‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 78 sur 83 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

I. Après l'horrible tempête qui vient de tourmentev l'Eglise , que ses enfants lui donnent au moins le spectacle consolant de la concorde ; qu'ils cessent , il en est temps, de l'aflliger par leurs discussions insensées. C'est à nous d'abord, heureux enfants de l'unité, qu'il appartient de professer hautement des principes, dont l'expérience la plus terrible vient de nous faire sentir l'importance. De tous les points du globe (heureusement il n'en est aucun oîi il ne se trouve des chrétiens légitimes), qu'une seule voix formée de toutes nos voix réunies répèle, avec un religieux transport, le cri de ce grand homme que j'ai combattu sur quelques points importants avec tant de répugnance et de respect : O sainte Eglise romaine, mère des églises et de toits les fidèles! Eglise choisie de Dieu pow unir ses enfants dans la même foi et dans la même charité! nous tiendrons toujours à ton unité , par le fond de nos entrailles * . Nous avons trop méconnu notre bonheur : égarés par les doctrines impies^dont l'Europe a retenti dans le dernier siècle ; égarés peut-être encore davantage par des exagérations insoutenables et par un esprli d'indépendance allumé dans le sein même de notre Ejjlise, nous avons presque brisé des liens dont nous ne pourrions, sans nous rendre absolument inexcusables, méconnaître aujourd'hui l'inestimable prix. Des souverainetés catholiques même, qu'il soit permis de le dire sans sortir des bornes du profond respect qui leur est dû , des souvcraiiiclcs caiholiques

(1) Bossuet , sermon sin- l'unité.

A59 ont paru quelquefois aposlasier ; car c'est une apostasie que do méconnaîlre les fondcmenJs du chrisli;iuisnie , de les ébranler luenie en dcclaranl haulcnicnt la guerre au chef de celte Religion, en l'accablant de dégoûts, d'amertumes, de chicanes honteuses^ que des puissances proleslantes se seraient peut-être interdites. Parmi ces princes, il en est qui seront inscrits un jour au rang des grands persécuteurs ; ils n'ont pas fait couler le sang, il est vrai ; mais la postérité demandera si les D-ioclétien, les Galère et les Dèce firent plus de mal au christianisme.

Il est temps d'abjurer des systèmes si coupables ; il est temps de revenir au Père commun , de nous jeter franchement dans ses bras, et de faire tomber enfin ce mur d'airain que l'impiété, l'erreur, le préjugé et la laalveillance avaient élevé entre nous et lui.

II. Mais dans ce moment solennel où tout annonce que l'Europe touche à une révolution mémorable , dont celle que nous avons vue ne fut que le terrible et indispensable préliminaire, c'est aux protestants que doivent s'adresser avant tout nos fi^aternelles remontrances et nos ferventes supplications. Qu'attendent-ils encore . et que cherchentils? Ils ont parcouru le cercle entier de l'erreur. A forte d'attaquer , de ronger , pour ainsi dire , la foi , ils ont détruit le christianisme chez eux ^ et grâce aux efforts Je leur terrible science qui n'a cessé de protester , la inoitié de l'Europe se trouve enfin sans religion. L'ère des passions a passé ; nous pouvons nous parler sans nous haïr , même sans nous échauffer : profitons de cette époque favorable ; que les princes surtout s'aperçoivent que le pouvoir leur échappe , et que la monarchie européenne n'a pu être constituée et ne peut être conservée que par la Religion une et unique ; et que si cette alliée leur manque, il faut qu'ils tombent.

4G0 !II. Tout ce qu'on a dit pour efliaycr Its i»uissanccs proleslaules , sur l'influence d'un pouvoir étranger , est une cliiinèrc, un é[)Ouvanlail élevé dans le XVF siècle, oi qui ne signifie plus rien dans le nôtre. Que les Anglais surtout réfléchissent profondément sur ce point , car le grand mouvement doit partir de chez eiM : s'ils ne se hâtent pas de saisir la palme immortelle qui leur est offerte, un autre peuple la leur ravira. Les Anglais, dans leurs préjugés contre nous , ne se trompent que sur le temps ; leur déraison n'est qu'un anachronisme. Ils lisent dans quelque livre catholique qu'on ne doit point obéir à un 'prince hérétique. Tout de suite ils s'efiraient et crient au papisme ; mais tout ce feu s'éteindrait bientôt , s'ils daignaient lire la date du livre qui remonte infailliblement à la déplorable époque des guerres de rc*~ iigion , et des changements de souverainetés. Les Anglais eux-mêmes u'ont-ils pas déclaré en plein parlement que, si un roi d'Angleterre embrassait la Religion catholique, il serait par le fait mÈsi^ privé de la couronne^? lis pensent donc que ie crime de vouloir changer la religion du pays, ou d'en faire seulement naître le soupçon légitime, justifie la révolte delà part des sujets, ou plutôt les autorise à détrôner le souverain sans devenir rebtîlles. Or , je serais curieux d'apprendre pouiquoi et comment Elisabeth ou Henri VllI avaient sur leurs sujets catholiques plus de droits que Georges III n'en aurait aujourd hui sm* ses sujets protestants ; et pourquoi les cadioliques d'alors, forts de leurs privilèges naturels et d'une possession de seize siècles , n'étaient pas autorisés à regarder leurs tyranSf comme déchus par le fait même de tout

(1) Parliamcntary Jcbates, vol. IV. London , 1305, ia-8, p. 677.

droit à la couronne? Pour moi, je ne dirai point qu'uno nation en pareil cas a droit de résister à sei;naîlres, <!-; les juger et de les déposer ; car il m'en coûterait infiniment de prononcer celte décision, dans toute supposiiion imaginable ; mais on m'accordera sans doute que s. quelque chose peut justifier la résistance, c'est un attentat sur la religion nationale. Tendant longtemps le litre de yacoftiVe annonça un ennemi déclare de la maison régnante. Celle-ci se défendait et levait la hache sur tout partisan de la famille dépossédée ; c'est l'ordre politique. Mais à quel moment précis le jacohiU commcnçat-il d'èlre réellement coupable? C'est une question terrible qu'il faut laisser au jugement de Dieu. Maintenant (lu'il s'est expli(iué par le temps, le catholique se présente au souverain de l'Angleterre, et lui dit : « Vous « voyez nos principes : notre fidélité n'a ni bornes, . ni exceptions, ni conditions. Dieu nous a enseigne « que la souveraineté est son ouvrage : il nous a prescrit « de résister, au péril de notre vie, à la violence qui « voudrait la renverser ; et si cette violence est heu- « reuse, nulle part il ne nous a révélé à quelle époque « le succès peut la rendre légitime. Se trop presser peut « être un crime ; mourir pour ses anciens maîtres n'en « est jamais un. Tant qu'il y eut des Stuarts au monde, « nous combattions pour eux, et sous la haihe de vos « bourreaux, notre dernier soupir fut pour ces princes « malheureux : maintenant ils n'existent plus ; Dieu a « parlé, vous êtes souverains légitimes; nous ne savons « pas depuis quand , mais vous l'êtes. Agi écz cette même * lidéUtc religieuse, obstinée, inébranlable, que nous « jurâmes jadis à celte race infortunée qui précéda la « vôtre. Si jamais la rébellion vient à rugir autour do « vous, aucune crainte , aucune séduction ne pourra

