‹ Du pape. 25. éd., seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 77 sur 85 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

I. Après ï horrible tempête qui vient de tourmenter l'Eglise , que ses enfants lui donnent au moins le spectacle consolant de la concorde ; qu'ils cessent , il en est temps, de l'affliger par leurs discussions insensées. C'est à nous d'abord , heureux enfants de l'unité , qu'il appartient de professer hautement des principes, dont l'expérience la plus terrible vient de nous faire sentir l'importance. De tous les points du globe (heureusement il n'en est aucun où il ne se trouve des chrétiens légitimes), qu'une seule voix formée de toutes nos voix réunies répète, avec un religieux transport, le cri de ce grand homme que j'ai combattu sur quelques points importants avec tant de répugnance et de respect : 0 sainte Eglise romaine, mère des églises et de tous les fidèles! Eglise choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même foi et dans la même charité ! nous tiendrons toujours à ton uniiè , par le fond de nos entrailles^. Nous avons trop méconnu notre bonheur : égarés par les doctrines impies dont l'Europe a retenti dans le dernier siècle ; égarés peut-être encore davantage par des exagérations insoutenables et par un esprit d'indépendance allumé dans le sein même de notre Eglise, nous avons presque brisé des liens dont nous ne pourrions, sans nous rendre absolument inexcusables, méconnaître aujourd'hui l'inestimable prix. Des souverainetés catholiques même, qu'il soit permis de le dire sans sortir des bornes du profond respect qui leur est dû , des souveraine lés catholiques

(1) Bossuet , sermon sur l'unité.

ont paru quelquefois apostasier ; car c'est une apostasie que de méconnaître les fondements du christianisme , de les ébranler même en déclarant hautement la guerre au chef de cette Religion, en l'accablant de dégoûts, d'amertumes, de chicanes honteuses, que des puissances protestantes se seraient peut-être interdites. Parmi ces princes, il en est qui seront inscrits un jour au rang des grands persécuteurs ; ils n'ont pas fait couler le sang, il est vrai ; mais la postérité demandera si les Dioclélien , les Galère et les Dèce firent plus de mal au christianisme.

Il est temps d'abjurer des systèmes si coupables ; il est temps de revenir au Père commun , de nous jeter franchement dans ses bras, et de faire tomber enûn ce mur d'airain que l'impiété, Terreur, le préjugé et la malveillance avaient élevé entre nous et lui.

II. Mais dans ce moment solennel où tout annonce que l'Europe touche à une révolution mémorable , dont celle que nous avons vue ne fut que le terrible et indispensable préliminaire, c'est aux protestants que doivent s'adresser avant tout nos fraternelles remontrances et nos ferventes supplications. Qu'attendent-ils encore . et que cherchentils? Ils ont parcouru le cercle entier de l'erreur. A force d'attaquer, de ronger, pour ainsi dire , la foi, ils ont détruit le christianisme chez eux , et grâce aux efforts de leur terrible science qui n'a cessé de protester , la moitié de l'Europe se trouve enfin sans religion. L'ère des passions a passé ; nous pouvons nous parler sans nous haïr , même sans nous échauffer : profitons de cette époque favorable ; que les princes surtout s'aperçoivent que le pouvoir leur échappe , et que la monarchie européenne n'a pu être constituée et ne peut être conservée que par la Religion une et unique ; et que si cette alliée leur manque, il faut qu'ils tombent.

III. Tout ce qu'on a dit pour effrayer les puisse. protestantes , sur l'influence d'un pouvoir étranger , est une chimère, un épouvantai! élevé dans le XVIe siècle, et qui ne signifie plus rien dans le nôtre. Que les Anglais surtout réfléchissent profondément sur ce point , car le grand mouvement doit partir de chez eux : s'ils ne se hâtent pas de saisir la palme immortelle qui leur est offerte, un autre peuple la leur ravira. Les Anglais, dans leurs préjugés contre nous , ne se trompent que sur le temps ; leur déraison n'est qu'un anachronisme. Ils lisent dans quelque livre catholique qu'on ne doit point obéir à un prince hérétique. Tout de suite ils s'effraient eî crient au papisme ; mais tout ce feu s'éteindrait bientôt , s'ils daignaient lire la date du livre qui remonte infailliblement à la déplorable époque des guerres de religion , et des changements de souverainetés. Les Anglais eux-mêmes n'ont-ils pas déclaré en plein parlement que, si un roi d'Angleterre embrassait la Religion catholique, il serait par le fait même privé de la couronne* P Us pensent donc que le crime de vouloir changer la religion du pays , ou d'en faire seulement naître le soupçon légitime, justifie la révolte de la part des sujets, ou plutôt les autorise à détrôner le souverain sans devenir rebelles. Or , je serais curieux d'apprendre pourquoi et comment Elisabeth ou Henri VIII avaient sur leurs sujets catholiques plus de droits que Georges III n'en aurait aujourd'hui sur ses sujets protestants ; et pourquoi les catholiques d'alors, forts de leurs privilèges naturels et d'une possession de seize siècles, n'étaient pas autorisés à regarder leurs tyrans, comme déchus par le fait même de tout

