XX INTRODUCTION DU TRADUCTEUR
Après une expression aussi nette de sa pensée, nous pourrions donc mettre dans la bouche de notre Saint, ces paroles de Bossuet : « Je dirai avec confiance qu'on est proche d'être hérétique, lorsque, sans se mettre en peine de ce qui favorise l'hérésie, on n'évite que ce qui est précisément hérétique et condamné par l'Eglise.^ »
Quant à la seconde question, notre Saint n'est ni moins explicite, ni moins précis : « L'opinion, dit-il, à laquelle nous adhérons, tient quun Pape non douteux est toujours au-dessus /lu Concile ou de toutes les Eglises, même prises collectivement.^ « Et ailleurs il représente cettq opinion comme étant la plus commune.^ Enûn, il conclut en affirmant qu'elle est plutôt celle de toîite VEglise que la sienne propre.''
La solution donnée à cette double thèse, est, comme on le voit, suffisamment précise et tranchée, et l'importance du sujet mérite sans contredit qu'on pèse attentivement les arguments qui établissent l'une et l'autre. S'il nous est permis, après cela, d'émettre un vœu, c'est celui dé voir le prochain Concile œcuménique imprimer le sceau d'une définition dogmatique à la glorieuse prérogative de l'infaillibilité pontificale, et en finir avec toutes les arguties et les ingénieuses échappatoires du Gallicanisme agonisant et de certains néo-chréiiens. Car, se prévalant du silence du premier Concile œcuménique assemblé depuis que les opinions contraires se sont ouvertement affichées, ils ne manqueraient pas de faire accroire que leur sentiment est pour le moins libre, tandis qu'en réalité il est seulement toléré dans l'Eglise Catholique, qui jusqu'ici a bien voulu lui faire grâce de ses censures. Bien plus, on irait peut-être jusqu'à révoquer en doute l'autorité des décisions doctrinales éraa-
(l) Défense de la Tradition et des Saints Pères, I''* part. n. 22. {■i) nie Traité, § II, page 442.
(3) I" Traité, ch. III. art. I, page 32.
(4) III« Traité, § II, page 474,
INTRODUCTION DU TK.\DUCTBI;R. XXI
nées antérieurement du Siège Apostolique. Cette définition, quoi qu'en disent des esprits pusillanimes et de faux prudents, combleraient les vœux les plus ardents de tous les vrais catlioliques, et convaincrait les dissidents, hérétiques ou schisraatiques, de l'indispensable nécessité de se rattacher au centre immuable de l'unité chrétienne.
2° Sentiments de Saint Alphonse. — Une chose digne de remarque, c'est que tous les Saints se sont distingués par une obéissance exceptionnelle, une vénération toute spéciale pour le Vicaire de Jésus Christ sur la terre. Aussi le savant i»ape Benoît XIV, dans son célèbre ouvrage De la Béatificalion des Serviteurs de Dieu et de ta Canonisation des Bienheureux,^ compte-t-il parmi les signes sur lesquels on pout fonder un jugement solide touchant Théroïsme de la foi, cette obéi-sance et cette soumission spéciales envers le Souverain Pontife. Or, on peut dire que Saint Alphonse était animé de ces sentiments [)ortés à leur suprême degré, et que, sous ce rapport, il s'est même distingué parmi les autres Saints. C'est ce que constate le procès de sa Béatification : Tous les Saints, j lisons -nous, ont professé une grande vénération pour le Souverain Pontife; cependant, de même que les astres diffèrent entre eux par leur éclat, ainsi le saint prélat, Alphonse-Marie de Liguori, brille, sous ce rapport, d'un éclat particulier parmi les autres Saints : Quamqvayn pii omnes sanctique viri Summum Romanum Ponti/îcem débita veneratione sint prosecuti, ut tamen stella differt a stella, inter cœteros (Sanctos) hoc laudis génère micat sacer antistes Alphonsus Maria de Liguorio.
Aussi attachait-il une importance capitale à tout ce qui se rapporte à l'autorité du Pontife Romain. C'est ce qui lui fit entreprendre, en dépit de ses infirmités et de son grand âge, les différents écrits qui composent le volume que nous publions;
[l)lAb S. c. 2,5'. § 1. n. 4.