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« nous Jéîntlier de votre cause. Eussiez-voiis m/ime h « noire égard les torts les plus inexcusables , nous la dé- '< fendrons jusqu'à noîre dernier soupir. On nous trou- « vera autour de vos drapeaux, sur tous les champs de « bataille où l'on combattra pour vous ; et si pour « attester notre foi, il faut encore monter sur les écha- « fauds , vous nous y avez accoutumés ; nous les arro- « serons de notre sang, sans nous rappeler celui de nos « pères, que vous files couler pour ce même crime de « fidélité. »

IV. Tout semble démontrer que les Anglais sont destinés à donner le branle au grand mouvement religieux qui se prépare , et qui sera une époque sacrée dans les fastes du genre humain. Pour arriver les premiers à la lumière parmi tous ceux qui l'ont abjurée , ils ont deux avantages inappréciables et dont ils se doutent peu : c'est que , par la plus heureuse des contradictions , leur système religieux se trouve à la fois , et le plus évidemment faux , et le plus évidemment près de la vérité.

Pour savoir que la religion anglicane est fausse, il n'est besoin ni de recherches , ni d'argumentation. Elle est jugée par intuition ; elle est fausse comme le soleil est lumineux. Il suffit de regarder. La hiérarchie anglicane est isolée dans le christianisme ; die est donc nulle. îl n'y a rien de sensé à répliquer à cette simple observation. Son épîscopat est également rejeté par l'Eglise catholique et par la protestante : mais s'il n'est ni catholique, ni protestant, qu'est-il donc? Rien. C'est un établissement civil et local, diamétralement opposé à l'universalité, signe exclusif de la vérité. Ou cette religion est fausse, ou Dieu s'est incarné pour les Anglais : entre ces deux propositions, il n'y a point de milieu. — Souvent leurs théologiens en appellent à l'établissement.

4G3 sans s'npcrcevoir que ce mot seul annule leur religion puisqu'il suppose la nouveauté et l'action humaine, deur. grands anathèmes également visibles, décisifs et ineflaçables. D'autres théologiens de cette école et des prélats même, voulant échappera ces analhèmes dont ils ont l'involontaire conviction, ont pris l'étrange parti de soutenir qu'ils rCélaicnt pas protestants ; sur quoi il faut leur dire encore : QiCctcs-vous donc? — Jpostoliqucs , disent-ils^. Mais ce serait pour nous faire rire sans doute , si l'on pouvait rire de choses aussi sérieuses et d'hommes aussi estimables.

V. L'Eglise anglicane est d'ailleurs la seule association du monde, qui se soit déclarée nulle et ridicule dans l'acte même qui la constitue. Elle a proclamé solennellement dans cet acte XXXIX articles , ni plus ni moins , absolument nécessaires au salut, et qu'il faut jurer pour appartenir à cette Eglise. Mais l'un de ces articles^ déclare solennellement que Dieu , en constituant son Eglise, n'a point laissé V infaillibilité sur la terre ; que toutes les Eglises se sont trompées , à commencer par celle de Rome ; qu'elles se sont trompées grossièrement , même sur le dogme , même sur la morale ; en sorte qu'aucune d'elles ne possède le droit de prescrire la croyance , et que l'Ecritiu-e sainte est l'unique règle du chrétien ""*.

(1) Snp. lir. IV, chap. V, p. 424.

(2) C'est le Vie ainsi conçu :

Sacra Scriplura conlinet omnia quœ ad saliifem sunt necessaria. ilà ul quidqnid nec Icgitur, neqne inde probari polesl, non sit à quodani exigendum ut tanquam articulum fîdei credniar , aiit ad salutis necessifatem reqniri. (Wilkins's Concilia anjlica , in-fol. lom. IV, p. 233.)

(3) Sicut erraTil Ecclesia hierosolymitana , alexandrina et anlio. iiona , ita et erra^it Ecclesia romaaa , non solùm non qnod agenda et cxremoniarum rilus, verùm in his quaj credenda sunt. (Art. XIX,.ibid. p. 235.)

4(Î4 I/Eglisc angiicano déclare donc à ses enfants, qu'elle a bien le droit de leur commander, mais qu'ils ont droit de ne pas lui obéir. Dans le même moment, avec la même plume, avec la même encre, sur le même papier, elle déclare le dogme et déclare qu'elle n'a pas le droit de le déclarer. J'espère que dans l'interminable catalogue des folies humaines, celle-là tiendra toujours une des premières places.

VI. Après cette déclaration solennelle de l'Eglise anglicane, qui s'annule elle-même , il manquait un témoignage de l'autorité civile qui ratifiât ce jugement ; et ce témoignage, je le trouve dans les débats parlementaires de l'année 1805, au sujet de l'émancipation des catholiques. Dans une de ces séances bruyantes, qui ne doivent servir qu'à préparer les esprits pour une époque plus reculée et plus heureuse , le procureur-général de S. M. le roi de la Grande-Bretagne laissa échapper une phrase qui n'a' pas été remarquée, ce me semble, mais qui n'en est pas moins une des choses les plus «curieuses qui aient été prononcées en Europe depuis un siècle , peut-être.

Souvenez-vous . disait à la chambre des communes ce magistrat important, revêtu dn mmistère public; souvenez-vous que c'est absolument la même chose pour VJngletene, de révoquer les lois portées contre les catholiques, ou (Tavoir sur-le-champ un parlement catholique et une religion catholique , au lieu de l'établissement actuel ' .

Le commentaire de cette inappréciable naïveté se présente de lui-même. C'est comme si le procureur-général

(1) I think ihat no alternative can exUl belwcen keeping ihe establishment we hâve anJ puliing a Ilomaa calholick establishment in its place. (Parliamenlary debates , etc. vol, IV LonJon, 4805, p. 943. Dise, (lu procureur-g(?n(?ral. )

nvait dit en propres termos : Notre religion, comme voun Je savez, n'est qu'un établissement purement civil, qui ne. repose que sur la loi du pays et sur l'intérêt de chaque individu. Pourquoi sommes-nous anglicans P Certes , ce n'est pas la persuasion qui nous détermine; c'est la crainte de perdre des biens, des honneurs -et des privilèges. Le mot de FOI rH ayant donc point de sens datis notre langue, et la conscience anglaise étant catholique, nous lui obéirons du moment où il ne devra plus rien nous en coûter. En un clin d' œil , nous serons tous catholiques* .

