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LIVRE IV, CUAPITRE VII

la déraison. On y passait le temps à produire de faux raisonnements , tout en montrant comment il fallait raisonner.

Le même Père grec que je viens de citer a dit encore avec beaucoup de vérité et de sagesse : « Le ca- « ractère des premiers philosophes n'était pas d'er- « goter ou de douter, comme ces philosophes grecs « qui ne cessent d'argumenter et de disputer par une « vanité vaine et stérile; qui ne s'occupent enfin que « d'inutiles fadaises (1). »

C'est précisément ce que disait longtemps auparavant un philosophe indien : a Nous ne ressemblons « point du tout aux philosophes grecs qui débitent « de grands discours sur les petites choses; notre a coutume, à nous, est d'annoncer les grandes choses « en peu de mots , afin que tout le monde s'en sou- « vienne (2). »

C'est en effet ainsi que se distingue le pays des dogmes de celui de l'argumentation. Tatien, dans son fameux discours aux Grecs, leur disait déjà, avec un certain mouvement d'impatience : a Finissez donc c( de nous donner des imitations pour des invenc< tions (3). »

Lanzi, en Italie, et Gibbon, de l'autre côté des Alpes, ont répété l'un et l'autre la même observation sur le génie grec, dont ils ont reconnu tout à la fois l'élégance et la stérilité (4).

(<) Clem. Alex. Strom. VIII.

(2) Calamus. Gymnosoph. apud Alheen. ïlepi fitxoLvr^fiaLroiv, Edit. Theveii. fol. 8.

(3) Haûyaôe ràç fiifx-ftuuç tvp^iui «ttoxo^Ovtsç. Tai. oral, ad Gi»c. Edil. Paris, 1645, in-1â, vers. inil.

(4) / Greei sempre piit felici in perfezionare arti che in inven-

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Si quelque chose parait appartenir en propre à la Grèce, c'est la musique; cependant tout dans ce genre lui venait d'Orient. Strabon remarque que la cithare avait été nommée Vanatique, et que tous les instruments de musique portaient en Grèce des noms étrangers, tels que la nablie, la sambuque, le barbitonyl'dmagadefetc, (1).

Les boues d'Alexandrie même se montrèrent plus favorables à la science que les terres classiques de Tempe et de la Céramique. On a remarqué avec raison que depuis la fondation de cette grande ville égyptienne, il n'est aucun des astronomes grecs qui n'y soit né ou qui n'y ait acquis ses connaissances et sa réputation. Tels sont Timocharis, Denys l'astronome, Ëratosthène, le fameux Hipparque, Possidonius, Sosigène, Ptolémée enfin, le dernier et le plus grand de tous (2).

La même observation a lieu à l'égard des mathématiciens. Euclide, Pappus, Diophante, étaient d'Alexandrie; et celui qui paraît les avoir tous surpassés, Archimèdc, fut Italien.

Lisez Platon ; vous ferez à chaque page une distinction bien frappante. Toutes les fois qu'il est Grec il ennuie, et souvent il impatiente. Il n'est grand, sublime, pénétrant, que lorsqu'il est théologien, c'està-dire lorsqu'il énonce des dogmes positifs et éter-

tarU. (Saggk) di lelteratura etrusca, etc., lom. Il, p. 189.— LVjpn/ des Grect, tout romanesque qu'il était ^ a moins inventé qu'il n'a embelli. (Gibbon. Mémoires, loin. Il, p. â07, trad. franc.)

(4) Hueiy.Demonstr. evang. Prop, IV y cap, /F, no 2. —On appelle encore aujourd'hui eh'hi-tar ( kilar ) une viole â six cordes forl en usage dans tout Pindoslan (Bech. asiat. tom. Vil. in-4o, p. 471). On roirouvo, dans ce mot, la cithara des Grecs et des Latins et notre guitare.

(2) Observation de l'abbé Terrasson. Séthos. Liv. II.

