‹ Du Phénol ou Acide PhéniqueChapitre 18 sur 22 · TOXICOLOGIE · texte numérisé non relu

TOXICOLOGIE

Le phénol, avons-nous dit, est toxique; depuis son introduction dans la thérapeutique, il a déjà causé près de 200 morts. L’empoisonnement par ce corps a été fréquent dans ces dernières années, surtout en Angleterre. Il à été presque toujours accidentel. On ne connaît qu’un seul cas criminel cité par Schærer, dans lequel on avait fait avaler de force cette substance à un enfant. Les doses d’acide phénique capables de déterminer la mort sont assez faibles.

Suivant M. Husemann, pour empoisonner les lapins, il faut 0 g. 35 de phénol en solution aqueuse très concentrée par kilogramme du poids de l’animal mis en expérience; pour les chats, il en faut encore moins, 0 gr. 15 par kilogr.; enfin, il suffit de 2 à 3 gr. du poison porté dans l’estomac d’un chien pour le tuer.

La glycérine ajoutée aux solutions aqueuses d’acide phénique, en diminue les effets toxiques chezles lapins. On ne sait pas encore si cet effet de la glycérine doit être attribué à une résorption retardée ou à une combinaison qui aurait lieu entre les deux corps.

Symptômes. — Le phénol est un puissant poison du cœur et du système nerveux ; il agit d’une manière directe sur le système nerveux cérébro-spinal et surtout sur le centre respiratoire, en les excitant d’abord et en les paralysant ensuite.

Son action ne semble pas être sans influence sur le sang; on peut souvent constater l’hémoglobinurie dans les pre--

imières heures après l’intoxication, d’où il résulte que le phénol serait un poison àla fois corrosif-neurotique et hématique.

Aussitôt après l’ingestion de l'acide phénique, les patients éprouvent une sensation de brûlure dans les premières voies digestives et dans l'estomac. Il survient des nausées, quelques vomissements peu abondants. Puis, dès que le phénol a été absorbé, comme il est très diffusible dans le sang, apparaissent des symptômes graves: la perte de l'intelligence, la résolution musculaire, l’insensibilité, un état comateux, que les excitants violents tels que l’électricité ne peuvent faire disparaître. Le pouls devient rapide, irrégulier, à peine sensible. Les battements du cœur sont très faibles. Le corps se refroidit; la peau se couvre d’une sueur visqueuse. Les pupilles sont contractées, les conjonctives insensibles. La respiration devient haletante, trachéale; quelquefois une écume laiteuse sort de la bouche; enfin, la mort arrive au bout de quelques heures.

Résorption et élimination. — La résorption et l'élimination de l'acide phénique se font dans un temps très court. Les effets toxiques se produisent très vite après l'introduction, et disparaissent déjà à un moment où toute la quantité n’est pas encore éliminée. Dans des conditions favorables (injection sous-cutanée, introduction dans l’estomac vide), l’élimination est finie en douze ou seize heures.

Ces faits s'expliquent facilement, si l’on examine la nature particulière de l'acide phénique. En effet, l'acide phénique se rapproche des alcools ; c’est un phénol, qui de même queles substances alcooliques, est facilement diffusible dans l’organisme et ne forme pas, comme les acides minéraux, des sels au contact des alcalins contenus dans le sang.

L’acide phénique se change en partie dans l'organisme. Il se forme des substances chimiques complexes, des éthers

EU es

sulfuriques conjugués, du phénol, de l’hydroquinone, de la pyrocatéchine (Baumann) qui ont une action moins toxique. Une autre partie s’oxyderait pour fournir ces matières colorées, dont quelques-unes sont trèstoxiques(Brieger). D’après Kochs, ce serait dans les grosses glandes annexées au tube digestif que s’accompliraient ces transformations.

Page 1