VIL Mais si dans tout ce qu'il renferme de faux , il n'y a rien de si évidemment faux que le système anglican , en revanche, par combien de côtés ne se recommande -t-il pas à nous comme le plus voisin de la vérité? Retenus par les mains de trois souverains terribles qui goûtaient peu les exagérations populaires , et retenus aussi , c'est un devoir de l'observer , par un bon sens supérieur , les Anglais purent , dans le XVI*' siècle , résister jusqu'à un point remarquable, au torrent qui entraînait les autres nations , et conserver plusieurs éléments catholiques. De là cette physionomie ambiguë qui distingue l'Eglise anglicane , et que tant d'écrivains ont fait observer, a Elle n'est pas « sans doute l'épouse légitime , mais c'est la maîtresse « d'un roi ; et quoique fille évidente de Calvin , elle n'a

(1) J'oserais croire cependant que le savant niagislrat s'exagérait le mallieur futur. Tout le monde , disait-il , sera catholique : eh bien : dès que tout le inonde serait d'accord , où serait le mal?

Trois Jours auparavant (sëance du 10 mai, ibid. p. 761. ) , un pair disait, en parlant sur la même question : n Jacques II ne demandait « pour les catholiques que l'ëgalité de privilèges ; mais cette égalité au- « rail amend la chute du protestantisme ; » et pousqcoi? C est toujours le même aveu. L'erreur, si elle neat soutenue par des prO' scriptions , ne tiendra jamais contre la lérilé.

« point la mine cffronlcc de ses sœurs. Levant la tcie « d'un air majestueux , elle prononce assez dislinctemeni « les noms de Pères , de Conciles, de Chefs de V Eglise : « sa main porte la crosse avec aisance ; elle parle sérieu- « sèment de sa noblesse; et sous le masque d'une mitre « isolée et rebelle, elle a su conserver on ne sait quel « reste de grâce antique , vénérable débris d'une dignité « qui n'est plus*. »

Nobles Anglais! vous fûtes jadis les premiers ennemis de l'unité ; c'est à vous aujourd'hui qu'est dévolu l'honneur de la ramener en Europe. L'erreur n'y lève la tête que parce que nos deux langues sont ennemies : si elles viennent à s'allier sur le premier des objets , rien ne leur résistera. 11 ne s'agit que de saisir l'heureuse occasion que la politique vous présente dans ce moment. Un seul acte de justice , et le temps se chargera du reste.

tî) ...... As ihe mistress af a monarcli's Ecd ,

Her front erect wîth majesly she bore , The crosier wielded and Ihe mitre wore : Shew'd affectation of an ancient line And faliiers, counciis churches and churches's nead. Were on her rev'rend Phylacteries read.

( DryJen's original poems. in-12, tom. I, The hind and the Panlher. Part. I. ) ^ Je lis dans le Magasin européen , tom. XVIIÎ , août 1790, p. 115 , un morceau remarquable du docteur Burney sur le même sujet. Quelques dissidents modernes sont moins polis et plus tranchants. « L'Eglise de E.ome , disent-ils, est une prostituée ; celle d'Ecosse, une a entretenue , et celle dAngleterre , une femme de moyenne yertu entre « l'une et l'autre, a

They {the dîssenters) ealleù the church of Rome a strumpet ; the kirk of Scotland a kept-mislress , a^à ibe church of England an equivocaJ iadyof eafy virtue betwenthe one and the other. (Journal du parlement d'Angleterre , chambre des communes , jeudi 2 mars 1790 , discours dn sélèbre Burko )

VIII. Après trois siècles d'irritation cl de disputes , que nous rcprochcz-vous encore et de quoi vous plaignezvous? Dites-vous toujours que nous avons innove ; que nous avons inventé des dogmes et change nos opinions humaines en symboles? Mais si vous ne voulez pas en croire nos docteurs qui protestent et qui prouvent qu'ils n'enseignent que la foi des Apôtres , croyez-cn au moins vos athées : ils vous diront que les pouvoirs exercés par VEglise romaine sont en grande partie antérieurs àpresque tous les établissements politiques de V Europe*,

Croyez-en vos déistes : ils vous diront qu'un homme instruit ne saurait résister au poids de Vévidence historique qui établit que dans toute la période des quatre premiers siècles de l'Eglise, les points principaux des doctrines papistes étaient déjà admis en théorie et en pratique^.

Croyez-en vos apostats : ils vous diront qu'ils avaient cédé d'abord à cet argument qui leur parut invincible : qu'il faut qu'il y ait quelque partun juge infaillible , et quel' Eglise de Rome est la seule société chrétienne qui prétende etpuisse prétendre à ce caractère^.

Croyez-en enfin vos propres docteurs, vos propres évêques anglicans : ils vous diront dans leurs moments heu-

(1) Many of ihe powers indeed assumed by the church of Romo wcre very ancient aud wcre prior lo almosl evory polilical govcrnomeul eslablished in Europe. (Hume's Hisl. of England. Henri VIII, ch. XXIX , ann. 1521.)

Hume, comme on voit, tâche de modifier légèrement sa proposition; mais ce n'est qu'une pure chicane qu'il fait à sa consciecce.

(2) Gibbon , Mémoires , lom. I, chap. 1 , de la Iraduc. franc.

(3) Cette décision est de Chillingworth ; elGihbon qui la rapporte, ajoute que le premier ne démit cet argument qu'à lui-mime. (Gibbon, au livre cité, chnp. VI.) Dans celte supposition , il faut croire que ni Chillingworih ni Gibbon n'avaient Leauccup lu nos docteurs,

reux de conscience ou de distraction , que les germes du papisme furent semés çlès le temps des Jpôlres'^.

Tâchez de vous recueillir : lâchez d'être maîtres de vous-mêmes et de vos préjuges , assez pour pouvoir contempler dans le calme de votre conscience de quel étrange système vous avez le malheur d'être encore les principaux défenseurs. Faut-il donc tant d'arguments contre le protestantisme? Non. Il suffit de tracer exactement son portrait et de le lui montrer sans colère.

IX. « En vertu d'un anaihème terrible , inexplicable « sans doute , mais cependant bien moins inexplicable « qu'incontestable , le genre humain avait perdu tous ses « droits. Plongé dans de mortelles ténèbres, il ignorait « tout puisqu'il ignorait Dieu, et puisqu'il l'ignorait il « ne pouvait le prier; en sorte qu'il était spirituellement « mort sans pouvoir demander la vie. Parvenu par une « dégradation rapide au dernier degré de l'abrutisse- « ment, il outrageait la nat,ure par ses mœurs, par ses « lois et par ses religions même. Il consacrait tous les a vices ; il se roulait dans la fange , et son abrutissement « était tel , que l'histoire naïve de ces temps forme un « tableau dangereux que tous les hommes ne doivent pas « contempler. Dieu cependant, après avoir dissimulé « quarante s/ècZes^ se souvint de sa créature. Au moment a marqué et de tout temps annoncé , il ne dédaigna pas le

(1) The seeds of Popery werc sown evcn in the aposlles limes. (Bisliup Newlon's dissertations on ihe profccics. London, in-8, loin, III, ch. X , pag. 148.)

