‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 5 sur 83 · V. T. h. Cl T. 0. S · texte numérisé non relu

V. T. h. Cl T. 0. S

Maistre.

VK

Turin , le H dëccmbrc 1820.

Monsieur ,

J'ai été malade , fort occupé et fort ennuyé : c'est ce qui m'a privé jusqu'à pi'ésent du plaisir de répondre à votre charmante lettre du 16 octobre, que j'ai cependant toujours tenue sous mes yeux

Je vous répète , Monsieur , que

jamais il n'y a eu entre nous l'ombre même de discussion. Il y a plus , jamais M. Baillot ne m'a répondu un mol ; son projet arrêté était le silence. Le prix ayant été proposé à Chambéry^ et nullement rejeté, je répétai ici la proposition. M. Baillot prit un air qui voulait dire fort bien ; et le lendemain il m'apporta ses quatre obligations dont il ne m'avait pas dit le mot , et je les signai de mon côté sans faire une objection ; car je n'y entends rien. Au premier moment où j'entendis prononcer le nom de perte, j'envoyai un ami chez M. R. pour lui offrir d'annuler le marché : il ne !e voulut pas ; cependant il a toujours continué à parler de ses pertes. On a contrefait mon ouvTage en Flandres : je le crois. II fallait y en envoyer une pacotille et baisser les prix. La seconde édition avance , mais lentement. Dieu veuille que tout ne finisse pas par une froideur qui ressemble à une brouillerie. M. R. m'a fait les plus vives instances pour avoir mes Soirées de Saint-Pétersbourg , mais il n'y a pas eu moyen. Ma femme , d'ailleurs , ù qui j'ai fait présent de mon ma-

nuscrit, prélÏTC s'adresser à Paris. Tous ces malentendus et contretemps m'ont ennuyé à l'excès.

Quant à vous. Monsieur, c'est toute autre chose; votu m'aimez tout bas , dites-vous , depuis trente ans. Vous ne sauriez croire à quel point cette charmante expression m'a touché. Je ne puis vous la renvoyer, puisque je n'avais pas l'honneur de vous connaître. Ce que je puis bion vous assurer, c'est que mes premières relations m'ont inspiré pour vous une confiance sans bornes. Vous l'avez vu et vous le verrez encore mieux, quand vous lirez la seconde édition. Certainement, Monsieur, l'ouvrage vous appartient en grande partie, ce qui motivait complètement la proposition que j'avais cru pouvoir vous adresser. Cependant , vous la repoussez d'une manière qui ne me permet pas d'insister.

Quanquam 6 mais, puisque vous le voulez , taisons-nous donc au moins pour ce moment. J'espèce , Monsieur , que mon ouvrage demeurera toujours dans votre bibliothèque comme un monument qui vous sera cher à double litre; mais je ne cesserai de penser , en le voyant, que sans vous il n'existerait pas , ou qu'il vaudrait beaucoup moins. A Rome , on n'a point compris cet ouvrage au premier coup d'œil ; mais la seconde lecture m'a été tout à fait favorable. Ils sont fort ébahis de ce nouveau système , et ont peine à comprendre comment on peut proposer à Rome de nouvelles vues sur le Pape ; cependant , il faut bien en venir là. — Il peut se faire que la seconde édition soit dédiée au Pape ; ce point n'est pas encore décidé. Dès que cette œuvre sera terminée , je mettrai fin au second volume des Soirées de Saint-Pétersbourg. Le premier est fait et parfait, et déjà il a pris son vol vers la grande

Luièce. Les Soirées sont mon ouvrage chéri. J'y ai versé ma tête; ainsi, Monsieur, vous y verrez peu de chose peut-être, mais, au moins , tout ce que je sais, j'y ai fait entrer un cours complet d'iHuminisme moderne, qui ne manquera pas de vous amuser. C'est le temps , au reste , (jui est mon grand persécuteur ; il me lue, Monsieur, la tcle me tourne ; et la formation même de mes lettres en est sensiblement affectée, comme vous le voyez. Imposé par force , je ne sais plus à quoi tenir. Sur cela , Monsieur, je prends congé de vous en vous renouvelant l'assurance de tout mon attachement et de ma vive reconnaissance ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,

De M.

P. S. Voilà mon secrétaire intime (M"^ Constance) qui m'ordonne de décacheter, pour vous faire ses compliments particuliers. Elle a toujours sur le cœur , mais dans le bon sens , une cerJsljje iellre cbai'aïu&tc (qu'elle a reçue de vous.

J M. Bcsson {Curé de Saint- D/ izier , depuis Evùqm de Met::.).

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