II. — A. Quant aux droits du Souverain Pontife EN GÉNÉRAL
1° La primauté de Pierre n'est pas aftachée à Rome, et ne donne au Pape d'autre prééminence sur les évêques que celle d'un métropolitain sur ses suffragants, dont les droits restent toujours intacts. De là :
2° Le Pape a la direction et la surveillance de toutes les Eglises, mais il n'a sur elles aucune JüRIDICTION proprement dite et universelle, de sorte que la primauté du Pontife Romain consiste dans une simple AUTORITÉ de direction et d'inspection .
3° Le Pape est, à la vérité, le chef, le maitre, et le pasteur de tonte l'Eglise prise distributivement, c'est-à-dire par rapport à chaque Eglise particulière, mais non prise collectivement, c'est-à-dire par rapport au Concile œcuménique ou au corps entier des évéques, qui, unis ensemble, lui sont supérieurs, même en matiére de foi et de mœurs. De là :
a» Un Concile sans le Pape n'est pas par là même sans chef, non plus que les Conciles provinciaux sans le métropolitain, non plus que l'Eglise universelle à la mort de l'évêque de Rome.
b) Les Conciles généraux n'ont besoin ni de l'approbation, ni de la confirmation du Souverain Pontife, attendu que la suprématie pontificale est dans l'Eglise, et non au-dessus de l'Eglise.
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c) L'appel du Pape au Concile est conforme 4 la pratique et à la tradition de l'Eglise.
d) Si le Pape ne peut ou ne veut point convoquer un Concile réputé utile et nécessaire, les princes séculiers peuvent y pourvoir, conformément à la pratique suivie pour les huit premiers Conciles œcuméniques, qui ont été convoqués par les empereurs.
e) Les Pontifes Romains étant inférieurs à l'Eglise universelle, ne peuvent ni abroger ni infirmer des droits et des Canons établis et reçus par elle, vu qu'ils ne sont pas les maîtres, mais les exécuteurs des Canons.
B. — Relativement aux droits spéctaux attachés à la primauté pontificale, il faut distinguer ceux qui ont rapport aux questions de foi de ceux qui concernent la discipline.
Quant aux premiers, Fébronius prétend : 1° que le Pape n'est pas infaillible; 2° que ses décisions ne sont pas irréfragables, et ne constituent pas le tribunal en dernier ressort; 3° que son pouvoir n'est pas purement monarchique,
Quant aux seconds, voici sa théorie : 1° Le Pontife Romain a le droit immédiat et universel de surveiller, d'admonester, d'excommunier, mais il ne peut, sans le consentement formel ou tacite de l'Eglise, porter une loi nouvelle qui soit universellement obligatoire ; et la menace d'excommunication ne donne à cette loi aucune sanction morale.
2° Les droits obtenus par les Papes dans le cours des siècles, tels que ceux de pouvoir décider les causes contentieuses des évêques et des clercs subalternes, de convoquer et de présider les Conciles, de nommer, confirmer, transférer, et déposer les évêques, de recevoir les appels interjetés de la sentence des évêques et des Conciles, d'accorder des dispenses ou des priviléges, de se réserver des cas de
‘conscience, de conférer des bénéfices, etc., ne sont qu'une concession des évéques et des Conciles, une usurpation subreptice, ou même une pure extorsion.
3° Si un Pape s'oppose aux décrets d'un Concile national et sépare un royaume de sa communion, il faut pourvoir cette Eglise nationale d'un chef extraordinaire et temporaire.
4° L'autorité du Pontife Romain a été amplifiée outre mesure, au détriment du pouvoir épiscopal, par différentes causes, telles que les collections de Canons et de Décrétales, notamment celles du faux
Isidore,” l'usurpation des droits des Patriarches occidentaux, le prestige de la sainteté et de la science d'un bon nombre de Pontifes, les qualifications de gouverneur, pasteur, et chef de l'Eglise universelle, données au Souverain Pontife, et celles de mére et de maltresse, données à l'Eglise Romaine. De plus,
5° De nombreux et criants abus se sont introduits dans la cour romaine. C'est pourquoi,
6° Il faut en revenir à la situation faite primitivement à l'Eglise par les quatre premiers Conciles œcuméniques, conformément au désir manifesté par les Pères du Concile de Trente. À cet effet,
7° Les évêques doivent défendre leurs droits naturels et revendiquer ceux qu'ils ont perdus, faire appel à un Concile général libre, et apprendre à ne pas craindre les censures romaines. Ils peuvent, au besoin, interdire la publication et empêcher l'exécution des Bulles pontificales dans leurs diocèses respectifs, s'ils les jugent incompatibles avec les Canons et préjudiciables à la liberté de l'Eglise. — De leur côté, les princes catholiques peuvent user du droit de convoquer un Concile universel, de l'appel aux Conciles, du placet royal, de l'appel comme d'abus, et surtout refuser l'obéissance au Pape, sans se séparer toutefois de sa communion.