(1) Parliamentary Jebales, vol. IV. London , 1805, in-8, p. 677.

droit à îa couronne? Pour moi, je ne dirai point qu'une nation en pareil cas a droit de résister à ses maîtres, de les juger et de les déposer ; car il m'en coûterait infiniment de prononcer cette décision , dans toute supposition imaginable ; mais on m'accordera sans doute que si quelque chose peut justifier la résistance, c'est un attentat sur la religion nationale. Pendant longtemps le ùtre de jacobite annonça un ennemi déclaré de la maison régnante. Celle-ci se défendait et levait la hache sur tout partisan de la famille dépossédée ; c'est l'ordre politique. Mais à quel moment précis le jacobite commençat-il d'cîre réellement coupable? C'est une question terrible qu'il faut laisser au jugement de Dieu. Maintenant qu'il s'est expliqué par le temps , le catholique se présente au souverain de l'Angleterre, et lui dit : « Vous « voyez nos principes : notre fidélité n'a ni bornes, « ni exceptions, ni conditions. Dieu nous a enseigné « que la souveraineté est son ouvrage : il nous a prescrit « de résister, au péril de notre vie, à la violence qui « voudrait la renverser ; et si cette violence est heu- « reuse , nulle part il ne nous a révélé à quelle époque «. le succès peut la rendre légitime. Se trop presser peut « être un crime ; mourir pour ses anciens maîtres n'en est jamais un. Tant qu'il y eut des Stuarts au monde, « nous combattions pour eux, et sous la hache de vos a bourreaux , noire dernier soupir fut pour ces princes «- malheureux : maintenant ils n'existent plus ; Dieu a « parlé, vous êtes souverains légitimes ; nous ne savons « pas depuis quand , mais vous l'êtes. Agréez celle même « fidélité religieuse, obstinée, inébranlable, que nous « jurâmes jadis à celte race infortunée qui précéda lu « vôtre. Si jamais la rébellion vient à rugir autour de « vous , aucune crainte , aucune séduction ne pourra

« nous détacher de voire cause. Eussiez-vous même à « notre égard les torts les plus inexcusables, nous la dé- « fendrons jusqu'à notre dernier soupir. On nous trou- « vera autour de vos drapeaux , sur tous les champs de « bataille où l'on combattra pour vous ; et si pour « attester notre foi , il faut encore monter sur les écha- « fauds, vous nous y avez accoutumés; nous les arro- « serons de notre sang, sans nous rappeler celui de nos « pères , que vous fîtes couler pour ce même crime de « fidélité. »

IV. Tout semble démontrer que les Anglais sont destinés à donner le branle au grand mouvement religieux qui se prépare , et qui sera une époque sacrée dans les fastes du genre humain. Pour arriver les premiers à la lumière parmi tous ceux qui l'ont abjurée , ils ont deux avantages inappréciables et dont ils se doutent peu : c'est que , par la plus heureuse des contradictions , leur système religieux se trouve à la fois , et le plus évidemment faux , et le plus évidemment près de la vérité.

