LIVRE IV, CHAPITRE VIII. iO.l
(( VOUS jugerez de sa religion et de la conscience qui
« préside à son témoignage Il ne pense qu'à la
« manière dont il s'exprimera , jamais à la vérité de
« ce qu'il dit Vous venez d'entendre un Romain
a grièvement offensé par l'accusé. Il pouvait se vente ger; mais la Religion l'arrêtait; il n'a pas dit un M mot offensant ; et ce qu'il devait dire môme, avec « quelle réserve il l'a dit! il tremblait, il pâlissait en
' « parlant Voyez nos Romains lorsqu'ils rendent
(f un témoignage en jugement : comme ils se retien- « nent, comme ils pèsent tous leurs mots, comme ils « craignent d'accorder quelque chose à la passion , « de dire plus ou moins qu'il n'est rigoureusement « nécessaire! Comparerez-vous de tels hommes à « ceux pour qui le serment n'est qu'un jeu? Je ré- « cuse en général tous les témoins produits dans « cette cause ; je les récuse parce qu'ils sont Grecs « et qu'ils appartiennent ainsi à la plus légère des « nations, etc. »
Cicéron accorde cependant des éloges mérités à deux villes fameuses, Athènes et Lacédémone. a Mais, « dit-il , tous ceux qui ne sont pas entièrement dé- « pourvus de connaissances dans ce genre, savent « que les véritables Grecs se réduisent à trois face milles, l'athénienne, qui est une branche de « l'ionienne, Téolienne et la dorienne; etcette Grèce « véritable n'est qu'un point en Europe (1). »
. (î) Quit ignoraty qui mode unquam medioeriler ret ittat scire euravity quin tria Grœcorum gênera tînt VERÈ: quorum uni sunl Àtkeniensety quœ gen$ lonum habebatur ; ^Voiet alteri: Dores ter lit nominabantur? Âtque hœe euncta Grœcia, quœ famd^ quœ glorid, quœ doctrinal quœ pluribut artibut , quœ etiam imperio et bel lied laude floruily parvum quemdam locum, ut tcilit^ Europœ tenet, if m* perque Icnuit. (Ciccro, ibid. pro Flacco, XXVII.)
Mais quant aux Grecs orientaux , bien plus nombreux que les autres, Cicéron est sévère sans adoucissement : a Je ne veux point, leur dit-il, citer les (( étrangers sur votre compte; je m'en tiens à votre « propre jugement...... L*Asie-Mineure, si je ne me
« trompe, se compose de la Phrygie, de la Mysie, de (( la Carie, de la Lydie. Est-ce nous ou vous qui « avez inventé l'ancien proverbe : On ne fait rien (t d'un Phrygien que par le fouet? Que dirai-je de la « Carie en général? N'est-ce pas vous encore qui avez u dit : AveZ'Vous envie de courir quelque danger ? allez a en Carie? Qu'y a-t-il de plus trivial dans la langue a grecque, que cette phrase dont on se sert pour « vouer un homme à l'excès du mépris iDest, ditce on, le dernier des My siens? Et quanta la Carie, je a vous demande s'il y a une seule comédie grecque ii où le valet ne soit pas un Carien (Ij. Quel tort a vous faisons-nous donc en nous bornant à soute- « nir que sur vous on doit s'en rapporter à vous (2) ? it
Je ne prétends point commenter ce long passage d'une manière défavorable aux Grecs modernes. Veut-on y voir de l'exagération? J'y consens. Veuton que ce portrait n'ait rien de commun avec les Grecs d'aujourd'hui? J'y consens encore, et même je le désire de tout mon cœur. Mais il n'en demeurera pasmoins vrai que si l'on excepte peut-être une courte époque , jamais la Grèce en général n'eut de réputation morale dans les temps antiques, et que par le caractère autant que par les armes, les nations occidentales l'ont toujours surpassée sans mesure.
(4) Passage remarquable où l'on voit ce qu'était la comédie, et comment elle était jugée par l'opinion romaine. (2) Cicer. pro Flacco, XXVIII.