Ces principes attentatoires aux droits du Saint-Siége et subversifs , du gouvernement de l'Eglise, provoquérent une condamnation formelle prononcée, le 27 février 1764, par le pape Clément XIII, et réitérée en 1766, en 1767, et, sous Clément XIV, en 1773; de plus, une interdiction expresse de l'ouvrage de Fébronius dans une dizaine de diocéses d'Allemagne ; un jugement académique de l'Université de Cologne (1765) ,! en rapport avec celui du Souverain Pontife ; enfin, de savantes réfutations de la part des Catholiques et même des Protestants.
Citons notamment, parmi les premiers, d'après l'ordre chronologique : le jésuite Kleiner,? Georges Trautwein, chanoine régulier,? les
(1) Universitatis Coloniensis de proscriptis a SS. D. N. Clemente papa XIII... libris Justini Febronii anno 1764, die 27 februarit, Judtcium academicum anno 1765, idibus septembris.
(2) Observationes quædam summariæ, etc. 1764. — Opuscul. critic. contr. Just. Febronit librum. 1765.
(3) Vindiciar. adv. Just. Febronii de abusu et usurpatione summæ potest. pontificia librum singularem, liber singularis. 1765.
(*) Voir ce que nous disons à ce sujet dans la note qui fuit suite au chapitre Ier.
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dominicains Bartoli et Corsi,! les jésuites Zech? et Zaccaria,? le conventuel Sangalli, le récollet Sappel,5 le docteur Godefroid Kauffmans,5 le capucin Barthélemi de Coccaglio,” Pierre Ballerini,* et le dominicain Mamachi;® enfin, la réfutation que nous offrons ici au lecteur, et qui fut éditée en 1768. — Hontheim répondit à ses contradicteurs par divers écrits publiés sous le masque de nouveaux pseudonymes, tels que ceux de Justinianus novus, Joannes Clericus, Joannes a Calore, Aulus Jordanus, et Theodorus a Palude.
Comme par suite de ces débats, le Fébronianisme continuait à agiter fortement les esprits, le pape Pie VI parvint à obtenir, mais non sans peine, une rétractation spéciale de la part de l'auteur, comprise en dix-sept articles et datée du 1°" novembre 1778. Après avoir avoué qu'il était tombé dans l'erreur, et avoir sollicité le pardon de Pie VI en considération de son repentir, Fébronius reconnaissait que les Clefs de l'Eglise ont été données à un seul et en même temps à l'unité; que la primauté du Pape est une primauté de juridiction, et doit être perpétuelle ; que l'Eglise a droit de déterminer le sens et de juger la doctrine des propositions ; qu'on doit une entiére obéissance à la Bulle Unigenitus;* que s'il s'élève quelque doute sur l'état de l'Eglise, il faut avoir recours au Pape; que le Concile de Trente a été libre et a bien fait de réserver au Pape certaines dispenses ;
(1) Propozizioni apologetiche della podestà legittima e monarchia spiritale del Pontefice Romano contro Giust. Febbronio. 1765-1767.
(2) De Judicits ecclesiasticis, tit. 13. 1766.
(3) Antifebronius. 1767. — Antifebronius vindicatus. 1771.
(4) Dello stato della Chiesa e legittima podestà del Romano Pontefice... contro il nuovo sistema... di Giust. Febbronio. 1766.
(5) Liber singularis ad formandum genuinum conceptum de statu Ecclesia et Summi Pontificis potestate, contra Just. Febronium. 1766.
(6) Pro statu Ecclesiae Cath. et legitima potest. Romani Puntificis contra Just. Febronit librum. 1766.
(7) Italus ad Febronium. 1768.
(8) De Potestate ecclesiast. Summor. Pontific. et Concitior. general. liber, una cum vindictis auctoritatis Pontificie contra opusc. Just. Fedronit. 1768.
(9) Epistolae ad Just. Febronium. 1776.
(*) Célèbre Bulle du pape Clément XI, par laquelle ont été condamnées, en 1718, les cent une propositions du trop fameux Quesnel, et contre laquelle se sont toujours opiniâtrément élevés les Jansénistes qui ont suivi cet audacieux novateur. — Saint Alphonse traite au long de ce sujet dans son Triomphe de l'Eglise. (Œuvres dogmatiques, tome IV. ch. XII. art. IV.)
qu'il faut regarder comme illégitimes les évêques non reconnus par lui; qu'on a eu raison de lui réserver la canonisation des Saints; que pour la foi, les sacrements, et la discipline, la puissance ecclésiastique prononce de plein droit.