L'honnête ho m me ! Encore un It^ger effort de franchise, et nous TaurioDS entendu conrcnir , non Jndirectement comme il le fait ici , mais en propres termes, que des germes du pnpisms furent tmiés par Jésui^ Christ,

41)9 ^■- sein d'une vierge ; il se revêtit de notre malhcureuso « nature cl parut sur la terre. Nous le vîme.s , nous le a louchâmes , il nous parla : il vécut , il enseigna , il souf- « frit , il mourut pour nous. Sorli de son tombeau , sui- « vaut sa promesse , il reparut encore parmi nous , pour « assurer solcunellcmenl à son Eglise une assistance aussi « durable que le monde ! Mais hélas ! celeirorl de l'amour « loul-puissant n'eut pas à beaucoup piès tout le succès « qu'il annonçait. Par défaut de science ou de force, ou « par distraction j pcuL-éire Dieu manqua son coup el ne «« pul tenir sa parole. Moins avisé qu'un chimiste , qui en- '« t reprendrait d'enfermer l'élherdansla loile ou le papier , « il ne confia qu'à des hommes celle vériié qu'il avait ap- 1 portée sur la terre : elle s'échappa donc comme on au- •i rait bien pu le prévoir, par lous les [>ores humains : " bientôt cette Religion saiulc, révélée à l'homme par « l'Homhie-Dicu , ne fut plus qu'une infâme idolâtrie', « qui durerait encore si le christianisme , après seize siè- « des , n'eut été brusquement ramené à sa puieté origi- « nelle par deux misérables. »

Voilà le protestantisme. Et que dira-t-on de lui et de vous qui le défendez, lorsqu'il n'existera plus? Aideznous plutôt à le liiire disparailie. Pour rétablir une religion et une morale en Europe; pour donner à la vérité les forces qu'exigent les conquêtes qu'elle médite; pour raffermir surtout le trône des souveiaius, et calmer doucement celte fermen talion générale des esprits qui nous menace des plus grands malheurs , un préliminaire indispensable est d'effacer du dictionnaire européen ce mol fatal, PROTESTANTISME.

X. 11 est impossible que des considérations aussi imporlanies ne se fassent pas jour enfin dans les cabinets proleîlants^ et n'y demeurent en réserve pour en descendre

eusuiic comme une eau bienfaisante qui arrosera les valléo*, Toul invile les protestants à revenir à nous. Leur science , qui n'est maintenant qu'un épouvantable corrosif, perdra sa puissance délétère en s'alliant à notre soumission , qui ne refusera point à son tour de s'éclairer parleur science. Ce grand changement doit commencer par les princes , et demeurer parfaitement étranger au ministère dit évanyélique. Plusieurs signes manifestes excluent ce ministère du grand œuvre. Adhérer à Terreur est toujours un grand mal ; mais l'enseigner par état , et l'enseigner contre le cri de sa conscience , c'est l'excès du malheur , et l'aveuglement absolu en est la suite véritable. Un grand exemple de ce genre vient de nous être présenté dans la capitale du protestantisme , oii le corps des pasteurs a renoncé publiquement au christianisme en se déclarant arien, tandis que le bon sens laïque lui reproche son apostasie. XI. Au miheu de la fermentation générale des esprits, les Français , et parmi eux l'ordre sacerdotal en particulier , doivent s'examiner soigneusement , et ne pas laisser échapper cette grande occasion de s'employer efficacement et en première ligne à la reconstruction du saini édifice. Ils ont sans doute de grands préjugés à vaincre, mais pour y parvenir , ils ont aussi de grands moyens , et, ce qui est très-heureux, de puissants ennemis de moins. Les parlements n'existent plus. Réunis en corps, ils auraient opposé une résistance peut être invincible, et c'en était fait de l'Eglise gallicane. Aujourd'hui l'esprit parlementaire ne peut s'expliquer et agir que par des efforts individuels, qui ne sauraient avoir un grand effet. On peut donc espérer que rien n'empêchera le sacerdoce de se rapprocher sincèrement du Saint-Siège , dont les circonstances /'avaient éloigné plus qu'il ne croyait peut-être. Il n'y a pas d'autre moyen de

rétablir la Religion snr scsaïuiqucs bases. Les ennemis do cette Religion , qui ne l'ignorent pas , lûchenl de leur côté d'établir f opinion contraire ; savoir : que c'est le Pape qui. s'oppose à la réunion des chrétiens. Un évèquc grec a déclaré naguère qu'il ne voyait plus, entre les deux Eglises , d"* autre mur de séparation que la suprématie du Pape ^ ; et cette assertion toute simple de la part de son auteur , je l'ai entendu citer en pays catholique , pour établir encore la nécessité de restreindre davantage la suprême puissance spirituelle. Pontifes et lévites français, gardez-vous du piège qu'on vous tend : pour abolir le protestantisme sous toutes les formes, on vous propose de vous faire protestants. C'est au contraire en rétablissant la suprématie pontificale , que vous replacerez l'Eglise gallicane sur ses véritables bases , et que vous lui rendrez son ancien éclat. Reprenez votre place, l'Eglise universelle a besoin de vous pour célébrer dignement l'époque fameuse , et que la postérité n'envisagera jamais sans une profonde admiration \ l'époque , dis-je , oîi le Souverain Pontife s'est vu reporté sur son trône par des événements dont les causes sortent visiblement du cercle étroit des moyens liiunains.

XII. Nulle institution humaine n'a duré dix-huit siècles. Ce prodige qui serait frappant partout , l'est plus particulièrement au sein de la mobile Europe. Le repos est le supplice de l'Européen , et ce caractère contraste merveilleusement avec l'immobilité orientale. Il faut qu'il agisse , il ÎQXXi qu'il entreprenne , il laut qu'il innove et qu'il change

(1) Ce prélat est M. Elie Moniale, Evoque de Zarissa. Son livre intitule : La pierre d'achoppement, a été traduit en allemand par M. Jacoh Kernper. Vienne, in-8, 1787. On lit à la page 93: Ich halte dea blreit uber die ober-gevalt Pabstes fur den hunpt-punckt ; d<;nii dieït< iitt die schicnd-mauer wclche die zwej kirchea ti laiit.

