CHAPITRE PREMIER
GÉOGRAPHIE MÉDICALE DU PALUDISME CONDITIONS QUI FAVORISENT SON ÉCLOSION
1. Répartition du paludisme à la surface du globe. — Le paludisme est certainement la plus répandue des maladies endémiques, en même temps qu’une des plus graves. L’étude de sa répartition à la surface du globe présente donc un grand intérêt scientiRque ; elle a aussi une grande utilité pratique.
La géographie médicale fournit des données importantes sur les causes qui favorisent l’éclosion du paludisme et par suite sur les mesures
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prophylactiques à conseiller ; elle renseigne sur les dangers auxquels on s’expose en parcourant telle ou telle région, elle fait connaître les zones salubres qu’il faudra s’efforcer de gagner le plus tôt possible, les principaux foyers du paludisme qu’il faudra fuir, au contraire. Il est vrai de dire que pour fournir des renseignements précis, la géographie médicale devrait entrer ici dans de grands détails et ne pas se borner à indiquer, d’une façon générale, les zones du globe où le paludisme est endémique et celles qui sont épargnées. Dans une même localité on peut trouver en effet, à quelques centaines de mètres de distance les uns des autres, des endroits très malsains (bas fonds humides) et d’autres endroits très sains à une altitude cependant peu considérable. D’autre part, il faut tenir grand compte des saisons ; dans la plupart des pays où le paludisme est endémique il y a une saison relativement saine et une saison des fièvres.
Nous reviendrons sur ces questions, mais il était indispensable de faire ces réserves afin que l’expression d' endémicité du paludisme fût bien comprise.
Europe. — Le paludisme, très rare dans les régions septentrionales, a ses principaux foyers en Italie, en Grèce, sur les rives et à l’emboucburo
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du Danube, en Espagne, c’est-à-dire dans les régions méridionales.
Dans la Russie septentrionale, (au-dessus du 6o® de latitude), dans le nord de la Suède et dans la Norwège, en Islande, le paludisme est inconnu ; il apparaît sur le littoral de la Baltique, aux environs de Stockholm, dans les provinces russes de la Baltique (au-dessous du 6o° de latitude), en Allemagne, aux embouchures de l’Elbe et du Weser.
Dans les Iles Britanniques, les fièvres palustres étaient assez communes autrefois, aux environs de Londres et en Irlande (Graves) ; le dessèchement des marais et le drainage du sol ont amené leur disparition presque complète.
En Hollande, l’endémie palustre a perdu beaucoup de son intensité depuis que de grands travaux d’endiguement ont été faits pour protéger les côtes ; le paludisme est toutefois encore très répandu, principalement en Zélande. Les fièvres de l’île de Walcheren sont célèbres par le désastre de l’armée anglaise qui, au mois d’août 1809, débarquait dans cette île.
En France, le paludisme est endémique sur certains points des rives de la Méditerranée et de l’Océan, là surtout où le rivage bas et marécageux permet le mélange des eaux douces et des
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eaux de la mer : plaines de la Camargue, Landes, Charentes (Rochefort), Vendée. Dans l’intérieur des terres, la Sologne, la Brenne, la Bresse, les Bombes sont les principaux foyers du paludisme ; les travaux d’assainissement du sol et les progrès de la culture rétrécissent d’ailleurs de plus en plus, dans ces régions, le domaine des fièvres.
Le paludisme est très fréquent sur les côtes d’Espagne et de Portugal, sur les côtes de la Corse, de la Sardaigne, de la Sicile et de l’Italie. Les principaux foyers endémiques en Italie sont : la Campagne romaine, les Marais-Pontins, les plaines de la Lombardie où l’on cultive le riz, les maremmes de la Toscane et les Calabres.
Les fièvres, très communes dans ces régions, prennent souvent des formes graves qui sont rares dans les régions septentrionales ; les fièvres continues palustres et les accidents pernicieux, dont nous signalerons plus loin la grande fréquence en Afrique et aux Indes, sont déjà communs en Italie et en Grèce.
Parmi les régions de l’Europe dans lesquelles le paludisme règne avec intensité, il faut citer encore : le littoral de la Grèce et les îles voisines, la presqu’île des Balkans (vallées de la Thessalie, de la Macédoine, Roumélie, Bulgarie,
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Moldavie et Valachie), la Hongrie (rives du Danube), la Russie du Sud : (embouchure des grands fleuves dans la mer Caspienne, la mer d’Azov et la mer Noire, Bessarabie, Tauride, Crimée, vallées du Kour et du Rion, ancien Phase).
