‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 47 sur 83 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

APPLICATION HYPOTHÉTIQUE DES PRINCIPES PnÉCKDENTS.

Très-humbles et très-respectueuses remontrances des états-généraux du royaume dc*^*, assemblés à*'*^ , à N. S. P. le Pape Pie VII.

« Très-saint Père ,

« Au sein de la plus amère affliction et de la plus cruelle « anxiété que puissent éprouver de fidèles sujets , et for- « ces de choisir entre la perte absolue d'une nation et les « dernières mesures de rigueur contre une tête auguste , « les états-généraux n'imaginent rien de mieux que de se « jeter dans les bras paternels de V. S. , et d'invoquer sa « justice suprême pour sauver , s'il en est temps , un eni- « pire désolé.

« Le souverain qui nous gouverne , T. S. P. , ne règne « que pour nous perdre. Nous ne contestons point ses « vertus, mais elles nous sont Inutiles , et ses erreurs sont « telles , que si V. S. ne nous tend la main , il n'y a plus « pour nous aucun espoir de salut.

a Par une exaltation d'esprit qui n'eut jamais d'égale , « ce prince s'est imaginé que nous vivions au XVP siècle , « et qu'il était, lui, Gustave-Jdolphe. V. S. peut se faire « représenter les actes delà diète germanique; elle y verra « que notre souverain, en sa qualité de membre du corps « germanique, a fait remettre au directoire plusieurs « notes qui partent évidemment des deux suppositions que « nous venons d'indiquer, et dont les conséquences nous « écrasent. Transporté par un malheureux enthousiasme

« militaire absolument séparé du talent, il veut faire la « guerre; il ne veut pas qu'on la fasse pour lui, et il no « sait pas la faire. Il compromet ses troupes, les humilie, « et punit ensuite ses oflicicrs des revers dont il est l'au- M teur. Contre les règles de la prudence la plus commune, « il s'obstine à soutenir la guerre , malgré sa nation , « contre deux puissances colossales , dont une seule sulfi- « rait pour nous anéantir dix fois. Livré aux fantômes de o l'illuminisme , c'est dans l'Apocalypse qu'il étudie la « politique ; et il en est venu à croire qu'il est désigné dans « ce livre comme le personnage extraordinaire destiné à a renverser le géant qui ébranle aujourd'hui tous les « trônes de l'Europe ; le nom qui le distingue parmi les « rois, est moins flatteur pour son oreille, que celui qu'il « accepta en s'affiliant aux sociétés secrètes ; c'est ce der- « nier nom qui paraît au bas de ses actes , et les armes (la « son auguste famille ont fait place au burlesque écusson K des frères. Aussi peu raisonnable dans l'intérieur de sa « maison que dans ses conseils , il rejette aujourd'hui une « compagne irréprochable, par des raisons que nos dé- « puîés ont ordre d'expliquer de vive voi>; à V. S. Et si « elle n'arrête point ce projet par un décret salutaire , « nous ne doutons point que bientôt quelque choix inégal « et bizarre ne vienne encore justifier notre recours. Enun, « T. S. P. , il ne tient qu'à V. S. de se convaincre , par « les preuves les plus incontestables , que la nation étant « irrévocablement aliénée de la dynastie qui nous gouverne, « cette famille, proscrite par l'opinion universelle, doit H disparaître pour le salut public qui marche avant « tout.

« Cependant , T. S. P. , à Dieu ne plaise que nous vou- « lions en appeler à noire propre jugement , et nous dé- « terminer par nous-mêmes dans celle grande occasion! Nous

« savons que les rois n'ont point de jiigcs temporels , sur- « tout parmi leurs sujets , et que la majesté royale ne rc- « lève que de Dieu. C'est donc à vous, T. S. P., c'est :\ « vous , comme représentant de son Fils sur la terre, que « nous adressons nos supplications , pour que vous daigniez « nous délier du serment de fidélité qui nous attachait à « cette famille royale qui nous gouverne , et transférer à « une autre famille des droits dont le possesseur actuel a ne saurait plus jouir que pour son malheur et pour le « nôtre.»

Quelles seraient les suites de ce grand recours? Le Pape promettrait, avant tout, de prendre la chose en profonde considération , et de peser les griefs de la nation dans la balance de la plus scrupuleuse justice , ce qui eût suffi d'abord pour calmer les esprits ; car l'homme est fait ainsi : c'est le déni de justice qui l'irrite ; c'est l'impossibilité de l'obtenir qui le désespère. Du moment où il est sur d'eue entendu par un tribunal légitime , il est tranquille.

Le Pape enverrait ensuite sur les lieux un homme de sa confiance la plus intime, et fait pour traiter d'aussi grands intérêts. Cet envoyé s'iutei-poserait entre la nation et son souverain. Il montrerait à l'une la fausseté ou l'exagération visible de ses plaintes ;, le mérite incontestable du souverain , et les moyens d'éviter un immense scandale politique; à l'autre les dangers de l'infiexibilité , la nécessité de traiter certains préjugés avec respect , l'inutilité surtout des appels au droit et à la justice, lorsqu'une fois l'aveugle force est déchaînée : il n'oublierait rien enfin pour éviter les dernières extrémités.

Mettons cependant la chose au pire , et supposons que le Souverain Pontife ait cru devoir délier les sujets du serment de fidélité; il empêchera du moins toutes les mesures violenies. En sacrifiant le roi , il sauvera la majesté;

il ne négligera aucun des adoucissements personnels que les circonstances permettent , mais surtout, et ceci mérite peut-être quelque légère attention , il tonnerait conlre le p: ojct de déposer une dynastie entière , même pour les crimes, et à plus forte raison pour les fautes d'une seule tête. Il enseignerait aux peuples « que c'est la famille qui « règne; que le cas qui vient de se présenter est tout sem- « blable à celui d'une succession ordinaire , ouverte par la o mort ou la maladie; et il finirait par lancer Vanathème a sur tout homme assez hardi pour mettre en question les « droits de la maison régnante. »

Voilà ce que le Pape aurait fait, en supposant les lumières de notre siècle réunies au droit public du XII®.

Croit-on qu'il ne fût pas possible de faire plus mal?

Que nous sommes aveugles en général ! et , s'il est permis de le dire , que les princes en particulier sont trompés par les apparences ! On leur parle vaguement des excès de Grégoire VII et de la supériorité de nos temps modernes ; mais comment le siècle des révoltes a-t-il le droit de se moquer de ceux des dispenses ! Le Pape ne délie plus du serment de fidélité , mais les peuples se délient eux-mêmes ; ils se révoltent ; ils déplacent les princes ; ils les poignardent ; ils les font monter sur l'échafaud. Us font pire encore. — Oui ! ils font pire ; je ne me rétracte point, ils leur disent : Fous ne nous convenez plus , allezvous-en! Ils proclament hautement la souveraineté originelle des peuples et le droit qu'ils ont de se faire justice. Une fièvre constitutionnelle , on peut je crois s'exprimer ainsi , s'est emparée de toutes les têtes , et l'on ne sait encore ce cpi'elle produira. Les esprits privés de tout centre commun^ et divergeant de la manière la plus alarmante, ne s'accordent que dans un point , celui de limiter les souverainetés. Qu'es! -ce donc que les soavci'ains ont gagné

à CCS lumières lani vantées el toutes dirigées contre eux? J'aime mieux le Pape.

Il nous reste à voir s'il est viai que la prétention à la puissance que nous examinons ait inondé V Europe de saruj et de fanatisme,

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