‹ Du pape. 25. éd., seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 17 sur 85 · EN TOUTES CHOSES ET EN TOUTES MANIERES · texte numérisé non relu

EN TOUTES CHOSES ET EN TOUTES MANIERES

Au milieu de ce même siècle , les Evêques d'Afrique , réunis en concile , disaient au Pape Théodore , dans une lettre synodale : Nos lois antiques ont décidé que de tout ce qui se fait , même dans les pays les plus éloignés , rien ne doit être examiné ni admis , avant que votre Siège illustre en ait pris connaissance 2.

A la fin du même siècle , les Pères du VIe concile général (IIIe de C. P.) reçoivent, dans la quatrième session, la lettre du Pape Agathon, qui dit au concile: « Jamais « l'Eglise apostolique ne s'est écartée en rien du chemin « de la vérité. Toute l'Eglise catholique , tous les conci- « les œcuméniques , ont toujours embrassé sa doctrine « comme celle du Prince des Apôtres. »

Et les Pères répondent : Oui! telle est la véritable règle de la foi; la religion est toujours demeurée inaltérable dans le Siège apostolique. Nous promettons de séparer à Tavenir de la communion catholique tous ceux qui oseront

(1) In omnibus et per omsia. S. Maxime , abW de Chrysople , liait né à C. P. en 580. Ejus Op. graecè et latine. Paris , 1575 , 1 vol. in-fol- — Bibliolh. PP. tom. XI, pag. 76. — Fleury , après avoir promis de donner un extrait de ce qu'il y a de remarquable dans l'ouvrage de saint Maxime qui a fourni cette citation , passe en entier sous silence tout le passage qu'on vient de lire. Le docteur Marchelti le lui reproche justement. (Crilica , etc. tom. I, cap. II, p. 107.)

(2) Ântiquis regulis sancilum est ut quidquid , quamvis in remotis vel in longinquis agatur provinciis , non priùs traclandum vel accipiendum sit , nisi ad notiliam almœ sedis veslrac fuissel deductum. Fleury traduit : « Les trois Primats ëcrivirent en commun une lettre synodale au Pape « Théodore , au nom de tous les Evoques de leurs provinces , où , aprw « avoir reconnu l'autorité du Saint-Siège , ils se plaignent de la nouveau^ « qui a paru à C P. » (Hist. eccl. liv. XXXVIII, n. 41.) La trader lion ne sera pas trouvée serv ile.

n'être pas d'accord avec cette Eglise. — Le Patriarche Ja C. P. ajoute : J'ai souscrit cette profession de foi de ma propre main*.

Saint Théodore Sludite disait au Pape Léon III, au commencement du IXe siècle : Ils n'ont pas craint de tenir an concile hérétique de leur autorité , sans votre permission , tandis qu'ils ne pouvaient en tenir un , même orthodoxe , à votre insu , suivant l'ancienne coutume 2.

Wetstein a fait , à l'égard des Eglises orientales en général , une observation que Gibbon regarde justement comme très-importante, o Si nous consultons , dit-il , « l'histoire ecclésiastique , nous verrons que dès le IVe « siècle 3 , lorsqu'il s'élevait quelque controverse parmi « les Evêques de la Grèce, le parti qui avait envie de « vaincre, courait à Rome pour y faire sa cour à la ma- « jesté du Pontife , et mettre de son côté le Pape et l'é-

« piscopat latin C'est ainsi qu'Athanase se rendit à

« Rome bien accompagné , et y demeura plusieurs « années4. »

(1) Hnic profession! subscripsi meâ mann , etc. Joh. Episc C. P. ( Voy. le tom. V des conc. edit. de Coletli , col. 622.) Bossuel appelle celte déclaration du VI* concile général , un formulaire approuvé par toute l'Eglise catholique (Formulam totà Ecclesiâ comprobatam). Le Saint-Siège , en vertu des promesses de son divin Fondateur , ne pouvant jamais faillir. (Defensio cleri gallicani , lib. XV , cap. VU.)

(2) Flenry , hist. eccl. lom. X , liv. XLV, n. 47.

