CHAPITRE m
AUTRES GQNSIDBRATIONS THuSeS DB U POSITION DE CES
ÉGLISES. HESABQUS PAHTIGULIjhlE SUR LES SECTES
d'ANGLETEREE et de RUSSIE.
Voici encore une autre loi de la nature : Rien ne s'altère que par mixtion , ei jamais il tiy a mixtion sans affinité* Les Eglises pbotiennes sont conservées au milieu du ma* hométisme comme un insecte est conservé dans l'ambre. Comment seraient-elles altérées, puisqu'elles ne sint touchées par rien de ce qui peut s'unir avec elles? Entre le mahométisme et le christianisme , il ne peut y avoir de mélanfe. Mais si l'on exposait ces Eglises à l'action du
protestantisme ou du catbolidsine avec un feu de seimeû suffisant, elles disparaîtraient presque subitement.
Or f comme les nations peuvent aujourd'hui , au moyen des langues, se toucher à distance, bientôt nous serons témoins de la grande expérience déjà fort avancée en Jflussie. Nos langues atteindront ces nations qui nous vantent leur foi rdiée en parchemin , et dans un din d'œil fions les verrons boire à longs traits toutes les erreurs de TEurope. — Mais alors nous eu serons dégoi^tés, ce qpi rendra probablement leur délire plus court.
Lorsque Ton considère les épreuves qu'a subies l'église romaine par les attaques de Thérésie et par le mélange des nations barbares qui s'ost opéré dans son seia , on demairc^ Smppé d'admiration en voyant qu'au milieu de ces épouvantables révolutions , tous ses titres soi|t iotacts et remontent aux Apôtres. Si elle a changé certaines choses dans les formes extérieures , c'est une pirenve qu'elle vit ; car tout ce qui vit dans l'univers change , suivant les circonstances , en tout ce qui ne tient point aux essences* Dieu qui se les est réservées , a livré les formes au temps pour en disposer suivant de certaines règles. Cette variati<m dont je parle est même le signe indispensable de la vie , l'immobilité absolue n'appartenant qu'à la mort.
Soumettez un de ces peuples séparés à une révoTuHon semblable à celle qui a désolé la France durant vingtrcinq ans : supposez qu'un pouvoir tyrannique si'acharne sur l'Eglise, égorge , douille , disperse les prêtres; qu'il tdère surtout et Êivorise tous les cultes , excepté le culte nAtionaf ; cehii-ci disparaîtra comme une fumée.
La France , après l'horrible révolution qu'elle a souf^ ferle , est demeurée catholique ; e'esirà-dire que tout eo qui n'est pas demeuré catholique n'est rien. Telle est k.
force de la vérité soumise à une épreuve terrible. Vhomme sans doute a pu en être altéré ; mais la doctrine nullement, parce qu^elle est inaltérable de sa nature.
Le contraire arrive à toutes les religions fausses. Dès que rignorance cesse de maintenir leurs formes , et qu'elles sont attaquées par des doctrines philosophiques , elles entrent dans un état de véritable dissolution, et marchent vers l'anéantissement absolu par un mouvement sensiblement accéléré.
Et comme la putréfaction des grands corps organisés produit d'innombrables uçtes de reptiles fangeux , les religions nationales qui se putréfient , produisent de même une 'foule dUnsectes religieux qui traînent sur le même sd les restes d^ime vie divisée, imparfaite et dégoûtante.
C^ ce qu^on peut cbserver de tons côtés ; et <^est par là que l'Angleterre et la Russie surtout peuvent s'expliquer à elles-mêmes le fnombrç et l'inépuisable fécondité des $ecte$ qui pullulent dans leur vaste sein. Elles naissaat de la putré&ction d'un grand corps : c'est l'ordre de la nature.
