'est un docteur anglais qui a fait à son église cet argument si simple et si pressant, qui est devenu célèbre : Si la sup-cmaiic iTuii archevêque ( celui de Cantorbéry ) est nécessaire pour maintenir Vunité de Véglise anglicane ^ comment la suprématie du Souverain Pontife ne le seraitelle pas pour maintenir Vunité de VEgiisc universelle - P

Et c'est encore un aveu bien remarquable que celui du candide Seckenberg , au sujet de l'administration dos Papes : « Il n'y a pas, dit-il, un seul exemple dansl'his- « toire entière , qu'un Souverain Pontife ait persécuté « ceux qui , attachés à leurs droits légitimes, n'enli'eprc- « naient point de les outre-passer^. »

Je ne choisis que la flem" des textes : en voici mi qui n'est pas aussi connu qu'il mérite de l'étie, et qui peut tenir lieu de mille autres. C'est un ministre du saint Evangile qui va parler : je n'ai pas le droit de le nommer, ;>uisqu'il a jugé à propos de garder l'anonyme ; mais je

({) Id lam mihi scilum videlur , ac si quis alBrmaret inembra qiiidem à capile rcgi , etc. (Mosheim, tom. I , diss. ad hist. eccles. pciliii. p. 512.

(2) Si neccssaiium est ad unifalera in Ecclesià (Anglioî) tuendam, uuiim arcliiepiscopum aliis praeesse; cur non pari ratione loti Ecclesià Dei unus praeerit Archiepiscppus? (Garlwrilli, in defens. Wirgisti.)

(3) Jure affirmari polcril ne exemplum quidem esse in oiuni reruîxi niemoriâ ubi Ponlifex piocesserit adversùs eos qui juribus suis intenti , ultra limites vagari in aniiniim non induxcrunt suuni. ( Hear. Christ, beckenberjj , melhod, jinispr. addit. iV, De libeit. Eccles. gcim. § iil.)

n'éprouve point rembarras de ne savoir à qui adicsscr mon estime.

a Je ne puis m'empcchcr de dire que la première « main profane portée à l'encensoir , l'a clé par Luther et « par Calvin , lorsque , sous le nom de protestantisme « et de réforme , ils opérèrent un schisme dans l'Eglise ; « schisme fatal qui n'a opéré que par une scission absolue « ces modifications qu'Erasme aurait introduites d'une « manière plus douce par le ridicule qu'il maniait si bien.

a Oui , ce sont les réformateurs qui, eu sonnant le tocsin « sm* le Pape et sur Rome , ont porté le premier coup au M colosse antique et respectable de la hiérarchie romaine , « et qui, en tournant les esprits des hommes vers la dis- « cussion des dogmes religieux , les ont préparés à dis- « cuter les principes de la souveraineté , et ont sapé de « la même main le trône et l'autel

a Le temps est venu de reprendre sous œuvTC ce

« palais superbe détruit avec tant de fracas Et le

« moment est venu peut-être de faire rentrer dans le « sein de l'Eglise les Grecs , les luthériens , les anglicans

« et les calvinistes C'est à vous , Pontife de Rome....

« à vous montrer le père des fidèles , en rendant au culte « sa pompe, à l'Eglise son unité' : c'est à vous, succes- « seur de saint Pierre , à rétablir dans l'Europe incré-

« dule la Religion et les mœurs Ces mêmes Anglais,

« qui les premiers se sont soustraits à votre empire , sont « aujourd'hui vo^ plus zélés défenseurs. Ce patriarche , « qui dans Moscou rivalisait avec vous de puissance , n'est « peut-être pas bien éloigné de vous reconnaître^

(1) Toujours le même aveu : Sans lui j)Oint d'unité.