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nels séparés de toute chicane , et qui portent si clairement le cachet oriental , que, pour le méconnaître, il faut n'avoir jamais entrevu l'Asie. Platon avait beaucoup lu et beaucoup voyagé : il y a dans ses écrits mille preuves qu'il s'était adressé aux véritables sources des véritables traditions. Il y avait en lui un sophiste et un théologien , ou , si l'on veut , un Grec et un Chaldéen. On n'entend pas ce philosophe si on ne le lit pas avec cette idée toujours présente à l'esprit.

Sénèque, dans sa cent treizième épltre, nous a donné un singulier échantillon de la philosophie grecque; mais personne, à mon avis, ne l'a caractérisée avec tant de vérité et d'originalité que le philosophe chéri du dix-huitième siècle : « Avant les Grecs, « dit-il, il y avait des hommes bien plus savants « qu'eux, mais qui fleurirent en silence, et qui sont (f demeurés inconnus parce qu'ils n'ont jamais été

« cornés et trompttés par les Grecs (1) Les hommes

« de cette nation réunissent invariablement la préci- (c pitation du jugement à la rage d'endoctriner; (( double défaut mortellement ennemi de la science « et de la sagesse. Le prêtre égyptien eut grande rai- « son de leur dire : Vous autres Grecs , vous n'êtes que « des enfants. En effet, ils ignoraient également et « Vantiquité de la science , et la science de Vanti- « quité: et leur philosophie porte les deux caractères « essentiels de l'enfance : elle jase beaucoup et n'en- « gendre point (2). » Il serait difficile de mieux dire.

(1) Sed tamen majoret eum silenlio' fioruerunl antequam in Grœeorum tubas ae fistulas adhue incidissent. Bacon , Nov. org. IV,

(2) Namverbosa videtur sapienlia eorum^ el operum iteriiit; ideiH. Impelttt philosophiei. 0pp. in-8o, i. XI, p.. 87i.— Nov. org. 1. LXXI.

Si l'on excepte Lacédémone, qui fut un très-beau point dans un point du globe, on trouve les Grecs dans la politique tels qu'ils étaient dans la philosophie , jamais d'accord avec les autres , ni avec eux-^ mêmes. Athènes» qui était pour ainsi dire le cœur de la Grèce , et qui exerçait sur elle une véritable magistrature , donne dans ce genre un spectacle unique. On ne conçoit rien à ces Athéniens légers comme des enfants, et féroces comme des hommes; espèces de moutons enragés , toujours menés par la nature, et toujours par nature dévorant leurs bergers. On sait de reste que tout gouvernement suppose des abus; que dans les démocraties surtout, et surtout dans les démocraties antiques, il faut s'attendre à quelque excès de la démence populaire : mais qu'une république n'ait pu pardonner à un seul de ses grands hommes; qu'ils aient été conduits à force d'injustices , de persécutions, d'assassinats juridiques, à ne se croire en sûreté quà mesure quils étaient éloignés de ses murs (1); qu'elle ait pu emprisonner, amender, accuser, dépouiller, bannir, mettre ou condamner à mort Miltiade , Thémistocle , Aristide , Cimon , Timothée, Phocion et Socrate, c'est ce qu'on n'a jamais pu voir qu'à Athènes.

Voltaire a beau s'écrier « que les Athéniens étaient « un peuple aimable; » Bacon ne manquerait pas de dire encore, a comme un enfant. » Mais qu'y auraitil donc de plus terrible qu'un enfant robuste, fût-il même très-aimable?

On a tant parlé des orateurs d'Athènes, qu'il est devenu presque ridicule d'en parler encore. La tri-

(4) Corn. Nep.inCbabr. lU.

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bune d'Athènes eût été la honte de l'espèce humaine, si Phocion et ses pareils , en y montant quelquefois avant de boire la ciguë ou de partir pour Texil , n'ayaient pas fait un peu d'équilibre à tant de loquacité , d'extravagance et de cruauté.

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