L'église russe , en particulier , porte dans son sein plus d'ennemis que toute autre ; le protestantisme la pénètre de toutes parts. Le rascolniême ^ , qu'on pourrait
(1) On pourrait écrire on mémoire fintëressant snr ces rascolnics. Renfermé dans les bornes étroites d*une note , je n*en dirai que ce qui est ibftoloment indispensable poar me faire entendre.
Le mol de roicolnie, dans la lan^e russt , signifie, an pied de la lettre , ichitmatique, La scission désignée par cette expression géçérique a pris naissance dans une ancienne traduction de la Bibte • à Uqnellç les raseolnies tiennent inâniment, et qui omtient des texte» altéré» inÎTant eux dans la version dont l'Eglise russe fait usage. C'est sur ce fondement qu'ils se nomment eux-mêmes (et qui pourrait les en empêcher?) hfmmet 40 Vunéiquê foi , ou vieux croyante (staroversi). Partout où le peupler
appelei Yîïïumînîsmt des campagnes , se renforce cbaque jour : déjà ses eofants se comptent par millions ; et les lois n'oseraient plus se compromettre avec lui. HiUum* fiisme, qui est le rascolnisme des salons, s'attache aux chairs délicates que la main grossière du rascohic ne saurait atteindre. D'autres puissances encore plus dangereuses agissent de leur côté , et toutes se multiplient aux dépolis de la niasse qu'elles dévorent. Il y a certainement de grandes différences entre les sectes anglaises et les sectes russes ; mais le principe est le même. C'est la religion nationale qui laisse échapper la vie , et les insecies s'en comparent.
posstfdant pour son malheur l'Ecrilare sainte en langue vulgaire , s'avise de ia lire et de l'interpréter, ancnne aberration de Tesprit particalierne doit étonner. Il serait trop long de détailler les nombreuses superstilioDS qui sont venues se joindre aux griefs primitifs de ces hommes égar&. Bientôt la secte originelle t'est divisée et subdivisée , comme il arrive toujours, an point que dans ce moment il y a peut-être en Russie quarante sectes de rateolnia. Tontes sont extravagantes , et quclques-nnef abominables. Au surplus, les rateolniet en masse proUsteni coptre !'£•: glise russe, comme celle-ci proteste contre TEglise romaine. De part et d'autre c'est le même motif, le même raisonnement et le même droit; de manière que toute plainte de la part de l'autorité dominante serait ridicoie. Le nueolnitme n'alarme ni ne choque la nation en corps , pas pins que toute autre religion fausse ; les hautes classes ne s'en occupent que pour en rire. Quant au sacerdoce , il n'entreprend rien sur les dissidents , parce qu'il sent son impuissance , et que d'ailleurs l'esprit de prosélytisme doil lui manquer par essence. Le rascolnisme ne sort point de la classe du peaçle ; mais le peuple est bien quelque chose , ne fût^i même que de (r<iit» miUùme. Des hommes qui se prétendent instruits portent déjà le nombre ie ces sectaires au septième de ce nombre , à peu près , ce que je n'affirme point. Le gouvernement qui seul sait h quoi s'en tenir n'en dit rien et frit bien. Il use , au reste , à l'égard des ratcolnies, d'une prudence, d'mie modération , d'une bonté sans égales ; et quand même il en résulterait des conséquences malheureuses , ee qu'à Dieu ne plaise I il pourrait toojouw •c consoler en pensant que la sévérité n'aurait pas mieux réussi.
Pourquoi ne voyons-nous pas des sectes se formel en France , par exemple , en Italie , etc. ? Parce que la Religion y vit toute entière , et ne cède rien. On pourra bien voir à côté d'elle Tincrédulité absolue , comme on peut voir Un cadavre à côté d'un homme vivant ; mais jamais elle ne produira rien d'impur hors d'elle-même , puisque toute sa vie lui appartient. Elle pourra , au contraire , se propager et se multiplier en d'autres honmies chez qui elle sera encore elle-même , sans affaiblissement ni diminution , comme la lumière d'un flambeau passe à mille auU'es.