Pour savoir que la religion anglicane est fausse, il n'est besoin ni de recherches, ni d'argumentation. Elle est jugée par intuition ; elle est fausse comme le soleil est lumineux. Il suffit de regarder. La hiérarchie anglicane est isolée dans le christianisme ; elle est donc nulle. Il n'y a rien de sensé à répliquer à cette simple observation. Son épiscopal est également rejeté par l'Eglise catholique et par la protestante : mais s'il n'est ni catholique, ni protestant, qu'est-il donc? Rien. C'est un établissement civil et local, diamétralement opposé à l'universalité, signe exclusif de la vérité. Ou cette religion est fausse, ou Dieu s'est incarné pour les Anglais : entre ces deux propositions, il n'y a point de milieu. — Souvent leurs théologiens en appellent à l'établissement ,

sans s'apercevoir que ce mot seul annule leur religion , puisqu'il suppose la nouveauté et l'action humaine, deux, grands anathèmes également visibles, décisifs et ineffaçables. D'autres théologiens de cette école et des prélats même , voulant échapper à ces anathèmes dont ils ont l'involontaire conviction, ont pris l'étrange parti de sontenir qu'ils n'étaient pas protestants ; sur quoi il faut leur dire encore : Qiïêtes-vous donc? — Jpostoliques , disent-ils1. Mais ce serait pour nous faire rire sans doute , si l'on pouvait rire de choses aussi sérieuses et d'hommes aussi estimables.

V. L'Eglise anglicane est d'ailleurs la seule association du monde , qui se soit déclarée nulle et ridicule dans l'acte même qui la constitue. Elle a proclamé solennellement dans cet acte XXXIX articles, ni plus ni moins, absolument nécessaires au salut, et qu'il faut jurer pour appartenir à cette Eglise. Mais l'un de ces articles2 déclare solennellement que Dieu , en constituant son Eglise, n'a point laissé Y infaillibilité sur la terre ; que toutes les Eglises se sont trompées , à commencer par celle de Rome ; qu'elles se sont trompées grossièrement , même sur le dogme , même sur la morale ; en sorte qu'aucune d'elles ne possède le droit de prescrire la croyance , et que l'Ecriture sainte est l'unique règle du chrétien3.

(1) Sup. liv. IV, chap. V, p. 424.

(2) C'est le Vie ainsi conçu :

Sacra Scriptura continet omnia qu<e ad salulem sunt necessaria. Ità ut quidquid nec legitur, neque inde probari potest, non sit à quodam exigendum ut tanquam articulum fidei credafur , aut ad salulis necessilatem requiri. ( Wilkins's Concilia anglica , in-fol. tom. IV, p. 233. )

(3) Sicut erravit Ecclesia hierosolymitana , alexandrina et antiochena , ila et erravit Ecclesia romana , non solùm non quod agenda et cœremoniarura ritus, verùm in his quœ credenda sunt. (Art. XIX, ibid. p. 233.)

L'Eglise anglicane déclare donc à ses enfants, qu'elle a bien le droit de leur commander, mais qu'ils ont droit de ne pas lui obéir. Dans le même moment, avec la même plume, avec la même encre, sur le même papier 5 elle déclare le dogme et déclare qu'elle n'a pas le droit de le déclarer. J'espère que dans l'interminable catalogue des folies humaines, celle-là tiendra toujours une des premières places.

VI. Après cette déclaration solennelle de l'Eglise anglicane , qui s'annule elle-même , il manquait un témoignage de l'autorité civile qui ratifiât ce jugement ; et ce témoignage, je le trouve dans les débats parlementaires de Tannée 1805 , au sujet de l'émancipation des catholiques. Dans une de ces séances bruyantes, qui ne doivent servir qu'à préparer les esprits pour une époque plus reculée et plus heureuse , le procureur-général de S. M. le roi de la Grande-Bretagne laissa échapper une phrase qui n'a pas été remarquée, ce me semble, mais qui n'en est pas moins une des choses les plus curieuses qui aient été prononcées en Europe depuis un siècle , peut-être.

Souvenez-vous , disait à la chambre des communes ce magistral important, revêtu cm ministère public ; souvenez-vous que c'est absolument la même chose pour T Angleterre, de révoquer les lois portées contre les catholiques, ou d'avoir sur-le-champ un parlement catholique et une religion catholique , au lieu de l'établissement actueV.

Le commentaire de cette inappréciable naïveté se présente de lui-même. C'est comme si le procureur-général

(1) I think lhat no alternative can exist between keeping the establishment wehave and pulting a Roman catholick establishment in ils place (Parliamentary debales , etc. ?o!. IV Loudon , 1805 , p. 943. Diîs, du procureur-général. ^

avait dit en propres termes : Notre religion , comme vous h savez, n'est qu'un établissement purement civil, qui ne repose que sur la loi du pays et sur l'intérêt de chaque individu. Pourquoi sommes-nous anglicans? Certes , ce n'est r>as la persuasion qui nous détermine; c'est la crainte de perdre des biens, des honneurs et des privilèges. Le mol de foi n'ayant donc point de sens dans notre langue , et la conscience anglaise étant catholique, nous lui obéirons du moment où il ne devra plus rien nous en coûter. En un clin d' œil , nous serons tous catholiques* .

