HISTORIQUE
Le phagédénisme semble avoir été étudié et connu dès la plus haute antiquité et l’étymologie même du mot aurait été donnée par Celse, qui dé- crivait sous ce nom certains ulcères des organes génitaux, Babington, Rollet, Cullerier, Follins citent
__ de cet auteur cette phrase: « Uleus altuis et latius
serpit », où il semble bien nettement avoir voulu décrire le chancre serpigineux.
Dans la suite plusieurs auteurs étudient là même question : Carmichael, Fallope qui décrivent l’uleère « de morbo gallico tractatus », Babington, qui rattache le phagédénisme à la syphilis, peut-être même les confond ensemble, mais au XIXe siècle seule-
ment les nolions deviennent plus exactes, les recherches se multiplient et la clinique précise ”netternent les différentes formes.
Plusieurs études sont publiées: Mauriac, « Lecons sur maladies vénériennes » ; Ricord, « Leçons
NE er
sur le chancre. » Fournier, articles bubon, chancre simple, phagédénisme in Dictionnaire Jaecoud. Rollet, articles bubon, chancre et phagédénisme in
Dictionnaire de Dechambre. Le phagédénisme est,
également le sujet de plusieurs thèses : Belhomme, Sauvèur, Pouget, Berger, Bois, Balp, et Senlecq, en 1908, qui publie «Contribution à l’étude da phagédénisme», avec 8 observations déjà communiquées précédemment par Brocq et Simon à la Société de Dermatologie.
En ces dernières années, des observations éparses de chancre: serpigineux phagédénique ont éte
publiées : Lœper et Fournier à Société de Derma- : tologie, 8 décembre 1898, cas de chancre mou pha-.
gédénique du mollet. J. de Azua, deux cas d'ulcère serpigineux d'origine vénérienne, dans les Annales de dermatologie,1910, (p. 297.) Des traitements nouveaux ont également élé préconisés, et à différentes reprises des études microbiologiques ont été faites, mais sans grand résultat malheureusement.
Dans le numéro de «Paris Médical » (avril 1912), le docteur Gougerot publiait une étude d'ensemble sur le chancre mou et les observations de deux ma-
lades soignés à Saint-Louis, dans le service du
Professeur Gaucher, que nous reproduisons dans
notre thèse.
ÉTIOLOGIE
Ce chapitre a donné lieu aux constatations leë
plus diverses et les plus déconcertantes: plusieurs.
facteurs semblent jouer un rôle des plus nets dans l'origine de cette complication du Chancre sans que
- l’on puisse attribuer à aucun d'eux, le rôle principal
et prédominant.
Bell et Carmichael avaient pensé que le phagédé-
nisme était le fait d’une transmission en espèce, le produit d’unegraine phagédénique. «Ils sont un effet
de la nature du virus, car ils sont bien plus fré- Le quents dans. certains temps que dans d’autres »,
disaient-ils,en rarlantdesulcères chancrelleux et ils
invoquaient à l'appui de leurs assertions, trois cas de phagédénisme pris sur la même femme.
La fausseté de cette étiologie et de cette pathogénie fut rapidement démontrée. La clinique prouva tout d’abord que le « phagédénisme venait souvent
de chancres simples, moÿens et même petits, n’of-
pe be
LS
frant aucune malignité particulière, » Sauveur Pouget, dans thèse de Montpellier, 1882.
Enfin, avec Sperino, de Turin, et avec Fournier, la méthode si féconde des confrontations et des expérimentations, vient lever tous les doutes à cet égard. Sperino, avec du pus de chancre simple, inocula des ulcères phagédéniques. Dans une circonstance, Fournier eut l’occasion de remonter à la source d’une forme terrible de phagédénisme qui avait détruit une partie du prépuce et horriblement mutilé le gland: il trouva comme origine, sur la femme qui avait transmis cette affection, un petit chancre saperficiel de la grande lèvre droite qui se cicatrisa en quelques semaines. Un chancere n'est donc pas phagédénique, parce qu'il a été contracté à une source telle; il le devient pour des raisons indépendantes de son origine, influencé sans doute par diverses causes générales ou locales.
Ces diverses causes générales et locales ont tour à tour été parfaitement mises en lumière, sans que l’on puisse jamais attribuer à aucune d’elle un rôle prépondérant.
Il était tout naturel de faire intervenir en première ligne le mauvais état général du malade. La débilité, la misère physiologique, la grossesse jouent un rôle très important dans l’étiologie de cette affection. : Frappé mème de la fréquence de cette complication du chancre chez les alcooliques, Ricord avait créé un type clinique spécial «le chancre œno-phagédénique ». La fièvre intermittente joue peut-être
s également un rôle : c’est du moins l’opinion dé . Sperino de Turin et le Dr de Azua a publié l'observation d'un chancre serpigineux phagédénique chez un paludique ( Clinica », Novembre Fe 199). Mais il faut bien reconnaitre que cette influence de l’état général ne peut expliquer tous les cas. nie
. Dans d’ autt es observations les auteurs invoquent ; comme. causes occasionnelles la malpropreté, les pansements mal appliqués, la stagnation du pus. ’ Melchior Robert cite le cas d’un malade atteint de ; ‘chancre mou avec phimosis qui devint dans la É suite phagédénique par suite de l'incurie de son : médecin, qui ne trouva rien de . Mieux que d'intro-
duire entre prépuce et gland . bourdonnets de - charpie. »
Finger, dans son traité des maladies vénériennes, prétend que souvent « Je phagédénisme: est le résultat d’influences extérieures : la pression d’un = prépuce étroit par exemple ou des irritations ex-
ternes. | .
