TI. — TRAITEMENT PRÉVENTIF
« Tout blessé du membre inférieur ne doit pas se mettre debout tant que ses plaies ne sont pas entièrement cicatrisées. » (Chevrier) (1). ;
(1) CHEVRIER (L.), — Soins spéciaux à donner aux blessés des
membres inférieurs, Educalion de la marche. Traitement du pied bot (Société de Chirurgie, 9 mai 1917) (Presse Médicale, 18 juin 1917).
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Le séjour au lit peut dans certaines plaies superficielles paraître superflu, et cependant nous savons que beaucoup de pieds bots n’ont d’autre origine qu’une mauvaise attitude prise pendant la marche pour éviter une douleur même légère ressentie au niveau de la blessure ; d’autre part, ces plaies placées dans les meilleures conditions de circulation bourgeonneront facilement et guériront rapidement. Par conséquent, le lever précoce, seul responsable souvent de déviations équines, sera rigoureusement interdit.
Mais, comme le fait remarquer M. Chevrier (1) à qui nous emprunterons une grande partie de sa méthode, le séjour au lit ne doit pas être un simple traitement passif et négatif, il convient d’en employer activement la durée à la préparation du lever, en veillant à la correction de l’attitude du membre et en entretenant la souplesse des muscles et des articulations.
a) Correction de l'attitude.
L’attitude correcte est pour la jambe l’extension sur la cuisse, pour le pied la flexion sur la jambe à angle droit ou même légèrement aigu.
Elle ne peut être gardée normalement par le blessé, aussi est-il nécessaire de la maintenir par des appareils ou des bandages qui devront être amovibles de
(4) CHEVRIER (L.), — Loc. cit.
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facon à permettre le pansement des plaies, le massage des muscles et la mobilisation des jointures:
Il est naturellement certains cas où le b'c'sé ne peut la supporter en raison des souffrances qu’elle lui procure, en particulier dans les plaies du pied avec infection aiguë de l’articulation tibio-tarsienne ; on est alors souvent obligé de tolérer pendant un certain temps une position vicieuse, mais on n’oubliera pas que c’est un pis aller qui ne saurait être prolongé sans de très graves inconvénients, et on ne le permettra plus dès que l’intensité des phénomènes douloureux aura diminué.
En dehors de ces exceptions, il sera en général facile de veiller à la bonne attitude du membre.
Un cerceau protégeant le pied du poids des couvertures, on peut par quelques tours de bande fixer simplement la jambe dans une gouttière qui a été légèrement modifiée de façon que son angle de flexion soit inférieur à 90° ; une attelle de Bœckel remplit les mêmes conditions. |
On peut encorë, à l’aide d’une bande de forte toile, faire au pied une sorte d’étrier attaché au-dessous du genou ; quelques nouveaux tours de bande, enroulés par dessus cet étrier autour du cou-de-pied, maintien nent la flexion au degré voult (Lance).
M. Chevrier (1) fixe au pied une pédale munie de pitons auxquels s’adapte une traction élastique prenant point d'appui suivant les circonstances sur la jambe, la cuisse ou la ceinture.
(1) CHEVRIER (L.). — Loc, cit,
L'appareil de Harley qui réalise une traction continue de l’avant-pied a été utilisé par le Professeur Quénu (1). Il consiste en une attelle de jambe articulée à une semelle plantaire à laquelle elle est en outre réunie par deux longs ressorts.
M. Lance (2), enfin, a imaginé un dispositif dispensant de l’usage du cerceau ; il emploie üne anse en fort fil de fer galvanisé qu'il plie à 80° sur une plus grande longueur que le pied et qu’il inclut dans le pansement de façon qu’elle dépasse de plusieurs centimètres l’extrémité des orteils : les couvertures en appuyant sur le sommet de cette anse maintiennent la bonne flexion du pied.
Ces divers appareils auxquels il convient d’ajouter le hamac de Sulter, sont applicables à de très nombreuses variétés de blessures du membre inférieur. Si l’on devait avoir recours à l’immobilisation dans un plâtre, on aurait soin de ne pas oublier de placer le pied en talus léger et de combattre par l’extension continue, la tendance à la rétraction du triceps sural qui ne pouvant plus agir sur le pied, aurait pour résultat de fléchir le genou.
Dans l’immense majorité des cas, nous pourrons donc, à l’aide d’un quelconque des procédés que nous venons d'indiquer, éviter la déviation du pied en équinisme ; mais il ne suffit pas de maintenir les membres en bonne position, il faut encore leur garder leur fonctionnement normal, et pour cela éviter la raideur des articulations et la dégénérescence des muscles.
(4) QUÉNU. — Loc. cit.
(2) LANCE (M.). — Loc. ci.
b) Entretien des muscles et des articulations.
A l’immobilisation, il faut le plus tôt possible, associer la mobilisation.
Les appareils de Chevrier et de Harley permettent aux blessés de lutter contre la tension des ressorts ou des liens élastiques par la contraction de leurs muscles ; ils sont par conséquent très recommandables, mais ils ne dispensent pas absolument d’une gymnastique méthodique et rationnelle toujours possible quel que soit le mode de traitement que l’on ait appliqué.
Plusieurs fois par jour, les blessés devront se livrer à des mouvements extrêmement simples de flexion et d’extension des orteils et du pied ; ils devront, en outre, s’efforcer de garder un certain temps les positions diverses données à leur membre.
Une courte séance de mobilisation passive des articulations et de massage complétera ces exercices.
Cette gymnastique a pour résultat d’entretenir en même temps que le jeu normal des jointures, la puissance de contractilité dynamique et statique des muscles, et lorsque la cicatrisation de ses plaies sera terminée, le blessé se trouvera prêt à se lever et à marcher.
Cependant, on ne l’y autorisera qu'après l’avoir soumis, ainsi que le recommande M. Chevrier, à une double épreuve ayant pour but de vérifier s’il est réellement apte à la marche et de lui rendre le sens stereo-
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gnostique qu’il a plus ou moins perdu pendant son séjour au lit.
Première épreuve : accroupissement avec flexion complète du pied, talons réunis et gardant contact avec le sol.
Deuxième épreuve : pas cadencé sur place en fléchissant fortement la cuisse sur le bassin. =
Si ces mouvements sont convenablement exécutés, le blessé fera aussitôt ses premiers pas ; dans le cas contraire, il regagnera son lit et, chaque jour, sera de nouveau soumis aux mêmes épreuves jusqu’à ce qu’un résultat satisfaisant ait été obtenu.
Les premiers pas doivent se faire sous les yeux du chirurgien qui veillera à l’absolue correction de la marche, tout en encourageant le sujet à surmonter la légère douleur causée par les tiraillements musculaires qu’il ressent au niveau de sa blessure.
Aucune canne, aucune béquille ne seront admises, hormis dans les cas de notable raccoureissement du membre.
Ces premiers essais ne seront pas prolongés de façon à ne pas provoquer de fatigue, ils seront renouvelés les jours suivants toujours devant le chirurgien qui ne permettra au blessé de marcher seul que quand il aura acquis la certitude qu'aucune mauvaise habitude ne peut plus être prise.
La méthode que nous venons de décrire aura pour résultat principalement d'empêcher la formation d’un pied bot par rétraction museulo-tendineuse, mais, hors le cas de désaxement antéro-postérieur du tibia que peut seule prévenir une parfaite réduction de la frac-