PRÉFACE
La douleur a été de tous temps un des symptômes le plus apparent et le plus manifeste de la pleurésie.
Avant l’immortelle découverte de Laennec, ainsi que nous le dirons plus loin dans l’Historique, la douleur ou point de côté, était le signe par excellence de la pleurésie.
Cependant les découvertes d’Avenbrugger et de Laennec montrèrent que la pleurésie la plus nette pouvait se montrer sans avoir été précédée de point de côté : nous faisons allusion ici à ces pleurésies à marche silencieuse qui méritent le nom de pleurésies latentes et qui ont été l’objet de mémoires intéressants dans ces dernières années.
Nous avons le désir d'analyser de près ce symptôme et de voir s’il ne fournirait pas quelques indications diagnostiques et pronostiques dans cette intéressante maladie.
Il nous semble, en effet, qu’on s’est contenté trop souvent d'enregistrer la douleur dans la pleurésie, sans savoir la corrélation qui existait entre cette douleur et la maladie.
La pleurésie est une maladie dont les signes doivent être soigneusement étudiés, parce qu'ils acquièrent tour
TM HUE à tour une importance etune valeur de diagnostic considérable quand les signes pathognomoniques viennent à manquer.
Dans les pleurésies qui siègent entre la face inférieure du poumon et la face supérieure du diaphragme, lamatité, l’écophonie, les vibrations thoraciques peuvent devenir impossibles à percevoir; mais il existe une légère oppression, ou plutôt une douleur qui gêne la respiration, douleur qui a un caractère si spécial, qu'elle éveillera l’attention du clinicien sur la probabilité d’une pleurésie profonde cachée.
Ces considérations nous permettent d'espérer qu'on ne trouvera pas tout à fait dénué d'intérêt l’étude de la douleur dans la pleurésie.
Nous nous sommes demandé tout d'abord, si le point de côté était un phénomène constant de la pleurésie, quelle que fut sa forme, que nous ayons eu à faire à des pleurésies aiguës, sèches ou avec épanchements séreux, gélatiniformes, purulents ou hématiques.
Dans les cas que nous avons pu renconter, nous l’avons trouvé indifféremment dans tous les cas.
Mais avant d'entrer dans l’étude détaillée de la pathologie générale de la pleurésié, qu'on nous permette de dire, quelle avait été, avant la connaissance de l’auscultation et de la percussion, la valeur attribuée par les anciens pathologistes et cliniciens au point de côté.
Nous passerons rapidement en revue les auteurs anciens.
ES RORXEOLE
Notons d’abord que la pleurésie ou inflammation de la plèvre tire son nom de la douleur de côté qui en est ordinairement le symptôme capital.
Le mot (rxvoxc) dans le sens que lui donnait Hippocrate, signifie, à proprement parler, toute espèce de douleur, et surtout celles qui sont un peu fortes, persistantes et accompagnées de fièvre.
Les latins désignaient la pleurésie, pleuritis, de passio pleuritica (Cœsius Aurelianus).
Les anciens ne surent pas distinguer l'inflammation de la plèvre de celle du parenchyme pulmonaire, et confondirent toutes les douleurs de côté.
Ils paraissaient ne s'occuper dans les affections thora- . ciques, que de ce symptôme et de son traitement.
Nous voyons, en effet, qu Hippocrate, dans ses aphorismes, conseille de donner aux malades qui ont de la douleur pleurétique, des embrocations.
Si la douleur, dit-il, ne cède pas, le médecin doit la résoudre ou par des évacuations alvines, ou par l’ouverture de la veine. Si ces moyens sont négligés, les malades succombent le septième jour, les uns pris de délire, les autres étouffés par l’orthopnée et le râle.
Les anciens donnaient à ces malades la dénomination de frappés, vu la rapidité de la mort.
pe | à tour une importance etune valeur de diagnostic considérable quand les signes pathognomoniques viennent à manquer.
Dans les pleurésies qui siègent entre la face inférieure du poumon et la face supérieure du diaphragme, lamatité, l’égophonie, les vibrations thoraciques peuvent devenir impossibles à percevoir; mais il existe une légère oppression, ou plutôt une douleur qui gêne la respiration, douleur qui à un caractère si spécial, qu'elle éveillera l’attention du clinicien sur la probabilité d’une pleurésie profonde cachée.
Ces considérations nous permettent d'espérer qu'on ne trouvera pas tout à fait dénué d'intérêt l'étude de la douleur dans la pleurésie. | ;
Nous nous sommes demandé tout d'abord, si le point de côté était un phénomène constant de la pleurésie, quelle que fut sa forme, que nous ayons eu à faire à des pleurésies aiguës, sèches ou avec épanchements séreux, gélatiniformes, purulents ou hématiques.
