‹ Du PapeChapitre 35 sur 61 · CHAPITRE Xin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin

GONTIKUATIOIX DU IBLÊaiE SUJET. REFLEXlOIfS SUR CES

6UERRES.

On déplairait certainement aux Papes si l'on soutenait qae jamais ils n'ont eu le moindre tort. On ne leur doit que la vérité , et ils n'ont besoin que de la vérîlé. Mais ù quelquefois il leur est arrivé de passer à Fégard des empereurs les bornes d'une modération parfaite, Téquité exige aussi qu'on tienne compte des torts et des violences sans exemple qu'on se permit à leur égard. J'ai beaucoup entaidu demander dans ma vie de quel droit les Papes déposaient les empereurs? Il est aisé de répondre : Du droit sur lequel repose toute autorité légitime, possession d'un côté, ASSENTiHEi^T de l'auU'e. Mais en supposant que la réponse se trouvât plus difficile , il serait permis au moins de rétorquer, et de demander de quel droit les empereurs se permettaient d^ emprisonner, d'exiler, d^outrageTj de maltraiter, de déposer enfin les Souverains BmHfes ?

Je ferai observer de plus que les Papes qui ont régné dans ces temps difficiles, les Grégoire, les Adrien, les Innocent , les Gélestin, etc., ayant tous été des honunes éminents en doctrine et en vertu, au point d'arracher à leurs ennemis même le témoignage dû à leur caractère moral, il parait bien juste que si , dans ce long et noble combat qu'ils ont soutenu pour la Religion et l'ordre so~ çial contre tous les vices couronnés , il se trouve quelques

obscurités que Thistoire n'a pas parfaitement édaircies, on leur fasse au moins Thonneur de présumer que s'ili étaient là pour se défendre^ ils seraient en état de nous donner d'excellentes raisons de leur conduite.

Mais dans notre siècle philosophique on a tenu une route tout opposée. Pour lui , les empereurs sont tout, et les Papes rien^ Comment aurait-il pu haïr la Religion sans haïr son auguste Chef? Plût à Dieu que les croyants fussent tous aussi persuadés que les infidèles de ce grand axiome : Que V Eglise et le Pape, ffest tout un^l Ceux-ci ne $'y sont jamais trompés et n'ont cessé, en conséquence, de frapper sur cette base si embarrassante pour eux. Ils ont été malheureusement puissamment Ëivorisés en France , c'est-à-dire en Europe , par les parlements et par les jansénistes , deux partis qui ne différaient guère que de nom; et à force d'attaques, de sophismes et de calommies, tous les conjurés étaient parvenus à créer un préjugé fatal qui avait déplacé le Pape dans l'opinion, du moins dans l'opinion d'une foule d'hommes aveugles ou aveuglés , et qui avaient fini par entraîner un assez grand nombre de caractères estimables. Je ne lis pas sans une véritable frayeur le passage suivant des Lettes sur VhisUnre :

« Louis le Débonnaire , détrôné par' ses en&nls , est « jugé, condamné, absous par une assemblée d'Evèques. « De LA ce pouvoir impolitique que les Evéques s'ar-

(1) Je veux dire les empereurs des temps passes, les empereurs pB ïens , les empereurs persëcatenrs , les empereurs ennemis de TEgliMi qui veulent la dominer, rasservir et F^raser, etc. Gela s'entend.

Quant ans espereurs et rob ekrétieM , anciens et modernes , on sait comment la philosophia tes prot^. Gharlemagoe nèsie a Irès-pea Xhx^^ neur de lu! plaire.