(2) L'auteur pouvait avoir des espérances légitimes à l'égard des Anglais , qui doivent, en eflet, suivant toutes les apparences , reveuir les prc-

« Profitez donc, saint PcrCj profilez du moment cl dei « dispositions favorables. Lq pouvoir temporel vous échap- « /)e, reprenez le spirituel ; et faisant sur le dogme les sa- « crificcs que les circonstances exigent, unissez-vous aux « sages dont la plume et la voix maîlrisent les nations ; « rendez à l'Europe incrédule une religion simple * , mais « uniforme, et surtout une morale épurée^ et vous serez « proclamé le digne successeur des Aj)ôtres". »

Passons sur ces vieux restes de préjugés, qui se laissent si difficilement arracher des télcs les plus saines où ils se sont une fois enracinés. Passons sur ce pouvoir temporel qui échappe au Souverain Pontife j comme si jamais il n'avait dû se rétablir : passons sur ce conseil de reprendre îe pouvoir spirituel , comme si jamais il avait été suspendu, et sur le conseil bien plus extraordinaire de faire sur le dogme les sacrifices que les circonstances exigent ; c'est-àdire en d'autres termes parfaitement synonymes , de nous faire protestants afin qu'il n^y en ait plus. Du reste, quelle sagesse ! quelle logique ! quels aveux sincères et précieux ! quel effort admirable sur les préjugés nationaux! En lisant ce morceau , on se rappelle la maxime :

miers à l'unilé ; mais combien il se trompe au sujet des Grecs qui sont bien plus éloignés de la Yérité que les Anglais ! Depuis un siècle d'ailleurs, il n'y a plus de patriarche à Moscou. Enfin , l'archevêque on métropolite, qui occupait le siège de SIoscou en 1797 , était bien , sans contredit, parmi tous les évèques qui ont porîé la mitre rebelle, le moins disposé à la reporter dans le cercle de l'unilé.

(1) Combien j'aurais désiré que l'estimable auteur nous eût dit , dang une uole , ce qu'il entend par une religion siîiîple ! Si c'était par hasard une religion corrigée et diinimice , le Pape donneraii peu dans cette idée.

(2) De la wccssiti d'un culte public. L..... 1797, in-8= (Conclusion. )

D'un cniu'ini l'on peut accq)ler les liions,

si pouiuuit il est lîermis d'appeler ennemi celui qu'uire loiiscicuce éclairée a si fort rapproché de nous.

Deux témoignages importants termineront ce chapitre. Je les choisis parmi tout ce que le protestantisme a produit de plus savant et de plus respectable. C'est Mùller , c'est Bonnet qui vont parler ; écoutons-les.

Le premier écrivait au second , le 3 avril 1 782 : « L'empire romain périt comme le monde antidiluvien , « lorsque cette masse impure devint indigne de la pro- « tection divine; mais le Père éternel ne voulant pas « abandonner le monde au triste sort qui semblait l'at- « tendre , avait jeté auparavant une semence fertile. Lors « de la grande catastrophe, les Barbares pouvaient l'é- « craser : mille années de ténèbres pouvaient éteindre les « lumières de la vie« Ces mille ans étaient pourtant né- « cessaires , car rien ne se fait par saut : il fallait élever « les Barbares nos pères , les faire passer à travers mille « erreurs , avant que la vérité pût , dans sa simplicité , « paraître sans nous éblouir. Qu'arriva-t-il ? Dieu leur « donna un tuteur : ce fut le Pape dont l'empire , ne re- « posant que sur l'opinion , dut affermir et étendre au « possible les grandes vérités dont son ambition croyait « se servir , tandis que Dieu se sei'vait de son ambition. « Que serions-nous devenus sans le Pape? Ce que sont « devenus les Tm-cs qui , n'ayant point adopté la religion « byzantine, ni soumis leur sultan au successeur de Chry- « sostôme , sont restés dans leur barbarie.»

El Bonnet répondait (11 octobre de la même année) î « Je puis vous dire encore que votre manière d'envisager « l'empire papal est précisément celle que j'adoptais dans « mon plan : je le présentais comme un grand arbre à

« l'ombre duquel la vérité se conservait pour devenir un « jour un plus grand arbre encore qui ferait sécher celui « qui ne devait durer qWun temps ^ un temps et la moitié « cVun temps^. »

11 me serait aisé de multiplier ces textes , mais il faut abréger : je com'S à d'autres témoignages.

Page 1