‹ Du palper abdominal et de la version céphalique du foetusChapitre 18 sur 18 · RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Si je ne m’abuse, je crois avoir démontré dans mes travaux obstétricaux comme dans ce qui précède, la vérité des propositions suivantes :

i° Par une perversion du sens obtétrical, on avait fini par confondre ce qui est facile avec ce qui est possible , et ce qui est physiologique avec ce qui est naturel (la maladie et la mort sont naturelles) ; c’est ce qui a tenu l’Obstétrique pendant des siècles dans une expectation regrettable et a accru d’une manière considérable les accidents et la mortalité des mères et des enfants. C’est à redresser ces torts que je travaille depuis vingt-quatre ans.

2° La priorité absolue du palper abdominal et de la version céphalique du fœtus est impossible à trouver par ce qu’elle se confond avec les idées les plus élémentaires, les pratiques empiriques et pour ainsi dire instinctives de l’espèce humaine. La véritable priorité de ces puissants moyens obstétricaux consiste, dans le parti qu’on en a tiré et dans les règles scientifiques auxquelles on les a rattachés, dans le passage de l’idée, du principe au fait matériel, mis à la portée de la pratique obstétricale; or je crois être le premier à avoir mis le palper abdominal et la version céphalique à la hauteur où ils sont aujourd’hui. C’est-à-dire qu’ils remanient les bases scientifiques comme ils remanient les préceptes de la pratique obstétricale.

3° L’observation que la naissance de l’enfant par la tête est à la fois la plus fréquente et la plus facile de\ ait remonter sans doute plus haut que 1 époque hippocratique, mais dans leslivres qui nous viennent de cette époque, elle est très nettement formulée comme principe ; de là le précepte de chercher à ramener artificiellement à cette présentation, toutes les autres. Malheureusement

ces changements étant restés impossibles, on a vu pendant des siècles mille procédés se mettre à leur place, mille tentatives en varier les essais.

4° La naissance par les pieds avait été reconnue dangereuse au temps même d’Hippocrate, mais comme elle était possible, on voit l’obstétrique depuis Celse jusqu à notre époque l'accepter de plus en plus comme principe et prescrire la version sur les pieds de préférence a la version sur la tête. T/histoire de 1 obstétrique, comme nous venons de le voir, est en quelque sorte une lutte constante entre la version céphalique et la version pelvienne.

5° Passée de la main des matrones aux chirurgiens accoucheurs, l’obstétrique s’est de plus en plus séparée des idées hippocratiques. Elle a fini par admettre comme naturelles, les présentations des pieds, du siège et de la face et confondant ainsi le possible avec le facile, le naturel avec le physiologique elle a donné à la version podalique une prépondérance qui a duré jusqu’à mes travaux.

6° La version sur la tête conseillée au temps d’Hippocrate par le moyen barbare de la succussion, trouva une application plus rationnelle dans les manœuvres internes, pratiquées pendant l'accouchement après la rupture des membranes; c’est-à-dire quand on pouvait reconnaître que l’enfant se présentait autrement que par la tête. Malheureusement c’était trop tard. C’est ce qui a tenu la version céphalique dans une infériorité presqu’ absolue pendant plus de vingt siècles et qui a permis à sa rivale, la version podalique, de l’effacer presque complètement.

7° Pendant ce temps le diagnostic faisait des progrès, le toucher vaginal puis l’auscultation sont parvenus à laisser reconnaître les présentations avant la rupture des membranes, et même assez souvent pendant la grossesse. C’est à ce moment que la version céphalique devait commencer à réclamer ses droits, parce que si après la rupture des membranes, après l’écoulement des

eaux, il est presque toujours impossible de changer une présentation en celle du sommet, la chose est plus aisée avant l’écoulement du liquide. Quelques pressions externes pouvaient amener ce résultat.

8° Ces mêmes pressions externes qu’on avait pratiquées instinctivement, dont on s’était servi machinalement pendant la version podalique et pendant les tentatives mêmes de version céphalique ont servi aussi quelquefois à reconnaître distinctement des parties foetales à travers les parois de l’abdomen, mais c’est sur le toucher vaginal et sur l’auscultation qu’était basé le diagnostic obstétrical.