(2) Saint François de Sales , sup. p. 5(^

« rogent sur les souverains ; de xa ces excommunications « sacrilèges ou séditieuses ; de la ces grises de lèse- « HAJESTÉ fulminés à Saint-Pierre de Rome , où le succès- « seur de saint Pierre déliait les peuples du serment de « fidélité, où le successeur de celui qui a dit p^ son « royaume rCestpas de ce monde , distribusdt les sceptres « et les couronnes, où les ministres d'un Dieu de paix « provoquaient au seurtre des nations entières^. »

Pour trouver , même dans les ouvrages protestants , un morceau écrit avec autant de colère, il faudrait peutêtre remonter jusqu'à Luther. Je supposerai volontiers qu'il a été écrit avec toute la bonne foi possible ; mais u le préjugé parle comme la mauvaise foi , qu'importe au lecteur imprudent ou inattentif qui avale le poison? Le terme de Use-majesté est étrange, appliqué à une puissance souveraine qui en choque une autre. Est-ce que le Pape serait par hasard au-dessous d'un autre souverain? Comme prince temporel , il est l'égal de tous les autres en dignité ; mais si l'on ajoute à ce titre celui de Chef suprême du christianisme^ y il n'a plus d'égal, et Tintérét de l'Europe, je ne dis rien de trop , exige que tout le monde en soit bien persuadé* Supposons qu'un Pape ait excommunié quelque souverain, sans raison ^ il se sera rendu coupable à peu près comme Louis XIV le fiit, lorsque, contre toutes les lois de la justice, de la décence et de la religion, il fit (insulter le Pape Innocent XIP au milieu de Rome, (te donnera à la conduite

(1) Lettres snrrhistoire, tom. Il, lir. XXXY , p. 330.

(2) C'est le titre remarquable que IMlIustre Burke donna an Pape, dans je ne sais quel ooTrage on discours parlementaire qui n'est plus sous ma main. H Toalait dire sans doute qu» le Pape est le tkef dee chritieni mfme qui le weniêtU. C'est nne grande Tëritë confessée par un grand pnrtonnage.

(3) Bonus et pacificus Pontifex. (Bossuet, Gall. orthod. (0. )

de ce grand prince tons les noms qu^on voudra , excepté celui de lèse-majesté qui aurait pu convenir seulement au marquis de Lavardin , s'il avait agi sans mandata

Les excommunications sacrilèges ne sont pas moins amusantes, et n'exigent, cerne semble, après tout ce qui a été dit , aucune discussion. Je veux seulement citer à ce terrible ennemi des Papes une autorité que j'estime infiniment, et qu'il ne pourra, j'espère, récuser tout à fait.

« Dans le temps des croisades la puissance des Papes « était grande ; leurs anathèmes, leurs interdits étaient a respectés, étaient redoutés. Celui qui aurait été peut- « être par inclination disposé à troubler les étais JCun « souverain occupé dans une croisade, savait quiil iexr « posait à une excommunication qui pouvait lui faire per- « dre les siens. Cette idée d'ailleurs était généralement « répandue et adoptée'. »

On pourrait, comme on voit, et je m'en chargerais volontiers , composer , sur ce texte seul , un livre trèssensé , intitulé : De VtUiUtè des sacrilèges. Mais pourquoi donc borner cette utilité au temps des croisades? Une puissance réprimante n'est jamais jugée, si l'on ne fait entrer en considération tout le mal qu'elle empêche. C'est là le triomphe de l'autorité pontificale dans les temps dont nous parlons. Combien de crimes elle a empédiés!

(1) IleDira i Rome à la tète de 800 hommes , en coDquërant, plitôl qu'en ambassadenr Tenant an nom de son maître réclamer , au pied de la lettre , le droit de protéger le crime. Il eut pour sa cour rattenUoa délicate de communier publiquemeat dans sa cbapeUe , après aToir été excommunié par le Pape. C'est de ce marquis de LaTardin que M"* dtf S -vigne a fait le singulier éloge qu'on, peut Kre dans sa lettre du 16 oc tobre 1675.

