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PRÉFACE

Les événements qui ont agité et transformé la péninsule italique, dans ces dernières années, ont remis en relief un sujet auquel les esprits se montraient depuis longtemps indifférents , celui de la Papauté. Ce n’est pas que ^institution ait été précisément mise en cause; non! Personne n’a pos(> d’autre question entre l’Italie et le Saint-Siège que celle du gouvernement temporel du Pape. Les hommes d’Etat, les publicistes, l’opinion publique étaient d’accord de ne point outre-passer, dans celte ((uestion, les bornes assignées à la discussion et à l’action politiques.

Mais l’Église n’a point partîigé cette manière de voir. Des esprits habitués à sonder les principes Jusque dans les profondeurs de l’absolu ont repoussé une politique de transaction, et le Pape luimême a déclaré le pouvoir temporel inséparable du pouvoir spirituel. Dans l’émancipation d’une de ses ])rovinces, la cour romaine voyait un sacrib'ge, s’ir- . liljiit, menaçait de Dieu! En France, comme en Italie. le Pape tentait r.igilatiou religieuse, se liguait avec les partis (b'-ebus contre le gouverneiueut . et lançait rexcomniunicaiion. Il allait jusqu'à coufoiiilre dans ses griefs la civilisation et le droit

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ino(lern<!s, accusant d’athéisme tous les progrès du siècle, et les condamnant.

Si impuissantes qu’aient été de telles manitésUitions, elles ont cependant rappelé que de tout temps la Papauté combattit pour la possession du pouvoir et des biens temporels, au moyeu de son prestige spirituel, et, comme le Pape est la personnification de cet ancien système, la question du Pape se trouve posée.

Il faut en convenir, le monde actuel ne sait guère ce qu’est le Pape, et le Pape connaît peu le monde actuel. De plus, s’il est deux éléments étrangers l’un à l’autre, essentiellement répulsifs, ce sont le pouvoir spirituel du Pape et le pouvoir politique des Ktats. Depuis mille ans que leur antagonisme existe, vainement ont-ils remis à l’épreuve, par des conciirdats, le pacte irréalisable de Léon III avec Charlemagne; ils n’ont pas été en paix un seiü jour, et la raison en est simple, l'un et l’autre veident une chose iiuhvisible, le droit souverain. Ce que nous avons présentement sous les yeux est donc une nouvelle phase de la mortelle lutte du droit divin de l'Église contre le droit humain de l’État.

Le droit divin que s’attribue le Pape est la théocratie, c’est-à-dire le gouvernement par le sacerdoce, sous le couvert de la rehgion. Un auteur versé dans la métaphysique |)ontitlcale, et faisant école. s'expriiiK' clainuaent à ce sujet. « 11 n'y a rien d(' iiioiiis exact, <lit .loseph de Maistre, que cette ex-

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prossioii la pimsaacv temporelle : la puissance dont il s’ajrit est purement spirituelle... Les Papes ne se sont jamais rien attribué qu’en vertu de la puissanc e spirituelle, et la question se réduit absolument à la légitimité et à l’étendue de eette puissance L »

La puissance temporelle du Saint-Sic'“ge fut toujours et à tous les degrés, en effet, le produit logique de sa puissance spirituelle. (Vtte vérité est attesteie à chaque page; de l’iiistoire, et, comme un fait est inséparable de sa cause morale, la question se réduit véritablement à la légitimité de cette dernière puissance. Le Pontife est en consécjuence fondé à ne pas admettre qu’on divisi' la question et c|u'on lui enlève son temporel sans autre forme de procès. 11 est en possession d’un droit ancien qu’il croit évangélicjuc et di\*in. Si vous adhérez à ce droit, respectez-en les conséquences. Si vous ne le reconnaissez pas, dites vos raisons, détruisez ce droit, et formulez-en un qui réponde mieu.x aux sentiments et aux besoins de la société.

Au xvii' siècle, on a tacitement exclu le Pape des alfaires internationales qu’il avait dirigées souverainement durant plusieurs siècles. On peut lui ôter de même .aujourd’hui son gouvernement de Rome. Mais aussi longtemps cpie les esprits ne seront pas fixés sur la valeur du droit divin, dont le Pape fut investi au moyen Age, et (|ue le concile de Trente lui main-

' üe Maistre, Du Pape, livre a, ch. viu.

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encoi’p, on n'aurn t|iu‘ des solutions incomplètes et teniporair(>s à apporter la puissance teinporello du l’ape. soit au point de vue de la théocratie universelle, soit au point de vue de la principauté romaine. Tant qu’un droit de cette importance n’est pas disputé à la croyance, il reste lépritime. Tombé par la force des choses ou la violence des hommes, il combat et rèprne encore sur les esprits.

Ce livre est consacré à l’examen d’un problème dont la solution peut seule, croyons-nous, assurer l'indépendance mutuelle de l’Éprhse et de l’État. Cet examen nous a conduit à reconnaître que ce pouvoir spirituel, qui engendre fatalement le pouvoir temporel, est une conception purement arbitraire, (‘gaiement opposée à la religion de Dieu et à la politique des hommes. Nous rechercherons l’origine de la Papauté; nous la suivrons dans les diverses phases de son développement, de sa grandeur, de son règne absolu sur les esprits et sur les choses, et, après avoir constaté qu’elle fut trop souvent un élément de perturbation politique, nous solliciterons l’Eglise d’opérer la réforme d’une institution plus (pm Jamais incompatible avec la civilisation.

Notre chapitre xv traite spécialement de la question italienne et lui apporte une solution conforme à la morale chrétienne et au droit public.

CDAPIT8E PREMIEH.

EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE DES PRINCIPES QUI ONT RÉGI LES POUVOIRS SPIRITUEL ET TEMPOREL DEPUIS LE CHRIS- TIANISME.

Moralp de Jésus-Christ. — Doctrine des ApOIres. — Opinions des Pères de l’Église. — Maximes de la cour romaine. — Déclaration des droits de l’État.

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