(3) C'est-à-dire depuis l'origine de l'Eglise , car c'est depuis celle époque seulement qu'on la voit agir extérieurement comme une société publiquement constituée , ayant sa hiérarchie, ses lois, set usages, etc. Avant son émancipation, le christianisme était trop gène pour admettre le cours ordinaire des appels. Tout s'y trouve cependant, mais seulement en germe.

(4) "Wetstein, Proleg. in nov. test. p. 19, cité par Gibbon , Hist. <is b decad. etc. iu-S. tom. IV, c, XXI.

Passons à une plume protestante le parti qui avait envie de vaincre : le fait de la suprématie pontificale n'en est pas moins clairement avoué. Jamais l'Eglise orientais n'a cessé de la reconnaître. Pourquoi ces recours continuels à Rome? Pourquoi cette importance décisive attachée à ses décisions? Pourquoi ces caresses faites à la majesté du Pontife P Pourquoi voyons-nous en particulier ce fameux Alhanase venir à Rome , y passer plusieurs an • nées , apprendre la langue latine avec une peine extrême , pour y défendre sa cause? A-t-on jamais vu le "parti qui voulait vaincre K , faire sa cour de même à la majesté des autres Patriarches? Il n'y a rien de si évident que la suprématie romaine , et les Evêques orientaux n'ont cessé de la confesser par leurs actions autant que par leurs écrits.

Il serait superflu d'accumuler les autorités tirées de l'Eglise latine. Pour nous , la primatie du Souverain Pon ? tife est précisément ce que le système de Copernic est pour les astronomes. C'est un point fixe dont nous partons ; qui balance sur ce point n'entend rien au christianisme.

Point d'unité d'Eglise , disait saint Thomas , sans unité de foi... mais point d'unité de foi sans un chef suprême2.

Le Pape et l'Eglise c'est tout un ! Saint François de Sales l'a dit3 , et Bellarmin avait déjà dit avec une sagacité

(i) Comme si tout parti ne voulait pas vaincre ! Mais ce que Welstein ne dit pas , et ce qui est cependant Irès-clair , c'est que le parti de l'orthodoxie , qui était sûr de Rome , s'empressait d'y accourir , tandis que le parti de l'erreur qui aurait bien voulu vaincre, mais que ea conscience éclairait suffisamment §ur ce qu'il devait attendre de Rome , n'osait pas trop s'y présenter.

(2) S. Thom. adversùs gentes. L. IV, cap. 78.

(3) Epîtres spirituelles de S. François de Sales. Lyon, 163Î. Ihr. VII, ep. XLIX. — D'après S. Ambroise qui a dit: « Où est Pierre, là est l'Eglise. » Ubi Petrus , ibi Ecclesia. (Ambr. in psalm. XL.)

o7 qui sera toujours plus admirée à mesure que les hommes deviendront plus sages : Savcz-vous de quoi il s'agit , lorsqu'on parle du Souverain Pontife P II s'agit du christianisme*.

La question des mariages clandestins ayant été décidée à une très-grande majorité de voix dans le concile de Trente , l'un des légats du Pape n'en disait pas moins aux Pères rassemblés , après même que ses collègues avaient signé : Et moi aussi , légat du Saint-Siège , je donne mon approbation au décret, s'il obtient celle de N. S. P. 2.

Saint François de Sales terminera ce chapitre. 11 eui jadis l'ingénieuse idée de réunir les différents titres que l'antiquité ecclésiastique a donnés aux Souverains Pontifes et à leur siège. Ce tableau est piquant , et ne peut manquer de faire une grande impression sur fes bons esprits.

Le Pape est donc appelé ,

Le très-saint Evêque de l'Eglise Concile de Soissons , de 3CO catholique. Eviques.

Le Irès-saint et très-heureux Patriarche. Ibid. lotn. Vil. Coneil.

Le très-heureux Seigneur. S. Âugust. Epist. 95.

Le Patriarche universel. S. Léon, P. Epist. 62.

Le Chef de l'Eglise du monde. Innoc. ad PP. Coneil. milevil.

L'Evêque ëlevé au faite apostolique. S. Cyprien , Epist. III , XII.

Le Père des Pères. Concile de Chalcèd. sets. ///.

