CHAPITRE XIV
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Examen d’une difficulté particulière qu’on élève contre les décisions
des Papes.
Les décisions doctrinales des Papes ont toujours fait loi dans l’Eglise. Les adversaires de la suprématie pontificale, ne pouvant nier ce grand fait, ont cherché du moms à 1 expliquer dans leur sens, en soutenant que ces décistons n’ont tiré leur force que du consentement de 1 Eglise; et pour l’établir, ils observent que souvent, avant d’être reçues, elles ont été examinées dans les conciles avec connaissance de cause. Bossuet, surtout, a lait un effort de raisonnement et d’érudition pour tirer de cette considération tout le parti possible.
Et en effet, c’est un paralogisme assez plausible que celui-ci : Puisque le concile a ordonné un examen préalable dune constitution du Pape, c’est une preuve qu'il ne la regardait pas comme décisive. Il est donc utile d’éclaircir cette difficulté.
La plupart des écrivains français, depuis le temps surtout ou la manie des constitutions s’est emparée des esprits, partent tous, même sans s’en apercevoir, de la supposition d’une loi imaginaire, antérieure à tous les
1 • Voyez sa correspondance avec Bossuet.
OU l'APE.
faits et qui les a dirigés; de manière que si le Pape, par exemple, est souverain dans l’Église, tous les actes de l’histoire ecclésiastique doivent l’attester en se pliant uniformément et sans eflortrà cette supposition, et que, dans la supposition contraire, tous les faits de même doivent contredire la souveraineté.
Or, il n’y a rien de si faux que cette supposition, et ce n’est point ainsi que vont les choses : jamais aucune institution importante n’a résulté d’une loi, et plus elle est grande, moins elle écrit. Elle se forme elle-même par la conspiration de mille agents, qui presque toujours ignorent ce qu’ils font; en sorte que souvent ils ont l’air de ne pas s’apercevoir du droit qu’ils établissent euxmêmes. L’institution végète ainsi insensiblement à travers les siècles : Crescit occulto velut arbor œvo; c’est la devise éternelle de toute grande création politique ou religieuse. Saint Pierre avait-il une connaissance distincte de l’étendue de sa prérogative et des questions qu’elle ferait naître dans l’avenir? Je l’ignore. Lorsque, après une sage discussion, accordée à l’examen d’une question importante à cette époque, il prenait le premier la parole au concile de Jérusalem, et que toute la multitude se tut ', saint Jacques même n’ayant parlé à son tour, du haut de son siège patriarcal, 'que pour confirmer ce que le chef des apôtres venait de décider, saint Pierre agissait-il avec ou en vet'tu d’une connaissance claire et distincte de sa prérogative ; ou bien, en créant à son caractère ce magnifique témoignage, n’agissait-il que par un mouvement intérieur séparé de toute contemplation rationnelle ? Je l’ignore encore.
On pourrait, en théorie générale, élever des questions curieuses ; mais j’aurais peur de me jeter dans les susceptibilités, et d’être nouveau au lieu d’être neuf, ce qui me fâcherait beaucoup: il vaut mieux s’en tenir aux idées simples et purement pratiques.