Tels sont les principaux articles de cette rétractation, qui fut envoyée à Rome et dont le pape Pie VI fit part aux cardinaux dans le consistoire du 25 décembre 1778. Le Pape félicita par lettre l'évêque repentant, qui, de son côté, publia sous la date du 3 février suivant, une lettre pastorale pour proclamer et confirmer sa rétractation : il déclarait qu'il renonçait irrévocablement aux assertions émises dans son ouvrage, s'engageait à le combattre, et notifiait lui-même un ordre de l'électeur, qui interdisait de lire ou de retenir son livre. Cependant, comme on répandait le bruit que ces démarches n'avaient pas été tout à fait spontanées, Hontheim publia, le 2 avril 1780, une déclaration qu'il transmit au prince archevêque, en assurant que sa rétractation avait été sincére et qu'il se proposait de la confirmer dans un ouvrage auquel il travaillait. En effet, il publia, l'année suivante, son Commentaire sur sa Rétractation,! qu'il développa en trente-huit propositions et confirma réellement quant au fond. Malheureusement, on y trouve des interprétations, des exceptions, des distinctions qui ont paru suspectes et ont même été jugées contraires à l'acte du 1°" novembre 1778. C'est à cette occasion que le cardinal Gerdil, à l'examen duquel le Pape avait soumis le Commentaire, publia un remarquable écrit intitulé : In Commentarium a Justino Febronio in suam Retracta tionem editum Animadversiones, dans lequel i) fait ressortir les tournures embarrassées et les expressions peu franches de l'auteur.
Quoi qu'il en soit de la sincérité de Hontheim dans cette circonstance, ses allures peu décidées dénotent en lui une faiblesse de caractére bien constatée, et il faut reconnaître que son Commentaire n'est trop malheureusement, en bien des endroits, qu'une espéce de rétractation de sa rétractation, par suite des explications équivoques et tortueuses qu'on y a remarquées. Aussi cet écrit a-t-il été jugé trés-sévérement par le prince Clément de Saxe, d'abord évêque de Ratisbonne et de Freisingen, plus tard archevéque-électeur de Trèves, et, par conséquent, supérieur spirituel et temporel de Fébronius.
(1) Justini Febronti Commentarius in suam Retractationem Pio VI... submissam.
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Ecrivant au pape Pie VI, en 1781, à propos de Hontheim, qu'il appelle « un esprit vain et artificieux, comme sont ordinairement les novateurs, » ce prélat s'exprimait ainsi : « Il me paraît indubitable que la rétractation que M. de Hontheim a faite de ses erreurs, n'était qu'une feinte, ou qu'il s'est repenti aussitôt de l'avoir faite; » puis, aprés avoir donné quelques raisons de cette assertion, il ajoute : « Il a fait imprimer à mon insu, sous le titre prétendu de Commentaire, une production plus abominable encore que mal désignée, Je dis « mal désignée; » car qui donnerait la dénomination de Commentaire sur une Rétractation, à un ouvrage qui ne paraît entrepris que pour énerver la rétractation même; à un ouvrage qui, au lieu de lumiéres, répand de nouvelles ténèbres sur l'esprit du rétractant, et qui, bien loin d'établir sur des arguments solides les vérités catholiques opposées aux erreurs abjurées et si solennellement reconnues dans l'acte d'abjuration, en raméne de nouveau plusieurs dans la catégorie des propositions douteuses;... à un ouvrage enfin si différent de la rétractation, que, tandis que celle-ci a été bien reçue de tous ceux qui aiment sincérement l'Eglise, l'autre n'a pu mériter que les éloges des hérétiques? »
Quant au livre même de Fébronius, il a été jugé depuis longtemps à sa juste valeur. On y a signalé des contradictions qui sont, à elles seules, une véritable réfutation de l'auteur ; — une incroyable mauvaise foi dans les citations, empruntées, du reste, pour la plupart à des auteurs de toutes les sectes et de toutes les factions, hérétiques ou ennemis acharnés du Saint-Siége, comme le déclare Clément XIII dans son Bref du 14 mars 1764, adressé à l'archevéque de Mayence : Omnia ille ex hæreticorum et huic Sancta Sedi infensissimorum hominum libris conquisita et deprompta in unum congessit; — un dédain fastueux et insultant envers ses contradicteurs les plus modérés; — un latin indigne bien souvent d'un écolier novice ; — enfin, comme le remarque le savant abbé Bergier, cet ouvrage « est une compilation sans ordre, sans justesse, sans logique, aussi mal arrangée que mal écrite.! » Il n'a pas méme le mérite de la nouveauté, puisque l'auteur a calqué ses propositions les plus importantes sur les écrits de Richer et de son adepte Ellies du Pin, que le pape Clément XI a appelé « un homme d'une détestable doctrine, et coupable de plusieurs excès envers le Siége Apostolique;? » ajoutons que Fébronius a mis
(1) Lettre au duc Louis-Eugène de Wurtemberg, 12 octob. 1775. (2) Bref à Louis XIV.
