RÉFLEXIONS SUR LES OBSERVATIONS ET CONCLUSIONS
En jetant un coup d’œil rapide sur les observations que nous venons de rapporter, on verra que la méthode de Lister tient dans la pratique ce qu’elle promet en théorie. Nous voyons les malades guérir rapidement, cicatriser leurs plaies en un temps assez court, évitant ainsi le conséquences d’une suppuration inutile. La température arrive rarement à 39°, et, lorsqu’elle atteint ce chiffre ou s’en approche, son ascension est de courte durée. L’état général des malades est excellent.
il est vrai que l’opéré qui fait le sujet de notre dix-huitième observation a succombé. Malheureusement l’autopsie n’a pu être faite et le diagnostic n’a pu avoir sa confirmation. Nous ne croyons pas que cet opéré soit mort à la suite d’infection. La plaie, au moment où les symptômes généraux graves se sont déclarés, présentait un aspect satisfaisant. Le pus, plus abondant dans les derniers temps, ôtait bien lié. Là moindre mauvaise odeur ira jamais été constatée. Nous ne saurions oublier que Bertholon ôtait fort adonné à l’ivrognerie, qui avait produit en lui de profonds ravages, et nous croyons qu’il a succombé à la suite d’une do ces phlegmasics viscérales à forme froudroyante dont parle Verneuil (1), et dont il signale la fréquence chez les alcooliques qui ont subi une opération.
L’éminent chirurgien déclare que le pronostic des lésions traumatiques, chez les ivrognes, est toujours très-grave. Il a essayé « tous les
(1) Verneuil, du Pronostic des lésions traumatiques et des Opérations chirurgicales chez les alcooliques (Académie de médecine, séanco du 13 décembre 1870).
pansements, luttant pied à’ pied avec les accidents locaux et les complications prevues et imprévues. Il a fait des résections, puis des amputations ; il a ôté tour à tour « conservateur et radical, et a eu beaucoup de revers et à peine quelques succès.»
Avec M. Verneuil, nous demanderons qu’on ne comprenne pas dans les statistiques générales les résultats chirurgicaux obtenus chez les alcooliques.
Deux amputés de cuisse ont été guéris, l’un(obs. n° II) en quarante neuf jours, sans avoir présenté la moindre complication; l’autre (n°lll) est parti en convalescence pour Long-Chône quarante-sept jours après l’opération, ne présentant qu’une plaie de la largeur de deux doigts à cicatriser. Une dysenterie qui a duré dix jours n’a pu entraver le travail rapide de cicatrisation.
Dans la cinquième observation, nous voyons une amputation d’avantbras guérir en seize jours, chez un homme de cinquante-quatre ans. Nous appelons l’attention sur la température de cet opéré. La température s’est élevée à 37°8 le soir de l’opération ; le lendemain au soir, elle était de 37 °G. Dans la suite, elle n’ajamais dépassé 37°5.
Dans un certain nombre d’observations, nous n’avons pas constaté la présence de pus. Quelquefois il en apparaissait quelques gouttes près des points do suture, et sa formation était évidemment due à l’irritation causée par la présence de ceux-ci : fait qui confirme les idées théoriques de M. Lister.
Nous avons constaté la présence d’une certaine quantité de sang dans le fond d’une plaie ; nous avons vu des caillots rester entre les lèvres de celle-ci. Jamais de décomposition putride- ne s’est manifestée ; les plaies ont, quand môme, marché rapidement vers la guérison.
Nous croyons que l’emploi de la méthode de M. Lister est ie moyen le plus efficace pour prévenir les complications de nature septique qui aflligent les malades opérés dans les hôpitaux.
La méthode répond aux deux théories principales : la théorie des germes de l’air, la théorie des microzymas. L’atmosphère phéniquôo protège la plaie contre tout ce qui pourrait venir du dehors ; les pulvô-
risations, les lotions phéniquées, modifient le milieu et empêchent l’évolution pathologique des microzymas en bactéries.
Grâce aux pulvérisations, le chirurgien peut surveiller sans inconvénient pour la plaie la marche de la cicatrisation .
Enfin, en même temps qu’elle résout la question d’insalubrité et d’encombrement, la méthode que nous préconisons évite au malade l’affaiblissement que cause une longue suppuration, et permet aux moignons d’amputation de conserver une forme propice à l’application des appareils prothétiques.
Vu et permis d’imprimer:
Le Président censeur ,
Vu : le Recteur, DUBRUEIL.
Em. CHARLES .