Dans les cas que nous avons pu renconter, nous l’avons trouvé indifféremment dans tous les cas.
Mais avant d'entrer dans l’étude détaillée de la pathologie générale de la pleurésie, qu'on nous permette de dire, quelle avait été, avant la connaissance de l’auscultation et de la percussion, la valeur attribuée par les anciens pathologistes et cliniciens au point de côté.
Nous passerons rapidement en revue les auteurs anciens.
ES RORTOEE
Notons d’abord que la pleurésie ou inflammation de la plèvre tire son nom de la douleur de côté qui en est ordinairement le symptôme capital.
Le mot (roc) dans le sens que lui donnait Hippocrate, signifie, à proprement parler, toute espèce de douleur, et surtout celles qui sont un peu fortes, persistantes et accompagnées de fièvre.
Les latins désignaient la pleurésie, pleuritis, de passio pleuritica (Cœsius Aurelianus).
Les anciens ne surent pas distinguer l'inflammation de la plèvre de celle du parenchyme pulmonaire, et confondirent toutes les douleurs de côté.
Ils paraissaient ne s'occuper dans les affections thora-
ciques, que de ce symptôme et de son traitement.
Nous voyons, en effet, qu Hippocrate, dans ses aphorismes, conseille de donner aux malades qui ont de la douleur pleurétique, desembrocations.
Si la douleur, dit-il, ne cède pas, le médecin doit la résoudre ou par des évacuations alvines, ou par l’ouverture de la veine. Si ces moyens sont négligés, les malades succombent le septième jour, les uns pris de délire, les autres étouffés par l’orthopnée et le râle.
Les anciens donnaient à ces malades la dénomination de frappés, vu la rapidité de la mort.
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Que la douleur survînt soit dès le début de la maladie, soit plus tard, on usait aussi de fomentations humides ou sèches, mais chaudes.
Hippocrate dit plus loin que, si la douleur est sus-diaphragmatique, il faut ouvrir la veine interne au pli du coude.
Si, au contraire, elle est bornée aux régions sous-diaphragmatiques, il faut procurer des évacuations alvines.
Or, nous voyons que ce qui préoccupe le plus Hippocrate, dans ses aphorismes, c’est la douleur de côté; mais il ne précise pas si cette douleur est dûe à une pleurésie ou à une inflammation pulmonaire.
Tantôt, 1l semble ne considérer que la pleurésie essentielle, lorsqu'il dit que « parmi les pleurésies, celles qui » sont sèches et sans crachats sont les plus difficiles à » guérir ». ;
Tantôt il paraît ne vouloir citer que des pleurésies diaphragmatiques , lorsqu'il parle de douleurs situées à l'épaule.
Mais le plus souvent, nous trouvons dans ses ouvrages la description de la pleuro-pneumonie. C’est bien, en effet, d'inflammation du parenchyme pulmonaire que veut parler Hippocrate, lorsqu'il dit de la douleur pleurétique, « qu'elle cesse aussitôt spontanément, quand une expectoration quelque peu considérable commence à s'établir» ; et plus loin « dans les douleurs, chez les pleurétiques, il est avantageux que le ventre samollisse et que les crachats se colorent », « toute expectoration ne dissipant pas la douleur est mauvaise, la dissipant est avantageuse ».
ah Qi Parmi les pleurétiques, dit Hippocrate, ceux dont les souffrances sont légères au début, mais redoublent le 5° ou 6° jour, vont plutôt jusqu’au douzième jour, maisn’en réchappent guère ; ils courent le plus orand danger le Het ours: mais passant les deux septenaires, ils réchappent. |
Cependant, si Hippocrate confond les douleurs intrathoraciques, pleurétiques et pulmonaires, il distingue néanmoins d’autres douleurs de poitrine, telles que la pleurodymie et les névralgies, lorsqu'il dit dans son aphorisme de la Section IT: « En hiver, on observe des pleurésies, des pneumonies, des enrouements, des rhumes, de la toux, des douleurs de poitrine et de côté : ravet ornfewuv at rhevpewv.
Nous retrouvons encore cette même distinction dans le Chapitre, où Hippocrate, en décrivant la pleurésie dans laquelle la douleur se fait quelquefois sentir dans le dos, maladie appelée autrefois par les anciens « pleuritis dorsalis », fait une différence entre cette dernière affection et le rhumatisme dorsal, qu’il décrit sous le nom de « pleurilis ad dorsum ».
Avec Hippocrate, Euriphon, Praxagore, Hérophile, etc., cités par Cœlius (livre IV, chap. XII), tous grands médecins de l'antiquité, ayant vécu 300 ans environ avant J.-C., vers la même époque qu'Hippocrate, placèrent aussi le siège de la douleur dans les poumons, ou, pour mieux dire, confondirent la pneumonie et la pleurésie.