VII. Mais si dans tout ce qu'il renferme de faux , il n'y a rien cl: si évidemment faux que le système anglican, en revanche, par combien de côtés ne se recommande -t-il pas à nous comme le plus voisin de la vérité? Retenus par les mains de trois souverains terribles qui goûtaient peu les exagérations populaires , et retenus aussi , c'est un devoir de l'observer , par un bon sens supérieur , les Anglais purent , dans le XVIe siècle, résister jusqu'à un point remarquable, au torrent qui entraînait les autres nations , et conserver plusieurs éléments catholiques. De là cette physionomie ambiguë qui distingue l'Eglise anglicane , et que tant d'écrivains ont fait observer. « Elle n'est pas « sans doute l'épouse légitime , mais c'est la maîtresse « d'un roi ; et quoique fille évidente de Calvin , elle n'a

(1) J'oserais croire cependant que le savant magistrat s'exagérait le malheur futur. Tout le monde , disait-il , sera catholique : eh Lien ! dès que tout le monde serait d'accord , où serait le mal?

Trois jours auparavant (séance du 10 mai, ibtd. p. 761.), un pair disait, en parlant sur la même question : « Jacque? II ne demandait a pour les catholiques que l'égalité de privilèges ; mais cette égalité au- « rait amené la chute du protestantisme ; » et pocrqcoi? C est toujours le même aveu. L'erreur, si elle n'est soutenu* par des pro> scriptions , ne tiendra jamais contre la tériti. DU PAP5. ,

« point la mine effrontée de ses sœurs. Levant la tète « d'un air majestueux, elle prononce assez distinctement « les noms de Pères , de Conciles, de Chefs de l'Eglise : « sa main porte la crosse avec aisance; elle parle sérieu- « sèment de sa noblesse; et sous le masque d'une mitre « isolée et rebelle , elle a su conserver on ne sait quel « reste de grâce antique , vénérable débris d'une dignité « qui n'est plus i. »

Nobles Anglais! vous fûtes jadis les premiers ennemis de l'unité ; c'est à vous aujourd'hui qu'est dévolu l'honneur de la ramener en Europe. L'erreur n'y lève la tête que parce que nos deux langues sont ennemies : si elles viennent à s'allier sur le premier des objets , rien ne leur résistera. 11 ne s'agit que de saisir l'heureuse occasion que la politique vous présente dans ce moment. Un seul acte de justice, et le temps se chargera du reste»

(1J ..... . As the mislress af a monarch's Bed ,

Her front erect wilh majesly she bore , The crosier wielded and the mitre wore : Shew'd affectation of an ancien! line And fathers, councils churches and churches'shead. Were on her rev'rend Phyîacteries read.

f Dryden's original poems. in-12, tom. I, The hind and the Panther. Part. I. ) — Je lis dans le Magasin européen , tom. XVIII , août 1790, p. 115, un morceau remarquable du docteur Burney sur le même sujet. Quelque» dissidents modernes sont moins polis et plus tranchant?. « L'Eglise de Borne , disent-ifs, est une prostituée ; celle d'Ecosse, une a entretenue , et celle dAngleterre , une femme de moyenne vertu entre « l'une et l'autre. »

They (the dissenters) ealled the ehurch of Borne a strumpet ; the kirk of Scolland a kept-mislress , and the ehurch of England an equivocal lady of easy virlue belwenlhe one and the other. (Journal du parlement d'Angleterre , chambre des communes , jeudi 2 mars 1790 , discours du «ckbre Burke. }

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VIII. Après trois siècles d'irritationet de disputes, que nous reprochez-vous encore et de quoi vous plaignezvous? Dites-vous toujours que nous avons innové ; que nous avons inventé des dogmes et changé nos opinions humaines en symboles? Mais si vous ne voulez pas ni croire nos docteurs qui protestent et qui prouvent qu'ils n'enseignent que la foi des Apôtres , croyez-en au moins vos athées : ils vous diront que les pouvoirs exercés \ ar l'Eglise romaine sont en grande partie antérieurs àpresque tous les établissements politiques de V Europe* .