tout ce qu'il peut atteindre. La politique surtout n'a cessé d'exercer le génie innovateur des enfants audacieux de Japhet. Dans l'inquiète défiance qui les tient sans cesse en garde contre la souveraineté, il y a beaucoup d'orgueil sans doute , mais il y a aussi une juste conscience de leur dignité : Dieu seul connaît les quantités respectives de ces deux éléments. Il suffit ici de faire observer le caractère qui est un fait incontestable , et de se demander quelle force cachée a donc pu maintenir le trône pontifical , au milieu de tant de ruines et contre toutes les règles de la probabilité . A peine le christianisme s'est établi dans le monde , et déjà d'impitoyables tyrans lui déclarent une guerre féroce. Ilsbaignentla nouvelle Religion dans le sang de ses enfants. Les hérétiques l'attaquent de leur côté dans tous ses dogmes successivement. A leur tète éclate Arius qui épouvante le monde , et le fait douter s'il est cAref/ew ^ . Julien avec sa puissance, son astuce, sa science^ et ses philosophes complices , portent au christianisme des coups mortels pour tout ce qui eût été morlel. Bientôt le Nord verse ses peuples barbares sur l'empire romain ; ils viennent venger les martyrs , et l'on pourrait croire qu'ils viennent étoufïer la Religion pour laquelle ces victimes moururent; mais c'est le contraire qui arrive. Eux-mêmes sont apprivoisés par ce culte divin qui préside à leur civilisation , et se mêlant à toutes leurs institutions , enfante la grande famille européenne et sa monarchie dont l'univers n'avait nulle idée. Les ténèbres de l'ignorance suivent cependant l'invasion des barbares ; mais le flambeau de la foi étincelle d'une manière plus visible sur ce fond ob-

(1) [Allusion à ce mot de saint Jérôiiie racontant ce qui s'était passé ou Synode de Riraini : Ingemuit totus orbis , et Arianum te esse mirants est. Ailercatio Lucif. cl Orlh. Opii. toai. IV.]

bcui , cl lu scicuLcinéfittcconcenlrée dans l'Eglise , ue cesse lie produire d(!s hommes émincnls pour leur siècle. La jioble simplicité de ces temps illustrés riar de liauts caractères, valait bien mieux que la demi-science de leurs successeurs immédiats. Ce fut de leur temps que naquit ce iunesle schisme qui léduisit l'Eglise à chercher son chef visible pendant quarante ans. Ce fléau des contemporains est un trésor pour nous dans l'histoire. Ilsert àprou- Ncrquele trône de saint Pierre est inébranlable. Quel établissement humain résisterait à cette épreuve qui cej>endanl t/était rien, comparée à celle qu'allait subir l'Eijlise !

XIII. Luther paraît ; Calvin le suit. Dans un accès de frénésie d#nt le genre Immain n'avait pas vu d'exemple, et dont la suite immédiate fut un carnage de trente ans , ces deux hommes de néant, avec l'orgueil des sectaires, l'acrimonie plébéienne , et le fanatisme des cabarets ^ , publièrent la réforme de l'Eglise; et en effet ils la réformèrent , mais sans savoir ce qu'ils disaient , ni ce qu'ils faisaient. Lorsque des hommes sans mission osent entreprendre de réformer l'Eglise , ils déforment leur parti , et ne réforment réellement que la véritable Eglise qui est obligée de se défendre et de veiller sur elle-même. C'est précisément ce qui est arrivé ; car il n'y a de véritable réforme que l'immense chapitre delà réforme qu'on lit dans le concile de Trente; tandis que la prétendue réforme estde-

(1) Dans les cabarets , on citait à l'envi des anecdotes plaisantes sur l'avarice des prêtres ; on y tournait en ridicule les clefs, la puissance des Papes, etc. (LeUre de Luther au Pape, datée du jour de la Trinité 15i8 , citée par 31. Roscoe. lîist. de Léon X , in-8, lom. IIL Appendix, u. 149 , p. 152.) On peut s'en fier à Luther , tur les premières chaires de la réforine.

mcurcehors de l'Eglise, sans l'ogle, sansautorilé, et bicnlôl sans foi, telle que nous la voyons aujourd'hui. Mais par quelles effroyables convulsioçs n'est-elle pas arrivée à cette nullité dont nous sommes les témoins? Qui peut se rappeler sans frémir le fanatisme du XVF siècle , et les scènes épouvantables qu'il donna au monde ? Quelle fureur surtout contre le Saint-Siège! 'Nous rougissons encore pour la nature humaine, en lisant dans les écrits du temps les sacrilèges injures vomies par ces grossiers novateurs contre la hiérarchie romaine. Aucun ennemi de la foi ne s'est jamais trompé : tous frappent vainement, puisqu'ils se battent contre Dieu ; mais tous savent où il faut frapper. Ce qu'il y a d'extrêmement remarquable, c'est qu'à mesure que les siècles s'écoulent , j^es attaques sur l'édifice catholique deviennent toujours plus fortes ; en sorte qu'en disant toujours « il n'y a rien au delà » on se trompe toujours. Après les tragédies épouvantables du XVI® siècle, on eût dit sans doute que la tiare avait subi sa plus grande épreuve ; cependant celle-ci n'avait fait qu'en préparer une autre. Le XVP et le XVIP siècles pourraient être nommés les prémisses du XVIIP , qui ne fut en effet que la conclusion des deux précédents. L'esprit humain n'aurait pu subitement s'élever au degré d'audace dont nous avons été les témoins. Il fallait, pour déclarer la guerre au ciel , mettre encore Ossa sur Pélion. Le philosophisme ne pouvait s'élever que sur la vaste base de la réforme.

XIV. Toute attaque sur le catholicisme portant nécessairement sur le christianisme même , ceux que notre siècle a nommés philosophes ne firent que saisir les armes que leur avait préparées le protestantisme, et ils les tournèrent contre l'Eglise en se moquant de leur allié qui r.e valait pas la peine d'une attaque , ou qui peut -eue

raltcnJail. Qu'on se rappelle tous les livres inipics écrîia pendant le XVIIl^ siècle. Tous sont diriges contre Rome, comme s'il n'y avait pas de véritables clnéliens hors d« l'enceinte romaine ; ce qui est très-vrai si l'on veut s'ex" primer rigoureusement. On ne l'aura jamais assez répété, il n'y a rien de si infaillible que l'instinct de l'impiété. Voyez ce qu'elle hait , ce qui la met en colère , et ce qu'elle attaque toujours , partout et avec fureur : c'est la vérité. Dans la séance infernale de la Convention nationale ( qui frappera la postérité bien plus qu'elle n'a frappé nos légers contemporains ) où l'on célébra, s'il est permis de s'exprimer ainsi , l'abnégation du culte , Robespierre, après son mmor/eZ discours , se fit-il apporter les livres , les habits , les coupes du culte protestant pour es profaner? Appela-t-il à la barre, chercha-t-il à séduire ou à effrayer quelque ministre de ce culte pour en obtenir un serment d'apostasie ? Se servit-il au moins pour cette horrible scène des scélérats de cet ordre , comme il avait employé ceux de l'ordre catholique ? Il n'y pensa seulement pas. Rien ne le gênait , rien ne l'irritait , rien ne lui faisait ombrage de ce côté , aucun ennemi de Rome ne pouvant être odieux à un autre , quelles que soient leurs différences sous d'autres rapports. C'est par ce principe que j'explique l'affinité , différemment inexplicable , des églises protestantes, avec les églises photiennes , nestoriennes , etc. , plus anciennement séparées. Partout où elles se rencontrent , elles s'embrassent et se complimentent avec une tendresse qui surprend au premier coup d'oeil , puisque leurs dogmes capitaux sont directement contraires ; mais bientôt on a deviné leur secret. Tous les ennemis de Rome sont amis , et comme il ne peut y avoir de foi proprement dite hors de l'Eglise catholique , passé cet accès de chaleiu* fiévreuse qui ca-

47G con>pagne la naissance de toutes les sectes , on cesse do se brouiller pour des dogmes auxquels on ne lient plus qu'ox.téi'icurement , et que chacun voit s'échapper l'un après l'autre du symbole national , à mesure qu'il plaît à ce juge capricieux qu'on appelle raison particulière , de les citer à son tribunal pour les déclarer nuls.