Galien vint plus tard, et quoiqu'il ne sut pas établir nettement la distinction entre ces deux affections, 1l semble plus précis dans l’indication du siège de la pleu-
M LP résie, lorsqu'il dit qu’on doit donner ce nom aux inflammations qui se développent sur la membrane qui recouvre les côtes et les muscles qui les revêtent. (De locis, aff., Liv. V, chap. III.) Aussi la douleur, dit-il, s’étend-elle jusqu’à la clavicule et le rebord des fausses côtes. | Il nous paraît encore plus explicite, lorsqu'il établit les signes pathognomoniques de la pleurésie, au nombre de cinq, à Savoir :
1° Douleur piquante de côté ;
2° Fièvre aiguë ; :
3° Difficulté de respirer ;
4° Pouls dur et entrecoupé ;
5° Toux fréquente.
Néanmoins, dans ses différents traités sur la pleurésie, - Galien, tout comme Hippocrate, s'inquiète surtout du point de côté et des moyens de le faire disparaître.
C'est ce que nous fait remarquer Oribase, qui reproduit un texte tiré de Galien.
Si la douleur s'étend jusqu’à la clavicule, dit ce dernier, la maladie exige une saignée ; descend-elle jusqu'aux hÿpochondres, on doit purger.
Jusqu'à présent, ces indications sont absolument semblables à celles d'Hippocrate.
Cependant une douleur modérée et non pongitive ne réclame pas un traitement très actif.
Dürant l’inflammation, Galien recommande des médicaments d’une force moyenne, réservant les médicaments plus forts pour la période du déclin.
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Pour les remèdes contre les douleurs de côté, nous lisons :
mAevpwv de oduvas aveu musgerwy BDsAkuov vatat ar xockos. Le bdel- Hum et le costus guérissent les douleurs de côté non accompagnées de fièvre. Nous employons contre les douleurs de côté et contre toutes les affections analooues des cendres de tiges de choux brûlées, auxquelles nous ajoutons de la vieille graisse, car ce médicament est capable de dissiper vigoureusement.
Galien dit plus loin : Quand dans la pleurésie, les applications chaudes ne dissipent pas la douleur, évacuez tout le Corps, servez-vous des fomentations les moins dangereuses, c’est-à-dire, de celles qui n'ont aucune mordication et sont liquides : tel est le mélange d’huileet d’eau dans la vessie. |
Après Galien, Eristrate et Asclépiade qui s’occupaient des maladies de poitrine, furent encore plus précis; ils rapportèrent la douleur de côté à la fièvre.
Celse dit, en parlant de la pleurésie, qu’elle est une maladie non-seulement locale, maismême générale, puisqu'il y a fièvre. ;
En somme, comme le point de côté avec fièvre, était pour la plupart des auteurs de l'antiquité, le caractère propre de la pleurésie, il en résulte qu'ils ont compris sous cette dénomination des pneumonies, des péricardites et même des myosalgies ou des névralgies ‘intercostales. |
Cependant, il est, parmi tous ces auteurs célèbres de l’antiquité, un médecin qui se rapproche de la vérité
io encore plus que Galien, et qui semble avoir assigné à la pleurésie son véritablesiège. Nous voulons parler d’Arétée.
Cet auteur donne certains préceptes qu'il est bon de connaître.
Il prétend que les pleurésies sont plus communes en hiver qu’en été, qu’elles sont plus fréquentes chez les vieillards.
Mieux qu'Hippocrate, Arétée, dans la distinction entre. la pleurésie et la rachialgie, indique clairement les symptômes de l’une et l’autre maladie.
Si les pleurétiques, dit-il, passent le vingtième jour, et que leur santé soit affaiblie, ils ont un empyème.
Quand la maladie se transporte dès le quatorzième jour
dans le poumon, les malades meurent asphyxiés. Certaines pleurésies peuvent, par leurs douleurs, simuler le volvulus. |
Celles, dit-il, qui succèdent aux affections pulmonaires, sont de beaucoup les moins salutaires.
Ainsi, nous le voyons, Arétée distingue nettement dans ses écrits l’inflammation de la plèvre de celle des poumons. | :
Cependant, maloré la précision de ces idées, nous constatons encore une certaine confusion, lorsqu'il dit de la pleurésie, qu'elle est une douleur de côté avec expectoration de crachats sanglants.
Par cette dernière phrase, Arétée veut probablement faire allusion à la pleuro-pneumonie.
L'opinion d’Arétée fut celle de Paul d’Eugine et d'Alexandre de Tralles.
