Du Pape
L’ouvrage que nous annonçons est la reproduction vivante d’une époque de notre histoire sur laquelle les témoignages privés manquent presque entièrement , et sur laquelle nous avons cependant le plus besoin d’être édifiés, car c’est l’époque qui a enfanté la Révolution française. En lisant Barbier, on n’est plus surpris de cette effroyable convulsion de la France. Elle fut la conséquence logique , fatale, inexorable de l’excès du mal en toutes choses.
Barbier fait connaître la société française du dix-hui-
tième siècle dans tous ses rangs et dans tous ses replis. Avec lui, nous savons, jour par jour, ce qui s’est passé à la Cour.au Parlement, dans les églises, les spectacles, dans la me, aux halles, à la Grève, dans les salons, les boutiques, partout enfin. Nous apprenons tous les faits, toutes les histoires, tous les scandales, à mesure qu’ils se produisent. Nous assistons à tous les événements et nous pénétrons dans tous les intérieurs , car Barbier n’omet rien ; c’est un curieux infatigable, admirablement placé par ses relations pour connaître les secrets politiques les plus importants , et les affaires les plus intimes de la bourgeoisie parisienne ; il lit tous les pamphlets, répète toutes les chansons, enregistre tous les bruits , et son Journal , écho fidèle de tous les bruits du siècle, contient tout à la fois le Premier-Paris, les Nouvelles extérieures et les Faits divers de chaque mois. Témoin impassible de toutes les folies, de toutes les misères de son temps, il en trace le tableau jour par jour pendant une période de quarante-cinq ans, et, de la sorte, il nous a donné ic recueil des souvenirs contemporains le plus vaste et le plus étendu que nous ait légué le dix-huitième siècle. Bien n’est plus curieux que de voir ainsi l’histoire se faire au jour le jour, avec l’inquiète curiosité de l’avenir, et l’émotion dont il est si difficile de se défendre, quand il s’agit d’événements qui s’accomplissent sous nos yeux. Son récit ne nous instruit pas seulement des faits; il nous donne sur chacun d'eux l’opinion du public, et nous offre ainsi le moyen de contrôler l’histoire par l’opinion des contempovains. Doué d’un sens trèsdroit, mûri par la pratique des affaires qu’il avait acquise en exerçant sa profession d’avocat au Parlement, Æarbier écrit toujours sans haine et sans passion ; sa sincérité éclate à chaque page. Aussi ne faut-il pas s’étonner de
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l’importance qu’il a acquise auprès des meilleurs esprit* de notre temps. 11 suffit, au surplus, de confronter ses témoignages avec ceux de ses contemporains, pour être convaincu de leur véracité.
L’édition que nous donnons ici comble dans notre histoire une lacune importante, en mettant pour la première fois, sous les yeux du public, dans toute l’intégrité de son style et la sincérité de la rédaction première, un livre que la seule édition qui en ait été faite avant la nôtre ne reproduisait que par extraits, après avoir même fait subir à ces extraits une rédaction nouvelle. On trouvera dans nos volumes, ce qui n’est point ailleurs que dans le manuscrit autographe, toute l’histoire diplomatique, toute l’histoire militaire et toute l’histoire parlementaire. Notre édition contiendra donc un texte double de celui qu’a donné l’édition de la Société de l’Histoire de France. Des notes et des éclaircissements, empruntés aux écrivains les plus autorisés, complètent ou rectifient, partout où il en est besoin, les assertions de Barbier, et relient son récit à l’histoire générale. Des sommaires, placés en tête de chaque mois, offrent au lecteur un tableau synchronique de tous les faits rapportée dans le Journal , et tous les détails qui se rapportent à la constitution administrative, aux mœurs et aux usages du dix-huitième siècle, sont élucidés par des explications placées au bas des pages.
Une notice sur l’auteur se trouve en tête du premier volume , et l’ouvrage est terminé par un appendice de pièces curieuses et aussi par un index général, qui reproduit l’essence même du Journal de Barbier , et reud les recherches promptes et faciles.
Puis, 10 svril 1867.
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