Croyez-en vos déistes : ils vous diront qu'un homme instruit ne saurait résister au poids de l'évidence historique qui établit que dans toute la période des quatre premiers siècles de l'Eglise, les points principaux des doctrines papistes étaient déjà admis en théorie et en pratique 2.

Croyez-en vos apostats : ils vous diront qu'ils avaient cédé d'abord à cet argument qui leur parut invincible : qu'il faut qu'il y ail quelque part un juge infaillible , et quel' Eglise de Rome est la seule société chrétienne qui prétende et puisse prétendre à ce caractère3.

Croyez-en enfin vos propres docteurs, vos propres évêques anglicans: ils vous diront dans leurs moments heu-

(1) Many of ihe powers indeed assunied by the church of Rome were very ancient aud were prior lo almosl every polilical governement es'.cblished in Europe. (Hume's Iîist. of England. Henri VIII, ch. XXIX , ann. 1521. )

Hume , comme on voit, tâche de modifier le'gèrement sa proposition; mais ce n'est qu'une pure chicane qu'il fait a sa conscience.

(2) Gibbon , Mémoires , tom. I, chap. 1 , de la traduc. franc.

(3) Celte décision est de Chillingworlh ; et Gibbon qui la rapporte, ajoute que le premier ne devait cet argument qu'à lui-même. (Gibbon au livre cité, chap. VI.) Dans cette supposition , il faut croire que n> Chillingworth ni Gibbon n'avaient beaucoup lu nos docteurs.

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reux de conscience ou de distraction , que les germes du papisme furent semés dès le temps des Jpôtres*.

Tâchez de vous recueillir : tâchez d'être maîtres de vous-mêmes et de vos préjugés, assez pour pouvoir contempler dans le calme de votre conscience de quel étrange système vous avez le malheur d'être encore les principaux défenseurs. Faut-il donc tant d'arguments contre le protestantisme? Non. Il suffit de tracer exactement son portrait et de le lui montrer sans colère.

IX. « En vertu d'un anathcme terrible , inexplicable « sans doute , mais cependant bien moins inexplicable « qu'incontestable, le genre humain avait perdu tousses « droits. Plongé dans de mortelles ténèbres, il ignorait « tout puisqu'il ignorait Dieu , et puisqu'il l'ignorait il « ne pouvait le prier; en sorte qu'il était spirituellement « mort sans pouvoir demander la vie. Parvenu par une « dégradation rapide au dernier degré de l'abrutisse- « ment, il outrageait la nature par ses mœurs, par ses « lois et par ses religions même. Il consacrait tous les « vices ; il se roulait dans la fange , et son abrutissement « était tel , que l'histoire naïve de ces temps forme un « tableau dangereux que tous les hommes ne doivent pas « contempler. Dieu cependant, après avoir dissimulé « quarante siècles, se souvint de sa créature. Au moment « marqué et de tout temps annoncé , il ne dédaiynapas le

(1) The seeds of Popcry werc sown even in the apostlcs limes. (Bishop Newton* s dissertations on the profecies. London, in-8, toin, III, ch. X , pag. 148.)

L'honnête homme ! Encore un léger effort de franchise , et nous l'aurions entendu contenir , non indirectement comme il le fait ici , mai* en propres termes, qu«de$ germet du papitm» fur;nt $^^nèi par Jésu&~ Chritt,

<f sein (Tune vierge ; il se revêtit de notre malheureuse « nature et parut sur la terre. Nous le vîmes , nous le « touchâmes , il nous parla : il vécut , il enseigna , il souf- « frit , il mourut pour nous. Sorti de son tombeau , sui- « vant sa promesse , il reparut encore parmi nous , pour « assurer solennellement à son Eglise une assistance aussi « durable que le monde ! Mais hélas ! cet effort de l'amoui « tout-puissant n'eut pas à beaucoup près tout le succès « qu'il annonçait. Par défaut de science ou de force, ou « par distraction , peut-être Dieu manqua son coup et ne « put tenir sa parole. Moins avisé qu'un chimiste , qui en- « t reprendrait d'enfermer î'élherdansla toile ou le papier , « il ne confia qu'à des hommes cette vérité qu'il avait ap- « portée sur la terre : elle s'échappa donc comme on au- « rait bien pu le prévoir, par tous les pores humains : « bientôt cette Religion sainte, révélée à l'homme par « FHomnie-Dieu , ne fut plus qu'une infâme idolâtrie, « qui durerait encore si le christianisme , après seize siè- « clés , n'eût été brusquement ramena à sa pureté origi- « nelle par deux misérables. »