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Vainement ces trois auteurs assignèrent-ils à la pleurésie son véritable siège; leurs successeurs peu versés dans la culture de l’anatomie revinrent à l’ancienne opinion d'Hippocrate : ils confondirent, eux aussi, l’inflammation de la plèvre avec celle du parenchyme pulmonaire.
Et quoique Arétée eût dit que la douleur très vive dans la pleurésie, était presque nulle dans la pneumonie (affert plus periculi quam doloris pneumonia) ; il nous faut néanmoins arriver à une époque très rapproch‘e d'Andral pour trouver des notions précises sur le point de côté.
Si l'on parcourt le Sepulcrum anatomicum de Th. Bonet, on sera surpris des idées bizarres émises sur la douleur pleurétique et surtout sur les adhérences; Morgagni lui-même les considérait comme une cause de mort subite.
Van Helmont avait une idée si peu nette de la pleurésie, qu'il regardait la saignée comme un remède mortel de cette maladie. |
Borheave nous fait observer qu'il y a deux sortes de pleurésie avec point de côté, l’une sèche, l’autre humide.
Hoffmann et Sydenham croient que, dans la vraie pleurésie, le poumon est aussi affecté, et que, dans cette maladie, la fièvre est aiguë.
En résumé, dit Sydenham, après avoir examiné les différents symptômes de la pleurésie, je crois qu'elle n’est autre chose qu’une fièvre provenant d’une inflammation particulière du sang, et par laquelle la nature dépose la matière morbifique sur la plèvre et quelquefois sur les poumons: dans ce dernier cas, nous avons une péripneu-
Re Eee monie, maladie qui, selon moi, ne diffère de la pleurésie qu'ence quel’inflammation est plus grande et plus étendue.
La douleur qui accompagne la péripneumonie est tensive, obtuse et pesante, plutôt qu'aiguë et s'étend jusqu’au dos et aux épaules.
Comme Sydenham, Van Swietten, Pierre Servius confondent la pneumonie et la pleurésie.
Cullen et Portal font la même erreur.
Stoll, comme tous ses contemporains, ne sait pas, non plus, quel siége donner au point de côté.
Une des maladies qui fixa le plus son attention, c’est la pleurésie rhumatismale.
Le commencement de cette maladie, disait Stoll, est rarement accompagné de frisson ; s'il se fait ressentir, 1l est léger et de peu de durée, tandis que la vraie pleurésie est souvent annoncée par un frisson violent qui dure plusieurs heures.
Les malades ressentent la douleur de côté en même temps que ce léger frisson, tandis que dans la pleurésie véritable, ils n'éprouvent le point de côté que plusieurs heures après le frisson, et un seul vésicatoire suffit pour dissiper cette douleur.
Stoll rapporte plus loin un passage de Pringle (édition allemande), dans lequel, ce dernier parle de certains malades chez qui «la douleur pleurétique s’étendait de telle sorte, qu'elle présentait l'aspect d’une inflammation des viscères abdominaux. On appliquait des vésicatoires et la douleur était dissipée».
Nous trouvons encore dans les pathologies de Stoll, des
Se Le textes tirés de Baglivi, où ce dernierauteur s'occupe principalement des pleurésies occultes, de celles que nous nommons actuellement peurésies latentes : mais Baglivi nomme indifféremment ces maladies ou pleurésies ou péripneumonies.
Ces pleurésies, dit Baglivi, sont souvent occultes, parce qu'elles ne sont point douloureuses, ce qui fait commettre beaucoup d'erreurs dans la pratique. Un moyen de reconnaitre ces pleurésies cachées, c’est de faire tousser le malade, ou de l'inviter à faire une forte inspiration ; si en toussant ou en respirant, 1l ressent une douleur dans la poitrine, «soyez persuadé, dit Baglivi, qu'il a une de ces pleurésies occultes ».
Stoll prétend aussi que la n‘glhigence qu’on apporte au traitement de ces pleurésies, produit plus de phthisiques que les inflammations les plus actives du poumon, et que ces inflammations occultes sont la cause la plus fréquente des vomiques.
En somme, la plupart de ces auteurs ne savent quel sièce attribuer au point de côté, et Laennec lui-même, quoique ayant parlé de l’inflammation de nerfs intercostaux, tombe dans l'erreur lorsqu'il parle de névralgies pulmonaires.
Malgré toutes les recherches faites depuis l’époque de Triller, de Haller et de Morgagnui sur le siège de la douleur de côté, on voit encore Hufeland regarder comme
-pleurésies chroniques des pleurésies qu'il dit être rhumatismales, hémorrhoïdales, pulmonaires, ete. Pour lui, il est évident que pleurésie est une expression à peu près synonyme de douleur de côté.