Asie. — En Asie comme en Europe le paludisme, inconnu dans les régions septentrionales et dans les parties élevées (Kamtchaska, Sibérie, plateau central), règne avec intensité dans les régions méridionales (rivages de l’Asie Mineure, Perse, Hindoustan, Ceylan, Cambodge, Cochinchine, Tonkin, littoral Sud-Est de la Chine) ; au Japon les fièvres deviennent rares.
Aux Indes, sur les rives et à l’embouchure du Gange, sur la côte de Malabar, à Ceylan, les fièvres palustres présentent une gravité exceptionnelle.
Afrique. — La côte occidentale est la plus dangereuse, depuis la Sénégambie jusqu’au golfe de Guinée. Sur la côte Sud-Est on trouve aussi des foyers très redoutables : Madagascar, Mayotte, Zanzibar, l’embouchure du Zambèze. La colonie du Cap est salubre.
Les îles Maurice et de la Réunion, autrefois épargnées, ont perdu cette immunité ; depuis 1 867 les fièvres s’y montrent fréquentes et graves.
En Abyssinie, en Nubie, le paludisme sévit sur
les parties basses et ne s’observe pas sur les plateaux; en Egypte, il règne dans les régions inondées périodiquement par le Nil et dans le Delta.
En Algérie, le paludisme est commun et grave sur le littoral et sur les bords fangeux des rivières ; sur tes plateaux qui succèdent au Tell et dans les oasis du Sud il se montre bien plus rarement et sous des formes beaucoup moins sévères. Les fièvres palustres qui ont fait de si grands ravages dans notre armée et parmi les colons au début de la conquête de l’Algérie, sont d’ailleurs beaucoup moins redoutables aujourd’hui; certaines localités ont été assainies complètement par la culture ; presque partout les travaux d’art exécutés et la mise en culture du sol ont produit une amélioration très marquée dans l’état sanitaire.
Le paludisme est plus rare au centre de l’Afrique que sur les côtes ; mais, on l’observe encore, principalement sur les bords des rivières et des lacs (Livingstone, Barth, Stanley).
Amérique. — Dans V Amérique du Nord, le paludisme ne s’observe guère au-delà du de latitude ; inconnu au Groenland, il est très rare dans la nouvelle xVngleterre, au Canada, dans les territoires de la baie d’Hudson.
Il augmente de fréquence à mesure qu’on des-
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cend vers l’équateur ; ses principaux foyers aux Etats-Unis sont : la Louisiane, le Texas, la vallée de l’Arkansas, la Floride, la Géorgie, la grande plaine des prairies qui s’étend du Missouri jusqu’aux Alleghanys, la Californie (vallée du Sacramento).
Au Mexique, le paludisme présente beaucoup de gravité sur le littoral des deux mers, dans les terres chaudes (côtes du Yucatan, de Vera-Cruz) ; les hauts plateaux sont au contraire presque entièrement épargnés par le paludisme comme par la fièvre jaune.
A Panama, au Guatémala, même gravité de Tendémie.
Aux Antilles, le paludisme règne avec intensité, sauf dans les îles d’Antigoa, de Saint-Vincent et de la Barbade qui sont épargnées, sans doute à cause de la sécheresse du sol.
Dans V Amérique du Sud, les principaux foyers du paludisme sont : les Guyanes, les côtes du Venezuéla, de Colombie, le bassin de l’Orénoque, la Bolivie.
Au Brésil et au Pérou, les fièvres sont communes sur les côtes, dans les vallées ; elles deviennent de plus en plus rares et finissent par disparaître à mesure qu’on s’élève sur les hauts plateaux.
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Le paludisme est rare à Montevideo et à Buenos- Ayres ; il disparaît presque complètement audelà du 3o® de latitude australe.
Océanie. — L’endémie palustre a, dans les îles de la Malaisie, une intensité tout à fait comparable à celle de l’endémie palustre aux Indes ; Java, Sumatra, Bornéo, les Moluques, les Philippines, sont des foyers palustres extrêmement redoutables.
Le reste de l’Océanie est, au contraire, presque complètement épargné.
En Australie, les fièvres sont rares et ne présentent pas, en général, de gravité. De même à la Nouvelle-Calédonie.
En Tasmanie, à la Nouvelle-Zélande, le paludisme est pour ainsi dire inconnu, malgré l’existence de nombreux marais. Les îles de la Polynésie, de laMélanésie, de la Micronésie sont également indemnes.