9° La version céphalique quoique très affaiblie avec les siècles, avait été surtout maintenue par quelques médecins, mais plus en principe qu’en fait. Les progrès du diagnostic par le toucher vaginal, l’auscultation et quelquefois la palpation, ou toucher externe, ont porté un bien petit nombre d’accoucheurs à la tenter avant la rupture des membranes. C’est ce qu’a fait quelquefois Wigand au commencement de notre siècle, Hubert et quelques autres après. Malheureusement ces accoucheurs n’ont eu pour but capital que de changer en présentation du sommet les présentations du tronc , bien plus ils ont proposé de ramener par manœuvres externes le siège ou les pieds de l’enfant quand ils étaient plus rapprochés que la tête du détroit supérieur ; enfin ils n’ont agi que pendant le travail.

i o° On a appelé ainsi version par manœuvres externes, non la version céphalique seule dans le sens des idées hippocratiques, mais toute modification imprimée au fœtus pour en changer la présentation dans un sens qu’on crojmit plus favorable. On a fait des réductions céphaliques ou pelviennes, jamais de version céphalique proprement dite, mettant la tête là ou étaient les pieds ou te siège ; encore ces réductions étaient très-rares et ne se produisaient que sous la main privilégiée de quelques accoucheurs. Le palper, notamment comme diagnostic, était insignifiant.

u° On en était encore là lorsqu en 1 85 5, j’ai publié mon Essai sur l'accouchement physiologique où, séparant le facile du possible et le physiologique du naturel, j’ai fait revivre les vieux principes hippocratiques , non en théorie, car ils n’étaient pas complètement morts, mais

en pratique. J’ai ramené toutes les présentations fœtales

à celle du sommet de la tête; mais je n’aurais pu le faire si j’avais attendu le travail comme ceux qui m’ont devancé. Pour rendre la chose possible il fallait, surtout dans les présentations du siège et des pieds, agir dans les derniers temps de la grossesse.

12° Pour ce faire il fallait établir le diagnostic sur des bases certaine et le toucher vaginal l’auscultation ellemême n’étaient pas suffisants. C’est au palper que j’ai demandé cette certitude et ayant poussé ce moyen d’exploration beaucoup plus loin qu’on ne l’avait fait, je 1 ai rendu plus sûr que le toucher et l’auscultation, au moins pendant la grossesse.

i3° Porter un diagnostic certain dès la fin de la grossesse, réduire à ce moment ou pendant le travail toutes les présentations à celle du sommet, ramener par l’art l’accouchement au résultat physiologique quand il ne se fait pas par les seules forces de la nature, employer dans ce sens les ressources connues et en créer de nouvelles, voilà ce que j’ai fait. C’est-à-dire que non-seulement j’ai réalisé les aspirations hippocratiques, ce qu’on avait essayé en vain de faire depuis vingt siècles, j’ai fait rentrer par l’art l’accouchement dans ses lois vraiment naturelles.

140 Le monde médical en France, à l’étranger m’a accordé pour cela quelque sympathie, quelques récompenses ; l’École obstétricale officielle de Paris m’a seule opposé des procédés que je n’ai plus besoin de qualifier. Tantôt elle m’a accusé de réveiller des vieilleries, tantôt elle déclarait impossible ce que j’avançais. Le voyant réel, elle a fait de tout pour l’étouffer en me paralysant le plus qu’elle a pu, et des années se sont écoulées sans que les élèves aient pu profiter de ces progrès obstétricaux.

1 5° C’est en quelque sorte à la dérobée, non à la clinique de la Faculté, mais à la Maternité et loin du public que le palper et la version, tels que je lésai professés, ont été pratiqués, étudiés pour sortir de là comme une nouveauté après 24 ans de date, cherchant ainsi à attribuer du mérite à l’École tout en diminuant mes droits.

160 M. Chantrueil, M. Pinard c’est-à-dire la nouvelle génération, semblent cependant ne pas s’associer complètement aux procédés de l’Ecole. S’ils ne me rendent pas toute la justice à laquelle je crois avoir droit, ils commencent à entrer dans une meilleure voie et il faut espérer que l’on finira par réparer les torts avec le temps.

170 En attendant, non-seulement on n’a pas apprécié tout ce qu’il y a de général et de vrai dans l’accouchement physiologique, tel que je l’ai établi dans ses principes comme dans ses préceptes pratiques, on n’a vu que le palper et la version céphalique par manœuvres externes. Loin d’avoir ajouté quelque chose de nouveau à ce que j’ai dit sur ces deux sujets on n’a môme pas reproduit encore tous les enseignements que j'ai donnés pour passer à d’autres la faculté de faire tout ce que je fais moi-même.

180 II ne fautpaS, comme on l’a fait, confondre le palper avec la version par manœuvres externes, la version en général avec la version céphalique en particulier, la réduction céphalique ou pelvienne avec la version proprement dite.

Cette confusion peut être commode pour amoindrir mes droits de priorité, mais elle est aussi contraire à la vérité qu’au progrès de l’obstétrique. J espère du reste si la mort ne me surprend pas, rendre ces distinctions encore plus scientifiques.

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