(1) Bellarrain , De Summo Ponlilïce , in pra?f.

(2) Ego pariter legatus sedis aposlolicœ adprobo decrelum, sî S. D. N. adprobetur. (Pallav. hisl. coneil. Trident, lib. XXXII, cap. IV et IX ; lib. XXIII, cap. IX. — Zaccaria, Anti-Febronius vindicatus, in-8, tom. II. dissert. IV, cap. VIII, p. 187 et 188.

Le Souverain Ponlife des Evèques.

Le Souverain Prêtre.

Le Prince des Prêtres.

Le Préfet de la Maison de Dieu ,

et le Gardien de la Vigne du

Seigneur.

Le Vicaire de J. C. , le Cotifirma-

teur de la Foi des Chrétiens.

Le Grand -Prêtre.

Le Souverain Pontife.

Le Prince des Evèques.

L'Héritier des Apôtres.

Abraham par le patriarcat.

Melchisédeçh par l'ordre.

Moise par l'autorité.

Samuel par la juridiction.

Pierre par la puissance.

Christ par l'onction.

Le Pasteur de la Bergerie de J C.

Le Porte-Clef de la Maison de

Dieu.

Le Pasteur de tous les Pasteurs.

Le Pontife appelé à la plénitude

de la Puissance.

S. Pierre fut la Bouche de J. C.

La Bouche et le Chef de l'Apostolat.

La Chaire et l'Eglise principale.

L'Origine de l'unité sacerdotale.

Le Lieu de l'unité.

L'Eglise où réside la puissance

principale ( polentior Princi-

palitas. ) L'Eglise , Racine, Matrice de

toutes les autres.

Conc. de Chah, in prwf.

Conc. de Chah. sess. JT/.

Etienne, Evêque de Carlkage.

Concile de Carthage , Epis t. ad Damasum.

S. Jérôme , in prœf. in Evang.

ad Damasum.

Valent. , et avec lui toute l'antiquité.

Concile de Chalcéd. , in Episl. ad Thcod. imper.

Ibid.

S. Bernard , lib. De Consid.

S. Ambroise, in I Tim. III.

Concile de Chalcéd. Episl. ad Leonem.

S. Bernard , Epist. 190.

Id. ibid. et in lib. De Consid.

Ibid.

Ibid.

Id. lib. 2 De Consid.

Id. ibid. c. 8.

Ibid.

Ibid.

S. Chrysostôme , divers, serm.

hom. II , in

Orig. hom. LV , in Matlh.

S. Cyprien , Episl. LV ,

Cornel.

Id. Epist. III , 2.

Id. ibid. IV, 2.

ad

Id. ibid. III , 8.

S. Ânaclel. Pape .

Episl. ad omn.

Episc. et Fidèles.

Le Siège sur lequel le Seigneur a S. Damase , Epitt. ad unit.

construit l'Eglise universelle. Episc,

Le Point cardinal et le Chef de S. Marcellin , P. Epitt. ai

toutes les Eglises. Episc. Antioch.

Le Refuge des Evêques. Concile d'Alex. Epitt. ad Fe-

lic. P.

Le Siège suprême apostolique. S. Alhanate.

L'Eglise présidente. L'emper. Justin, in l. 8 , cod. de

tum. Trinit.

Le Siège suprême qui ne peut être

jugé par aucun autre. S. Léon, innat. SS. Apost.

L'Eglise préposée et préférée à Mclor d'Utique , in lib. De

toutes les autres. Perfect.

Le premier de tous les Sièges. S. Prosper, in lib. De Ingrat.

La Fontaine apostolique. S. Ignace , Epitt. ad Rom. in

tubtcript.

Le port trcs-sùr de toute Commu- Concile de Rome , tout S. nion catholiqae. Gélase.

La réunion de ces différentes expressions est tout a fait digne de l'esprit lumineux qui distinguait le grand Evêque de Genève. On a vu plus haut quelle idée sublime il se formait de la suprématie romaine. Méditant sur les analogies multipliées des deux Testaments , il insistait sur l'autorité du grand prêtre des Hébreux. « Le nôtre ,, dit saint « François de Sales , porte aussi sur sa poitrine YUrim et « le Thummim , c'est-à-dire la doctrine et la vérité. Cer- « tes , tout ce qui fut accordé à la servante Àgar , a bien « dû l'être à plus forte raison à l'épouse Sara*.