2. Conditions qui favorisent l’éclosion du paludisme. — A. conditions climatériques. —
La géographie médicale montre bien l’influence considérable de la chaleur dans l’étiologie du paludisme. L’endémie palustre, inconnue dans les pays froids, augmente d’intensité à mesure qu’on descend vers les régions équatoriales ; dans
CAUSES PRÉDISPOSANTES^
les zones tempérées et chaudes elle ne règne que pendant la saison chaude ; à Rome, en Algérie, les premiers cas de fièvre palustre de première invasion se montrent presque à jour fixe, au commencement de Juillet ; de Décembre au mois de Juin suivant, on n’observe que des fièvres de rechute.
Les localités marécageuses^ les terres hu‘ mides^ incultes fournissent au paludisme un milieu très propice, mais l’existence de marais proprement dits n’est pas nécessaire à son développement et d’autre part tous les marais ne sont pas fébrigènes, même dans les pays chauds (Australie, Nouvelle-Calédonie).
Si le marais proprement dit n’est pas nécessaire, il faut du moins un sol humide ; le paludisme ne se développe pas sur les navires au large et, dans les pays chauds, lorsque le sol est desséché depuis longtemps, les fièvres disparaissent ; mais, il suffit d’une pluie légère pour rendre au sol sa puissance fébrigène. L’influence favorable exercée par V altitude, inïincncQ démontrée également par la géographie médicale, s’explique en partie par l’abaissement de la température sur les hauteurs et par ce fait que, les eaux ayant un écoulement facile, le sol se draine naturellement.
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L’altitude qui suffit à préserver de la fièvre est peu considérable, aussi cette donnée est-elle extrêmement précieuse pour la prophylaxie du paludisme, nous y reviendrons (v. prophylaxie).
B. Conditions individuelles. — L’influence de Vàge et du sexe est peu marquée ; si les hommes adultes payent un tribut plus lourd que les femmes, les jeunes gens et les vieillards, cela s’explique par l’influence des professions.
Les enfants sont souvent atteints de paludisme.
On connaît un certain nombre de faits tendant à démontrer que le paludisme peut être transmis de la mère au fœtus.
Ces faits paludisme tongénilal ne sont pas en opposition avec ceux qui démontrent la nature parasitaire de la maladie ; il résulte en effet des recherches de Straus et de Chamberland, que les microbes ne sont pas toujours arrêtés par le placenla, comme on le croyait autrefois {Soc. de biologie, ii nov. 1881, 16 déc. 1882).
Les hommes appartenant à toutes les races sont sujets au paludisme, mais à un degré assez variable ; la race noire présente une résistance beaucoup plus grande que la race caucasique, résistance qui toutefois ne va pas jusqu’à l’immunité, comme le croyait Boudin ; la cachexie
CAUSES PRÉDISPOSANTES
palustre n’est pas rare chez les nègres, notamment au Gabon, à Ceylan et aux Antilles, mais les formes aigues et graves du paludisme se rencontrent bien moins souvent chez les noirs que chez les blancs ; aussi les nègres sont-ils des auxiliaires très utiles dans les pays palustres.
Les Indiens, les Créoles ne sont pas épargnés. En Aigrie on observe souvent le paludisme chez les indigènes, mais presque toujours sous des formes moins aigues et moins graves que chez les Européens ; le nègre et l’Arabe ont pour le paludisme une tolérance, une accoutumance peut-être héréditaires (‘).
Les professions les plus malsaines dans les pays palustres sont celles qui mettent l’homme, le plus souvent et le plus directement, en rapport avec le sol. Les ouvriers employés à dessécher les marais, à curer les ports ou les fossés, les terrassiers, les jardiniers, les moissonneurs sont particulièrement exposés.
(1) Voir sur cette question, outre les ouvrages généraux sur le paludisme : Graves, Clinique Mêd. Trad. Fr. 3e Édit. T. 1, p. 483. — Boudin, Acclimatement des races liumaines iîec. de Mém. de Med. Milit. 3® Série, T. Xll, XIII, XV. — L. LAVERAN,art. Antagonisme \i\ Diction, encycloy. des So. Méd. — Gorre, De l’influence de la race dans les maladies infectieuses, Gaz, hebdom„ 1869.
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Le paludisme est une maladie des campagnes de même que la fièvre typhoïde est une maladie des villes ; dans les quartiers centraux de Rome on est à l’abri des lièvres qui sévissent avec intensité jusqu’aux portes de la ville.
Toutes les causes débilitantes : fatigues, excès de toute sorte, anémie résultant de privations ou de maladies antérieures prédisposent au paludisme.
Une première atteinte ne confère aucune immunité, au contraire les individus qui ont eu les fièvres sont plus exposés à les contracter que ceux qui en sont indemnes.