XV. Un fanatique anglais , au commencement du dernier siècle , fit écrire sur le fronton d'un temple qui ornait ses jardins , ces deux vers de Corneille :

Je rends grâces aux dieux de n'être plus Romain , Pour conserver encor quelque chose d'humain.

Et nous avons entendu un fou du dernier siècle s'écrier dans un livre tout à fait digne de lui : 0 Rome ! que jl TE HAIS * ! Il parlait pour tous les ennemis du christianisme , mais surtout pour tous ceux de son siècle ; car jamais la haine de Rome ne fut plus universelle et plus iriorquée que dans ce siècle où les grands conjurés eurent l'art de s'élever jusqu'à l'oreille de la souveraineté orthodoxe , et d'y faire couler des poisons qu'elle a chèrement payés. La persécution du XVIIF siècle surpassr infiniment toutes les autres , parce qu'elle y a beaucoup ajouté , et ne ressemble aux persécutions anciennes que par les torrents de sang qu'elle a versés en finissant. Mais combien ses commencements furent plus dangereux î

(1) IVrercier dans l'ouvrage inlitulé : L'flJi22îO, ouvrage qui , sous un point de vue , mérite d'être lu , parce qu'il contient tout ce que ces luisérabiei désiraient , et tout ce qui devait en effet arriver : ils se trompaient iiuhmcul en prenant uue piiase passagère du mal pour un éiai durable qçi ddvuit leî débarrasser pour toujours de leur pla$ grani'c ennemie. •

V7 L'ardio saiiilc fui sonmisc; de nos jours à deux ailaciurs inconnues jusqu'alors: elle essuya à la fois les coups de la science et ceux du ridicule. La chronologie , l'iMSloiro naturelle, raslronomic , la physique, furent pour ainsi dire ameutées contre la Religion. Une honteuse coalition réunit contre elle tous les talents , toutes les connaissances , toutes les forces de l'esprit humain. L'impiété monta sur le théâtre. Elle y fit voir les Pontifes , les prêtres , les vierges saintes sous leurs costumes distinctifs , et les fit parler comme elle pensait. Les femmes, qui peuvent îout pour le mal comme pour le bien , lui prêtèrent leur influence; et tandis que les talents et les passions se réunissaient pour faire en sa faveur le plus grand effort imaginable, une puissance d'un nouvel ordre s'armait contre la foi antique : c'était le ridicule. Un homme unique à qui l'enfer avait remis ses pouvoirs , se présenta dans celte nouvelle arène , et combla les vœux de l'impiété. Jamais l'arme de la plaisanterie n'avait été maniée d'une manière aussi redoutable , et jamais on ne l'emplovîi contre la vérité avec autant d'clTronterie et de succès. Jusqu'à lui, le blasphème circonscrit par le dégoût ne tuait que le blasphémateur ; dans la bouche du plus coupable des hommes , il devint contagieux en devenant Charmant. Encore aujourd'hui , l'homme sage qui parcourt les écrits de ce bouffon sacrilège, pleure souvent d'avoir ri. Une vie d'un siècle lui fut donnée, afin que l'Eglise sortît victorieuse des trois épreuves auxquelles riTi'le institution fausse ne résistera jamais, le syllogisme , réchafaud et l'épigramme.

XVL Les coups désespérés portés dans les dernières années du dernier siècle contre le sacerdoce catholique et contre le Chef suprême de la Religion , avaient ranimé les espérances des ennemis de la chaire éternelle. On sait

47S qu'une maladie du proiesianlismc , aussi .mcîenne qup lui , fut la mauie do prédire la chute de la puissance pontificale. Les erreur , les bévues les plus énormes , le ridicule le plus solennel , rien n'a pu le corriger ; toujours il est revenu à la charge ; mais jamais ses prophètes n'ont été plus hardis à prédire la chute du Saint-Siège , que lorsqu'ils ont cru voir qu'elle était arrivée.

Les docteurs anglais se sont distingués dans ce genre de délire par des livres fort utiles , précisément parce qu'ils sont la honte de l'esprit humain , et qu'ils doivent nécessairement faire rentrer en eux-mêmes tous les esprits qu'un ministère coupable n'a pas condamnés à un aveuglement final. A l'aspect du Souverain Pontife chassé, exilé, emprisonné, outragé^ privé de ses états , par une puissance prépondérante et presque surnaturelle devant qui la terre se taisait j il n'était pas malaisé à ces prophètes de prédire que c'en était fait de la suprématie spirituelle et de la souveraineté temporelle du Pape. Plongés dans les plus profondes ténèbres , et justement condamnés au double châtiment de voir dans les saintes Ecritures ce qui n'y est pas , et de n'y pas voir ce qu'elles contiennent de plus clair , ils entreprirent de nous prouver par ces mêmes Ecritures , que cette suprématie à qui il a été divinement et littéralement prédît qu'elle durerait autant que le monde, était sur le point de disparaître pour toujours. Ils trouvaient l'heure et la minute dans l'Apocalypse ; car ce livre est fatal pour les docteurs protestants , et sans excepter même le grand Newton ; ils ne s'en occupent guère sans perdre l'esprit. Nous n'avons, contre les sophismes les plus grossiers, d'autres armes que le raisonnement ; mais Dieu, lorsque sa sagesse l'exige , les réfute par des miracles. Pendant que les faux prophètes parlaient avec le plus d'assurance.

