‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 9 sur 83 · DE LA SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE ÉDITION

En présentant au public une nouvelle éditi-on de ce livre 5 l'auleur croit devoir rappeler deux objections principales qui lui sont parvenues de deux régions directement opposées.

L'une qui est ultramontaine, tombe sur la manière dont il a envisagé Vinfaillihilîté. On craint qu'il ne l'ait trop humanisée, s'il est permis de s'exprimer ainsi, en ne l'appuyant que sur des considérations philosophiques; l'autre qui est gallicane , se plaint qu'il ait trop favorisé les maximes ultramontaines.

Quant à la première objection , il est bien sûr de n'avoir pas été compris ; mais il n'est pas également sûr que ce ne soit pas par sa faute : c'est donc pour lui un devoir de s'expliquer.

Dans plus d'un écrit il a trouvé Toccasion d'observer ijue les dogmes et même les maximes de haute discipline

cailiolujiu! ne sont, en grande partie, que des lois du monde divinisées , el , quelquefois aussi , des notions innées ou des traditions vénérables sanctionnées par la révélation.

Ce qui est dit dans cet ouvrage sur la confession et sur le célibat ecclésiastique suffit pour donner une idée de cette théorie.

L'auteur en a fait un grand usage en traitant le sujet important de l'infaillibilité. Il a montré d'abord qu'en vertu des seules lois sociales toute souveraineté est infaillible de sa nature ; que les grands tribunaux même jouissent de cette prérogative , sans laquelle nul gouvernement ne serait possible.

Partant de ce principe incontestable , il a dit : « Puis- M que la souveraineté est infaillible de sa nature. Dieu « n'a donc fait que diviniser cette loi en la portant dans « son Eglise qui est une Société soumise à toutes les lois « de la souveraineté.

« Si donc vous êtes forcés de supposer l'infaillibilité , « même dans les souverainetés temporelles où elle n'est « pas, sous peine de voir l'association se dissoudre, « comment pourriez- vous refuser de la reconnaître dans « la souveraineté spirituelle qui a cependant une im- « mense supériorité sur l'autre , puisque d'un côté ce « grand privilège est seulement humainement supposé , et « que de Vautre il est divinemekt promis ' ? »

(1) Liv. I , oliap. XIX, pag. 148.

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Dans un autre endroit de son livre , il appelle l'infaillibilité un magnifique et divin privilège de la chaire de saint Pierre*.

Enfin il s'est plaint , et même d'une manière remarquable , à ce qu'il a entendu dire , de ceux qui ont voulu nous montrer la date de celle croyance à l'infailiibililé^.

Tous ces textes lui semblent assez clairs. Si par hasard néanmoins l'auteur , en appuyant trop sur une vérité , a pu faire soupçonner qu'il en oubliait une autre (ce qui est arrivé à des hommes bien au-dessus de lui) il se flatte qu'après ce qu'on vient de lii-e il ne restera plus aucun doute sur ses principes.

Il ne croit pas enfin qu'il faille se montrer trop difficile avec les hommes de bonne volonté. Quand il aurait nié ouvertement l'infaillibilité du Pape , dans le sens théologique , il ne serait pas plus hérétique que Bossuet , et toujours il aurait servi la cause pontificale en cherchant à prouver qu'en vertu seulement des lois générales de toute agrégation sociale , les mots de souveraineté et d'infaillihiliié sont deux synonymes naturels , de manière qu'en aucun cas il ne saurait y avoir appel des décisions du Saint-Siège.

Mais il le répète ; jamais il ne s'en est tenu à cette théorie générale qu'il recommande néanmoins à tous les bons esprits. L'analogie des dogmes et des usages catho-

(l)Liv. I, chap. XV, pag. 124.

(2j Lit. I, chap. I^-r , pag. 2i-el suivantes, j

Ii(liies , avec les croyances , les traditions et les prati(iiics (le tout l'univers (si ce sujet est traité avec l'étenduo convenable) produirait un ouvrage de controverse d'un nouveau genre, et qui ne serait pas des moins convaincants. Il saperait surtout par les fondements la grande accusation des protestants tirée des imitations païennes cpi'ils nous ont reprochées. On verrait que Midleton et d'autres ont usé leurs plumes pour établir un dernier résultat que Vaniiquilé païenne présente des traces nombreuses de ces mêmes vérités que nous enseignons ^ ou des cérémonies dont nous faisons usaye. Tout catholique instruit ne manquera pas de les remercier : sajutem ex inimicis nostris; mais ce n'est point ici le lieu d'une dissertation sur ce vaste sujet : c'est assez d'observer que Tertullien , en disant que Vhomme est naiurellement chrétien^ a dit certainement bien plus qu'il ne croyait dire.

Quant à l'autre objection qui part d'un côté opposé , et qui roule sur les maximes gaîlicana , c'est un article sur lequel on passera légèrement. L'auteur avoue n'avoir pas un fort grand respect pour les fameuses maximes. Il les avait même attaquées de front dans un V® livre de son ouwage , intitulé : Du Pape dans son rapport avec l'Eglise gallicane; mais il a supprimé ce V® livre , parce qu'il se trouvait hors de proportion avec les autres , et encore , parce qu'il avait nécessairement ime certaine couleur polémique qni lui semblait ne pas se trouver en parfaite harmonie avec le reste de l'ouvrage. S'il se détermine à publier à part cette V^ partie , ce qui peut arriver, l'auteur dira ses raisons. Il n'ignore point qu'on lui a reproché d'avoir traité un peu légèrement certaines autoriiés qu'on regardait en France comme décisives; néan-

moins , après s'élrc examiné sévèrement , il n'a pas jugé à propos de faire sur ce point aucun changement à son ouvrage. Tout homme a son caractère , sa manière de voir et de s'exprimer ; sa conscience surtout, qui l'avertit de ce qu'il peut. 11 est sans doute trop aisé de s'égarer en se livrant à celte impulsion intérieure , mais quelquefois aussi on s'expose à faire plus mal encore en la contrariant de front : Serpît h.irmi lutus nimiùm.

Quelle que soit d'ailleurs son infériorité à regard de certains personnages illustres que it lecteur pourrait avoir en vue ( infériorité dont hui homme au monde n'est plus persuadé que lui) on ne saurait néanmoins lui contester équitablement l'honneur de posséder avec eux deux qualités identiques , celle de raisonner et celle de parler fi-ançais ; ce qui lui paraît suffire pour avoir le droit d'exprimer franchement ses pensées , dût-il même avoir le malheur de se trouver , une ou deux fois peut-être , en opposition avec ces hommes illustres devant qui il est à genoux.

On coonaît d'ailleurs en France les pensées de l'auteur et sur la France en général , et sur l'Eglise de France en particulier. Certes , il n'a envie de choquer ni l'une ni l'autre ; il a dit ce qu'il en attend , et jamais il n'a attaqué que les funestes préjugés capables de tromper de si belles espérances. Les illusions de l'habitude et peut-être hélasl celles de l'orgueil, pourront sans doute retarder l'accomplissement de certaines prophéties; cependant il n'en faut pas moins compter sur l'époque des Us , comme la nommait , il y a bien des années , un illuminé allemand.

L'antonr ne terminera point cette préface sans profiter de l'occasion pour soumettre son ouvrage au jugement de Rome , sans la moindre réserve imaginable ; il se contredirait de la manière la moins excusable , s'il refusait de reconnaître contre lui une autorité qu'il a défendue contre les autres avec tant de zèle et de bonne foi.

Chambéry , le 1"' juillet 1820.

DISCOURS PRELEVnNAIRE.

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