(2) Lelires sur l'hist. lir. XLVII , p. 494.

et qu'est-ce que ne lui doit pas le monde? Pour une lutte plus ou moins heureuse qui se montre dans l'histoire, combien de pensées fatales , combien de désirs terribles étouflFés dans les cœurs des princes! Combien de souverains auront dit dans le secret de leurs consciences : !fm, Une faut pas s'exposer! L'autorité des Papes fut pendant plusieurs siècles la véritable force constituante en Europe. C'est elle qui a fait la mmarcUe européenne , merveille d'un ordre surnaturel qu'on admire froidengient comme le soleil , parce qu'on le voit tous les joui^. .

Je ne dis rien de la logique qui argumente de ces fameuses paroles , mon royaume n'est pas de ce monde, pour établir que le Pape n'a jamais pu sans crime exercer aucune juridictfon sur les souverains. C'est un lieu commun dont je trouverai peut-être l'occasion de parler ailleurs ; naais ce qu'on ne saurait lire sans un sentiment profond de tristesse, c'est l'accusation intentée contre les Papes d'a- ^ provoqué les nations au HBUftTRS. Il fallait au moins ^àlâ guerre; car il n'y a rien de plus essentiel que de donner à chaque chose le nom qui lui convient. Je savais bien que le soldat tue, mais j'ignorais qu'il fût [meurtrier. On parle beaucoup de la guenre sans savoir qu'dle est nécessaire , et que c'est noys qui la rend(»as telle. Mais sans nous enfoncer dans cette question , il suffit de répéter que les Papes , comme princes temporels , ont autant de droit que les autres de faire la guerre, et que s'ils l'ont foîte (ce qui est incontestable) et plus rarement , et plus justement, et plus humainement que les autres, c'est tout ce qu'on a droit d'exiger d'eux. Loin d^s^yoïr provoqué à h guerre, îb l'ont an contraire empêchée de tout leur pouvoir; toujours ils se sont présentés comme médiateurs , lorsque les circonstances le permettaient ; et , plus d'une 'ois, ils ont excommunié des princes ou les en ont mena-

ces pour éviter des guerres. Quant âtix excommunications il n'est pas aisé de prouver , comme nous Pavons vu, qu'elles aient réellement produit des guerres. D'ailleunk droit était incontestable , et les abus purement humains oe doivent jamais être pris en considération. Si les hommes se sont servis quelquefois des exconununications, comme d'un motif pour faire la guerre , alors même ils se battaient malgré les Papes, qui jamais n'ont voulu ni pu vouloir la guerre. Sans la puissance temporelle des Papes, le monde politique ne pouvait aller ; et plus cette puissance aura d'action, moins il y aura de guerres, puisqu'elle est la seule dont l'intérêt visible ne demande que la paix.

Quant aux guerres justes, saintes même et nécessaires^ telles que les croisades , si les Papes les ont provoquées et soutenues de tout leur pouvoir, ils ont bien fait, et nous leur en devons d'inunortelles actions de grâces. — Mais je n'écris pas sur les croisades.

Et si les Soi^verains Pontifes avaient toujours agi ccmm médiateurs, croit-on qu'ils auraient eu au moins l'extrême bonheur d'obtenir l'approbation de notre siècle? Nullement. Le Pape lui déplaît de toutes les manières et sous tous les rapports , et nous pouvons encore entendre le même Juge * se plaindre de ce que les envoyés^ du Pape étaient appelés à ces grands traités où l'on décidait du sort des nations , et se féliciter de ce que cet abus n'aurait plus lieu.

(1) « Pendant longtempB le eentre politique de TEnrope arait ëté for- « cément établi à Rome. Il s'y était trouYé transporté par des àroonsUD- «r ces , des considérations plus religieuses que politiques ; et il arait à^ « commencer à s'en éloigner à mesure que Ton aTtit appris è séparer It « politique de la Religion (beaa cbef-d'œurre Traiment I ) et à ériler les « roaax que leur mélange avait trop sourent produit. » (Lettres sor l'hisl. tom. IV . lir. XCVI , p. 470. )

i'oserais croire , au contraire , qi^e le titre de médiateur- né ( entre \t^

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