el qiruiic foule, rorame eux ivre d'erreur, leur prédit Foreille, uu prodige visible de la Toute-Puissance, manifesté par l'inexplicable accord des pouvoirs les plus discordants , reportait le Pontife au Vatican ; et sa main qui ne s'étend que pour bénir , appelait déjà la miséricorde et les lumières célestes sur les auteurs de ces livres insensés. XVII. Qu'attendent donc nos frères si malheureusement séparés, pour marcher au Capitolc en nous donnant la main? Et qu'entendent-ils par miracle, s'ils ne veulent pas reconnaître le plus grand, le plus manifeste , le plus incontestable de tous dans la conservation, et de nos jours surtout, dans la résurrection (qu'on me permette ce mot), dans la résurrection du trône pontifical, opérée contre toutes les lois de la probabilité humaine? Pendant quelques siècles, on put croire dans le monde '.]ue l'unité politique favorisait l'unité religieuse ; mais depuis longtemps , c'est la supposition contraire qui a lieu. Des débris de l'empire romain se sont formés une foule d'empires^ tous de mœurs, de langages, de préjugés différents. De nouvelles terres découvertes ont multiplié sans mesure cette foule de peuples indépendants les uns à l'égard des autres. Quelle main, si elle n'est divine , pourrait les retenir sous le même sceptre spirituel? C'est cependant ce qui est arrivé , et c'est ce qui est mis sous nos yeux. L'édifice catholique, composé de pièces politiquement disparates et même ennemies, attaqué de plus par tout ce que le pouvoir humain aidé par le temps peut inventer de plus méchant, de plus profond et de plus formidable, au moment même où il paraissait s'écrouler pour toujours, se raffermit sur ses bases plus assurées que jamais , et le Souverain Pontife des chrétiens , échappé à la plus impitoyable persécution , consolé par de nouveaux arais, par des conversions illustres, par

les plus doucos cspérancos , relève sa tête auguste au mi lieu de l'Europe étonnée. Ses vertus sans doute étaient dignes de ce triomplie ; mais dans ce moment ne conten»plùns que le siège. Mille et mille fois ses ennemis nous ont reproché les faiblesses , les vices même de ceux qui l'ont occupé. Ils ne faisaient pas attention que toute souveraineté doit être considérée comme un seul individu ayant possédé toutes les bonnes et les mauvaises qualités qui ont appartenu à la dynastie entière ; et que la succession des Papes, ainsi envisagée sous le rapport du mérite général, l'emporte sur toutes les autres, sans difficulté et sans comparaison, lis ne faisaient pas attention, de plus, qu'en insistant avec plus de complaisance sur certaines taches, ils argumentaient puissamment en faveur de l'indéfcctibilité de l'Eglise. Car si , par exemple^ il avait plu à Dieu d'en confier le gouvernement à une intelligence d'un ordre supérieur, nous devrions admirer un tel ordre de choses bien moins que celui dont nous sommes témoins : en effet, aucun homme instruit ne doute qu'il y ait dans l'univers d'autres intelligences que l'homme , et très-supérieures à l'homme. Ainsi l'existence d'un chef de l'Eglise, supérieur à l'homme, ne nous apprendrait rien sur ce point. Que si Dieu avait rendu de plus celte intelligence visible à des êtres de notre nature en l'unissant à un corps, cette merveille n'aurait rien de supérieur à celle que présente l'union de notre âme et de notre corps , qui est le plus vulgaire de tous les faits , et qui n'en demeure pas moins une énigme insoluble à jamais. Or, il est clair que dans l'hypothèse de cette intelligence supérieure, la conservation de l'Eglise n'aurait plus rien d'extraordinaire. Le miracle que nous voyons surpasse donc infiniment celui que j'ai supposé. Dieu nous a promis de fonder sur une suite d'hommes semblables à nous un("

Eglise éternelle et indcfeclible. Il l'a fait , puisqu'il Vu dit ; et ce prodige qui devient cliaque jour plus éblouissant est déjà incoiiicslable pour nous qui sommes placés à dix-huit siècles de la promesse. Jamais le caractère, moral des Papes n'eut d'inQuencc sur la foi. Libère et Honorius , l'un et l'autre d'une érainente piété , ont eu cependant besoin d'apologie sur le dogme ; le buUairc d'Alexandre VI est irréprochable. Encore ime fois, qu'atlendons-nous donc pour reconnaître ce prodige, et nous réunir tous à ce centre d'unité hors duquel il n'y a plus de chi'istianisme? L'expérience a convaincu les peuples séparés ; il ne leur manque plus rien pour reconnaître la vérité ; mais nous sommes bien plus coupables qu'eux , nous qui, nés et élevés dans cette sainte unités osons cependant la blesser et l'attrister par des systèmes déplorables, vains enfants de l'orgueil, qui ne serait plus l'orgueil , s'il savait obéir.

XVIII. « 0 sainte Eglise romaine î » s'écriait jadis le grand Evêque de Meaux , devant des hommes qui l'en* tendirent sans l'écouter ; «ô sainte Eglise de Romel « si je t'oublie, puissé-je m'oublier moi-même I que « ma langue se sèche et demeure imniobile dans ma « bouche! »

« 0 sainte Eglise romaine ! » s'écriait à son tour Fénelon , dans ce mémorable mandement où il se recommandait au respect de tous les siècles , en souscrivant humblement à la condamnation de son livre ; ô sainte a Eglise de Rome ! si je t'oublie , puissé-je m'oublier « moi-même! que ma br.gue se sèche et deuu^uie im- « mobile dans ma bouche ! »

Les mêmes expressions tirées de l'Ecriture sainte se présentaient à ces deux génies supérieurs , pour exprimer leur foi et leur soumission ;\ la grande Eglise. C'est

à nous, heureux enfants de celle Eglise, mère de toutes les aulres, qu'il apparlienl aujourd'hui de répéter les paroles de ces deux hommes fameux , et de professer liautemenl une croyance que les plus grands malheurs ont du nous rendre encore plus chère.

Qui pourrait aujourd'hui n'être pas ravi du spectacle superbe que la Providence donne aux hommes, et de tout ce qu'elle promet encore à l'œil d'un véritable observateur?

0 sainte Eglise de Rome! tant que la parole me sera conservée, je l'emploierai pour te célébrer. Je te salue, mère immortelle de la science et de la sainteté! salve, MAGNA PARENsM C'cst toi qui répauclis la lumière jusqu'aux extrémités de la terre , partout où les aveugles souverainetés n'arrêtèrent pas ton influence , et souvent même en dépit d'elles. C'est toi qui fis cesser les sacrifices humains, les coutumes barbares ou infâmes, les préjugés funestes , la nuit de l'ignorance ; et partout oij tes envoyés ne purent pénétrer , il manque quelque chose à la civilisation. Les grands hommes l'appartiennent. Magna virûm! Tes doctrines purifient la science de ce venin d'orgueil et d'indépendance , qui la rend toujours dangereuse et souvent funeste. Les Pontifes seront bientôt universellement proclamés agents suprêmes de la civilisation , créateurs de la monarchie et de l'unité européennes , conservateurs de la science et des arts , fondateurs, protecteurs-nés de la liberté civile, destructeurs de l'esclavage, ennemis du despotisme, infatigables soutiens de la souveraineté, bienfaiteurs du genre humain. Si quelquefois ils ont prouvé qu'ils étaient des hommes : SI QuiD iLLis uuMANiTUS AcciDERiT , CCS momeuts furcut courts : Un vaisseau qui fend les eaux laisse moins de

(1) [ Virg-.l. Georg. IL, 173.]