Voilà le protestantisme. Et que dira-t-on de lui et de vous qui le défendez, lorsqu'il n'existera plus? Aideznous plutôt à le faire disparaître. Pour rétablir une religion et une morale en Europe ; pour donner à la vérité les forces qu'exigent les conquêtes qu'elle médite; pour raffermir surtout le trône des souverains , et calmer doucement cette fermentation générale des esprits qui nous menace des plus grands malheurs , un préliminaire indispensable est d'effacer du dictionnaire européen ce mot fatal, PROTESTANTISME.

X. Il est impossible que des considérations aussi importantes ne se fassent pas jour enfin dans les cabinets protestants, et n'y demeurent en réserve pour en descendre

ensuite comme une eau bienfaisante qui arrosera les vallées. Tout invite les protestants à revenir à nous. Leur science , qui n'est maintenant qu'un épouvantable corrosif, perdra sa puissance délétère en s'alliant à notre soumission , qui ne refusera point à son tour de s'éclairer par leur science. Ce grand changement doit commencer par les princes , et demeurer parfaitement étranger au ministère dit évangélique. Plusieurs signes manifestes excluent ce ministère du grand œuvre. Adhérer à l'erreur est toujours un grand mal ; mais l'enseigner par état , et l'enseigner contre le cri de sa conscience , c'est l'excès du malheur , et l'aveuglement absolu en est la suite véritable. Un grand exemple de ce genre vient de nous être présenté dans la capitale du protestantisme , où le corps des pasteurs a renoncé publiquement au christianisme en se déclarant arien , tandis que le bon sens laïque lui reproche son apostasie. XI. Au milieu de la fermentation générale des esprits, les Français r et parmi eux l'ordre sacerdotal en particulier, doivent s'examiner soigneusement, et ne pas laisser échapper cette grande occasion de s'employer efficacement et en première ligne à la reconstruction du saint édifice. Ils ont sans doute de grands préjugés à vaincre ; mais pour y parvenir , ils ont aussi de grands moyens , et , ce qui est très-heureux , de puissants ennemis de moins. Les parlements n'existent plus. Réunis en corps, ils auraient opposé une résistance peut être invincible, et c'en était fait de l'Eglise gallicane. Aujourd'hui l'esprit parlementaire ne peut s'expliquer et agir que par des efforts individuels, qui ne sauraient avoir un grand effet. On peut donc espérer que rien n'empêchera le sacerdoce de se rapprocher sincèrement du Saint-Siège, dont les circonstances l'avaient éloigné plus qu'il ne croyait peut -cire. Il n'y a pas d'autre moyen de

rétablir la Religion snr ses antiques bases. Les ennemis de cette Religion , qui ne l'ignorent pas , tachent de leur côté d'établir l'opinion contraire ; savoir : que c'est le Pape qui s'oppose à la réunion des chrétiens» Un évêque grec a déclaré naguère qu'il ne voyait plus , entre les deux Eglises , d'autre mur de séparation que la suprématie du Pape* ; et cette assertion toute simple de la part de son auteur , je l'ai entendu citer en pays catholique, pour établir encore la nécessité de restreindre davantage la suprême puissance spirituelle. Pontifes et lévites français, gardez-vous du piège qu'on vous tend : pour abolir le protestantisme sous toutes les formes, on vous propose de vous faire protestants. C'est au contraire en rétablissant la suprématie pontificale , que vous replacerez l'Eglise gallicane sur ses véritables bases , et que vous lui rendrez son ancien éclat. Reprenez votre place, l'Eglise universelle a besoin devons pour célébrer dignement l'époque fameuse , et que la postérité n'envisagera jamais sans une profonde admiration ; l'époque , dis-je , où le Souverain Pontife s'est vu reporté sur son trône par des événements dont les causes sortent visiblement du cercle étroit des moyens humains.

