LIVRE I, CHAPITRE XX. i
de langue inconnm , comme s'il s'agissait de la langue chinoise ou sanscredane. Celui qui n'entend pas récriture et Toffice , est bien le maître d'apprendre le latin. A l'égard des dames mômes, Fénelon disait qu'il aimerait bien autant leur faire apprendre le latin pour entendre l'office divin , que l'italien pour lire des poésies amoureuses (1). Mais le préjugé n'entend jamais raison ; et depuis trois siècles , il nous accuse sérieusement de cacher l'Écriture sainte et les prières publiques, tandis que nous les présentons dans une langue connue de tout homme qui peut s'appeler, je ne dis pas savant, mais instruit, et que l'ignorant qui s'ennuie de l'être , peut apprendre en quelques mois.
On a pourvu d'ailleurs à tout par des traductions de toutes les prières de l'Église. Les unes en représentent les mots, et les autres le sens. Ces livres, en nombre infini, s'adaptent à tous les âges, à toutes les intelligences , à tous les caractères. Certains mots marquants dans la langue originale, et connus de toutes les oreilles; certaines cérémonies, certains mouvements , certains bruits même avertissent l'assistant le moins lettré de ce qui se fait et de ce qui se dit. Toujours il se trouve en harmonie parfaite avec le prêtre; et s'il est distrait, c'est sa faute.
Quant au peuple proprement dit , s'il n'entend pas les mots, c'est tant mieux. Le respect y gagne, et l'intelligence n'y perd rien. Celui qui ne comprend point, comprend mieux que celui qui comprend mal. Comment d'ailleurs aurait-il à se plaindre d'une religion qui fait tout pour lui? C'est l'ignorance, c'est la
(I) Fénelon, dans le livre de V Éducation des flllet. Ce grand homme semble ne pas craindre que la femme parvenue à comprendre le latin de la liturgie, ne soit tentée de s*élever jusqu'à celui d'Ovide.
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pauvreté, c'est l'humilité qu'elle instruit, qu'elle console, qu'elle aime par-dessus tout. Quant à la science , pourquoi ne lui dirait-elle pas en latin la seule chose qu'elle ait à lui dire : Qu'il n'y a point de salut pour Vor^ueil ?
Enfin , toute langue changeante convient peu à une religion immuable. Le mouvement naturel des^choses attaque constamment les langues vivantes; et sans parler de ces grands changements qui les dénaturent absolument , il en est d'autres qui ne semblent pas importants, et qui le sont beaucoup. La corruption du siècle s'empare tous les jours de certains mots , et les gâte pour se divertir. Si l'Église parlait notre langue, il pourrait dépendre d'un bel esprit effronté de rendre le mot le plus sacré de la liturgie, ou ridicule ou indécent. Sous tous les rapports imaginables, la langue religieuse doit être mise hors du domaine de l'homme.