traces de son passage , et nul trône de l'univers ne porta jamais autant de sagesse, de science et de vertu. Au milieu de tous les bouleversements imaginables , Dieu a constamment veillé sur toi , ô ville éternelle I Tout ce qui pouvait t'anéantir s'est réuni contre loi, et tu es debout ; et comme tu fus jadis le centre de l'erreur ^ lu es depuis dix-huit siècles le centre de la vérité. La puissance romaine avait fait de toi la citadelle du paganisme qui semblait invincible dans la capitale du monde connu. Toutes les erreurs de l'univers convergeaient vers toi , et le premier de tes empereurs les rassemblant en un seul point resplendissant , les consacra toutes dans le Panthéon. Le temple de tous les dieux s'éleva dans tes murs , et seul de tous ces grands monuments , il subsiste dans toute son intégrité. Toute la puissance des empereurs chrétiens , tout le zèle , tout l'enthousiasme , et si l'on veut même , tout le ressentiment des chrétiens , se déchamèrent contre les temples. Théodose ayant donné le signal , tous ces magnifiques édifices disparurent. En vain les plus sublimes beautés de l'architecture semblaient demander grâce pour ces étonnantes constructions ; en vain leur solidité lassait les bras des destructeurs ; pour détruire les temples d'Apamée et d'Alexandrie , il fallut appeler les moyens que la guerre employait dans les sièges. Mais rien ne put résister à la proscription générale. Le Panthéon seul fut préservé. Un grand ennemi de la foi , en rapportant ces faits , déclare qu'ifignore par quel concours de circonstances heureuses le Panthéon fut conservé jusqu'au moment où , dans les premières années du VIP siècle , un Souverain Pontife le consacra à tous les saints ^ Ah! sans doute *7 Vignorait:

(1) Gibbon, Histoire de la décadence, etc. lom. VII , ch. XXVIII, noie 34e, in-8, p. 368.

mais nous, comment pourrions-nous l'ignorer? La capitale du paganisme était destinée à devenir celle du christianisme ; et le temple qui , dans cette capitale , concentrait toutes les forces de l'idolâtrie, devait réunir toutes les lumières de la foi. Tous les saints à la place de tous LES dieux! quel sujet intarissable de profondes méditations philosophiques et religieuses! C'est dans le Pan- THÉo?( que le paganisme est rectifié et ramené au système primitif dont il n'était qu'une corçuption visible. Le nom de Dieu sans doute est exclusif et incommunicable ; cependant il y a plusieurs DIEUX dans le ciel et sur la terrée II y a des intelligences, des natures meilleures^ des hommes divinisés. Les Dieux du christianisme sont LES SAINTS. Autour de Dieu se rassemblent tous les dieux, pour le servir à la place et dans l'ordre qui leur sont assignés.

O spectacle merveilleux, digne de celui qui nous l'a préparé , et fait seulement poiuc ceux qui savent le contempler !

Pierre, avec ses clefs expressives, éclipse celles du vieux Janus^. Il est le premier partout, et tous les saints n'entrent qu'à sa suite. Le Dieu de V iniquité^ , Plutus , cède la place au plus grand des Thaumaturges , à l'humble François dont l'ascendant inouï créa la pauvreté volontaire , pour faire équilibre aux crimes de la richesse. Au lieu du fabuleux conquérant de l'Inde , voyez le miraculeux Xavier qui la conquit réellement. Pour se faire suivre par des millions d'hommes , il n'appela pointa son aide

(1) S. Paul aux Corinih. I. VIII , 5, 6. — Aux Thcssal. II. H , i.

(2) Prœsideo forihus, cœlestis Janitor aula; ,

Et clavem ostendens , haec , ail , arma gcro.

(Ovid. Fasl. i. 125, 139, 25*.)

(3) Mammosa iniquitatis. (Luc, X.Y1 , 9. j

48Ô Tivicssc et la licenco, il ne s'euloura poiiil do Lncclianlcs iiupiucs : il ne luoulra qu'une croix ; il no prêcha (juc la vertu, la pénitence, le martyre des sens. Jean de Dieu, Jean de Matua , Vincent de Paul (que toute langue , que tout âge les bénissent!) recevront l'encens qui fumait en l'honneur de l'homicide Mars, delà vindicative Junon. La Fierge immaculée , la plus excellente de toutes ici créatures dans l'ordre de la grâce et de la sainteté' ; la première de la nature humaine, qui prononça le nom de SALUT ^ ; celle dont V Eternel bénit les entrailles en soufflant son esprit en elle , et lui donnant un fils qui est le miracle de r univers'^ ; celle à qui il fut donné d'enfanter son Créateur* ; qui ne voit que Dieu au-dessus d'elle""', et que tous les siècles proclameront heureuse*' ; la divine Marie monte sur l'autel de Vénus pandémique. Je vois le CuRiST entrer dans le Panthéon , suivi de ses évangélistes , de ses apôtres , de ses docteurs , de ses martyrs , de ses confesseurs, comme un roi triomphateur entre,

(1) Gratiâplcna, Domiaus lecuin. (Luc. I, '28.)

(2) S. Françoisde Sales. Lnires, liv. Vill, IclUc XVIL— Elcxultuvit ^piriins meus in Deo salutari meo.

(3) Alcoran, chap. XXI, Des prophètes.

(4) Tu sei colei cho l'umaua natura Nobilitaste si , che'l tuo faUore Kon si sdegoà di iarsi lua faUura.

(Dante, ParaJisû , XXUI , 4 , se.;. ; Du hast. ,...."....

Eineuewigensolin (iùn schuf kein Schœpfer) gcboren.

(Klopslocks, XI, 3i> )

(5) Gunclis cœlitibus celsior una , Solo facfa minor Virgo Tenante.

(Hymne de l'Eglise de Paris. Assomption.) (G) Eae enim ex h«c Lcalum me dicent omnes genosaliones.

(Luc. 1,48.]

suivi des grands de son empire, daus la capitale de son ennemi vaincu et détruit. A son aspect, tous ces dieuxhommes disparaissent devant I'Homme-Dieu. Il sanctifie le Panthéon par sa présence , et l'inonde de sa majesté. C'en est fait : toutes les vertus ont pris la place de tous les vices. L'erreur aux cent têtes a fui devant l'indivisible Vérité : Dieu règne dans le Panthéon , comme il règne dans le ciel , au milieu de tous les saints.

Quinze siècles avaient passé sur la ville sainte , lorsque le génie chrétien , jusqu'à la fin vainqueur du paganisme^ osa porter le Panthéon dans les airs' , pour n'en faire que la couronne de son temple fameux, le centre de l'unité catholique, le chef-d'œuvre de l'art humain, et la plus belle demeure terrestre de celui qui a bien voulu demeurer avec nous , plein d'amour et de vérité^.

^1) Allusion au fameux mol de Michel-Ange : Je le mettrai en l'ai) . (2) £l babitdTit ia Qobis... plecuoi gratix et rerilatis. (Jean. 1 , 14.)

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