XII. Nulle institution humaine n'a duré dix-huit siècles. Ce prodige qui serait frappant partout , l'est plus particulièrement au sein de la mobile Europe. Le repos est le supplice de l'Européen, et ce caractère contraste merveilleusement avec l'immobilité orientale. Il faut qu'il agisse, il faut qu'il entreprenne, il faut qu'il innove et qu'il changa

(t) Ce prélat est M. Elie iUéniate, Evèque de Zarissa. Son livre intitulé : La pierre d'achoppement, a été traduit en allemand par M. Jacoi Kemper. Vienne, in-8, 1787. On lit à la page 93: tch halle deu streit iiber die ober-gevalt Pabstes fur den hanpt-punckt ; denn dW*** ist die schiend maner welebe die zwes kirchen trenn*..

fout ce qu'il peut atteindre. La politique surtout n'a cessé d'exercer le génie innovateur des enfants audacieux de Japhet. Dans l'inquiète défiance qui les tient sans cesse en garde contre la souveraineté , il y a beaucoup d'orgueil sans doute , mais il y a aussi une juste conscience de leur dignité : Dieu seul connaît les quantités respectives de ces deux éléments. Il suffit ici de faire observer le caractère qui est un fait incontestable, et de se demander quelle force cachée a donc pu maintenir le trône pontifical , au milieu de tant de ruines et contre toutes les règles de la probabilité . A peine le christianisme s'est établi dans le monde , et déjà d'impitoyables tyrans lui déclarent une guerre féroce. Ilsbaignenlla nouvelle Religion dans le sang de ses enfants. Les hérétiques l'attaquent de leur côté dans tous ses dogmes successivement. A leur tête éclate Arius qui épouvante le monde, et le fait douter s'il est chrétien11. Julien avec sa puissance, son astuce, sa science, ei ses philosophes complices , portent au christianisme des coups mortels pour tout ce qui eût été mortel. Bientôt le Nord verse ses peuples barbares sur l'empire romain ; ils viennent venger les martyrs, et l'on pourrait croire qu'ils viennent étoufler la Religion pour laquelle ces viciimes moururent; mais c'est le contraire qui arrive. Eux-mêmes sont apprivoisés par ce culte divin qui préside à leur civilisation , et se mêlant à toutes leurs institutions , enfante la grande famille européenne et sa monarchie dont l'univers n'avait nulle idée. Les ténèbres de l'ignorance suivent cependant l'invasion des barbares ; mais le flambeau de la foi étincelle d'une manière plus visible sur ce fond ob-

(t) [Allusion à ce mot de saint Jérôme racontant ce qui s'était passé en Synode de Riraini : Ingemuit Mus orbis , et Ârianum se esse mi' talus est. Allercatio Lucif. et Oilh. Opp. loin. IV.]

seur , cl la science môme concentrée dans l'Eglise , ne cesss de produire des hommes éminents pour leur siècle. La noble simplicité de ces temps illustrés par de hauts caractères, valait bien mieux que la dcmi-sciencc de leurs successeurs immédiats. Ce fut de leur temps que naquit ce funeste schisme qui réduisit l'Eglise à chercher son chef visible pendant quarante ans. Ce fléau des contemporains est un trésor pour nous dans l'histoire. Il sert à prouver que le trône de saint Pierre est inébranlable. Quel établissement humain résisterait à cette épreuve qui cependant L'était rien , comparée à celle qu'allait subir l'Eglise !

XIII. Luther paraît; Calvin le suit. Dans un accès de frénésie dont le genre humain n'avait pas vu d'exemple, et dont la suite immédiate fut un carnage de trente ans , ces deux hommes de néant , avec l'orgueil des sectaires , l'acrimonie plébéienne , et le fanatisme des cabarets 4 , publièrent la réforme de l'Eglise; et en effet ils la réformèrent, mais sans savoir ce qu'ils disaient , ni ce qu'ils faisaient. Lorsque des hommes sans mission osent entreprendre de réformer l'Eglise , ils déforment leur parti, et ne réforment réellement que la véritable Eglise qui est obligée de se défendre et de veiller sur elle-même. C'est précisément ce qui est arrivé ; car il n'y a de véritable réforme que- l'immense chapitre de la réforme qu'on lit dans le concile de Trente; tandis que la prétendue réforme est de-

(1) Dans les cabarets , on citait à Venii des anecdotes plaisanUê sur l'avarice des prêtres ; on y tournait en ridicule les clefs, la puissance des Papes, etc. (Lettre de Luther au Pape, datée du jour de la Trinité' 1518, citée par M. Roscoe. Hist. de Léon X , in-8, lom. II!. Appendix, n. 149, p. 152.) On peut s'en fier à Luther , sur les premières chaires de la réforme.

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