(t) Controverses de saht François de Sales. Disc. XL , pag. 247. Une critique romaine m'averlil que , dans le brillant catalogue qu'on vient de lire , saint François de Sales a cité deux ou trois déerélales fauuse» qui , de son tempi , n'éla'.ent point encore reconnue» pour telles. L'observation, qui est très-juste, laisse néanmoins subsister dans toute leur fore» la grande masse des témoignages ; et quand ils seraient tous faux , il fau* irait encore observer que le saint Evêque les aurait trouvés justes. Le».

Parcourant ensuite les différentes images qui ont pu représenter l'Eglise sous la plume des écrivains sacrés : « Est-ce une maison ? dit-il. Elle est assise sur son rocher, « et sur son fondement ministériel , gui est Pierre. Vous « la représentez- vous comme une famille? Voyez Notrc- « Seigneur , qui paye le tribut comme chef de la maison , « et d'abord après lui saint Pierre comme son représen- « tant. L'Eglise est-elle une barque P Saint Pierre en est le « véritable patron , et c'est le Seigneur lui-même qui me « l'enseigne. La réunion opérée par l'Eglise est-elle re- « présentée par une pêche? Saint Pierre s'y montre le « premier , et les autres disciples ne pèchent qu'après lui. « Veut -on comparer la doctrine qui nous est prêchée « (pour nous tirer des grandes eaux) au filet d'un pê- « cheur? C'est saint Pierre qui le jette : c'est saint Pierre « qui le retire : les autres disciples ne sont que ses aides : « c'est saint Pierre qui présente les poissons à Notre-Sei- « gneur. Voulez-vous que l'Eglise soit représentée par « une ambassade P Saint Pierre est à la tête. Aimez-vous « mieux que ce soit un royaume? Saint Pierre en porte « les clefs. Voulez-vous enfin vous la représenter sous « l'image d'un bercail d'agneaux et de brebis P Saint « Pierre en est le berger et le pasteur général sous Jé- « sus-Christ1.

Je n'ai pu me refuser le plaisir de faire parler un instant ce grand et aimable Saint, parce qu'il me fournit une de ces observations générales , si précieuses dans les ouvrages où les détails ne sont pas permis. Examinez

fausses décrétâtes , au reste, peuvent très-bien servir de témoins à la foi contemporaine , et il ne faut pas croire à beaucoup près tout le mal qu'on en a dit.

(i) Controverses de S. Franc de Sales. Ihsc. XLII.

fun après l'autre les grands docteurs de l'Eglise catholique ; à mesure que le principe de sainteté a dominé chez eux , vous les trouverez toujours plus fervents envers le Saint-Siège, plus pénétrés de ses droits, plus attentifs à les défendre. C'est que le Samt-Siége n'a contre lui quo l'orgueil qui est immolé par la sainteté.

En contemplant de sang-froid cette masse entraînante de témoignages , dont les différentes couleurs produisent dans un foyer commun le blanc de l'évidence , on ne saurait être surpris d'entendre un théologien français des plus distingués nous confesser franchement qu'il est accablé par le poids des témoignages que Bellarmin et d'autres ont rassemblés, pour établir V infaillibilité de V Eglise romaine ; mais qu'il n'est pas aisé de les accorder avec la déclaration de 1682, dont il ne lui est pas permis de s'écarter*.

C'est ce que diront tous les hommes libres de préjugés. On peut sans doute disputer sur ce point comme on dispute sur tout ; mais la conscience est entraînée par le nombre et par le poids des témoignages.

(1) Non dissimulandum est in tanlâ leslisBoniorum mole quœ Bellarminns et alii congerunt, nos recognoscere apostolicœ sedis seu rora. Eeei. eerlam et infallihilem auctorilatem ; at longé difficilius est ea concilier* eum declaratione cleri gallicani . à qnâ recedere nobis non permitiilur . { Tourcely , Tract. -Js îkeles. part. II , quawt. V , art. 3. )

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