‹ Du pape (volume 3)Chapitre 202 sur 208 · LIVRE lY, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE lY, CHAPITRE X

ceux qui l'agitent ne s'entendent pas eux-mêmes. Les Églises photiennes ne veulent point s'apercevoir qu'au moment même de leur séparation, elles devinrent protestantes 9 c'est-à-dire séparées et indépendantes. Aussi pour se défendre, elles sont obligées d'employer le principe protestant , c'est-à-dire qu'elles sont unies par la foi; quoique l'identité de législation ne puisse constituer l'unité d'aucun gouvernement, laquelle ne peut exister partout où ne se trouve pas la hiérarchie d'autorité.

Ainsi, par exemple, toutes les provinces de France sont des parties de la France , parce qu'elles sont toutes réunies sous une autorité commune; mais si quelques-unes rejetaient cette suprématie commune , elles deviendraient des états séparés et indépendants, et nul homme de sens ne tolérerait l'assertion quelles font toujours portion du royaume de France ^ parce quelles ont conservé ta même langue et la même législation.

Les églises photiennes ont précisément et identiquement la même prétention : elles veulent être portion du royaume catholique après avoir abdiqué la puissance commune. Que si on les somme de nommer la puissance ou le tribunal commun qui constitue l'unité, elles répondent quil n'y en a point; et si on les presse encore en leur demandant comment il est possible qu'une puissance quelconque n'ait pas un tribunal commun pour toutes ses provinces , eWes répondent que ce tribunal est inutile, parce qu'il a tout décidé dans ses six premières sessions^ et qu'ainsi il ne doit plus s'assembler. A ces prodiges de déraison , elles en ajouteront d'autres si votre logique continue à les harceler. Tel est l'orgueil, mais surtout tel est l'orgueil natio-

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nal ; jamais on ne le vit avoir honte ou seulement peur de lui-même.

Toutes ces Églises séparées se condamnent chaque jour en disant : Je crois à l'Eglise une et universelle. Car il faut absolument qu'à cette profession de droit, elles en substituent une autre de fait qui dit : Je crois AUX Eglises une et universelle. C'est le solécisme Je plus révoltant dont Toreille humaine ait jamais été affligée.

Et ce solécisme, il faut bien le remarquer, ne peut nous être renvoyé. C'est en vain qu'on nous dirait : Séparés de nous^ ne prétendez-vous pas à Vunité? séparés de vous, pourquoi naurions^^nous pas la même prétention? Il n'y a point de comparaison du tout; car l'unité est chez nous : c'est un fait sur lequel personne ne dispute. Toute la question roule sur la légitimité, la puissance et l'étendue de cette unité. Chez lesphotiens, au contraire, comme chez tous les autres protestants, il n'y a point d'unité ; en sorte qu'il ne peut être question de savoir si nous devons nous assujettir à un tribunal qui n'existe pas. Ainsi l'argument ne tombe que sur ces Églises et ne saurait être rétorqué.

La suprématie du Souverain Pontife est si claire, si incontestable, si universellement reconnue, qu'au temps de la grande scission , parmi ceux qui se révoltèrent contre sa puissance, nul n'osa l'usurper et pas même l'auteur du schisme. Ils nièrent bien que l'évêque de Home fût le chef de l'Église, mais aucun d'eux ne fut assez hardi pour dire je le suis; en sorte que chaque Église demeura seule et acéphale, ou , ce qui revient au même, hors de l'unité et du catholicisme.

Photius avait osé s'appeler Patriarche œcuménique, titre qui ne pouvait se montrer que dans la folle By-

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zance. L'Égiise vit-elle jamais les évèques d'un seul patriarcat s'assembler et se nommer concile œcuménique? Ce délire cependant n'aurait pas diflëré de Tautre. Pour ne pas blesser la logique autant que les canons , Photius n'avait qu'à s'attribuer sur tous ses complices cette même juridiction qu'il osait disputer au Pontife légitime ; mais la conscience des hommes était plus forte que son ambition. Il s'en tint à la révolte, et n'osa ou ne put jamais s'élever jusqu'à l'usurpation.

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