largement 4 contribution la Défense de la Déclaration du clergé de France par Bossuet.
Quant à l'esprit, aux tendances, et aux résultats de l'ouvrage, ils nous sont signalés par la voix la plus auguste et la plus autorisée, celle du Vicaire de Jésus-Christ : à l'occasion des lettres qu'il adressa à divers prélats allemands au sujet du livre de Fébronius, Clément XIII représente l'auteur comme un homme artificieux et de mauvaise foi, comme un catholique hypocrite, pour ne pas dire comme un hérétique déguisé : Callidus fraudum artifex,... sive hæreticus, qualem ex ipso libro possumus suspicari, sive catholicus, qualis videri vult,! tandis qu'il applique à l'ouvrage les épithétes justement sévéres de veneficus, exitialis, pestiferus, teterrimus, etc.,? et va même jusqu'à le regarder comme une production sortie de l'officine de Satan : Ejusmodi libri, qui fortasse in officina Satana cuduntur.3 Nous avons décrété, ajoute le Pontife suprême, que ce livre, qui a été écrit par un ennemi acharné de l'Eglise Romaine pour anéantir, si c'était possible, le pouvoir da Pontife Romain et renverser complétement le Siége Apostolique de Pierre, doit étre écarté des yeux des fidèles, de peur qu'après y avoir puisé le mépris du Siége de Rome, ils ne soient enfin amenés du champ du Seigneur dans les pâturages empestés des hérétiques : Hunc dibrum ad eamdem potestatem (Romani Pontificis), si fieri posset, extinguendam, et Beatissimi Petri Apostolicam Sedem funditus evertendam, ab homine Romana Ecclesia infensissimo scriptum, procul ab oculis fidetium arcendum decrevimus,... ne, hausto inde Romane Sedis contemptu, a dominico agro ad hereticorum pestifera pascua denique abducantur.* Ce livre, dit encore ce même Pontife, tend à renverser la pierre sur laquelle Jésus-Christ a bâti son Eglise,5 et à saper par sa base la Chaire de Rome, sur laquelle l'Eglise Catholique repose comme sur son fondement.®
Plus tard, le pape Pie VI, parlant de Fébronius, rappelle que ses doctrines, qui sont en opposition complète avec celles de l'Eglise, ont été réprouvées par le Saint-Siége et par les évêques mêmes d'Allemagne : Cujus doctrinæ, a doctrina Ecclesia prorsus aliena, fuerunt a
(1) Epist. ad episcop. Herbipolens, 24 mart. 1764.
(2) Epist. ad archtepiscop. Trevir. et Moguntin., 24 mart. 1764. (3) Ad episcop. Herbip. ut supra.
(4) Epist. ad archiepiscop. Trevir. (5) Zbid.
(6) Epist. ad eptscop. Mogunt.