Ge sont là certainement des causes occasionnelles qui peuvent avoir une certaine influence, mais la | véritable cause déterminante est encore incon- nue. Avec l'avènement des doctrines microbiennes il était naturel qu'on vit surgir une interprétation en
rapport avec cet ordre d'idées. Pour certains auteurs, dès lors, le phagédénisme devint une simple complication septique ; ik fut le résultat d’une infec-
tion où d’une association microbienne. secondaire.
de déterminer ni le bacille mA An ni le traitement approprié.
Malheureusement, ces recherches n’ont pas jusqu'alors été couronnées de succès et n’ont permis-
si, phagédénisine es une “complication rare du : chancre simple. Eä proportion donnée par Fournier : est de 6 pour1, 090 cas : et-en 22 ans il n’a pu-en recueillir que 4 4 cas, À l'heure actuelle, cette- -proporon est encore peut-être au- -dessus de la réalité.
Dans un article récent, le docteur J. de Azua («Anmales de. Dermatologie ». 1910, page 207) n'a pu trou- - ver que 2 cas de phagédénisme serpigineux sur À. 000 malades vénériens (1). Peut-être, faut-il voir,
na en somme, dans celte proportion décroissante lu
phagédénisme éonime complication du chancre
simple le résultat d'une connaissance plus parfaite
@) Sur les 8 malades présentés par Brocq et Simon à la Société de Der matologie (février 1903), une seule fois, le phagédénisme s'était dé- -… vèloppé à la cuisse sur une inoculation de chanere simple et il avait
pris la forme térébrante. ; =
des lois de lanliseptie et d’une application plus
stricte de ses règles. | TA Le phagédénisme peut prendre naissance sur 2
points distincts : au chancre lui-même où au bubon, |
Fournier avait observé: que cette dernière origine était même la plus fréquente, toutes proportions gardées et qu'ordinairement, elle donnait naissance aux formes les plus redoutables, les plus envahissantes. Dans ces cas, rarement, il est la conséquences d’un bhagédénisme chancrelleux : au contraire,
il se présente à la suite de chancre de moyenne : ét-ndue, suivant une évolution normale, absolu-
ment dépourvus de cette malignité spéciale consti
tutive du phagédénisme.Ces observatioris de Fournier
sont parfaitement confirmées par les 2 observations que nous reproduisons: le chancre fut bénin, le phagédénisme serpigineux fut une complication du bubon. Quelle que soit son origine, le phagédénisme chancrelleux,-qui n’est en somme que l’exagération d’un processus ulcératif peut revêtir différentes formes dont les principales sont : | Forme gangreneuse;
— pultacée aiguë;
— serpigineuse ;
— chronique des prostituées.
Forme gangréneuse, — Dans cette première forme, la région du chancre devient dou-
loureuse : la suppuration Sséreuse est fétide. Les points violacés et grisàtres formés sur la plaie par -
Era
Are.
les tissus mortifiés ne se détachent pas,il s’en forme
Fe d’autres et bientôt tout le chancre est envahi par
une escharre, qui noircit, se dessèche et s'étend en surface et en profondeur. Au bout de quelques
jours, du 2 septenaire au plus tard, une séparation
très nette s'établit entre les parties vives et morti- __‘fiées, l’escharre se détache en lambeaux ou en
masse, laissant une plaie simple. Malheureusement, = de profondes empreintes, des mutilations, des dif-
formations sans nombre, sont le vestige de cette forme suraiguë.
Forme puliacée aigu&. - Là,au contraire, après uneévolution régulière, subitement.
le chancre devient douloureux, la peau environnante
s’enflamme. Les bords de lulcération paraissent
plus élevés et ils Sont plus décollés, plus déchique-
tés. Le fond, le plus souvent’inégal, est couvert
= d'une membrane grisâtre qu’on prendrait facile-
- ment pour une escharre, mais qui ressemble plutôt
à une membrane diphtéroïce. Le pus est sanguinolent : on note un léger mouvement fébrile. Dans la suite, cette forme peut devenir térébrante, mais le plus souvent l'ulcération se déterge et bourgeonne. Dans d’autres cas, au contraire, le phagédénisme s’étend et c’est la forme serpigineuse.
Forme serpigineuse. — (Celle-ci se
- caractérise par un travail de réparation el de cicatrisation s'opérant sur les points les premier at-
teints, tandis que J'ulcération s'étend. Le phagédénis
HNDD ET
Vrs
ne serpigineux ne présénté done pas un - aspect
uniforme el on assisté en même temps à différentes périodes d'ulcération et de cicatrisation.
L’ulcération se présente avéc des dimensions. variables, ea superficie, mais ne dépassant jamais “en profondeur le tissu cellulaire sous-cutané. Les bords sont inégalement sidueux comme festonnés.
15 efond est grisatre, recouvert de fausses nn
nes, difficiles à enlever. Sur d’ autres points,on à un. aspect tout différent : les bords sont affaissés, res collés, presque de niveau, avec l'ulcération : ‘la sur.
face uicérée êe + rouge et granuleuse. Ailleurs, laré-
paration est plus avancée ; on a des ilôts de cicatisation tantôt au centre, tantôt à la circonférenee.
Suivant le degré de réparation, On a une configura-
Lion variable : le plus souvent ele se présente sous forme d’ane cicatrice irré éoulière comme celle d une
Ce