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Sancta Sede damnatæ, et ab ipsis germanicis episcopis reprobatæ ; ! puis, citant l'opuscule : Coup d'œil sur le Congrès d'Ems (par Feller)?, il ajoute qu'il y est bien établi par des arguments péremptoires, que l'ouvrage de Fébronius a été condamné par les archevéques et évêques d'Allemagne, comme étant plein de scandale et de danger, un enfant des ténébres, la sève des hérésies, et une production de Satan : Invictis documentis opus hujusmodi ab archiepiscopis et episcopis Germaniæ damnatum fuisse uti scandalo et periculo plenum, filium tenebrarum, succum hæresum, partum Satana.3 — Ces déclarations du Siége Apostolique sont assez énergiques et assez significatives. D'accord avec le Juge suprême de l'Eglise, les évêques d'Allemagne, tels que ceux de Tréves, de Cologne, de Prague, de Bamberg et Wurtzbourg, de Constance, de Mayence, de Freisingen et Ratisbonne, ont énoncé des blimes non moins sévères au sujet de ce livre et de son auteur ;* et notamment le prince Clément de Saxe, dans des termes analogues à ceux du Pape, dénonce 4 son clergé et à son peuple l'artificieux Fébronius comme un homme qui travaillait de toutes ses forces à saper par sa base le Siége Apostolique et à renverser la Pierre sur laquelle Jésus-Christ a bâti son Eglise : Apostolicam Sedem penitus evertere, et Petram illam supra quam Christus Dominus adificavit Ecclesiam suam, omni adhibito conatu, suffodere tentat.{ Bien plus, il n'hésite pas à classer son ouvrage parmi les livres les plus détestables qui inondent le champ du Seigneur, étouffent la semence de l'Evangile, et éteignent les sentiments de la vraie piété et de la religion chrétienne : Teterrimi libri... agrum Domini inundant, sementem Evangelii suffocant, vera pietatis et christiana religionis sensa extinguunt.5 Et de fait, comme le remarque Feller,® la décadence presque générale de la religion en Allemagne doit être particuliérement attribuée à la secousse que Fébronius a donnée à la hiérarchie, au mépris qu'il a inspiré pour le Chef de l'Eglise, à ses calomnies contre le Siége de Rome, à ses efforts pour ourdir un schisme, etc. Ces tristes résultats du livre de Fébronius ont été confirmés par le témoignage méme d'un protestant, pour ce qui concerne le clergé autrichien
(1) Respons. ad Metropot. Mogunt. etc. super Nuntiaturis apost. 1789. (2) Ch. 5. (3) Nota 18. (4) Decret., die 14 junit 1764. (5) Ibid. (6) Dictionn, historiq. art. Hontheim.
(*) Les documents relatifs à ce sujet sont rapportés dans l'Antifebronius rindicatus de Zaccaria (Dissert. 1. c. 1. append.).
en particulier.! Cette funeste influence s'accrut encore par la protec
tion que la cour de Vienne accorda à l'onvrage, par cela même qu'il attaquait la monarchie spirituelle du Pape, faisait de l'Eglise une espèce de république aristocratique, invitait les princes à réformer l'Eglise sur ce plan en protégeant les évèques contre le Pontife Romain, et proposait de faire un schisme en se passant du Pape universel et en créant un Pape national. Ces nouveautés schismatiques d'un évêque durent naturellement plaire à l'esprit novateur de Joseph II; aussi y eut-il défense de publier dans la capitale de l'Autriche, la rétractation de Fébronius,? dont les doctrines furent mises en pratique par l'empereur, non-seulement dans les provinces autrichiennes, mais encore dans la Toscane, dont son frère Léopold était grand-duc ; et malheureusement, ils trouvérent un complice des plus dociles dans l'évêque Scipion Ricci, fauteur du Jansénisme et du Fébronianisme, et bien connu par le fameux Synode qu'il présida dans sa ville épiscopale de Pistoie.
De plus, quant à la France, on a voulu trouver dans les propositions de Fébronius, un appui à des théories exagérées et inadmissibles de l'Eglise gallicane, prise dans son sens le plus défavorable, d'autant plus que l'auteur prétendait n'enseigner que la doctrine de cette Eglise. Et en général, que de fois les ennemis du Saint-Siége ne se sont-ils pas attachés à copier les assertions les plus audacieuses du novateur allemand, perpétuant ainsi la désunion et l'anarchie ?
Ajoutons toutefois avec Feller,® qu'il faut, à plusieurs égards, rendre justice aux bonnes qualités de l'auteur de cet ouvrage informe et anticatholique : poli, honnête, prévenant, officieux, d'un commerce agréable et intéressant, prêtre et évéque recommandable par ses mœurs et par son exactitude à remplir son ministére, il était personnellement un contraste sensible et frappant de son livre avec lui-même,
Mais ce qu'il y a de plus consolant et de plus rassurant, c'est qu'il est mort réconcilié avec Dieu et uvec l'Eglise, dans son château de Mont-Quintin (duché de Luxembourg), le 2 septembre 1790."
(1) Voyage en Allemugne, par le baron de Riesbeck. — Observations sur Vienne, (2) Menzel, Nouvelle Hist. des Allemands, t. 11. ch. 21. (3) Loc. cie.
(*) Outre les auteurs cités dans le corps de cet article, on peut consulter sur le Fébronianisme : Wyttenbach et Müller (Gesta Trerirorum, t. 3.); Phillips (Droit ecclésiastique, t. 3.); le Dictionnaire encyclopédique de la Théologie Catholique (art. Hontheim}; Picot (Mémoires, années 1764 et 1778), et Pey |Trttté de l'autorité des deux Puissances .